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dimanche 17 avril 2022

Les Fossoyeurs - Victor Castanet

  

Infos sur le livre

éditions : Fayard

date de publication : 26/01/2022

pages : 400

prix : 22,90€


Résumé éditeur

Trois ans d’investigations, 250 témoins, le courage d’une poignée de lanceurs d’alerte, des dizaines de documents explosifs, plusieurs personnalités impliquées… Voici une plongée inquiétante dans les secrets du groupe Orpéa, leader mondial des Ehpad et des cliniques. Truffé de révélations spectaculaires, ce récit haletant et émouvant met au jour de multiples dérives et révèle un vaste réseau d’influence, bien loin du dévouement des équipes d’aidants et de soignants, majoritairement attachées au soutien des plus fragiles. Personnes âgées maltraitées, salariés malmenés, acrobaties comptables, argent public dilapidé… Nous sommes tous concernés.


Pourquoi ce livre ?

Il est rare que j'acquière un roman faisant la une au moment même de sa sortie mais, sur ce coup-là, je n'ai pas hésité tant pour le geste symbolique de l'acheter que pour la nécessité d'en découvrir et d'en comprendre le contenu.


De quoi est-il question ?

Comment sont traités nos aînés dans les Ehpad ? Ces gens que nous aimons, nos parents, nos grands-parents qui, au terme de leur vie, ne méritent qu'attention et amour. Ces gens que nous plaçons parce que nous n'avons plus le choix mais pour qui nous souhaitons le meilleur jusqu'à ce que l'inéluctable se produise...

On souhaiterait que, dans ces structures adaptées, des hommes et des femmes s'en occupent comme s'ils étaient leurs propres enfants. Que tout soit mis en place pour leur offrir les meilleurs soins et les meilleurs attentions... Il n'en est rien ! Soignants trop peu nombreux, nourriture et matériel rationné, solitude et parfois maltraitance morale voire physique... Telle est la triste réalité.

Pourquoi ? Parce que les Ehpad sont régis par le monde du capitalisme, par l'appât du gain et par le besoin viscéral de "faire de l'argent". Le profit, le pouvoir des grands dirigeants et des actionnaires les plus importants... Tels sont ceux pour qui la machine tourne au détriment de ceux qui n'ont d'autre choix que de subir, soumis à l'esprit d'économies au détriment de l'humain.


Du côté de la forme...

Voici un ouvrage qui a fait grand bruit, à juste titre, et que je me devais de lire, que chacun devrait lire, afin de mettre un terme à toute l'horreur qui y est décrite. Un essai essentiel, même si j'en lis peu, résultat d'un travail colossale qui mérite d'être souligné.

Tout aura commencé par une petite enquête journalistique de routine pour l'auteur qui pas après pas, marche après marche, a mis les pieds dans un système effroyable régit par l'argent et par le profit. Un système qui se sert des plus vulnérables, les personnes âgées, pour engranger des sommes astronomiques qui donnent le vertige.

Le début de l'enquête donne la nausée au sens propre du terme, l'auteur mettant en lumière le manque de soins, de protections et la présentations des repas parfois sommaires. Comment accepter et supporter les odeurs d'urines et de plaies infectées masquées sous des odeurs agréables de parfum à destination des familles et des résidents ayant encore leurs capacités ?

Rien est épargné au lecteur qui comprend vite que les soignants n'ont pas le choix et doivent se plier au système si eux-même ne veulent pas en pâtir. Commence alors une investigation, palier après palier, pour dénoncer l'ensemble du système et comprendre à qui revient la faute de telles abominations et là, chapeau au journaliste qui a su remonter au plus haut.

Nous vivons dans un monde capitaliste. Nous le savons, nous devons l'accepter. Mais comment imaginer que ce monde peut en arriver si loin ? Car si l'appel de l'argent est ententable, il est poussé ici à l'extrême par une gestion faite de lignes comptables et de logiciels informatisés. L'humain est oublié et là, c'est une nausée morale qui nous englobe. Des chiffres, un système, parfois complexe mais révélateur.

Nous sommes là dans un essai, l'aboutissement d'une enquête. Malgré quelques passages un peu alambiqués, l'auteur sait se mettre à la portée de son lecteur, adaptant ce sujet qu'il maîtrise à la perfection pour que nous le comprenions. Et malgré son dégoût, sa colère et son dépit bien légitimes, il convient de noter son objectivité et sa rage à toujours éviter ce qui lui sera pourtant reproché : une enquête à charge.


En conclusion...

Quelques lignes ne peuvent suffire pour parler de cet ouvrage et je doute même qu'une chronique soit nécessaire. Cet ouvrage il faut le lire, le relire, en comprendre toute la portée et l'horreur. Cet ouvrage il faut le faire tourner pour que tout le monde prenne conscience et que l'enfer s'arrête. Le capitalisme, oui, mais pas à n'importe quel prix. Pas aux prix de gens qui ont un vécu, une histoire et méritent une fin digne.

Un ouvrage qui bouleverse et qui choque mais face auquel nous ne devons pas faire l'autruche.

jeudi 18 mars 2021

4 seins, 2 destins - Pascale Laumond et Soline Bonhomme

  

Infos sur le livre

éditions : Revoir

date de publication : 10-11-2020

pages : 158

prix : 16€

 

Résumé éditeur

Pascale et Soline, deux parcours de vie dont les chemins se sont croisés sur le carrefour du cancer. La lecture de cet ouvrage nous procure une bonne dose d'espoir.

 

Pourquoi ce livre ?

Amatrice de témoignages, c'est sans hésiter que je me suis procuré celui-ci qui promettait d'être bien différent de ceux dont on peut avoir l'habitude.

 

De quoi est-il question ?

Pascale est sous sa douche lorsqu'elle sent une grosseur au niveau de son sein. Immédiatement, les questions se bousculent dans sa tête jusqu'à ce que le couperet tombe : un cancer la nargue. Dès lors, commence l'épreuve des chimio, des opérations, de la fatigue incessante. Commence également le douloureux regard des autres. Revient la soif de vivre.

Soline est jeune maman, dans la fleur de l'âge et a une profession qu'elle aime lorsque la mauvaise nouvelle lui est annoncée. Son quotidien devient alors celui des hôpitaux, celui des rendez-vous et de l'inactivité. Mais Soline est bien décidée à ne pas se laisser abattre, ne veut pas voir de pitié dans le regard de ses proches.

C'est au détour d'une séance de chimio que Pascale et Soline se rencontrent, loin des mentalités des autres femmes du services. Elles, elle veulent se battre. Elles, elles veulent vivre et profiter de chaque instant. Elles, elles veulent prouver à la face du monde que le cancer n'est pas une fatalité et le récit  de leur expérience ne sera que l'aboutissement écrit de cette mentalité pleine de vie.

 

Du côté de la forme...

Souvent, les témoignages sont des textes plombants, plein de détresse et plus synonymes de psychothérapie par l'écriture qu'autre chose. Cet ouvrage promettait autre chose et je suis ravie de cet autre angle du témoignage choisi.

Cet ouvrage comporte deux témoignages en un, deux témoignages rédigés de manières complètement dfférentes avec d'une part une écriture classique au fil du temps pour davantage de précision et d'autre part des souvenirs contés sous la forme d'un abécédaire pour rendre compte des sentiments qui se bousculent durant la période la maladie.

Ainsi, les deux témoignages se complètent car si les individualités des deux auteures sont bien présentes, leur relation est également mise en valeur avec beaucoup d'intelligence ce qui rend compte, au-delà du contexte, d'une véritable amitié comme il en existe peu. Ce texte est donc l'aboutissement d'un projet à deux et point d'ancrage d'une très belle rencontre.

J'ai beaucoup aimé les deux manières très différentes d'écrire, agrémentées de petites illustrations pleines d'humour et de tendresse. Et si les deux textes se suivent, les liens sont réels et apportent chacun leur pierre à l'édifice. Une idée commune toutefois : la maladie n'est pas une fatalité et il convient de toujours vouloir profiter de la vie, quoi qu'il advienne.

Pour autant, les autrices n'édulcorent pas la réalité du quotidien et nous entraînent avec elles au fil de la maladie, entre visites à l'hôpital et quotidien pas toujours évident. Ce témoignage nous offre alors un regard nouveau sur cette maladie du siècle avec un regard plein de positivisme qui m'a permis de comprendre un peu mieux celle de mon entourage qui a vécu le cancer avec la même force.

Côté style, nous sommes dans deux écritures bien distinctes et précises qui nous laisse entrevoir des personnalités à la fois fortes et à connaître. L'humour et la positive attitude des autrices se ressentent à chaque page. Il est beau de voir qu'elles ne trichent pas et souhaitent offrir au plus grand nombre leur expérience tout en donnant du courage aux autres femmes.

 

En conclusion... 

Voici un double-texte qui offre un point de vue différent sur le cancer, un point de vue vrai et juste montrant que la maladie n'est pas une fatalité. Voici un témoignage qui rend compte de la force de l'amitié et de l'amour de la vie. Voici un texte qui change et qui fait du bien même si la réalité du quotidien n'est jamais très loin. 

Cet ouvrage est une vraie leçon de vie et gagne à être lu pour envisager autrement la quotidien de tant de femmes aujourd'hui.

vendredi 14 août 2020

Avant que ma voix ne s'éteigne - Robert Hébras

 

Infos sur le livre

éditions : Elytel

date de publication : 21-04-2014

pages : 128

prix : 12€

 

Résumé éditeur

Robert Hébras, survivant du massacre d'Oradour-sur-Glane, se livre à son ami Laurent Borderie, journaliste au Populaire. Confidences d'un homme unique qui se veulent être un témoignage universel pour les générations futures.

 

Pourquoi ce livre ?

Lors de la dernière édition de Lire à Limoges, je me suis laissée tenter par ce témoignage essentiel que l'éditeur m'avait, en prime, proposé de faire dédicacer...

 

De quoi est-il question ?

Le 10 juin 1944, un petit village du limousin, Oradour-sur-Glane, est pris pour cible par les soldats allemands. Hommes et femmes sont séparés. Les hommes sont fusillés, les femmes et leurs enfants enfermés dans l'église à laquelle sera mis le feu. A peine quelques survivants réchapperont de l'horreur, Robert Hébras, 19 ans à l'époque, sera de ceux-là.

