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dimanche 27 juin 2021

Le secret du médaillon - Nicole Tardy

  

Infos sur le livre

éditions : Mot Passant

date de publication : 25-04-2019

pages : 400

prix : 20€

 

Résumé éditeur

Alors que Saint-Étienne est en pleine expansion grâce à ses usines d´armement approvisionnant l´armée napoléonienne, Adélaïde fait la douloureuse expérience de l´injustice sociale. Bien que travaillant commebrodeuse chez la plus renommée des couturières de la ville, elle a du mal à vivre décemment. Pour remédier au problème elle pourrait vendre le médaillon en or qu´elle porte depuis sa naissance, mais elle a juré à sa mère de ne jamais s´en défaire. Elle finit par s´engager comme serveuse de nuit dans une taverne. Un soir, elle est menacée par un jeune bourgeois arrogant et sans scrupules. Adélaïde devrait le haïr, pourtant elle se sent attirée comme le papillon par la flamme. Se brûlera-t-elle les ailes ?Une intrigue pleine de rebondissements qui, de la vie dissolue des noctambules aux agissements troubles des hommes de pouvoir, amènera l´héroïne à découvrir sa véritable identité. .

 

Pourquoi ce livre ?

Au sortir du premier confinement, je me suis laissée tenter par ce roman que je suis ravie d'avoir enfin pu prendre le temps de lire.

 

De quoi est-il question ?

Bien que fraîche, intelligente et pleine de vie, Adélaïde connaît très jeune ce que signifie le mot misère auprès de sa mère, de son frère et de sa soeur. A peine sortie de l'enfance, elle perd sa mère malade mais trop pauvre pour se payer les services d'un médecin. Désormais seule, la jeune fille doit apprendre à survivre bien qu'ayant un métier et son frère pour la soutenir.

Parce que la vie est rude, l'hésitation entre vendre son médaillon et le conserver comme elle l'a promis, d'autant que sa patronne est bien décidée à lui en faire voir de rudes pour bien la ramener à sa juste place de pauvressee. Heureusement pour elle, elle fait la rencontre d'un homme qui ne la laisse pas insensible mais dont son frère semble être inexplicablement jaloux.

Un soir, désespérée, Adélaïde accepte d'être engagée comme serveuse dans un bar mal fréquenté de Saint-Etienne sans se douter qu'il lui sera demandé bien plus que le simple fait de faire le service. De là, elle est menacée et prise à partie par des hommes bien décidés à faire d'elle ce qu'ils veulent alors même que les secrets de son passé sont sur le point d'être dévoilés.

 

Du côté de la forme...

Ne connaissant pas les romans de l'auteure, ce titre était pour moi une grande découverte. Etant originaire de Saint-Etienne, un roman s'y déroulant n'étant donc fait que pour me plaire et c'est sans hésitation que je me suis plongée dans cette histoire.

Dès le prologue de ce roman, le ton est donné pour donner l'idée au lecteur du secret qui va suivre mais sans trop en dire pour garder un suspens efficace. On sait tout de même que l'auteure va jouer sur les codes entre les milieux les plus riches et les quartiers les plus pauvres ce qui n'est pas sans nous toucher et garder nos sens en éveil.

Pourtant, très vite, nous découvrons une Adélaïde adulte et prisonnière d'un monde sans pitié au sein duquel  s'enchaîneront pour elle les épreuves. De quoi mettre en avant la misère humaine, les conflits du quotidien, la peur mais aussi la réalité de la vie dans les villes minières pour les plus pauvres. Une histoire en opposition avec la vie dans les campagnes bien différente.

Retrouver des endroits que l'on aime dans un roman est toujours un moment appréciable, agréable et efficace. Reconnaître une rue, revoir un quartier, imaginer la vie dans une autre époque... Et c'est ce que j'ai eu ici à travers les rues de Saint-Etienne. De quoi redécouvrir ma ville, déjà bien triste aujourd'hui, dans un état de misère peu imaginable mais aussi plein de vie.

Ce roman est une histoire de femme, une histoire d'émancipation mais surtout une histoire profondément ancrée dans un autre temps. L'auteure sait nous plonger dans cette époque et nous intriguer tout en nous offrant de nombreux rebondissements et aventures. Car la tendresse se mêle à l'action et tout est loin d'être rose dans ce roman où l'auteure ne joue pas d'euphémismes.

Côté style , l'auteure prend le temps de mettre en place des personnages et des cadres auxquels on croit et avec lesquels on a envie de passer du temps. Et si la première partie du roman sait jouer avec les codes du roman régional, la seconde nous embarque dans un roman d'aventures qui change de ce que l'on peut connaître habituellement.

 

En conclusion... 

Voici un roman avec lequel j'ai passé un très agréable moment grâce à une héroïne forte et touchante qui a su me faire retrouver une ville dont je suis partie mais qui me touche. Voici un roman dans lequel on se laisse prendre et que l'on découvre ligne après ligne avec beaucoup de tendresse. Voici un roman-pavé que l'on ne voit pas passer.

Je vous conseille ce roman et suis fière de m'occuper du nouvel opus de l'auteure.

dimanche 23 mai 2021

Le bal des fes folles - Victoria Mas

  

Infos sur le livre

éditions : Livre de poche (Albin Michel)

date de publication : 31-03-2021

pages : 236

prix : 7,40€

 

Résumé éditeur

1885 : comme chaque année, à la Salpêtrière, se tient le très mondain « bal des folles ». Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires. Cette scène joyeuse cache une réalité sordide : ce bal « costumé et dansant » n’est rien d’autre qu’une des dernières expérimentations de Charcot, adepte de l’exposition des fous. Dans ce livre terrible et puissant, Victoria Mas choisit de suivre le destin de ces femmes victimes d’une société masculine qui leur interdit toute déviance et les emprisonne. Parmi elles, Geneviève, dévouée corps et âme au célèbre neurologue ; Louise, abusée par son oncle ; Thérèse, une prostituée au grand cœur qui a eu le tort de pousser son souteneur dans la Seine ; Eugénie enfin qui, parce qu’elle dialogue avec les morts, est envoyée par son propre père croupir entre les murs de ce qu’il faut bien appeler une prison.

 

Pourquoi ce livre ?

Depuis sa sortie, ce roman me faisait très envie à tous les niveaux. La parution au format poche était donc enfin l'occasion de le découvrir.

 

De quoi est-il question ?

Elles sont filles de joie, meurtrières, filles déchues ou simplement femmes avides de liberté... dans une époque qui ne tolère aucune place aux femmes dans la société si ce n'est celle d'être mères et épouses. Nous sommes en 1885, à Paris, et ces filles sont faites prisonnières dans un asile où elles sont déclarées folles, sans nul espoir d'en réchapper.

C'est l'époque où toute femme libre est décriée comme hystérique, où un psychiatre de renom, un dénommé Charcot, estime que le sexe de la femme est source de tensions, de malêtre et de désoeuvrement de la pensée mentale. Alors ces filles décrites comme telles sont faites prisonnières et sont amenées à subir les plus violentes expériences au nom de la science.*

Dans ce monde effroyable, Eugénie est une adolescente de bonne famille, un peu trop libre aux yeux de son père. Mais, surtout, capable de converser avec les morts comme elle le fait avec son grand-père parti trop tôt. Le dévoiler la catégorise d'emblée comme folle tendis qu'à la Salpétrière se prépare l'événement de l'année : le bal où les folles rencontres les hommes du monde.

 

Du côté de la forme...

