lundi 29 mai 2023

L'Académicien de juillet - Antonin Malroux


Antonin Malroux fait partie de ces auteurs que je suis depuis de nombreuses années et dont chaque nouveau roman est un pure moment de plaisir livresque. De fait, lorsque j'ai vu dans le programme des éditions Calmann-Lévy, que j'en profite pour remercier ici, l'annonce de cette nouvelle publication, je n'ai pas hésiter une seconde.


Nous voici donc partis au coeur du Cantal, en Auvergne, région chère à l'auteur d'où il est originaire, au début des années 1910. L'auteur nous plonge dans le quotidien d'une ferme où seuls les travaux des champs et le soin des troupeaux comptent. Dans cette ferme, vivent les parents, les Gravierse, et leurs deux fils ainsi que Pascaline qui, trop tôt orpheline, a été recueillie par le couple qui la considère davantage comme leur fille que comme leur employée.

Et si la vie est rude, à l'image même de ce qu'elle était à l'époque, si les moments de plaisir sont rares, la vie y coule paisiblement. Ce bonheur est pourtant bouleversé lorsque le fils aîné, sans que l'on n'en sache véritablement la raison, décide de tout quitter et de partir faire sa vie ailleurs. La peine, la colère sont immenses mais il faut continuer. C'est ainsi que Jules, le cadet, finira par épouser Pascaline, une manière de préserver la propriété de la ferme.

Avec ce cadre, l'auteur sait nous présenter une région qui lui tient à coeur et qu'il connaît mieux que personne. Il nous plonge dans une époque révolue et pourtant pas si lointaine tout en nous montrant que les orphelines, parfois mal vues, pouvaient aussi espérer une vie sereine.


La guerre de 1914 va faire basculer cet équilibre avec la mort du le front de Jules, un désespoir pour Pascaline et pour les parents du jeune homme. Dès, lors, Pascaline est plus que jamais considérée comme la fille restante. Et parce qu'il faut bien que la vie de la ferme continue, c'est Victor, jeune homme au léger handicap physique lui épargnant le départ pour la guerre, qui viendra travailler aux champs. L'occasion pour lui de se rapprocher de Pascaline qui ne lui est pas insensible, un sentiment qui s'avérera réciproque.

On aura tendance à penser : encore un roman du genre. Il est vrai que dans le genre du terroir, la vie à la ferme couplée aux horreurs de la guerre (l'une ou l'autre) et un grand classique dont on a tendance à se lasser. Pourtant, il est parfois plaisant de retrouver les "classiques" de genre, une histoire simple et profonde à la fois qui nous propulse dans un autre temps. Et d'ailleurs, au-delà du décès de Jules, la guerre est loin d'être omniprésente ici.

En réalité, c'est plus un quotidien pas toujours facile mais loin de toute politique qui nous est présenté ici et d'ailleurs suivant sans doute au plus près la réalité de l'époque.


A la fin de la guerre, il faut reprendre une vie la plus normale possible. Mais c'est alors que Fernand, le fils aîné, revient au pays. Un retour qui pourrait bien mettre à mal les projets de la famille et la tranquillité si ardemment voulue à la ferme et au village... Une façon pour l'auteur de mettre en avant les mentalité étriquées de l'époque et les idées préconçues sur les individus étrangers au village.

Mais surtout, ce roman est là pour présenter les dilemmes des familles souhaitant préserver les patrimoines face à l'histoire mais aussi face à une certaine modernité de ceux qui ne veulent pas de ce carcan. Un dilemme intérieur qui ne nous laisse pas insensible. Et tout ça sous le regard d'un arbre, le fameux "académicien de juillet" qui, tel un personnage à part entière, sert d'union entre les êtres et de force entre le passé, le présent et l'avenir.


Un très bel opus que l'auteur nous offre ici, un opus qui fait du bien et qui, une fois encore, nous ravit par toute la poésie que l'auteur sait mettre dans les mots.

Les petits meurtres du mardi - Sylvie Baron


Lire les livres des copines, c'est toujours un gros challenge. Stress de ne pas aimer, angoisse de découvrir un univers différent de ce à quoi on est habitué... Et Sylvie Baron est de ces auteurs-là que j'apprécie autant pour leurs textes que humainement parlant, de ces auteurs que j'aime lire mais dont j'appréhende toujours le moment où je devrai faire le retour.