En 1944, c'est de très loin que les habitants d'Oradour vivent la guerre. S'ils sont victimes de quelques restrictions et si le village a dû accueillir quelques alsaciens pendant un temps, la vie n'a pas tellement changé alors le jour du massacre c'est en toute quiétude que les habitants obéissent aux ordres jusqu'à ce que l'enfer s'ouvre devant eux tous.

Parce qu'il trouvera le courage et l'instinct de survie, restant immobile sous ses amis morts et parvenant à courir jusqu'au village voisin, Robert survivra à cette journée, se propulsant témoin d'un massacre qui lui fit perdre sa famille. Aujourd'hui, il se fait la voix d'un jeune homme qui perdit en quelques heures son enfance et son innocence...

 

Du côté de la forme...

Oradour-sur-Glane, j'y suis allée une fois, alors que j'avais une douzaine d'années. Cette "visite" m'avait profondément marquée et troublée. Et s'il existe plusieurs textes sur le sujet, la voix d'un survivant était tout à fait autre chose.

C'est sur trois tableaux que Robert Hébras nous propose son texte. Entremêlés, il nous propose donc un point de vue très historique et objectif, son histoire personnelle liée à cette journée mais aussi la vie du village et le souvenir de celui qu'il était avant le 10 juin 1944. De quoi montrer un tableau complet d'Oradour et de son histoire, de quoi entretenir la mémoire du temps de l'innocence.

 On imagine assez aisément le texte être écrit à la manière dont l'auteur conte, encore aujourd'hui, son histoire à des jeunes venant au village : avec le coeur, sans préparer son discours. On sent son envis non pas de se faire témoin de ce jour-là mais son besoin d'être une mémoire d'une horreur qui ne doit pas se reproduire.

Si l'auteur parle de cette époque, de la guerre en général et de la vie du village, l'essentiel reste bien sûr cette nécessité à parler du 10 juin et de présenter le décalage entre la pensée de l'époque et ce que l'on en sait aujourd'hui. D'ailleurs, si l'on a le sentiment par les mots de voir cette journée, il nous est impossible de la ressentir. Pourtant, ce témoignage ne doit pas tomber dans l'oubli.

C'est aussi avec force que l'auteur nous présente un regard posé sur son histoire, un regard sans rancoeur puisqu'il a à coeur de parler autant aux jeunes qu'aux adultes, autant aux français qu'aux allemands avec la même émotion. Il rend également hommage aux autres survivants. Mais survivre n'aura pas été héroïque, juste le retour de l'instinct de survie.

Bien difficile de parler de l'écriture de l'auteur si ce n'est pour dire que ce texte donne le sentiment d'avoir été écrit comme l'auteur parle. Chaque mot résonne dans l'esprit du lecteur pour s'imprégner d'une journée pas toujours connue de tous. Chaque page se tourne pour imprégner l'histoire et pour que la page symbolique de l'histoire reste marquée à jamais.

 

En conclusion... 

Voici un témoignage poignant et essentiel qui ne peut laisser insensible et qui retrace un moment de l'histoire qui ne doit pas être oublié. Comment lire ce témoignage sans ressentir le besoin d'aller à Oradour et de s'imprégner de l'horreur pour avoir, ne serait-ce qu'un peu, le sentiment de comprendre ? Et parce que l'auteur écrit comme il parle, le lecteur se sent pris à parti comme confident d'un souvenir.

Un témoignage à mettre entre toutes les mains pour que la voix de l'auteur reste gravée dans le marbre.

samedi 8 février 2020

Enfin Libre - Asia Bibi

 

Infos sur le livre

éditions : Le Rocher
date de publication : 29-01-2020
pages : 216
prix : 17,90€

Résumé éditeur

« Je n'ai pas la mémoire des dates, mais il y a des jours qu'on n'oublie pas. Comme ce mercredi 9 juin 2010. Je suis arrivée, avant que le soleil ne se couche, pour la première fois au centre de détention de Shekhupura, où j'ai passé trois années avant de changer de prison comme on change de maison. » Dans la République islamique du Pakistan, la chrétienne Asia Bibi a été condamnée à mort pour avoir bu de l'eau dans un puits utilisé par les musulmans. Elle a passé neuf années en prison, neuf années à être humiliée et torturée pour avoir « blasphémé ». Voici le témoignage exclusif d'une simple mère de famille devenue le symbole mondial de la lutte contre l'extrémisme religieux. Mon histoire, vous la connaissez à travers les médias, vous avez peut-être essayé de vous mettre à ma place pour comprendre ma souffrance... Mais vous êtes loin de vous représenter mon quotidien, en prison, ou dans ma nouvelle vie et c'est pourquoi, dans ce livre, je vous dis tout.

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions du Rocher grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce témoignage bouleversant que j'espérais lire depuis tellement d'années...

De quoi est-il question ?

En juin 2010, Asia Bibi, une femme sans histoire, travaille aux champs pour ramener de quoi nourrir un peu sa famille. Mais il fait chaud, trop chaud, et Asia se dirige vers le puits le plus proche, prend une coupelle et boit jusqu'à ce ses compagnes de travail la voit. Asia est chrétienne, les autres femmes sont musulmanes. Dès lors, Asia est accusée de blasphème.

Sans autre forme de procès, elle est arrêtée et jetée en prison. Une prise sommaire où les gardiens lui mènent une vie rude. Etre accusée de blasphème vient de faire basculer la vie d'Asia Bibi dans l'horreur car la présomption d'innocence n'est qu'un doux mirage. Pourtant, très vite et malgré elle, Asia va devenir un symbole nationnal et internationnal des accusation arbitraires.

Anne-Isabelle Tollet, en effet, va avoir vent de son histoire et se lancer dans un combat de 10 ans pour la faire libérer. Remuant ciel et terre elle ne manquera pas de se mettre elle-même en danger et de soulever les nations pour faire entendre la voix de la petite paysanne pakistanaise jusqu'elle soit libérée et puisse, aujourd'hui, parler d'elle-même de son histoire.

Du côté de la forme...

Ce témoignage, je l'attendais. Depuis son annonce bien sûr mais aussi depuis que j'avais lu, en 2011, le livre d'Anne-Isabelle Tollet, Blasphème. Entendre la voix d'Asia Bibi était une chose que j'attendais et aujourd'hui, par bonheur, c'est chose faite.

Souvenez-vous... Aux tous débuts du blog je vous avais parlé de Blasphème et vous avais dit combien ce récit m'avait troublée. Etre condamné à mort pour un verre d'eau était pour moi un non sens et c'était peut-être là une des premières fois où je me rendais vraiment compte de l'horreur que certains peuvent vivre dans leur pays. Anne-Isabelle Tollet avait su m'impliquer.

Depuis, j'avais suivi de loin en loin l'histoire d'Asia Bibi mais pouvoir aujourd'hui découvrir son témoignage, sa voix, la manière dont elle a vécu toutes ces années est une chance infinie, à tous points vue. Car Asia Bibi nous parle de sa détention, des brimades, de ses peurs, de la vie derrière les murs. Et les silences sont lourds de sens.

Pourtant, si le témoignage balance entre émotion et factuel, ce qui me restera en mémoire c'est cette incroyable force de vivre qu'Asia Bibi démontre. Une force de vivre pour son mari, pour ses enfants mais avec un espoir qui vous trouble. D'ailleurs, si elle affirme elle-même être devenue craintive, jamais Asia Bibi ne sera devenue méchante et ça c'est une belle leçon de vie.

Car Asia Bibi profite de ce témoignage pour raconter ce que c'est que d'être chrétien au Pakistan, pour raconter le destin d'hommes et de femmes qui n'ont pas eu autant de chance qu'elle. Dans sa souffrance elle pense aux autres et ça c'est beau. Elle en profite pour nous parler de son pays et de l'amour qu'elle a pour ce dernier malgré tout. Une belle leçon d'amour.

Nous sommes bien sûr dans un style très journalistique car c'est la patte d'Anne-Isabelle Tollet qui, une fois encore, sert la parole d'Asia Bibi. Mais il ne pouvait en être autrement et cela fonctionne très bien car le langage parfois oral du témoignage est respecté. La chronoogie l'est également mais les ellipses en disent long. Tout cela pour servir un texte important à ne pas oublier.

En conclusion... 

L'histoire d'Asia Bibi a fait le tour du monde, chacun y glissant son mot. Mais pour la première fois c'est sa voix à elle que l'on entend pour cet ouvrage et c'est ce qui en fait une pépite. Car il ne faut pas oublier que ce témoignage aurait pu ne jamais existé car Asia aurait pu ne jamais sortir de sa prison. Alors maintenant, ce témoignage doit être lu de tous pour faire changer les choses et se souvenir.
Une pépite d'espoir et d'histoire qui doit être connue de tous ! 

vendredi 5 avril 2019

Ma mère était un monstre - Alloma Gilbert



Infos sur le livre

éditions : City
date de publication : 24-10-2018
pages : 288
prix : 18€

Résumé éditeur

La petite Alloma n’a jamais eu de chance dans la vie. Ses parents sont toxicomanes et la négligent au point que les services sociaux doivent la placer dans une famille d’accueil. Mais ce qui était la promesse d’une nouvelle vie est le début d’un cauchemar pour la fillette de 7 ans. Sous l’apparence d’une femme aimante, sa nouvelle maman est un bourreau. Humiliée, battue, Alloma vit un calvaire. La femme qui devrait prendre soin d’elle la punit en permanence, la roue de coups, l’empoisonne ou l’affame pendant des mois.Pourtant, Alloma trouvera la force de résister au monstre et de s’enfuir. Mais, abandonnée dans le monde, elle devient une proie facile pour des hommes barbares et violents. Seule la naissance de sa petite fille sauvera Alloma en lui montrant ce qu'est réellement l'amour... L’histoire vraie d’une enfant martyrisée qui a survécu à l’enfer. 

Pourquoi ce livre ?

Avant même sa sortie en France, ce témoignage avait attiré mon attention. Aussi, lorsque je l'ai trouvé en occasion, je n'ai pas hésité longtemps et il n'est pas resté longtemps dans ma pal.

De quoi est-il question ?

Alloma n'est qu'une fillette lorsque Eunyce Spry entre dans sa vie, finalement, habilement, telle une anguille. Et parce que ses parents n'ont pas les moyens de s'occuper d'elle, c'est à cette femme qu'ils la confieront, certains de faire le mieux pour leur fille, eux, dépendants de drogues et de situations sociales complexes.