La question de l'hystérie au 19ème siècle, je dois dire que j'en ai eu plus que mon compte lors de recherches universitaires. Pour autant, j'étais très curieuse de découvrir ce "bal" et la vie de ces femmes. Quelle claque !

Dans une époque qui considère que la femme ne doit être que soumise et sans pensée, toute exception se définie par la folie. Et l'auteure nous dévoile entre élégance et force les caractères de ces différentes femmes, toutes reléguées à la même enseigne. Eloignées du monde, elles nous touchent car ne sont finalement toutes que victimes de la violence de leur monde. Terrifiant.

Qu'elles soient les plus terribles meurtrières, de pauvres filles violées ou simplement de libres penseuses, elles doivent affronter les épreuves des expériences. Des expériences étudiées avec soin par l'auteure qui nous dévoile l'horreur et, tragiquement,  les progrès de la médecine. De quoi porter un regard différent sur une époque marquante et passionnante.

Eugénie est un peu à part les autres par sa capacité de parler aux morts et est sans doute le personnage qui m'a le plus touchée. Car une femme née à la mauvaise époque. Etonnant le paralèle fait entre l'intelligence de ces femmes, l'horreur de l'asile et le caractère attractif, intrigué et voyeur que le lecteur peut repprocher au peuple tout en l'ayant lui-même.

Car si le bal lui-même n'aura lieu qu'à la fin du roman, tout le roman nous y prépare entre les préparatifs, les craintes et tout ce qu'il engage. Et il est vrai que le bal sonne comme hors du temps, comme décalé par rapport à l'horreur. Il sonne comme un moment d'évasion et de rêverie pour amuser un peuple et faire oublier leur réalité à ces femmes. Un moment beau et tragique à la fois.

Côté style, nous sommes là face à une écriture profondément littéraire, réfléchie, intelligente. Nous sommes face à des mots qui vous frappent, à des situations qui vous émeuvent et à une recherche historique en droit de nous impressionner véritablement. Nous sommes là face à un roman qui dénonce une époque tout en nous offrant une image forte et marquante de la femme. Incroyable.

 

En conclusion... 

Voici un roman qui m'inspirait grandement et que je ne regrette pas du tout d'avoir ouvert. Les pages se tournent toutes seules et la dualité entre beauté et horreur est présente à chaque page. Le contexte historique est simplement parfait et la portée de réflexion pour le lecteur sans fin. Impossible de ressortir totalement indemne de ce roman.

Un coup de coeur qui change de tout ce que l'on connait en littérature.

dimanche 28 février 2021

L'impossible épée - Michel Pignol

 


Infos sur le livre
 
éditions : auto édition
 
date de publication : 06-2021
 
pages : 270
 
prix  : 18€
 
 
Résumé éditeur
 
"L'épée m'intéresse en tant qu'arme mais davantage en tant qu'oeuvre d'art accomplie dans son esthétique, en harmonie avec toutes ses fonctions : ses rapports avec la main et le corps ; sa résistance aux chocs ; son émouture. Lorsque j'aurai atteint l'équilibre parfait, je serai un forgeron pleinement heureux. Alors je pars à la rencontre de ceux qui savent. Djason". Mais la route jusqu'à Damas en 1199, après la 3ème croisade, n'est pas un long fleuve tranquille.
 
 
Pourquoi ce livre ?
 
Merci à mon ami Michel Pignol pour sa confiance à mon égard avec cette chance qu'il m'a donnée de découvrir son nouveau roman.
 
 
De quoi est-il question ?
 
Quelque part en Francie, le monde se développe autour de grands domaines et par les guerres. Ce qui n'empêche pas les êtres d'évoluer ensemble, de grandir, d'aimer et d'assouvir leurs passions. C'est notamment le cas de Djason, jeune garçon passionné de forge, amoureux d'Azalée et vibrant d'une passion : l'envie de forger une épée idéale tant sa forme que dans son utilité.

Mais au coeur d'une époque douloureuse où les guerres font rages et où le danger est constant, la vie ne tient parfois qu'à un fil et les espoirs également. Pourtant, Djason est bien décidé à tout tenter pour assouvir son besoin de création et pour dénicher le secret qui fera de lui un forgeur d'épées digne de ce nom, non sans se laisser aller à la tendresse, à l'amour.

La soif de connaissance de Djason l'entrainement jusqu'au coeur d'un couvant puis à Damas où, au fil des rencontres, il apprendra les secrets de la forge mais apprendra aussi à se forger une opinion peut-être plus ouverte sur le monde qui l'entoure. Son voyage l'amènera aussi à rencontrer des êtres qui le feront grandir pour enfin, peut-être rendre vivant son projet de vie.
 
 
Du côté de la forme...
 
La force de Michel Pignol est de toujours inover dans les écrits qu'il nous offre, un nouveau texte ne ressemblant en rien au précédent. Cette fois, c'est donc un roman historique qu'il nous offre mais un roman qui va bien au-delà des romans du genre dont on peut avoir l'habitude.
 
Trois thématiques principales se dégagent de ce roman : le contexte historique tout d'abord avec les croisades, le mode de vie de l'époque et l'ambiance générale de cet autre temps. La passion pour la forge, ensuite, avec une belle mise en avant de cet art que nous connaissons mal et que nous avons le sentiment de maîtriser un peu plus après lecteur. La réflexion sur le monde enfin.
 
Car ce roman, au-delà de son histoire, est aussi un véritble regard sur une époque et sur le monde en général entre un Djason qui va grandir de ce qu'il va apprendre et des personnages qui, tous, vont apporter une pierre à l'édifice de la philosophie du monde. Et en cela, ce roman m'a beaucoup fait penser aux romans d'émancipation du 18ème à la Candide.
 
Djason est un personnage qui m'a beaucoup touchée et que j'ai aimé voir évoluer dans ses convictions et dans son projet. Ses paroles sont pleines de sens mais surtout invitent le lecteur à la réflexion d'autant que l'auteur sait adapté son style et sa pensée au personnage amenant un nouveau mode de pensée et une nouvelle pierre à l'édifice de projet de forge parfaite.
 
Mais un roman tel que celui-ci ne serait pas complet sans une belle histoire humaine, une romance pour tout lier, un amour fort pour le dit que le projet ne soit pas seulement un acte égoïste où il manquerait quelque chose. En cela, j'ai aimé la relation entre Djason et Elia, une relation qui va évoluer et nourrir cette intrigue de beaucoup de tendresse.
 
Si ce texte est prévu pour servir de scénario à une série filmée, l'auteur a parfaitement su adapter son écriture pour que cela ne se sente pas trop et que la description prenne sa place au nom d'un roman "classique". Il sait nous offrir des personnages à la fois proches et loins de nous. Il sait nous faire aimer une période peut-être plus complexe à maîtriser.
 
 
En conclusion... 
 
Voici un roman qui change de tout ce que l'on peut connaître, qui ne se dévore pas mais se savoure, nous invite à réflechir tant sur l'histoire que sur le monde qui nous entoure, tant sur la vie et que sur nos propres convictions. Voici un roman purement philosophique qui offre une belle histoire et surtout un chemin de vie qui nous donne à tous envie de réaliser nos rêves.
Un roman que je ne saurais trop vous conseiller de découvrir pour une lecture pleine de sens !

dimanche 10 janvier 2021

Vous ne nous séparerez pas - Régis Delpeuch

  

Infos sur le livre

éditions : Scrineo

date de publication : 22-10-2020

pages : 240

prix : 12,90€

 

Résumé éditeur  

L'histoire vraie de Sarah Lichtsztejn-Montard (14 ans au début du roman) et de sa mère Maria, échappées du Vel d'Hiv et rescapées de Birkenau-Auschwitz. L'histoire de Sarah, une adolescente juive en 1942. Comment, avec sa mère, elle est victime de la rafle du Vél' d'Hiv et s'en évade dès le premier soir, le 16 juillet 1942. Comment une dénonciation les précipite en mai 1944 au coeur de la tourmente nazie : à Drancy, puis dans l'enfer d'Auschwitz-Birkenau. Comment elle croise Anne Frank. Comment, pour fuir la menace russe, elles sont conduites au cours de "la marche de la mort' au camp de Bergen-Belsen. Comment elles en sont libérées le 15 avril 1945.