C'est donc dans cet esprit un peu masochiste que je me suis plongée dans cette lecture d'autant que, je l'avoue, Agatha Christie n'est pas de ces auteurs dont j'ai lu le plus de romans si ce n'est les grands classiques dont tout le monde a entendu parler. Tout ça réuni faisait que je prenais un risque non négligeable avec cette lecture et pourtant j'en suis ressortie avec la certitude d'avoir passé un super moment.


Derrière nos vies bien rangées, nous avons tous nos petites habitudes, nos petits exutoires qui nous rendent la vie plus facile et la lecture en fait bien évidemment partie. Les clubs de lecture d'autant plus avec ce plaisir à retrouver d'autres passionnés pour oubliés les tracas du quotidien. Et si pour ça Internet a du bon, nombreux sont ceux qui, aussi, préfèrent les vraies retrouvailles hebdomadaires. C'est ainsi que vont se rencontrer, au coeur du Cantal, un petit groupe d'amoureux d'Agatha Christie, la reine du crime. L'occasion de relire l'oeuvre de la dame et d'échanger tant sur l'aspect littéraire que sur l'aspect philosophiques d'intrigues dans la pure tradition du terme.

Au nom de cette passion dévorante, le petit groupe va avoir idée d'organiser un colloque autour de leur écrivaine préférée. Mais organiser un tel événement, avec des intervenants de qualité et qui plus est au fin fond de l'Auvergne s'avèrera plus complexe que prévu. D'autant que dans le groupe, chacun a ses exigences, chacun a ses petites folies. Ajoutez à ça des intervenants hors de contrôle aux caprices de divas et ce qui, au départ, semblait être une bonne va peu à peu devenir le début d'un joyeux bordel ingérable pour les principaux concernés.

Mais pire encore, dès le premier soir du colloque, un cadavre est retrouvé et le crime semble un peu trop proche de l'oeuvre d'Agatha pour que cela soit une simple coïncidence. Dès lors, l'ensemble des personnes présentes sont-elles en danger et qui aurait intérêt à mettre en scène un tel drame ?


Étant à la fois une grosse consommatrice de polars et à la fois une amoureuse de romans dits "régionaux", j'aime les romans de Sylvie Baron qui savent intelligemment lier les deux. Autant dire que, lorsque la région en question est l'Auvergne et que l'intrigue est une mise en abîme de l'imaginaire polar, il y a peu de chances que je ne sois pas séduite et le fait est que je me suis totalement laissée embarquer dans ce roman totalement décalé et loufoque qui, pourtant, offre un vrai moment d'intrigue qui sait nous surprendre bien que la fin puisse être anticipée.

Car si l'autrice imagine ici un vrai polar avec une vraie enquête et use des codes pour satisfaire les amateurs du genre, il est toutefois difficile de réellement prendre les personnages au sérieux. Non seulement parce qu'ils possèdent un côté manichéen difficilement applicable au réel mais aussi parce qu'ils correspondent à tous les stéréotypes du Cluedo. Il est clair que l'autrice s'amuse avec ses personnages et invite son lecteur à s'amuser avec elle. Et ça marche.

Imaginer un polar tournant entièrement autour d'une seule référence (littéraire ou autre) est un pari risqué car cela nécessite à la fois de satisfaire les amateurs de la référence en question et à la fois de séduire le novice ou non passionné de la dite référence mais son propre lectorat. J'ai envie de dire, pari réussi ici même si, pour le coup, j'ai eu plaisir à voir un véritable renouvellement de la part de l'autrice tant dans son style que dans son imaginaire. Elle parvient en effet à calquer les codes d'Agatha Christie mais en oubliant la campagne anglaise pour la montagne auvergnate.

Alors bien sûr nous ne sommes pas dans un polar tel qu'on les dévore aujourd'hui avec mille fausses pistes et mille tromperies sur les événements et les psychologies pour perdre le lecteur et lui mettre les nerfs à rude épreuve mais le taf est fait et on s'y laisse prendre. Non pas passer des nuits blanches pour passer un joli moment décalé et plein d'esprit.


Un bon moment de lecture qui renoue avec la tradition du genre.