Car tout portait à croire qu'Eunyce était le mère d'accueil rêvée. Jusqu'à ce qu'elle montre son vrai visage : celui d'une femme froide, cruelle, convaincue qu'elle vient de reccueillir sous son toit une enfant du diable qu'elle doit absolument punir et faire entrer dans le rang. Dès lors, les sanctions, les coups, les maltraitances se multiplieront à un point que nul ne pourrait imaginer.

Durant des années, Alloma devra subir des terreurs quotidiennes, se plier à des obligations multiples et dispropotionnées, encaisser coups, humiliations et violences sans nom. Jusqu'à ce que, devenue adolescente, Alloma devienne de plus en plus rebelle et décide de ne plus plier, décide de conquérir sa propre vie au mépris des dangers qui la guettent.

Du côté de la forme...

Ce témoignage est le troisième volet de ce que nous pourrions nommer le "triptyque des enfants Spry". Trois enfants maltraités et ayant vécu le pire sous le toit de leur mère d'accueil bien déterminée  à faire plier ceux qu'elle pensait être les "enfants du diable".

Après les points de vue de Victoria et celui de Christopher, c'est le point de vue de la troisième "soeur", Alloma, que nous découvrons ici. La même histoire sordide et terrible mais vue du regard de celle qui se rebella en premier, de celle qui fit toujours preuve du plus de courage face à l'horreur parce qu'elle avait, dans une autre vie, connu autre chose.

Une fois encore, le lecteur retrouve ces mêmes actes cruels, ces mêmes tortures inimmaginables et ces mêmes châtiments face auxquels il se demande comment il est possible d'y avoir survécu. Mais cette fois, c'est à travers un regard de battante que le lecteur découvre cette histoire ce qui n'est pas sans donner une souffle nouveau à cette même horreur.

Et ce regard de battante porte l'ouvrage. Car Alloma est une fillette puis une adolescente qui, bien qu'en état de soumission absolue, se rend compte que quelque chose "cloche". Et pous elle, au contraire du dos rond, c'est la force de caractère qui a payé. Une force de caractère lui ayant permis de toujours se raccrocher à un souffle d'espoir et de rebellion.

Alloma n'appellera jamais son bourreau "Maman" au fil du récit ce qui fait aussi son originalité : elle avait connu autre chose. Une belle manière de voir que face à la même horreur les expériences personnelles peuvent sauver ou détruire plus encore. Et c'est ce détâchement total de son bourreau qui est frappant chez Alloma comme si dans l'écriture même elle se détâchait de la fillette terrifiée.

Dans le style du récit, nous retrouver ce caractère de rébellion qui change la donne et qui, d'une certaine manière, a pu changer le cours de l'histoire. Et c'est peut-être dans ce troisième témoignage que le lecteur se rend le plus compte de la division entre les enfants, du rapprochement parfois, mais aussi de la personnalité de la "mère" sur laquelle est porté un regard plus détaillé.

En conclusion... 

Ce témoignage, j'avais très envie de le découvrir non pas pour me replonger dans l'horreur vécue par ces enfants mais parce que le procédé du récit m'intéressait. Et en effet, ce troisième point de vue ferme une boucle et présente l'histoire selon celle qui, déjà, était apparue comme un peu détâchée des deux autres. Terrible mais essentiel !
Parce qu'il ne faut jamais fermer les yeux sur les appels à l'aide des enfants et parce que le système peut parfois ne pas voir le pire, il convient d'en parler ! 

vendredi 8 mars 2019

Journal - Sainte Gemma Galgani



Infos sur le livre

éditions : Salvator
date de publication : 12-07-2018
page : 128
prix : 12€

Résumé éditeur

 Depuis l'âge de 21 ans jusqu'à sa mort, à 25 ans, sainte Gemma Galgani vit chaque semaine, du jeudi au vendredi, la Passion de Jésus avec lui. Rédigé sur l'ordre de son confesseur, le Journal de Gemma raconte sa vie amoureuse quotidienne avec Jésus, les visites que lui fait sa Maman du Ciel, ses conversations avec son ange gardien qu'elle pouvait voir, entendre et même toucher, mais aussi ses combats contre le diable, un "petit bonhomme tout noir" et "très laid", qui la roue de coups au point qu'elle ne peut plus se lever le lendemain. Le style de Gemma, simple et direct, n'est pas sans rappeler celui de Thérèse de Lisieux. Véritable écho au Cantique des cantiques, son Journal, qui couvre une courte période de sa vie, révèle une maturité spirituelle impressionnante. Cependant, comme l'écrit le père Philippe Plet, "bien que son expérience soit vertigineuse, la simplicité de Gemma la rend accessible à tous. Cette fille de la Passion nous apprend à prier sans effort, et nous montre combien la relation à Dieu est naturelle". Paradoxe d'une âme d'enfant qui ne devient femme qu'en Jésus, Gemma apparaît comme un modèle d'humilité, de foi, de beauté et d'amour. 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Salvator grâce auxquelles j'ai pu découvrir cet ouvrage qui m'avait assez intriguée sur une figure religieux méconnue mais touchante.

Mon avis...

Née en 1878 et décédée trop tôt à l'âge de 25 ans,  Gemma Galgani s'est très vite vue comme faite pour devenir religieuse, pour consacrer sa vie à Dieu. Très tôt, elle s'est imposé la rigueur d'une vie simple et c'est sous l'impulsion de son confesseur que durant quelques temps elle pris le temps de rédiger un journal retraçant tout cet amour et toute sa foi.

Ce genre de textes n'est pas forcément le genre que je lis le plus souvent mais, de temps en temps, cela change et nous permet de porter un autre regard sur le monde. Un regard auquel nous ne pensons juste pas et qui pourtant existe pour nombre d'individus.

Nous sommes ici dans un journal. C'est donc le style du journal que nous retrouvons. Au quotidien nous allons suivre Gemma dans ses doutes et ses peurs mais aussi dans ses moments de bonheur. Et bien que ce journal ait été commandé, nous ressentons une véritable sincérité dans ces textes qui frappent au coeur.

Gemma Galgani a vécu à la fin du XIX° siècle et il est bien évident que la vie et l'émancipation à l'époque n'étaient pas les mêmes. Pour autant, il est parfois difficile d'envisager dans ce journal le fait que nous ayions à faire qu'à une toute jeune femme. Son vécu et sa volonté donnent le sentiment d'une personne ayant déjà vécu des décennies ce qui est plutôt troublant.

Alors bien sûr, il va être question ici de religion. Mais pour ma part, c'est comme un témoignage que je l'ai pris, un témoignage comme il en existe tant et qu'il convient de ne pas rejeter sur le seul prétexte que nous ne croyons pas à ce qui est dit. D'ailleurs, l'auteure elle-même écrit pour elle sans jamais songer qu'un siècle plus tard des centaines de gens la liront.

De manière sous-jacente, c'est aussi en toute simplicité que l'auteure de ce journal nous révèle des pans de son époque et nous permet d'imaginer la vie dans les couvents mais aussi des aperçus de la vie à l'extérieur entre traditions et coutumes. C'est alors sans le vouloir que Gemma Galgani se fait témoin de son temps.

Le style est somme toute assez étrange. Comme partagé entre une foule de sentiments contradictoires de la part de l'auteure. Comme si cette dernière était coincée entre sa propre envie d'écrire et les ordres de son confesseur, prise entre son jeune âge et son éducation qui la pousse vers une écriture plus poussée. Du coup, le naturel semble presque forcé et c'est dommage.

En conclusion...

J'étais assez curieuse de découvrir cet ouvrage et je suis contente de l'avoir lu même s'il ne s'agit pas là du genre de lectures que je préfère en temps normal. J'ai été heureuse d'entendre la voix d'une jeune femme morte trop tôt et que l'Eglise a rendu sainte. Et puis, j'ai aimé découvrir un peu de l'Italie de l'époque à travers une vraie volonté de vivre. 

mardi 15 janvier 2019

Le maître de midi - Christian Quesada



Infos sur le livre

éditions : J'ai lu
date de publication : 09-01-2019
pages : 255
prix : 6,90€


Résumé éditeur

Enfant, Christian est un élève à haut potentiel. Néanmoins, à l'âge de 15 ans, sa scolarité dérape et il abandonne l'école. Plus tard, ce surdoué s'entraîne secrètement comme un athlète de haut niveau. Il engloutit toutes les sources de savoir à sa disposition et repousse les limites de son cerveau pour devenir incollable. Un talent qui éclate au grand jour sur le plateau des Chiffres et des Lettres. Malheureusement, il finira par tout perdre : travail, amis, logement, jusqu'à dormir dans la rue. En hommage à sa mère décédée, il participe alors à l'émission Les 12 coups de midi. Il y battra tous les records et deviendra, après 193 émissions, le plus grand champion de l'histoire des jeux télévisés. Un témoignage fascinant, du bitume à la gloire !

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions J'ai lu grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce témoignage que j'étais plutôt curieuse de découvrir.

De quoi est-il question ?

Sur le courant de l'année 2015, il est devenu le plus grand gagnant des jeux de la télévision française lors d'une des émissions les plus suivies par les français du temps de midi. Attisant tour à tour convoitises, admiration et haine, Christian a su montrer pendant six mois le visage d'un homme souriant et d'un individu bourré de connaissances.

Car dès l'enfance, Christian se découvre une mémoire extraordinaire et une soif d'apprendre qui lui vaudra de se plonger dans la lecture des Quid et des dictionnaires en tous genres. Un appétit de savoir sélectif pourtant. Car à l'école, les matière qui ne l'intéressent pas, l'enfant qu'il est les laisse de côté au point parfois de ne même pas aller en cours.

Et grandissant, il comprend que seul le jeu l'attire, qu'il est accro à cette adrénaline même temporaire de gagner. Au point de parfois se mettre en danger tant physiquement que mentalement. Et parce qu'il ne sait pas vivre autrement, Christian va tomber au plus bas avant qu'une promesse faite à se mère ne change le cours de sa vie.

Du côté de la forme...

L'aventure de Christian Quesada aux 12 coups de midi, je l'ai suivie non sans me demander émission après émission comment il était possible de savoir autant de choses, non sans me demander quel pouvait être le vécu de cet homme qui semblait être bien plus que ce qu'il montrait.

Si nous voulons être honnêtes, il semble évident que la publication de cet ouvrage entre parfaitement dans ce genre du témoignage que celui qui est présenté comme auteur n'a pas vraiment écrit, qui a été écrit dans un but marketting suite à une notoriété, comme le principal intéressé de l'ouvrage le dit lui-mêem, tout à fait éphémaire.