 

Pourquoi ce livre ?

Granda amatrice de roman traitant du sujet de la seconde guerre ainsi que des romans de l'auteur, je ne pouvais pas passer à côté de ce roman.

 

De quoi est-il question ?

Laura est une jeune adolescente lorsque la guerre éclate et a à peine 14 ans un matin de juillet 1942 lorsque la police française l'arrête avec sa mère pour les conduire au vélodrome d'hiver. Le jour même, jouant du hasard et d'une bonne dose de courage, elle parvient à s'enfuir et à se réfugier chez des amis de la famille.

Mais deux ans plus tard, alors que le pays est en proie aux pires lois anti-juives, elle est dennoncée et déportée à Auschwitz. Sa mère, qui est aussi parvenue à s'enfuir du Vél d'hiv, est déportée avec elle et c'est ensemble que mère et fille se battront contre les pires humiliations, contre le froid, contre la faim et la peur. Mais surtout contre l'horreur d'une époque.

Car à Auschwitz, elle découvriront les pires facettes de l'âme humaine et devront apprendre à résister à toutes les épreuves. Dans les camps, Sarah fera la connaissance d'Anne Franck et devra même résister à la "marche de la mort". Mais surtout elle devra apprendre à vivre dans des conditions extrèmes qui n'ont plus rien d'humaines et qui la changeront à jamais.

 

Du côté de la forme...

Lorsque j'ai vu que Régis Delpeuch sortait un nouveau roman, je n'ai pas hésité une seconde. Et ce d'autant plus avec un sujet aussi fort que celui-ci. Car je m'attendais avec certitude à un roman très fort et je n'ai pas été déçue.

Nous voici face à un roman qui n'en est pas tout à fait un. Car si le récit est bien établit sur le ton de la fiction, il s'agit en réalité d'un document mettant en scène la véritable histoire d'une jeune femme ayant vécu l'horreur à l'âge de l'innocence. Ainsi, derrière un texte romancé, tout est vrai dans ce livre qui est source d'incroyables émotions et tourments.

C'est avec brio que l'auteur parvient à nous offrir les épreuves vécues par Sarah et qu'il nous propulse dans une autre époque. Il sait rendre compte avec beaucoup de justesse de toutes les étapes de la descente aux enfers de l'adolescente tout en nous proposant un personnage montrant à tous les jeunes qu'en tant qu'ado, nos rêves et nos espoirs sont toujours un peu les mêmes.

Le plus fort dans ce roman, est la relation unique et incroyable qu'il va y avoir entre Sarah et sa mère, une relation d'amour, de courage et de confiance. Le genre de relation mère-fille qui émeut mais qui va aussi leur permettre de survivre dans l'adversité. De quoi porter un message d'amour absolu au coeur du pire ce qui accentue encore plus cette relation.

Si ce roman peut être considéré comme un roman du genre parmi tant d'autres, il permet malgré tout au lecteur adolescent d'en apprendre beaucoup sur cette triste période. D'ailleurs, même pour le lecteur adulte, il en apprend encore sur cet enfer en opposition avec la grâce et la force d'une jeune femme à laquelle nous voudrions tous ressembler.

Côté style, j'ai adoré retrouver l'écriture si fouillée et si intelligente d'un auteur qui sait nous parler d'événements terribles avec beaucoup de délicatesse. Il sait nous offrir des personnages historiques plein de sens et d'une profondeur incroyable.. Il sait enfin nous retracer la vie d'une femme sans la trahir ce qui est une qualité rare dans un travail d'auteur.

 

En conclusion... 

Voici un roman qui m'a profondément troublée et qui a su une fois encore révéler le talent rare d'un auteur qui sait plonger ses lecteurs dans les pires moments de notre histoire. Voici un roman qui nous fait découvrir un personnage historique magnifique qui aurait pu rester dans les abymes du passé mais que l'histoire a forcé à rester en lumière.

Voici un roman que je ne saurais trop vous conseiller et qui vaut vraiment le déplacement.

jeudi 7 janvier 2021

La forêt des violons - Philippe Lemaire

  

Infos sur le livre

éditions : De Borée

date de publication : 10-09-2020

pages : 248

prix : 19,90€

 

Résumé éditeur

Février 1917, St Petersbourg. La famille Malinovski vit richement de ses plantations de thé et de sa fabrique de samovars, indifférente aux événements qui agitent la capitale. Mais bientôt, la Révolution s'intensifie, et ils n'ont d'autre choix que la fuite. Après un long et dangereux voyage, ils atteignent enfin Nice : la famille est réunie, mais ruinée. Ensemble, ils vont pourtant s'inventer un nouveau destin. Kostia, le fils cadet, trouve un poste de livreur dans une fabrique de chocolat, où il rencontrera Marie-José... Quant à Elena, sa soeur, c'est une nouvelle fois sa passion pour le violon qui la sauvera...

 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman d'un auteur que je suis depuis pas mal d'année maintenant et dont j'apprécie toujours les textes.

 

De quoi est-il question ?

Nous voilà au coeur de la Révolution Russe. Les familles tentent de survivre malgré la peur ambiante, certaines veulent fuir à l'ouest. C'est lors d'un voyage en train que Kostia, frère aîné de la famille Malinovski, que ce dernier décide de prendre part à la Révolution en train de se jouer. Alors il pense à son frère et à sa soeur dont l'avenir est ici, en Russie, pour des avenirs prometteurs.

Pourtant, la famille va bientôt se retrouver appauvrie. Leurs richesses ne sont plus rien et leurs propriétés réduites à néant. Malgré leurs rêves et leurs espoirs, ils sont alors contraints de fuir ce qu'ils ont toujours connu pour tenter leur chance, comme tant d'autres, à l'Ouest, en France, pays de toutes les promesses.

Mais le périple sera long et difficile dans un pays ravagé par la misère, par les mentalités obtues et par les manipulations de toutes sortes dans lesquelles seront embrigadées les plus jeunes. D'autant que la cadette, Elena, ne jure que par la musique et le violon dans un pays qui ne tolère plus le divertissement et au sein d'une famille qui n'a plus d'espoir dans ce pays en proie à la peur.

 

Du côté de la forme...

Les romans de Philippe Lemaire sont toujours une agréable surprise, des romans pleins de poésie et de fond historique justement travaillé. Avec l'idée d'une famille partant vers l'inconnu j'avais une idée de ce qu'allait m'offrir ce roman mais ce moment fut totalement différent de la promesse de la couverture. 

Dans ce roman, nous retrouvons la thématique connue et toujours efficace de la saga familiale au coeur d'une période trouble. Ici, c'est la Révolution Russe qui est mise à l'honneur et le sujet est assez rare pour être remarqué. Car cette époque en fiction contemporaine n'est pas si fréquente et ici l'auteur parvient parfaitement à nous immerger dedans.

Il est vrai que si le roman nous promet l'exode et la nouvelle vie en France, cette part du roman ne comprend qu'une part infime de l'histoire, une histoire qui a davantage à coeur de nous montrer la souffrance de cette famille en Russie, l'évolution de la Révolution mais aussi tout ce que l'époque a eu de terrible quand, en France on pense plus aux prémices de la guerre.

L'auteur nous sort donc de notre vision autocentrée de cette époque et cela fait du bien. Pour autant, il sait aussi montrer qu'une famille reste une famille et il nous plonge au coeur de celle-ci avec des personnages nourris de rêves, d'espoirs mais aussi de peurs et de déconvenuses. Alors ce roman devient témoin d'un monde en plein changement.

Mais à bien des égards, ce roman est surtout celui de la jeunesse. Un fils rêvant de rejoindre les révolutionnaires de son pays, un autre voulant reprendre l'exploitation de ses parents et la petite dernière rêvant de musique et d'onirisme... Trois jeunes qui pourraient tout aussi bien vivre aujourd'hui, de quoi faire de ce roman un hymne à la vie et aux lendemains.

Une fois de plus, je me suis sans mal laissée porter par la plume d'un auteur qui sait raconter les histoires, qui sait nous faire voir l'âme humaine et qui sait nous rendre un moment de l'histoire totalement universel. La documentation est forte mais mêlée à une intrigue touchante. Le destin des personnages n'est pas sans se nourrir d'une certaine actualité, de ceux qui cherchent une autre vie.

 

En conclusion... 

Voici un roman que j'attendais de pouvoir découvrir depuis un bon moment et que je suis juste ravie d'avoir pu lire. Voici un roman qui m'a beaucoup appris sur une période que je maîtrise mal tout en m'offrant une histoire de famille comme je les aime. Voici un roman qui fait du bien et qui trouble à la fois, un roman dont on ne ressort pas indemne.

Un nouveau roman de l'auteur qu'il convient de lire et que je vous conseille vivement.

vendredi 20 novembre 2020

Chez Rose et Angelina - Pascale Anglès

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Infos sur le livre

éditions : Lucien Souny

date de publication : 08-11-2019

pages : 192

prix : 16,50€

 

Résumé édituer

Laura voit sa vie basculer le jour où elle perd sa grand-mère. Rose a passé son existence à rechercher son mari inexplicablement disparu. En vain… Avant de mourir, sa petite-fille lui promet d’élucider ce troublant mystère. En rangeant des affaires dans une commode, Laura trouve une photo où son grand-père prend la pose devant la célèbre villa Laurens à Agde. Il n’en faut pas plus à la journaliste qu’elle est pour démarrer une enquête. Elle l’amènera de la résidence des Tamaris, au couvent des Ursulines où vivent deux témoins du passé qui l’aideront à lever le voile sur les secrets entourant ce voyageur sans bagages. D’embûches en rebondissements, de surprises en déconvenues, elle découvrira comment la fascination pour le luxe a fait tomber un honnête homme dans les filets d’un chauffeur manipulateur. À trop vouloir approcher cet univers flamboyant de la famille Laurens, son grand-père ne s’est-il pas brûlé les ailes ? Les révélations de Mathilde et de Marguerite suffiront-elles à réhabiliter celui qui n’a jamais eu de visage pour cette petite-fille audacieuse et prête à remuer les montagnes pour faire jaillir la vérité ?

 

Pourquoi ce livre ?

Très tentée par ce roman et par l'idée de découvrir une nouvelle auteure, je me suis aisément laissée tenter par ce roman d'une maison d'édition que j'aime beaucoup.

 

De quoi est-il question ?

Au décès de Rose, sa grand-mère, Laura est dévastée. Nous sommes en 1964 et perdre cette femme qu'elle a tant aimé et qui lui a tant appris est un déchirement pour la jeune journaliste. Elle se fait alors la promesse de retrouver Simon, son grand-père, un homme que Rose a profondément aimé mais qui a mystérieusement disparu du jour au lendemain des années plus tôt.

En triant quelques affaires ayant appartus à sa grand-mère, la jeune femme découvre sur une vieille photo son grand-père devant la villa Laurens dans le sud de la France. C'est dès lors l'occasion pour Laura de débuter une enquête personnelle et profonde sur l'histoire de cette maison et de ceux qui l'ont vécue avant la déchéance survenue dans de bien tragiques circonstances.

Au fil de ses recherches, elle fera la rencontre de Mathilde, une vieille femme ayant été domestique pour la demaure, de Marguerite, soeur de l'ancien grand propriétaire étant tombée dans la misère. Allant de découverte en découverte, Laura dénichera de bien sombres secrets liés à la villa, des secrets que certains sont bien décidés à garder. Des secrets intimement liés à l'histoire de Simon.


Du côté de la forme...

En tant que grande amatrice de roman mêlant passé et secrets de famille, de romans mêlant la petite histoire à la grande et de romans inspirés d'histoires vraies, ce roman était comme fait pour moi mais je ne m'attendais pas à un telle découverte.

Parce que ce roman commence par le décès de Rose et la peine liée de sa petite fille Laura, je me suis sentie très touchée par cette jeune femme au fort caractère et pleine de charme à la fois. L'auteure nous offre donc un personnage étonnant que rien ne va arrêter dans sa quête du passé et de la vérité. Une belle figure de femme courage dans un roman où la femme est maîtresse.

Ce roman est tiré de faits réels et il est beau de voir la manière dont l'auteure parvient à redonner vie à la villa Laurens, de la faire surgir du papier pour le lecteur qui ne connaît pas forcément cette histoire, de donner un réalisme à ceux qui l'ont vécue. Car Mathilde et Marguerite, notamment, sont deux personnages qui m'ont profondément troublée.

La villa devient, au fil des récits de l'une et de l'autre, un personnage à part entière. Le lecteur est plongé dans un autre temps et dans un autre mode de vie. Car la villa, bien que réelle, semble nous plonger au plus profond de l'onirisme, dans une ambiance de film romantique ou de conte de fées. Une villa propice à l'imaginaire, qui trouble et semble nous ouvrir ses portes.

Concernant Simon, je dois avouer avoir manqué l'oublier, les secrets dévoilés peu à peu autour de la villa elle-même étant déjà bien assez conséquents. Pourtant, quand la vérité sur l'histoire de Simon va être révélée, le lecteur plonge encore dans une autre ambiance dans laquelle il entend que la sourde colère n'est pas toujours bonne conseillère, à l'image de celle de Sacha, la mère de Laura.

Côté style, l'hypotypose est brillamment présente avec des tableaux qui prennent vie sous les yeux du lecteur, des personnages qui font vivre leur mémoire et un suspens habilement mené. La part historique devient de plus en plus importante mais, pour autant, l'auteure sait s'approprier une histoire vraie en la romançant avec beaucoup de tendresse. Une belle réussite.

 

En conclusion... 

Voici un roman que j'ai attaqué pour lire une belle histoire de secret de famille mais avec lequel j'ai découvert beaucoup plus : une ambiance magistrale liée à une villa hors-norme d'où vont surgir des histoires hors-normes. Voici un roman qui sort des sentiers battus, nous montre que le passé n'est jamais celui que l'on croit être surtout dans des lieux imposants où ce qu'il s'y est passé était destiné à y rester...