Cela étant, trop de personnes à l'heure actuelle vivent plus ou moins le même type d'histoires personnelles pour que ce titre ne soit pas important. Car ce livre est un mea culpa, une remise en cause de soi-même et un récit de vie montrant tant à quel point il est facile de tomber bas que combien se battre est essentiel pour s'en sortir.

Ce livre est à l'image de l'homme qui se raconte : emplit de connaissances en tous genres, d'un peu d'humour et d'extravagance parfois. Mais ce qui pourrait apparaître comme de la condescendance présente de manière forte un vécu terrible qui reste malgré tout très en sous-entendu, comme s'il existait un conflit entre l'envie de raconter et le besoin de garder le silence.

Bien sûr, nous sommes ici très loin des témoignages tel que nous pouvons avoir l'habitude d'en lire mais l'avantage de celui-ci est de nous proposer, au-delà de la notoriété de Christian Quesada, un témoignage plus proche de nous dans lequel chacun serait peut-être plus apte à se retrouver non sans glisser un message sur les harcèlements divers. De quoi faire réfléchir sur ce sujet.

Au point de vue de l'écriture, nous sommes bien ici dans un texte qui respire l'entreprise commerciale et la volonté d'attirer le public de ceux qui ont suivi l'émission. Force est de constater que cela fonctionne et même si le tout est discutable, si cet ouvrage peut amener des gens à la lecture et permettre à d'autres personnes de réfléchir sur les sujets sous-jacents de cet ouvrage, pourquoi pas.

En conclusion... 

J'ai un peu hésité avant de décider de découvrir ce témoignage, partager entre l'envie de savoir ce qu'il pouvait donner et la certitude d'un titre tourné vers le côté "poeple". C'est avec ce même sentiment mitigé que je ressors de ma lecture mais avec le sentiment malgré tout d'avoir découvert une histoire puissante et émouvante, une histoire qui donne à réfléchir. 
Je ne conseillerais peut-être pas forcément ce titre en tant que tel mais si ce témoignage peut permettre à quelques personnes de se raccrocher à la vie ou de comprendre que tout à une conséquence, alors ce livre aura été utile. 

vendredi 4 janvier 2019

Les sandales blanches - Malika Bellaribi



Infos sur le livre

éditions : Mon Poche
date de publication : 16-08-2018
pages : 300
prix : 8,50€

Résumé éditeur

Malika grandit dans une famille nombreuse, peu aimante, à la périphérie de Paris. Un grave accident l'oblige à passer des années en rééducation auprès de religieuses bienveillantes qui l'éveillent au chant. La petite fille sent que la musique sera la voie du salut et du bonheur. Mais il lui faudra endurer encore bien des humiliations et des vicissitudes avant d'oser défier les règles de sa communauté et de découvrir la liberté. Un destin hors du commun qu'elle aime faire partager : à peine parvenue à la gloire, elle en fait déjà profiter les autres en créant des ateliers de chant dans ces quartiers mal-aimés. Malika n'a pas oublié d'où elle venait et ce qui lui vaut son surnom : la diva des cités !

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Mon Poche grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce témoignage un peu différent des autres d'une chanteuse reconnue dans le monde du lyrique.

De quoi est-il question ?

Malika naît en 1956 à Nanterre au sein d'une famille modeste où, en tant que petite dernière, elle est plus considérée comme un poids que comme une chance. Aussi, très vite, la fillette apprend à se taire et à se faire la plus discrète possible si elle ne veut pas avoir à subir les foudres la mère, une mère qui n'éprouve de la tendresse que pour ses autres enfants.

Et puis, quelques années plus tard, c'est l'accident. Dans une rue, Malika se fait renverser et se voit imposer un aller simple pour l'hôpital où elle restera de longs mois. Le temps pour elle de s'éveiller du coma, de subir de nombreuses greffes de peau, de réapprendre à marcher et à bouger. C'est au cours de cette hospitalisation que la fillette fera la rencontre de Soeur Marguerite et, surtout, du chant.

Très vite, la fillette ne vit d'ailleurs plus que pour cette nouvelle passion et se met à rêver de liberté contre l'avis familial. Rêvant d'une religion qui n'est pas la leur et d'une passion à laquelle ils n'entendent rien, Malika devra preuve de courage et de patience pour se rebeller contre les siens. Mais les épreuves seront nombreuses.

Du côté de la forme...

Si j'aime les témoignages, j'aime aussi les témoignages de ceux qui changent de ceux que j'ai l'habitude de lire. Alors, un témoignage parlant d'une jeune femme des banlieues devenue diva lyrique, voilà qui m'intéressait.

En me plongeant dans ce témoignage, je pensais éviter ces témoignages contant des enfances malheureuses. Est-ce que l'ai évité ? Oui et non. Non car Malika va bien nous conter les épreuves de son enfance, des épreuves terribles dues à une mère ignorante ou violente. Oui car ce n'est pas là le point essentiel sur lequel veut s'appuyer l'auteure pour son texte.

Il est vrai que l'histoire de Malika est tragique et l'accident dont elle va être la victime ne va rien arranger. Pourtant, on le sait, un rêve n'aurait que bien peu de valeur s'il était facilement accessible et la force de ce témoignage va être pour son auteure de nous faire part des obstacles qu'elle aura dû affronter pour réaliser le sien : chanter.

Car au-delà de l'enfance difficile dans une famille défavorisée, les épreuves de Malika seront aussi celle de l'accident et celle du racisme dont elle sera très vite victime. De quoi rappeler que les bassesses sont partout et que le meilleur moyen pour certains de réussir est d'écraser l'autre. D'ailleurs, l'épreuve de la famille semble aussi bien incompréhensible et pourtant si vraie.

Mais ô combien je me suis attachée à la personnalité de Malika qui, vaille que vaille, va toujours agir pour se sortir de la vie qui veut lui être imposée. Malika est une femme forte à qui nous devrions toutes ressembler après avoir été une fillette attachante que le lecteur aurait eu envie de protéger. Le genre de destin qui nous rappelle que tout est possible.

Bien sûr, nous sommes ici dans le style du témoignage avec une écriture qui s'en ressent mais c'est avec beaucoup de force que l'auteur parvient à nous faire replonger dans une époque à la fois si proche et si loin. Mais surtout, l'écriture de l'auteure est l'écriture d'une femme qui n'a jamais perdu espoir et sa constante force de vivre respire au sein de l'ouvrage.

En conclusion...

Voici un témoignage que j'étais plutôt curieuse de découvrir et avec lequel j'ai passé un agréable moment qui est un véritable message d'espoir et de courage, de volonté et d'envie. Un témoignage qui devrait servir à chacun pour se rappeler que les rêves sont toujours réalisables à condition de s'en donner les moyens.
Bravo à l'auteure dont je serai très curieuse d'aller écouter le travail de "diva".

jeudi 3 janvier 2019

L'enfant de l'enfer - Cathy Glass



Infos sur le livre

éditions : L'Archipel
date de publication : 07-03-2018
pages : 372
prix : 7,80€

Résumé éditeur


Cathy, mère d’accueil dévouée, se voit confier Aimée, petite fille de huit ans qui a connu l’enfer au côté d’une mère toxicomane qui la délaissait. Sale, infestée de poux, agressive, illettrée, Aimée découvre auprès de Cathy des plaisirs simples : une chambre à soi, de vrais repas, des bains, des vêtements propres et, surtout, la présence d’adultes affectueux. Sur le chemin de l’apaisement, Aimée trouve en Cathy une oreille attentive et lui dévoile les plus sombres moments de sa jeune existence. Une libération nécessaire pour qu’elle puisse laisser le passé derrière elle et aborder l’avenir avec le sourire.

Pourquoi ce livre ?


Merci aux éditions de l'Archipel grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce témoignage absolument bouleversant et essentiel.

De quoi est-il question ?


Cathy est maman d'accueil. Son rôle ? Recueillir chez elle des enfants retirés à leurs parents par l'assistance. Et avec de longues années d'expérience, Cathy pensait avoir tout vu jusqu'au jour où lui est amenée Aimée, une fillette de 8 ans crasseuse, pouilleuse, sans éducation ni scolaire ni sociale et agressive sitôt qu'on l'approche ou qu'on la contredit.

Dès le premier soir, Cathy doit faire avec une fillette infestée de poux refusant de se laver et de se nourrir d'autre chose que de bonbons et de gâteaux. Mais aussi avec une fillette fort surprise de bénéficier pour la première fois de sa propre chambre, de jouets et d'un peu d'attention de la part d'une adulte saine.

Peu à peu, c'est une fillette touchante, intelligente et pleine de qualité que Cathy va découvrir. Une fillette qui pourtant reste sous le joug d'une mère bien décidée à mener la vie dure aux service sociaux. Et bientôt, ce sont de nombreuses violences subies par Aimée dont Cathy va découvrir l'existence alors qu'elle tente de redonner à l'enfant un peu de goût de vivre.

Du côté de la forme...


Souvent, les témoignages sont ceux des victimes qui, un jour, décident de briser la porte du silence afin de se libérer. Ici, c'est une mère d'accueil qui raconte et le processus est intéressant. A la lecture du résumé j'ai donc eu très envie de découvrir cette nouvelle histoire terrible et je n'ai pas été déçue...

Donner la voix à la mère d'accueil qui se sera occupé de la petite victime, l'angle de vue est suffisamment rare pour être noté. Car avec ce point de vue c'est une toute autre vision de la maltraitant qui est proposée au lecteur. Ici, ce dernier va découvrir en même temps que Cathy ce qu'a eu à subir Aimée ce qui l'aide peut-être davantage à s'identifier.

L'autre point, c'est que nous découvrons ici une Aimée enfant sans se dire que l'adulte qu'elle est devenue s'en est sortie puisque c'est Cathy qui nous livre son histoire. Impossible donc de savoir comment la situation va évoluer ce qui confronte le lecteur à la réalité du fait que les enfants maltraités, contrairement à ceux qui écrire, ne s'en sortent peut-être pas toujours.

Et pourtant, malgré le caractère terrible d'Aimée que tout le monde n'aurait pas su manier, cette enfant est très vite touchante et on aimerait pouvoir plonger dans le livre pour pouvoir l'aider et pour donner deux bonnes paires de baffes à une mère qui n'en porte que le nom. Il est d'ailleurs très difficile d'imaginer comment il est possible de sombrer autant et de devenir aussi décalé de la réalité.