Un roman qui mérite d'être lu par tous les amateurs de mémoire du passé, de belles histoires de femmes et d'amoureux de lieux étonnants. Un coup de coeur.

jeudi 12 novembre 2020

Un été d'espérances - Alain Léonard

  

Infos sur le livre

éditions : De Borée

date de publication : 08-10-2020

pages : 250

prix : 19,90€

 

Résumé éditeur

De plus en plus en désaccord avec sa famille qui soutient le Maréchal Pétain, Pierre Neveu accepte un poste de médecin à l'hôpital d'Issoire. Bientôt, il reçoit l'ordre de libérer les chambres pour accueillir les blessés allemands, qui seront placés sous l'autorité du médecin allemand Véronika Steiner. Pour Pierre, entré en résistance, cette arrivée n'est pas une bonne nouvelle : pourtant Véronika pourrait bien leur apporter une aide précieuse...

 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée et à Néobook pour la découverte de ce nouveau roman d'un auteur que je suis depuis son premier livre et dont j'apprécie beaucoup les histoires.

 

De quoi est-il question ?

En pleine seconde guerre mondiale, le docteur Pierre Neveu arrive à Issoire, au coeur de l'Auvergne, pour donner une nouvelle direction à sa vie, loin des querelles familiales. L'occasion pour lui de poursuivre en toute discrétion ses actes de Résistance tout en apportant un peu de réconfort et des soins à ceux qui en ont besoin, blessés de guerre ou simples civiles.

Mais confronté à l'Occupation allemande, Pierre se voit bientôt contraint de libérer des lits au nom de l'ennemi. Un acte qu'il est loin d'approuver mais auquel il est bien contraint de se plier. Pour superviser les opérations, Veronika, une femme médecin allemande elle aussi. Dès leur première rencontre, une attirance tant professionnelle que humaine attire les deux médecins.

Dès lors, en opposition aux conflits, aux rafles et à la misère qui déchire la ville d'Issoire, Pierre et Véronika se rapprochent, s'ouvrent l'un à l'autre, se disent leur haine de la guerre et de tout ce qu'il se passe autour d'eux. Et si Pierre va tout tenter pour faire valoir ses convictions en Résistance, Véronika ne se révèlera pas moins contre tout ce qu'elle a entendu venir de son pays...

 

Du côté de la forme...

Les romans d'Alain Léonard sont toujours de beaux mélanges entre des histoires romantiques et la grande Histoire. Il a déjà su prouver qu'il maîtrisait ce genre de romans mais, en tant que passionnée de cette époque de la seconde guerre, j'avais hâte de découvrir ce roman-ci.

Ce roman nous plonge donc en Auvergne, à Issoire pour être exacte. Et si je n'ai pas encore eu l'occasion de voir Issoire "en vrai", l'amoureuse de l'Auvergne que je suis devenue a apprécié tout le décors que l'auteur nous offre et notamment une petite plongée dans Clermont-Ferrand. L'occasion de découvrir notre belle région en un autre temps que le nôtre.

Ici, nous retrouvons donc une période importante en littérature : la seconde guerre mondiale, en zone libre. Mais cette fois, nous basculons du côté des médecins, ces médecins contraints de soigner l'ennemi tout en continuant à soulager la population qui souffre toujours des mêmes maladies, guerre ou pas guerre. Un beau moyen pour l'auteur de mettre en avant cette profession souvent mal comprise.

L'auteur rend donc assez bien l'ambiance de l'Occupation, le sans-gêne de l'allemand mais aussi comment cette période fut vécue dans une petite ville sans histoire éloignée de tout. Par la figure du médecin, l'auteur montre aussi que la Résistance prit de multiples formes et des formes pas toujours contées dans les livres historiques.

Mais ce roman est aussi une belle histoire d'amour interdit entre un français et une allemande, deux ennemis devenus ennemis par l'Histoire et qui devront se cacher. Comment vivre son amour quand le monde tourne mal ? Pourtant, avant d'être interdit, cet amour est profond et vrai, il fait du bien et redonne foi en l'âme humaine. 

C'est avec brio que l'auteur sait mêler le point de vue historique à la romance et à un cadre dans lequel on se croirait. Il rend hommage à ces médecins en temps de guerre et à tous les médecins. Il nous offre l'Auvergne et dans un bel optimisme nous montre que le meilleur peut ressortir du pire si on prend le temps d'aller au-delà des préjugés.

 

En conclusion... 

Voici un roman que j'attendais avec impatience et avec lequel j'ai passé un très bon moment entre une région que j'adore, la mienne, une époque qui me passionne et une romance qui a su toucher mon côté un peu fleur bleue. Voici un roman qui nous montre que l'amour peut briser la haine, une leçon à retenir et à prendre en exemple dans notre société actuelle.

Un roman à découvrir sans attendre et qui devrait passionner tous les amateurs du genre.

lundi 13 avril 2020

Je, François Villon - Jean Teulé

 

Infos sur le livre

éditions : Julliard
date de publication : 02-03-2006
pages : 420
prix : 20,50€

Résumé éditeur

Il est peut-être né le jour de la mort de Jeanne d'Arc. On a pendu son père et supplicié sa mère. Il a appris le grec et le latin à l'université de Paris. Il a joui, menti, volé dès son plus jeune âge. Il a fréquenté les miséreux et les nantis, les étudiants, les curés, les prostituées, les assassins, les poètes et les rois. Aucun sentiment humain ne lui était étranger. Des plus sublimes aux plus atroces, il a commis tous les actes qu'un homme peut commettre. Il a traversé comme un météore trente années de l'histoire de son temps et a disparu un matin sur la route d'Orléans. Il a donné au monde des poèmes puissants et mystérieux et ouvert cette voie somptueuse qu'emprunteront à sa suite tous les autres poètes : l'absolue liberté.

Pourquoi ce livre ?

C'est après avoir reparlé de ce roman avec une coupine de fac (Camille si tu passes par là...) que j'ai enfin décidé de le sortir de ma pal où il m'attendait depuis longtemps.

De quoi est-il question ?

Il naît à Paris, au XVème siècle. Orphelin, il aurait pu devenir un grand homme de science ou de savoir. Il nous a d'ailleurs laissé l'une des plus grandes oeuvres poétiques de son temps. Mais n'ayant connu ni père ni père, que le carcan des règles religieuses, il décide de le plus jeune âge de s'en libérer en se faisant voleur, menteur, bandit et contre toute règle.

Cet homme, c'est François Villon. Plus à l'aise avec les mauvais garçons et les prostituées qu'avec les clercs et les étudiants de la Sorbonne, il passe sa jeunesse à courir les rues de Paris et à se réjouir de sa mauvaise image. Le fait même d'aller en prison et de risquer la mort ne suffiront pas à l'assagir et toujours il restera du mauvais côté de la barrière.

Pour autant, ses habitudes et ses rencontres, il ne les laissera pas inconnues. Car dès qu'il saura écrire, le jeune Villon se délectera de l'écriture, en langue vulgaire bien sûr, pour parler du vrai Paris, de celui que les savants refusent. Ainsi, plutôt que de parler de la bonne société, il préférera parler de la Grosse Margot et se plaindre de sa pauvre condition d'étudiant...

Du côté de la forme...

Jean Teulé fait partie de ces écrivains grand public qui ont su vulgariser l'histoire et qui savent faire connaître des sujets méconnus au plus grand nombre. Et son roman sur Villon est de ceux-là pour faire découvrir à des lecteurs non spécialistes la vie de cet homme hors du commun.

J'ai eu l'immense chance de pouvoir étudier l'oeuvre de Villon alors que j'étais à la fac et c'est donc en parfaite connaissance de cause que je me suis plongée dans ce roman qui se veut une biographie mais, sans cachoterie de la part de l'auteur, une biographie arrangée pour le bien de la fiction. Une chose qu'il convient de savoir pour ne pas commettre d'impair.

Dans ce roman, l'auteur s'attache donc à présenter Villon comme un orphelin confiés aux soins d'une éducation prestigieuse dont il n'aura que faire. Une belle manière de montrer un adolescent intemporel, un adolescent qui décide de mener sa propre vie contre l'avis de tous. En cela, Villon devient attachant même si, à de nombreuses reprises, il mériterait bien une gifle ou deux.

Mais l'auteur nous montre dans ce roman l'âme d'un poète et d'ailleurs un poète dont la vie rime étroitement avec son oeuvre ce que Teulé s'emploie à merveille à démontrer en présenter les poèmes les plus connus de l'homme en fonction de son vécu. Et  si nous n'en savons en vérité rien, le procédé est efficace et donne portrait d'un autre temps.

Car ce qui est troublant dans ce roman c'est le tableau de Paris qui se dresse devant nous, un Paris loin d'être idyllique qui présente sans vergogne la misère et la maladie. Pour autant, le tableau se présente aussi comme une image du Paris jouissif où l'amusement se dresse au-delà de la pauvreté ce qui a des échos très actuels.

Le style de Jean Teulé est un style sans chichi où l'historique se mêle à son imaginaire. Il ne s'en cache pas et invite chaque lecteur à se faire son opinion sur ce qu'il conte. Et s'il tente de s'approcher du réel, c'est sa capacité à l'imaginaire qui rend sa biographie unique. Car en mêlant faits historique et fiction, il nous offre un personnage à part entière qui sait nous faire rire et pleurer, parfois malgré lui.

En conclusion... 

Voici un roman que j'attendais de pouvoir lire depuis longtemps mais pour lequel je ne trouvais jamais le bon moment. Voici un roman qui joue sur la biographie d'un poète à la fois connu des amateurs et méconnu à notre époque ce qui est dommage. Ce roman est alors à la fois un joli moyen d'amuser les lecteurs avertis et d'initier les autres à un poète étonnant.
Jean Teulé est de ces auteurs que je suis et espère vivement pouvoir bientôt lire un autre de ses romans. 

dimanche 29 mars 2020

L'Indomptée - Donna Cross



Infos sur le livre

éditions : Presse de la cité
date de publication : 13-02-2020
pages : 564
prix : 20€

Résumé éditeur

Comment une femme est-elle devenue pape sans que personne soupçonne son véritable sexe ? Née en France en 814, élevée sous la férule d'un père sévère et rigide, Jeanne se révolte très vite contre les préjugés et interdits qui pèsent sur la gent féminine. Elle apprend à lire et à écrire en cachette, et parvient à se faire admettre à l'école de la cathédrale de Dorstadt, en Basse-Saxe. Ne pouvant loger sur place avec les autres élèves masculins, la jeune fille habite chez son tuteur, Gerold, et son épouse, dame Richild. Mais Gerold et Jeanne finissent par tomber amoureux l'un de l'autre... Ainsi commence l'étonnante histoire de celle qui parviendra à s'introduire au Vatican pour soigner le pape malade, et finira par se faire élire sur le trône de saint Pierre sans que personne la perce à jour. Jusqu'à ce qu'un évènement inattendu vienne tout bouleverser... Après plus de quatre cents ans pendant lesquels on a nié son existence, la papesse Jeanne figure aujourd'hui dans les registres du Vatican. C'est le surprenant parcours, ponctué d'aventures, d'amours, d'intrigues et de rebondissements, de cette héroïne indépendante et résolument moderne que retrace ce palpitant roman. Ou quand la réalité n'a rien à envier à la fiction !

Pourquoi ce livre ?

Un grand merci aux Presses de la cité grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce roman hors du commun sur lequel je ne me serais peut-être même pas retournée en librairies.

De quoi est-il question ?

Nous sommes au début du VIIème siècle, dans un coin reculé de la France. C'est dans des conditions terribles que vient au monde Jeanne, au grand mépris de son père qui ne jure que par les garçons. Pire, dès l'enfance, Jeanne fait preuve d'un fort caractère et d'une volonté sans faille à avoir la même éducation que ses frères. Mais en secret bien sûr.

C'est parce qu'un professeur grec croira en elle que Jeanne pourra espérer parfaire sa culture et nourrir sa soif de savoir. Avec force et courage, elle parviendra même à entrer dans une prestigieuse école : Dorstadt. Mais là encore, elle doit faire avec la rogne des hommes à l'encontre des femmes et surtout de ceux qui n'admettent pas que leurs certitudes soient remises en cause.

Durant son apprentissage, Jeanne est hébergée par Gerold, un homme qui voit plutôt d'un bon oeil le caractère de la jeune élève. Et bientôt, ils tombent amoureux. Jeanne découvrira alors que les femmes aussi peuvent la haïr, par jalousie. Dès lors, la jeune femme prend la fuite pour Rome où son savoir médicinal la conduira à être au plus proche de la cité pontificale.

Du côté de la forme...

Si j'aime les romans historiques et tout ce qui a trait au médiéval, je dois bien avouer qu'il est plutôt rare que je me plonge dans ce genre de lecture soit par manque de temps soit parce que j'ai toujours d'autres types de romans sous la main. C'était là l'occasion et quelle occasion !

S'il est une chose que l'on repère vite avec ce roman c'est le mélange entre fiction et réalité puisque, si nous sommes bien là dans un roman avec une héroïne que nous allons prendre plaisir à suivre, le cadre, l'ambiance et les références font preuves d'une redoutable érudition de la part de l'auteure. Car si tout se lit comme une fiction, la recherche historique est là à chaque page. 

Jeanne est un personnage qui nous apparaît très vite comme très attachant car très en avance sur son temps, volontaire et forte mais en même temps fragile parfois face aux rancoeurs, face à l'inflexibilité et face aux certitudes bien ancrées. Bref, Jeanne est une jeune femme que l'on aimerait prendre dans nos bras tout en souhaitant la soulever de terre pour saluer son courage et sa détermination.

Il est vrai que ce roman se fait portrait d'une société qu'il nous est bien difficile d'imaginer, faire de batailles et de loi patriarcale. La loi salique est omniprésente et certaines réactions font grincer des dents. Pourtant, il est terrible de penser combien certaines pensées sont encore trop d'actualité dans le monde et même plus proche qu'on ne le croit.

Nous sommes ici dans un roman mettant en avant les questions de religion, de papauté, d'éducation dans les clergés et d'enseignements des prêtres. Alors autant dire que les occurences bibliques sont nombreuses, parfois remises en question, mais bien souvent établies comme telles. De quoi perturber certains lecteurs mais il convient de les découvrir dans un cadre historique.

Côté style, nous sommes ici face à quelque chose de dense et parfois un peu laborieux. Je n'ai pu dévorer ce roman comme je le fais avec tant d'autres et les occurences latines, même traduites, m'ont parfois gênée (le latin et moi nous ne sommes pas bien copains). Et si on sent que l'auteure maîtrise son sujet, le lecteur non averti peu parfois avoir le sentiment d'un trop plein.

En conclusion... 