Mais ce témoignage est surtout là pour dénoncer un système qui, clairement, ne fonctionne pas ou pas aussi bien qu'il le devrait. Un système où il semble plus important de se soucier du bien d'un parent incapable que d'un enfant victime, un système où bien peu de gens veulent se mouiller, un système où l'on ne voit que ce que l'on a envie de voir et de croire que ce que l'on a envie de croire.

Et c'est avec une écriture tout à fait étonnante que Cathy Glass nous livre ici son expérience avec Aimée et Susan, la mère de la fillette. Un style d'où transpire la colère qu'elle renferme mais aussi tout l'amour qu'elle éprouve pour son prochain. Car cette écriture est aussi une écriture qui regorge de bienveillance et de tendresse, qui redonne foi en l'humanité et permet d'entendre l'aide apportée à Aimée.

En conclusion...


Voici un témoignage qui est à vous glacer les os tant il est difficilement concevable d'imaginer tout ce que la jeune Aimée a eu à subir. Voici un témoignage qui démontre que l'aide à l'enfance à encore beaucoup à faire pour être efficace. Voici un témoignage qui rappelle qu'il existe des gens formidables comme Cathy qui savent contrebalancer l'horreur.
L'auteur a conter dans différents ouvrages ses différentes expériences avec différents enfants et j'espère bien en lire d'autres.

On m'a volé ma vie - Jaycee Dugard



Infos sur le livre

éditions : L'Archipel
date de publication : 04-04-2018
pages : 288
prix : 7,80€

Résumé éditeur


« Jusqu’en 1991, j’étais une enfant comme les autres. Je faisais des choses normales. J’avais des amis et une mère aimante mais, un jour, on m’a volé ma vie... Je suis restée prisonnière pendant dix-huit ans. J’ai été un objet dont quelqu’un a usé et abusé. Pendant dix-huit ans, on m’a interdit de prononcer mon nom. Je suis devenue mère, et on m’a forcée à devenir la sœur de mes enfants. Pendant dix-huit ans, j’ai supporté l’insoutenable. Le 26 août 2009, j’ai retrouvé mon nom. Je m’appelle Jaycee Dugard. J’ai survécu. Ceci est mon histoire, écrite avec mes mots, à ma manière, de la façon dont je me la rappelle. »

Pourquoi ce livre ?


Merci aux éditions de l'Archipel grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce témoignage très fort et tellement terrible.

De quoi est-il question ?


Jaycee était une fillette heureuse, aimant ses parents et sa soeur elle allait à l'école, avait des amis et s'entrevoyait un avenir radieux. C'était sans compter sur Philipp Garrido qui, un jour, alors qu'elle n'a que onze ans, la kidnappe, l'enferme dans une cave sans lumière, lui impose de nouvelles règles de vie, la viole et lui fait des enfants.

Bientôt, Jaycee n'a même plus le droit d'user de son vrai nom et pourtant, de temps en temps, elle pourra sortir dans les boutiques, toujours accompagnée de Nancy, la femme de Philipp, une femme qui la jalouse. Mais personne ne la reconnaîtra tendis que l'adolescente ne peut survivre que par la seule présence des quelques animaux que son bourreaux lui offre parfois.

Jusqu'au jour où Jaycee tombe enceinte et devient mère, trop tôt. Sous l'emprise de ceux qui la garde sous leur coupe, Jaycee tentera par tous les moyens de survivre à son enfer avec toujours cette même ambiguïté entre la peur du monde extérieur et le besoin viscéral de liberté. Le cauchemar de Jaycee durera 18 jusqu'à ce que le hasard la sauve...

Du côté de la forme...


Cela faisait un petit moment que je ne vous avais pas parlé témoignage et je dois dire que cela commençait à me manquer. Les destins d'enfances brisés sont toujours des titres très forts je crois important de s'y confronter parfois.

Sans doute l'histoire de Jaycee Dugard avait dû faire la une des médias mais peut-être plutôt aux Etats-Unis. En tout cas, personnellement, je ne me souviens pas en avoir entendu parler plus que ça et pourtant ce genre d'histoire aurait dû faire la une des journaux. Une fillette de 11 ans kidnappée pendant 18 ans, l'horreur est telle qu'elle est difficilement concevable.

Il va donc être question ici de suivre Jaycee, au fil de sa pensée, des années après sa libération, revenant sur les souvenirs qu'elle a de ses années de terreur. Et ce que je retiendrai de ce témoignage, c'est surtout l'extrême pudeur de son auteure qui ne fait ni dans le larmoiement ni dans l'étalage des sévices subits. L'important est dans le fait, toujours le fait.

L'empathie du lecteur est donc fortement mise à contribution en ce qu'il est contraint de combler les blancs laissés par l'auteure. Et sans doute est-ce cela qui force plus encore la puissance de ce témoignage qui en un minimum de temps couvre 18 ans d'une vie. De quoi rappeler aussi les mécanismes de défense de notre cerveau qui se protège comme il le peut.

Mais ce qui m'a surtout frappée ici, c'est le recul dont l'auteure fait preuve entre son souvenir, son ressenti de l'époque et ce qu'elle en retire des années plus tard. Tout le monde n'aurait pas cette force d'esprit et d'autant plus par rapport à l'amour que l'auteure porte à ses filles, des filles conçues dans la plus grande horreur. La force de l'amour contre le mal.

Le style de l'auteure est finalement assez journalistique et rend compte d'horreurs et de maltraitances par un détachement qui peut surprendre mais qui, surtout, produit a contrario toute la réalité d'une époque qui ne sait pas confondre les coupables ni voir ce qui est sous ses yeux. Une belle critique intrinsèque de notre société...

En conclusion...


Voici un témoignage que j'avais très envie de découvrir et qui m'a semblé bien différent de tous ceux que je peux avoir l'habitude de lire. Voici un témoignage où le détachement fait la force du texte et où les blancs rendent compte des années d'horreur subies. De quoi remettre en cause nos plaintes quotidiennes sur nos vies tranquilles.

vendredi 16 novembre 2018

Trembler - Catherine Laborde



Infos sur le livre

éditions : Plon
date de publication : 11-10-2018
pages : 160
prix : 16,90€

Résumé éditeur

Dans ce livre vérité sur la maladie de Parkinson dont Catherine Laborde est victime, elle raconte tout en pudeur, émotion, humour aussi, ce mal qui touche plusieurs milliers de personnes, malades et aidants inclus. " Après avoir réfléchi à mon quotidien, j'établis ainsi la liste non exhaustive des symptômes de la maladie de Parkinson qui me touchent : trembler, baver, tourner en rond, crampe, ralentissement de la marche, hésitations, mémoire récente défaillante, discours incohérent, cauchemars, perte de repères géographiques, main gauche tordue, constipation, larmes, sentimentalisme, trébuchements, insomnies, hallucinations fugaces. Mais aussi fourmillement dans les pieds, le dos, peur des escaliers, des vélos, de la vitesse, des bêtes sauvages, d'être abandonnée, d'être seule la nuit, peur de tout, perte des repères géographiques, généalogie incertaine, déambulations sans objet. Est-ce que tout cela fait une maladie ? "

Pourquoi ce livre ?

Après avoir déjà lu deux autres titres de l'auteur, c'est sans hésiter bien longtemps que j'ai décidé de me plonger dans ce témoignage des plus poignants.

De quoi est-il question ?

Tout commence par une soirée d'hiver, une soirée comme tant d'autres avec un dîner et une tranquille soirée au programme. Un moment de quiétude brisé par un tremblement de la main, un tremblement insignifiant. Pour l'auteur, ce tremblement ne veut rien dire mais quand même, une visite chez le médecin s'impose.

L'auteure découvre alors qu'elle est atteinte d'une maladie incurable : la maladie de Parkinson, une maladie qu'elle mettra un point d'honneur à ne jamais nommer vraiment. Car dès à présent, il va falloir apprendre à vivre avec ça, avec l'idée que rien n'ira en s'arrangeant, avec l'idée qu'il va falloir continuer à vivre malgré tout.

Depuis quatre ans, depuis que le terrible diagnostique a été posé, l'auteure tente envers et contre tout de se battre contre son propre corps. Aujourd'hui, elle nous livre son témoignage au nom de tous les malades, au nom de tous les aidants. Un témoignage de l'intérieur où le corps devient une prison sans issue possible.

Du côté de la forme...

Il y a quelques années, j'avais eu le plaisir de découvrir la plume de Catherine Laborde dans deux de ses précédants ouvrages et j'avais été très touchée par sa capacité à raconter des choses fortes. Son nouveau récit avait donc de quoi m'attirer.

Même si j'en lis un peu plus ces derniers temps, il est vrai que les livres de célébrités n'est pas le genre qui m'attire le plus. Pourtant, Catherine Laborde fait partie de ces "gens connus" qui pour moi sont aussi de très grands auteurs. Et en l'occurence, par le biais de son témoignage, l'auteure ici le prouve encore par un parti pris puissant du récit de sa maladie.

Ici, nous suivons donc le parcourt d'une femme de l'annonce de sa maladie jusqu'à cet instant où elle comprend qu'elle doit profiter de chaque instant. Et c'est une Catherine Laborde poignante de sincérité que nous découvrons ici. Sincérité mais humanité aussi dans sa volonté de parler  chacun : malades, aidants... mais aussi à tous ceux qui sont hors de ces tourments.

Sans jamais virer dans le pathos, l'auteure nous conte des faits, son ressenti face à la maladie et son nouveau rapport à l'autre avec cette nouvelle facette d'elle-même. Et il est vrai qu'à la lecture de ce témoignage, nous commençons à porter un regard neuf sur cette maladie dont nous connaissons tous le nom mais sans la connaître vraiment.

Mais ce qui est surtout touchant ici, c'est la manière dont l'auteure nous transporte dans son propre regard et nous laisse ressentir ce qu'elle peut ressentir : difficultés à écrire parfois certains mots, épreuve à l'idée de garder un contact avec ses proches. Car bien que nous parlant d'elle, Catherine Laborde conserve à la fois cette pudeur et cette écriture brut qui ne laissent pas insensibles.

Quel bonheur que d'avoir retrouvé la plume si poétique d'une auteure qui mérite d'être connue en tant que telle et non pas seulement pour avoir été "Madame météo". Et quelle force que d'avoir découvert le parti pris éditorial choisi qui change de tous ces témoignages dont on peut avoir l'habitude. Les références à la littérature et à Montaigne se font alors témoin d'un besoin de vie des plus touchants.

En conclusion... 