Voici un roman qui change totalement de ce que j'ai l'habitude de lire et que je suis absolument ravie d'avoir pu découvrir. Car ce roman met en avant une femme courage dans une époque qui m'intéresse beaucoup, une femme en avance sur son temps dont la vie sera un flot de prouesses et d'épreuves pour faire évoluer le monde.
Un roman à découvrir pour changer de ce dont on à l'habitude mais qui n'est pas à proprement parler un "roman détente".

lundi 23 mars 2020

Le dernier salut de l'amazone - Véronique Chavy

 

Infos sur le livre

éditions : De Borée
date de publication : 12-03-2020
pages : 288
prix : 19,90€

Résumé éditeur

Au soir de l'été 1921, Wally Costel, écrivain célèbre au passé mystérieux, raconte les circonstances et les suites du drame terrible dont a été victime son amie la baronne de Rahden en 1893. Lors d'une représentation donnée à Clermont-Ferrand, un homme meurt dans les coulisses du cirque brésilien sous les balles du baron Oscar de Rahden, époux et agent de Jenny de Rahden. La belle écuyère se produisait alors sur toutes les scènes d'Europe dans des numéros de dressage équestre de Haute École, et s'était rendue célèbre par la « cabrade », une figure impressionnante de technicité et de prouesse. Crime passionnel ? Vengeance ? Jalousie ? Que c'est-il réellement passé ce 24 août 1893 ? 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman d'une auteure que j'apprécie beaucoup et dont j'attendais la nouveauté avec impatience.

De quoi est-il question ?

A l'été 1893, Clermont-Ferrand s'apprête à recevoir un cirque brésilien où évolue l'écuyère la plus connue de son époque : la baronne Jenny de Rahden. Une aubaine pour toute la ville et notamment pour les jeunes comme Georges et son cousin Frédéric que cette vie de saltimbanque fait rêver. C'est donc avec hargne que les deux garçons tentent de s'intégrer pour un temps à la vie du cirque.

Ils découvriront ainsi une vie bien différente de celle qu'ils ont toujours connu, une vie de rêves et d'épreuves où les querelles ne sont pas étrangères. Les premiers émois toucheront d'ailleurs les jeunes garçons auprès de la jeune Gladys et surtout auprès de la baronne, une femme qui semble aussi cacher bien des secrets.

Une trentaine d'années plus tard, Wally Costel conte lors d'une soirée la venue de ce cirque et l'onirisme qui s'en dégagea. L'occasion aussi pour lui de raconter le drame qui se produisit ce soir d'été dans les coulisses du cirque, un drame qui boulevera bien des vies, se mêlant aux destins individuels, et qui intriguera bien l'auditoire...

Du côté de la forme...

Véronique Chauvy fait partie des auteures qui savent conter les histoires de femme et dont chaque nouveau roman sait nous plonger dans un univers particulier dont on saura se délecter. Ici, avec l'imaginaire du cirque, comment résister ?

Si l'ancrage géographique apporte toujours une belle mise en valeur de la ville de Clermont-Ferrand, c'est donc cette fois dans l'univers du cirque, au sens début de siècle du terme, que l'auteure nous amène et par lequel le lecteur se laisse envoûter. C'est d'ailleurs avec brio qu'elle nous décrit les coulisses de cet univers, ce qui change des romans traditionnels du genre.

Cet univers, le lecteur va le découvrir par le biais de deux garçons, Georges et Frédéric. Deux garçons sans histoire qui vont se laisser porter par cet univers et, à l'instar du lecteur, avoir envie de s'en imprégner. Georges, surtout, est un enfant que j'ai eu plaisir à suivre et à voir grandir grâce à un imbroglio d'intrigues plutôt addictif.

Et puis, dès le premier chapitre du roman, le lecteur omniscient sait qu'un drame va se jouer même s'il en ignore la teneur. De fait, l'onirisme du récit prend une saveur étrange dans l'attente du drame, un drame qui prend des allures de polar apportant un rythme au roman et une intrigue qui tranche avec l'univers décrit. Car le lecteur, au fil des pages, va avoir envie de savoir : quoi, pourquoi ?

Mais toute cette histoire, c'est par une mise en abyme que le lecteur la découvrir comme s'il était lui-même auditeur de Wally Costel des années plus tard. Ce sont donc les codes du récit qui ressortent avec l'image des veillées au coin du feu. Une technique qui permet de ménager le suspens et de faire lien entre les deux époques

Retrouver le style de l'auteure fut pour moi un pur moment de douceur, malgré la violence de certains passages, tout à fait addictif où l'histoire d'un jeune garçon se mêle au destin d'une femme hors du commun. La description et la poésie sont mises en valeur et la mise en valeur de la femme plus encore grâce à une héroïne ayant existé qui a des allures de féminisme avant l'heure.

En conclusion... 

Voici un roman que j'attendais et que j'ai dévoré en une après-midi à peine grâce à son ambiance envoûtante, ses personnages attachants et son intrigue forte. Voici un roman qui fait juste du bien entre deux lectures plus intenses et qui nous invite à plonger au coeur de Clermont-Ferrand en une autre époque. Un roman d'émancipation aussi où les relations humaines sont centrales.
Un roman à découvrir pour les amateurs du genre et pour les amoureux de belles histoires de femmes.

mercredi 18 mars 2020

Max - Sarah Cohen-Scali

 

Infos sur le livre

éditions : Gallimard
date de publication : 31-05-2012
pages : 480
prix : 15,90€

Résumé éditeur

«19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Fürher. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l'on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l'enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans loi. Sans rien d'autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d'aimer. Heil Hitler !»Max est le prototype parfait du programme «Lebensborn» initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l'Allemagne puis l'Europe occupée par le Reich.

Pourquoi ce livre ?

Depuis le temps que j'entendais parler de ce roman, je suis ravie d'avoir enfin pu prendre le temps de le découvrir en de m'en faire mon propre avis.

De quoi est-il question ?

Max est un bébé, un bébé pas tout à fait comme les autres. Né le 20 avril 1936, date de l'anniversaire d'Hitler, il est l'enfant parfait de l'Allemagne nazie : né sans amour d'une allemande au profil idéal, il détient toutes les qualités requises pour devenir un parfait citoyen de l'Allemagne en devenir, un enfant du programme Lebensborn destiné à peuplé le pays d'être idéaux.

Et Max, dans son esprit de bébé, a déjà bien conscience de celui qu'il est, de la chance qu'il porte en lui et des devoirs qui seront les siens. Des devoirs de perfection au quotidien alors même qu'une concurrence féroce commence à naître entre ces différents enfants. Pas de sentiments, pas de pleurs, ne jamais montrer quoi que ce soit, même quand le lien avec la mère est rompu.

Grandissant, Max est confié à une éducation bien spécifique à laquelle il s'applique avec force pour toujours rester le favori. Déjà, les valeurs de l'Allemagne nazie sont ancrées en lui. Alors, lorsqu'un enfant juif réfugié devient son ami, les dés semblent être relancés. Peut-être le début d'une prise de conscience pour Max, à moins que la guerre ne viennent encore tout bouleverser.

Du côté de la forme...

Remontant à pas mal d'années maintenant, ce roman fait désormais officiellement partie de ce que le monde du livre avec "le fond". Je l'avais dans ma pal mais n'avait jamais eu l'occasion de le sortir et j'ai enfin pris ce temps-là pour comprendre que cet engoûement était plus que valable.

Même si j'en avais entendu parler, j'ai trouvé intelligente et novatrice l'idée de faire conter l'histoire par un nourrisson. D'ailleurs, sans quelques détails liés à la réalité d'un bébé, le lecteur pourrait croire qu'il suit l'histoire d'un adulte coincé dans un corps qui n'est pas le sien. De quoi s'interroger sur ce que ressentent les bébés au quotidien, au-delà même de cette histoire même.

Mais ce roman est surtout porteur d'un sujet qui n'est encore que peu connu et en tout cas peu souvent traité : le Lebensborn. Une horreur de plus à mettre sur le compte de l'Allemagne nazie dont ce roman dévoile, dans le cadre de la fiction, les secrets et les monstruosités tels que la sélection à la naissance, le refus de la maladie ou encore l'endoctrinement de ces enfants.