Voici un témoignage que j'attendais de lire avec impatience et que j'ai eu le bonheur de me procurer en rencontrant l'auteure lors de la foire de Brive. Ce témoignage, je l'ai dévoré et ai été très touchée par ce qu'il raconte mais ai aussi été très sensible par le style de l'auteur qui fait le choix de conserver dans le texte ses difficultés à écrire. Une grande force de l'ouvrage ! 
A tous ceux qui s'interrogent sur la maladie de Parkinson, je conseille ce témoignage différent qui force l'admiration. 

jeudi 6 septembre 2018

Debout - Rose McGowan



Infos sur le livre

éditions : Harper Collins
date de publication : 28-02-2018
pages : 256
prix : 18€

Résumé éditeur


«  Au cours de ma vie, j’ai fui une secte toxique pour mieux tomber dans une autre, la plus puissante de toutes  : Hollywood. » Rose McGowan est une survivante. Repérée dans la rue après des années d’errance puis propulsée au rang de star, elle est rattrapée par le rouleau compresseur d’un système intrinsèquement sexiste et violent. À chaque rôle, chaque apparition publique, chaque couverture de magazine, elle est marketée comme un produit destiné à faire vendre. Devenue le rouage d’une machine qui engrange des milliards de dollars chaque année, elle a le sentiment qu’on lui pirate son identité. Hollywood attendait de Rose qu’elle soit docile. Au lieu de cela, elle s’est rebellée. Et elle a parlé. DEBOUT est une autobiographie qui se lit comme un manifeste. Le récit cru, sincère et poignant d’une activiste déterminée à dévoiler la vérité sur l’industrie de l’entertainment.

Pourquoi ce livre ?


A la parution de ce témoignage, l'actrice faisant partie de ces actrices qui ont marqué mon enfance et suite aux polémiques sur les actrices abusées, je n'ai pas hésité très longtemps.

De quoi est-il question ?


Née en Italie, Rose McGowan a sur, dès sa plus tendre enfance, ce qu'obéir voulait dire. Parce que ses parents étaient membres des Enfants de Dieu, la jeune Rose a très vite eu affaire au pouvoir des hommes et à l'impossibilité pour les femmes de parler. Dès son plus jeune âge, elle a connu les humiliations et a vu ses parents se faire dévorer par une secte.

Et puis, un jour, Rose trouve le courage de fuir. Parce qu'elle a besoin d'argent, qu'elle ne sait pas faire grand-chose et qu'elle est jolie, elle devient figurante pour le cinéma. Très vite, elle doit subir les avances et même un viol de la part des producteurs. Et ces hommes de pouvoir parviennent très bien à lui faire comprendre qu'elle doit subir ou disparaître.

C'est ainsi que l'actrice Rose McGowan, derrière sa beauté, va très vite devenir une femme brisée, sous le joug des hommes, dans sa vie professionnelle et dans sa vie privée. Jusqu'au jour où elle trouvera le courage de parler, de dénoncer le monde de Hollywood, ce monde sans pitié destiné à rendre ceux qui y parviennent au summum de la docilité.

Du côté de la forme...


Je l'avoue, c'est bien parce que j'ai de nombreuses années été fan de Charmed que j'ai eu envie de découvrir ce témoignage. Le combat de l'actrice me touchant tout particulièrement, j'avais donc très envie de la soutenir avec mes maigres moyens qu'étaient notamment la lecture de ce livre.

Il est vrai que lorsque nous voyons des personnages à l'écran, il est plutôt rare de se demander quelle peut être la vie de l'acteur ou de l'actrice derrière. Plus encore quand on est jeune. Alors, oui, lorsque je me faisais plaisir devant Charmed, jamais je n'aurais pu imaginer ce que vivait Rose McGowan derrière l'écran et, moins encore, les troubles de son passé.

Car la vie de Rose McGowan est loin d'être un fil paisible. Bien au contraire. Grandir dans une secte, se faire violer à l'adolescence, se retrouver coincée dans un monde machiste à souhait... La plupart des gens perdrait pied à moins ! Au fil de ma lecture, je n'ai donc pu m'empêcher de me demander comment cette femme avait pu résister à tout cela.

Mais elle a survécu et dans son témoignage se fait le porte-parole de toutes ces femmes de Hollywood, brisées pour subvenir à un idéal sur les écrans. Rose McGowan dénonce la machine Hollywood, cette même machine dont de nombreuses jeunes filles rêvent, et tous ceux qui, de près ou de loin, font que rien de change, font que la machine fonctionne.

Le lecteur lui-même est pris à parti car en regardant les films hollywoodiens, il intègre les valeurs que le système véhicule. Rose McGowan ne mâche pas ses mots et attaque. Son combat, c'est celui de toutes les femmes. Son combat, elle le mène pour qu'un jour plus de femmes puissent donner de la voix dans l'entreprise du cinéma.

Pour autant, je dois aussi dire que j'émets une petite réserve sur l'angle d'attaque de l'auteure. Car si je conçois que la machine hollywoodienne soit masculine et machiste, je me demande si le problème n'est pas plus une question de statut que de sexe. L'auteure accuse les hommes de jouer avec l'image de la femme objet mais nul besoin de chercher longtemps pour voir que l'homme aussi doit être beau et musclé au cinéma.

Ce qui m'a plu dans ce témoignage, c'est le caractère incisif de l'écriture qui ne peut nous laisser indifférent et fait réfléchir sur les réalités derrière les apparences. Pour autant, le caractère parfois dur des mots employés par l'auteure semble laisser entendre que tous les hommes sont des bêtes assoiffées de sexe. Jamais il n'est question de ces jeunes hommes utilisés pour être juste des "beaux mâles" et c'est dommage.

En conclusion...


Voici un témoignage que j'étais très curieuse de pouvoir découvrir et qui ne m'a pas laissée indifférente en ce qu'il m'a imposé une réalité que j'étais bien loin d'imaginer. Grâce à ce texte j'ai découvert l'incroyable personnalité d'une actrice que je ne connaissais que pour le rôle majeur de sa carrière. Et même si j'éprouve quelques réserves par rapport à l'angle de vue choisi par l'auteure, je dis chapeau !
Dans son livre, Rose McGowan explique sa volonté de faire entendre sa voix dans la chanson et je serai curieuse de découvrir.

vendredi 20 juillet 2018

Résiste - Jeanne Pelat



Infos sur le livre

éditions : Bayard
date de publication : 05-11-2015
pages : 250
prix : 14,50€

Résumé éditeur


Marraine du Téléthon 2004, à huit ans, Jeanne Pelat a touché tous les Français par son courage et son témoignage depuis dix ans. A huit ans, elle espérait qu'un "Docteur Saitout" trouve un remède magique à sa maladie diagnostiquée à l'âge de six ans. Un an après, Jeanne ne marchait plus. Aujourd'hui, la jeune fille de 18 ans est incapable de se débrouiller seule dans la vie quotidienne. Elle se bat contre la souffrance mais aussi et surtout contre l'exclusion du handicap. Elle a ému la France entière et de nombreuses personnalités qui l'ont rejointe dans son combat : Sophie Davant, Sandrine Kiberlain, Nagui... "Je veux que les portes s'ouvrent", écrit-elle dans son témoignage.Elle raconte dans ce livre pour la première fois son long combat contre une maladie qui a pris d'assaut son corps, les multiples opérations, sa vie de famille, amicale, et ses études. Elle donne à tous une formidable leçon d'humanité.

Pourquoi ce livre ?


C'est lors de l'un de mes passages annuel à la Librairie de la Grotte à Lourdes que je suis tombée sur ce témoignage. Achetant toujours au moins un livre dans cette librairie, j'ai donc craqué pour celui-ci.

De quoi est-il question ?


Au départ, Jeanne était une fillette comme les autres. Mais alors qu'elle n'a que quatre ans, elle, ses parents, le personnel de l'école se rendent compte qu'elle tombe souvent. Bien que n'étant qu'une enfant, Jeanne sent bien que, déjà, elle n'est pas comme les autres. Et puis un jour, la fatalité tombe : Jeanne est atteinte de myopathie et, en prime, d'une forme extrêmement rare de la maladie.

Dès lors, la vie de Jeanne et de sa famille se transforme en parcourt du combattant. Il s'agit de trouver des médecins, des kinés et plus tard un fauteuil. Il s'agit de trouver les meilleurs solutions pour que Jeanne continue sa scolarité et pour retarder la maladie. Mais il s'agit aussi, pour ses parents, de remplir des montagnes de dossiers et de trouver des fonds.

Pourtant, Jeanne s'interdit de se laisser abattre et souhaite plus que tout de continuer à se battre pour la vie et pour l'avenir. En quelques années, elle deviendra l'un des plus forts porte-parole du Téléthon et ne cesse de se battre, jour après jour, pour la recherche. Pour la recherche mais aussi pour changer le regard des gens autour ce à quoi elle s'emploie ici encore.

Du côté de la forme...


J'aime les témoignages. J'aime découvrir le courage que je n'aurai jamais chez des personnes incroyables et Jeanne Pelat et sans nul doute l'un des plus forts exemples en la matière. C'est donc avec beaucoup d'émotion que j'ai ouvert ce livre et c'est très émue que j'en suis ressortie.

Il est vrai qu'en débutant ma lecture, je me suis interrogée sur le caractère peut-être commercial de ce livre : un témoignage écrit par celle que l'on ne détache plus de toutes les actions autour du Téléthon... bref... Mais très vite, je me suis dégagée de cette idée préconçue pour m'attacher directement à la voix de Jeanne et j'ai été troublée. Par son combat, certes, mais aussi par sa force de vivre.

Jamais Jeanne ne se plaint. Bien sûr elle souffre et ne s'en cache pas, bien sûr elle peut parfois avoir un sale caractère et bien sûr le quotidien est loin d'être facile mais jamais elle n'écrit pour qu'on la plaigne. Elle écrit pour qu'on la suive dans son combat. Un combat non pas contre SA maladie mais contre TOUTES les maladies. Et une telle force m'a épatée.

Alors bien sûr Jeanne Pelat est la jeune fille à laquelle on pense à chaque fois que l'on dit Téléthon mais à la suite de cette lecture, on ne peut que penser à la jeune fille étonnante qu'elle est au-delà de la maladie : une jeune fille belle, intelligente et ayant la rage de vivre. Une jeune fille qui aime s'amuser et avec qui la vie doit être loin d'être triste.

Mais ce que j'ai surtout aimé dans ce texte, c'est la capacité de l'auteure à remettre les choses à leur place, dénonçant les polémiques autour du Téléthon ou les comportements honteux de certaines personnes. Sans parler de tous ceux, trop nombreux, qui par orgueil ou ignorance pensent tout savoir mieux que tout le monde que ce soit dans le cadre médical ou dans le cadre médiatique.

Au niveau de l'écriture, nous sommes là face à un texte assez ambivalent. D'un côté, nous avons là un texte empreint de maturité et de force mettant des mots des épreuves et une soif de vivre. Un texte écrit par une jeune fille s'apprêtant à devenir journaliste et ça se sent. Mais dans le même temps, ce témoignage est écrit par une toute jeune fille et cela se sent aussi par des expressions et un caractère. Bravo !

En conclusion...


Voici un témoignage qui m'intriguait beaucoup et que je ne peux que vous conseiller de lire. A travers toute la simplicité qui la caractérise Jeanne Pelat nous révèle son histoire, ses doutes mais aussi ses joies. Et à tous ceux qui critiquent le Téléthon parce qu'ils n'ont rien d'autre à faire, lisez ce texte pour voir à travers les yeux de Jeanne ce que nous, devant notre télé, ne verrons jamais.

jeudi 28 juin 2018

Dites-moi d'où je viens - Philippe Sarran



Infos sur le livre

éditions : City
date de publication : 11-04-2018
pages : 224
prix : 16€

Résumé éditeur

Philippe apprend à l’âge de six ans qu’il est «  né sous X  » et a été adopté. Même s’il est très heureux dans sa famille adoptive, il n’a qu’une idée en tête  : connaître cette mère qui l’a abandonné comme un moins que rien et l’a donné aux services sociaux un matin d’avril 1967. La quête de ses origines devient obsessionnelle et, après une adolescence difficile, il va y consacrer près de dix ans. Un véritable parcours du combattant face à une administration française méprisante, qui n’a aucune compassion pour les enfants adoptés et ne leur reconnaît aucun droit. Philippe raconte ce douloureux travail d’enquête qui lui permettra finalement de retrouver la trace de sa mère biologique. Il va surtout découvrir quelque chose qui va l’apaiser et le réconcilier avec son histoire  : les liens du cœur sont plus essentiels que les liens du sang. Le témoignage courageux et émouvant d’un enfant face au mur de l’adoption.

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions City grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce témoignage très fort d'un sujet encore trop tabou dans notre société.

De quoi est-il question ?

Philippe n'est qu'un enfant lorsque ses parents lui apprennent que lui et son frère jumeau ont été adoptés, très jeunes, alors qu'ils étaient nés sous X. Dès l'enfance, le jeune garçon le sait et apprend à grandir avec sans peine, sans rancoeur mais avec, toujours, ce petit quelque chose au fond de lui le poussant à aller à la découverte de qui il est.

A l'adolescence, la quête des origines commence à devenir obsédante avec la volonté de tout faire pour mettre à l'épreuve les parents d'adoption. Philippe est mal dans sa peau, mal dans son corps, mal avec avec son passé. Et alors que ses parents divorcent, alors que son père tombe malade, le jeune garçon a de plus en plus besoin de savoir qui il est.

A l'âge adulte, il partira donc à l'asseau de son histoire et de l'administration afin de conquérir ce qu'il estime lui revenir de droit, son histoire. Mais face aux mystères, aux non-dits et à la nécessité de protéger la mère plus que l'enfant, Philippe devra faire preuve d'un courage et d'une détermination sans faille pour, enfin, mettre des mots sur ses maux.

Du côté de la forme...

Le témoignage est toujours un genre qui prend aux tripes et dans lequel j'aime me plonger de temps à autres, en variant les thématiques bien sûr. Et étrangement, la thématique de l'adoption est de celle dont je n'ai lu que très peu d'ouvrages. Celui-ci était donc l'occasion.

Nous sommes ici dans un témoignage en bonne et due forme. L'auteur, avec son regard d'adulte, va poser des mots sur son ressenti d'enfant et nous conter son combat pour retrouver ses origines et comprendre qui il est. Un témoignage comme il se doit fort en émotions et en tensions pour tenter de comprendre une situation que le lecteur ne connait pas.

Comme souvent, l'auteur se fait ici aider d'un spécialiste de la retranscription de témoignages, Frédéric Veille, et une fois encore c'est avec brio que le rendu est donné. D'autant que là, le témoignage pur et dur se mêle à des documents et à des textes plus officiels pour plonger le lecteur dans le propos et lui faire entendre toute la difficulté de l'entreprise des recherches.

Il est vrai que, de fait, nous ne sommes pas là dans du témoignage larmoyant comme on peut en avoir l'habitude. C'est au contraire avec beaucoup de justesse et de recul que l'auteur nous conte, certes, son expérience mais tente aussi de donner un caractère universel au propos qu'il tient comme pour se faire la voix de tous les adoptés.

Un peu trop d'ailleurs car, au fil de ma lecture, sans doute aurais-je aimé que l'ensemble soit un peu plus fouillé. Ici, tout donne le sentiment que les recherches aboutiront très vite pour l'auteur ce qui tranche avec les difficultés dont il parle et pourra peut-être même être contre-productif à certains égards ce qui est dommage.

Concernant le style, nous sommes dans le style du témoignage avec l'émotion qu'il se doit et la force de l'auteur qui transparaît à chaque page. Pour autant, je dois avouer que je n'ai pas vraiment réussi à entrer pleinement dans ce témoignage sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi. Sans doute tout va-t-il trop vite pour que je sois vraiment touchée.

En conclusion...

Voici un témoignage que j'étais très curieuse de pouvoir découvrir et avec lequel j'ai été touchée mais sans plus. Voici un témoignage qui se mêle au document et qui donne un tableau de l'adoption en France par un auteur qui propose un point de vue le plus large possible sur le sujet. Voici un témoignage intéressant à découvrir car il interroge un sujet encore trop tabou dans notre société.

samedi 26 mai 2018

Je suis né à 17 ans - Thierry Beccaro



Infos sur le livre

éditions : Plon
date de publication : 15-02-2018
pages : 288
prix : 17,90€
 
Résumé éditeur

Thierry Beccaro, animateur de télévision et comédien parmi les plus populaires, témoigne pour la première fois sur son passé d'enfant battu. Il se livre aujourd'hui afin de libérer la parole sur ce fléau dont souffrent des milliers d'enfants dans notre pays. Afin de leur montrer qu'il est possible, un jour, d'y échapper et de passer de l'autre côté de la rive... A 61 ans, Thierry Beccaro compte parmi les animateurs de télévision les plus populaires auprès du grand public, notamment comme présentateur du jeu Motus sur France 2 depuis 1990 ou comme joker de William Leymergie pour Télématin. Depuis plus de 20 ans il s'illustre également comme comédien, notamment au théâtre où il accumule les grands succès populaires à Paris comme en province. Thierry Beccaro, apprécié pour sa bonne humeur et sa gentillesse, a en réalité toujours cherché à lutter et à enfouir un terrible secret qu'il confie pour la première fois : celui d'un enfant battu. Victime de terribles violences dont le souvenir aura constitué un traumatisme profond jusqu'à ces dernières années, il témoigne aujourd'hui afin de libérer la parole sur ce fléau dont souffrent des milliers d'enfants dans notre pays. Afin de leur montrer qu'il est possible, un jour, d'y échapper et de passer de l'autre côté de la rive... 

Pourquoi ce livre ?

Lorsque j'ai vu que cet animateur dont j'apprécie beaucoup le travail sortait un témoignage, je n'ai pas su résister très longtemps avant de décider de le lire et le trouver en occasion fut, justement, une belle occasion.

De quoi est-il question ?

De Motus à Télématin en passant par le Grand concours des animateurs auquel il participe régulièrement, Thierry Beccaro fait partie de ces animateurs de la télévision que nous apprécions pour son travail, pour sa sympathie mais aussi pour sa discrétion. Une discrétion due à un passé que nous serions bien en mal d'imaginer.

Car l'enfance de l'animateur est bien loin d'être une enfance dorée. Connaissant très tôt les discriminations dues à ses origines italiennes, le jeune Thierry est aussi un enfant qui devra très vite faire avec la violence d'un père porté sur l'alcool. Un père pour qui il ne fait jamais assez bien et qu'il verra trop souvent battre sa mère.

Dès lors, il n'aura de cesse de se battre pour se sortir de son carcan de souffrance, de s'émanciper pour échapper à son passé mais non sans se rendre compte que la vie est ainsi faite qu'il n'est jamais aisé d'oublier son histoire ou même de faire avec. Ce n'est qu'à la suite d'une longue thérapie que l'animateur aura appris à vivre avec lui-même.

Du côté de la forme...


Dès que ce livre est paru en librairies, j'ai su qu'il me faudrait le lire. S'annonçant très fort et par la voix de quelqu'un connu pour sa discrétion mais aussi son talent au théâtre et à la télévision, tout me donnait envie de découvrir ce texte.

Il est vrai que je me suis plongée dans ce témoignage avec l'idée que j'allais lire quelque chose de, certes, fort mais de guère différent des autres livres du même genre que j'ai eu l'occasion de lire. Et bien ce fut le cas, oui et non. Car si nous sommes bien là dans la tradition du témoignage, ce livre est aussi beaucoup plus.

L'auteur va en effet nous parler des drames de son enfance, de la maltraitance, de la peur au quotidien mais sans jamais aller jusque dans un goût déplacé de l'horreur et de "l'étalage de vie". Il parle de son enfance en toute simplicité et peut-être cela fait-il de ce livre un témoignage bourré de sous-entendus plus fort encore que si tout était dit.

Mais ce témoignage est surtout celui d'une renaissance, d'un combat pour devenir quelqu'un, une preuve de courage et un véritable message d'espoir. Car ce roman présente aussi la maltraitance de manière nouvelle : rien n'est jamais tout blanc ou tout noir. Et parce que l'auteur l'a compris, il tente de nous le faire entendre.

Nous sommes ici dans un témoignage de célébrité et le passage est obligé pour l'auteur de parler de son métier et de son contact avec le public. Mais il le fait avec beaucoup de classe, sans condescendance avec une vraie gratitude pour tous ceux qui le suivent. Il ne nie pas non plus le fait que la notoriété est une clé non négligeable pour parler de faits importants et être entendu.

Concernant le style d'écriture, nous retrouvons ici le style du témoignage mais ce que je retiendrai de ce récit, c'est sa volonté de sobriété, de parler de sujet graves sans se faire plaindre. Nous retrouvons dans ce récit toute la discrétion et la volonté de ne pas faire de vagues de son auteur sans pour autant oublier d'utiliser les termes justes et de montrer toute l'influence de notre passé.

En conclusion...

Dès que ce livre est sorti, j'ai eu très envie de le lire et je dois dire que je n'ai pas été déçue de ma lecture. Car si j'ai eu là l'occasion de lire un témoignage comme je peux apprécier d'en lire, j'ai surtout découvert là un très beau message d'espoir et de courage desquels nous devrions tous nous inspirer. A découvrir !
Je dois avouer que je serais vraiment ravie, à l'occasion, de pouvoir rencontrer l'auteur au détour d'un salon.

vendredi 11 mai 2018

10 jours dans un asile - Nellie Bly



Infos sur le livre

éditions : Point
date de publication : 03-11-2016
pages : 168
prix : 6,10€

Résumé éditeur


Engagée en 1887 au New York World du célèbre Joseph Pulitzer, Nellie Bly a pour mission de se faire passer pour folle et d'intégrer un asile d'aliénés, le Blackwell's Island Hospital à New York. Elle y reste dix jours et en tire un brûlot. Dans ce reportage " undercover ", elle met en lumière les conditions épouvantables d'internement des patientes ainsi que les méthodes criminelles du personnel.

Pourquoi ce livre ?


Merci à ma chère Elo Melo de m'avoir offert ce petit livre qui me faisait tellement envie le jour où nous nous sommes enfin rencontrées.

De quoi est-il question ?


A la fin du XIXème siècle, Nellie Bly est journaliste pour le New York World, une journaliste très moderne en ce qu'elle a coeur de pénétrer incognito les milieux qui l'intéressent pour être au plus proche de la réalité de ce qu'il s'y passe. C'est ainsi qu'en 1887, elle se fera passer pour folle afin d'intégrer l'asile pour femme de New-York.

Et si Nellie savait que la situation des femmes dans ces lieux n'était guère enviable, jamais elle n'aurait pu croire que ces murs cachaient un tel enfer : des bains d'eau froide, de la nourriture dont même les animaux ne voudraient pas, des sévices corporels et, bien sûr, des menaces des infirmières si les malades parlent de quoi que ce soit. La menace surtout de n'être jamais crue parce que la folie est le maître mot des lieux.

D'autant que l'asile n'est pas seulement là pour les femmes réellement folles. Des femmes en pleine santé sont aussi là. Folles, elles le deviendront. Quel meilleur moyen que l'asile pour se débarrasser de ceux qui gênent, de ceux que l'on ne veut pas prendre le temps d'écouter ? Alors, pendant 10 jours, Nellie prendra des notes, réelles puis mentales, afin de dénoncer cet enfer.

Du côté de la forme...


La première fois que j'ai entendu parler de ce petit livre, j'ai su qu'il me faudrait le lire. Le sujet était trop important, trop grave, pour que je passe au-delà. Mais malgré tout ce que je pouvais imaginer, rien ne me laissait prévoir l'horreur de ce que j'allais lire.

Ce petit livre est la retranscription en livre d'un article paru dans le format à l'époque des faits. Pourtant, page après page, il est bien difficile d'imaginer que tout ce que raconte l'auteure est vrai. Car tout ce que raconte l'auteur, nous ne l'imaginons guère ailleurs que dans des films d'horreurs ou que dans l'imaginaire que l'on peut avoir des camps de concentration des décennies plus tard.

L'auteur se fait témoin de cet enfer et, en tant que journaliste, parvient fort bien à faire ressentir à son lecteur tout l'effroi de ce qu'elle vivra pendant quelques jours. Alors le lecteur ressent le froid, respire la puanteur, se sent lui-même crasseux. Et alors qu'il se dit que Nellie ne vivra cela que quelques jours, il se demande combien de temps certaines vécurent l'horreur...

Souvent, nous souhaitons retenir le meilleur de chaque époque. C'est humain et c'est ce qui nous permet de ne pas sombrer quand on parle de l'Histoire. Mais la vérité d'un temps, c'est aussi ce genre d'horreurs qu'il ne faut pas oublier. Les infirmières dont au long de ce récit sont odieuses, inhumaines et mériteraient bien quelques gifles. Mais ne sont-elles pas représentatives d'une époque ?

Faisant suite à ce récit, le livre contient également deux autres petits compte-rendu de Nellie Bly : l'un lorsqu'elle voulu être domestique, l'autre lorsqu'elle tenta l'expérience de l'usine. Et là encore, les comportements ne sont pas glorieux. L'ensemble des droits nous donne alors un aperçu assez précis de ce que pouvait être la vie à New York à l'époque.

Concernant le style de l'auteure, et bien nous sommes là dans un style journalistique en bonne et due forme qui ne change finalement pas tellement d'un style journalistique moderne. Un style net et précis, allant à l'essentiel pour une auteure n'hésitant pas à mettre en avant des sujets qui fâchent au risque même de sa propre liberté. Bravo !

En conclusion...


Voici un petit livre que j'étais très curieuse de pouvoir découvrir, que j'ai dévoré en peu de temps et qui m'a totalement chamboulée. Si le sujet m'intéressait et si je savais que ce ne serait pas une lecture plaisante, je ne m'attendais toutefois pas à autant d'horreur. A découvrir pour tous les amateurs d'histoire du XIXème siècle, à tous ceux qui n'ont pas peur de la vérité.
Nellie Bly est également l'auteure d'autres récits, à voir si je me laisserai tenter.

samedi 5 mai 2018

Je ne suis pas un auteur jeunesse - Vincent Cuvellier



Infos sur le livre

éditions : Gallimard Jeunesse
date de publication : 23-03-2017
pages : 128
prix : 15€

Résumé éditeur


Je m'appelle Vincent, Vincent Cuvellier, j'ai 46 ans, je suis le papa d'un petit garçon, je suis écrivain, et le général a raison, je suis quand même un peu un sacré branleur. Oui, j'ai dit écrivain, je n'ai pas dit auteur jeunesse. Pourquoi je ne dis pas auteur jeunesse ? Ben, je sais pas, je ne connais pas ce métier, je ne sais pas ce que c'est, auteur jeunesse, pour moi ça ne veut rien dire... écrivain, ça a plus de gueule. Auteur jeunesse, je sais pas, c'est un peu cucul la praline à dire... comme si, parce qu'on écrit pour les gamins, on n'assumait pas complètement la dimension artistique du métier. Genre, on serait des auteurs, ça suffit, pour les mômes, c'est bien bon. Pour moi, c'est simple : je fais des livres, j'écris, donc, je suis écrivain. J'imagine un musicien qui ferait des disques pour enfants et qui dirait «je suis compositeur jeunesse».

Pourquoi ce livre ?


C'est dans le cadre d'un travail à rendre pour la fac que je me suis plongé dans ce livre que je n'aurais sans doute jamais découvert autrement.

De quoi est-il question ?


Vincent Cuvellier est auteur jeunesse, écrivain plutôt, pourquoi faire une distinction ? Connu pour nombre de ses titres et notamment sa série Emile, c'est pourtant là une réflexion sur son métier d'écrivain qu'il se propose de faire par le biais d'une rétrospection sur comment devient-on auteur jeunesse et sur comment le reste-t-on.

Car être auteur jeunesse, ce n'est pas de tout repos. Payé une misère, l'auteur doit parfois carburer pour rendre ses textes payés une misère, enchaîner les rencontres scolaires ou encore les dédicaces en salon du livre qui ne sont pas toujours de tout repos. Mais le pire est peut-être bien que personne ne se rende compte de tout ça.

Nombreux sont ceux qui ne parviennent pas à voir le métier d'auteur comme un vrai métier ou, a contrario, comme un métier si bien payé que les auteurs sont bien mal placés pour se plaindre. Alors ici Vincent Cuvellier brise les tabous et pose des mots sur la situation d'un auteur, pose des mots sur ce que personne ne sait hors des métiers du livre.

Du côté de la forme...


Si je m'y suis toujours plus ou moins intéressée, c'est surtout depuis que j'ai repris mon master en édition que j'ai eu la chance de pouvoir découvrir beaucoup de faces cachées des métiers du livre. Je dois donc dire que j'étais plutôt curieuse à l'idée de lire l'avis d'un auteur sur la question.

Rares sont les livres à portée de tous traitant des questions de la situation des auteurs jeunesse en France. Si l'on exclu de l'équation les initiés, ces questions sont inconnues du grand public et, ici, l'auteur prend le parti de changer ça. Une décision pas banale mais surtout pour un texte qui reste accessible au plus grand nombre ce qui est une très bonne chose.

Ce que j'ai aimé ici, c'est l'habile mélange que propose l'auteur entre son expérience personnelle et des généralités touchant tous les auteurs. J'ai tout particulièrement apprécié les passages où l'auteur dévoile la précarité dans laquelle vivent les auteurs, une précarité qui leur impose parfois de publier des titres dont ils ne sont pas forcément satisfaits.

Mais ce qui fait toute la force de ce livre, c'est l'humour qu'il contient, un humour qui laisse la part belle à la réflexion entre la manière que l'on a parfois à analyser la littérature de jeunesse ou les dialogues intérieurs que l'auteur se propose d'avoir avec De Gaulle, Claude François ou encore Lino Ventura, rien que ça.

Il faut l'avouer, peut-être l'auteur manque-t-il parfois d'un peu de tact pour faire passer ses idées mais force est de constater que c'est actuellement ce qui fonctionne. Ainsi, même si parfois le lecteur peut avoir le sentiment de se prendre une grosse baffe, sans doute est-ce cela qui lui faut pour tout simplement comprendre et réagir.

J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir le style d'un auteur que je n'avais jamais lu et ai su apprécier cette écriture à la fois offrant des informations précises et essentielles et à la fois par des mots qui ne sont pas complexes et qui brisent le tabou de ce sujet pour les seuls initiés. J'en ai déjà parlé mais aussi beaucoup apprécié l'humour de cette écriture.

En conclusion...


Voici un ouvrage que je n'aurais sans doute jamais lu sans mes études et je serais franchement passée à côté de quelque chose de pas mal du tout. Par des métaphores simples et drôles, l'auteur parvient avec brio à nous laisser entrevoir ce que c'est que d'être auteur jeunesse et je dois dire que nombreux sont ceux qui devraient lire cet ouvrage pour comprendre certaines réalités.
Je dois bien dire que cet essai m'a donné envie d'aller découvrir les autres livres de l'auteur.