Et pourtant, malgré les valeurs auxquelles il croit, Max est un enfant qui nous touche, nous émeut et auquel on s'attache alors même que, bien souvent, on souhaiterait pouvoir plonger dans le roman pour lui ouvrir les yeux sur la réalité de ces convictions. Et je pense que c'est parce qu'on voit Max peu à peu évoluer qu'il va rester un personnage qu'on aura du mal à quitter.

Avec ce roman, nous suivons l'évolution de la guerre selon un point de vue jamais traité et qui semble apporter un angle tout à fait neuf à une époque déjà trop traitée. D'ailleurs, le lecteur aura fort à faire entre ses connaissances personnelles de la réalité qu'il connait et le point de vue interne dans le roman. De quoi amener les jeunes à réfléchir.

Je ne connaissais donc pas le style d'écriture de l'auteure et je dois dire que j'ai découvert là un style fort et puissant, envoûtant et efficace mais également bourré de références. Le tout permettant un ensemble qui fonctionne à tout âge et qui mérite de faire de ce roman un objet d'étude. Car nous rendre attachant un être comme Max, il fallait le faire !

En conclusion... 

Cela faisait longtemps que je me disais que ce roman je devais le lire. Je suis ravie d'avoir enfin pu m'en faire ma propre opinion et je rejoins la majorité pour dire que cet ouvrage est une pépite à ne pas laisser filer et que chacun doit prendre le temps de lire. Ce roman est aussi un roman qui reste en mémoire et dont ne ressort pas indemne.
Je lirai bien sûr prochainement les autres romans de l'auteure. 

lundi 13 janvier 2020

Le Front dans l'azur - Hélène Legrais



Infos sur le livre

éditions : Calmann-Lévy
date de publication : 23-10-2019
pages : 380
prix : 19,90€

Résumé éditeur

Été 36. Madeleine, élève-infirmière et athlète prometteuse, monte dans le train à destination de Barcelone pour participer avec la délégation française aux Olympiades populaires antifascistes, organisées en réaction aux Jeux olympiques de l’Allemagne nazie à Berlin. Des compétiteurs venus de tous les pays se retrouvent en Catalogne pour une grande fête du sport et de la fraternité. À l’hôtel, au stade de Montjuïc où ils s’entraînent, au gré des promenades dans une ville riche de découvertes, les amitiés se nouent dans la joie et l’enthousiasme. Mais, la veille de la cérémonie d’ouverture, le coup d’État militaire de Franco plonge Barcelone dans le chaos et signe le déclenchement de la guerre. Courtisée par Marcel, brigadiste libertaire parisien, et Aleix, militant catalan indépendantiste, Madeleine est emportée dans la tourmente qui s’empare de l’Espagne…

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Calmann-Lévy et à Hélène Legrais de m'avoir permis cette nouvelle lecture d'une auteure que j'aime suivre de roman en roman.

De quoi est-il question ?

En 1936, la jeune Madeleine obtient avec brio son certificat d'infirmière. Et malgré les réticences de ses parents, elle s'apprête à embrasser la carrière dont elle rêve. Dans le même temps, elle est devenue une athlète de haut vol destinée à faire un bout de chemin dans le sport de haut, une prouesse en tant que sportive mais aussi en tant que femme.

Et si la période semble de plus en plus troublée, si tout le monde garde en mémoire les derniers jeux olympiques de Berlin. Ces jeux en Catalogne sont l'occasion de redonner foi en l'être humain et en l'amitié entre tous. L'occasion pour la jeune femme de nouer des amitiés avec des jeunes femmes, comme elle, qui rêvent d'un avenir meilleur.

Mais 1936, c'est aussi le coup d'Etat de Franco qui, en un rien de temps, bloque toutes les frontières ce qui déclenche une guerre civile sans précédent en Espagne. Dès lors, Madeleine doit apprendre à prendre des décisions et à jouer son rôle d'infirmière à la perfection. Même si pour cela il lui faudra se mettre elle-même en danger et perdre son innocence si précieuse...

Du côté de la forme...

Hélène Legrais fait partie de ces auteurs qui parlent d'Histoire et d'histoires comme beaucoup d'auteurs dits "régionaux" mais avec ce petit truc en plus, cette capacité à prendre en compte des sujets moins souvent traités et d'autres questionnements.

Ici, c'est donc une nouvelle fois une histoire de femme qui nous est offerte mais une histoire de femme particulièrement moderne puisque dans ce tournent des années 1930 Madeleine est déjà une jeune fille fière de qui elle est, un métier et une passion en poche. Deux domaines dans lesquels elle excelle et la rendent particulièrement indépendante.

Avec ce nouveau roman, l'auteure évoque donc trois sujets capitaux : qu'est-ce qu'être infirmière dans les années 30, la place des femmes et de l'amitié dans les jeux olympiques, la guerre civile en Espagne qui cause dans de peines et tant de pertes. Tout cela gravitant autour de Madeleine qui m'a beaucoup touchée parce qu'elle vivra et survivra au meilleur comme au pire dans cette fresque.

Au niveau historique, le cadre est très bien posé et le lecteur ressent assez bien l'effroi qui coule sur cette période. Une période qui n'est pas la seconde guerre mais qui connaît aussi ses crimes, ses viols et ses violences de toutes sortes. Une période qui connaît pourtant aussi ces espoirs ce qui fait le plus grand bien et permet aux personnages de rester à flot.

Ce roman s'écoule en réalité sur plusieurs années mais je n'ai pas eu ce sentiment durant ma lecture, comme si tout coulait. Et je n'arrive pas à déterminer si j'ai apprécié ou non cette sensation dans le sens où cette absence de temporalité agrémente à la fois un sentiment d'urgence et finit par inclure le lecteur dans un grand tourbillon qu'il ne maîtrise plus.

J'ai aimé retrouver dans cette lecture la "patte" d'Hélène Legrais qui offre toujours ses romans avec le coeur et nous fait aimer ses personnages parce que elle-même les aime.  J'ai aimé sa manière de nous parler d'Histoire et d'une période moins souvent traitée. J'ai aimé la force féministe qu'elle offre à Madeleine en en faisant une jeune femme courageuse et bien en avance sur son temps.

En conclusion...

Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en me plongeant dans ce roman et si la guerre civile espagnole n'est pas la période de l'Histoire que je maîtrise le mieux, j'ai aimé m'y infiltré un peu plus grâce au personnage d'une jeune femme droite dans ses bottes qui n'est rien d'autre qu'un modèle. Voici un roman qui donne toute sa place à la femme pour un tout à la fois troublant et plein d'espoir.
Un roman à découvrir pour tous les amateurs de belles histoires. Vivement ma prochaine lecture de l'auteure !

vendredi 2 août 2019

Des nerfs d'acier - Philippe Lemaire



Infos sur le livre

éditions : De Borée
date de publication : 04-07-2019
pages : 214
prix : 18,90€

Résumé éditeur


A la fin du XIX siècle, le jeune Johan de Winkler quitte sa Lorraine natale pour prendre le chemin de la capitale avec la ferme intention de marcher sur les traces de Rimbaud. Un destin malicieux et les rudesses de la vie se chargeront de faire voler ses ambitions en éclats. Si la littérature perd un poète, l'époque y gagne un témoin : devenu journaliste, Johan rendra compte de la construction de cette Tour Eiffel qui va célébrer à la fois le centenaire de la révolution de 1789 et le triomphe du génie industriel français, mais aussi des scandales qui secouent alors la France. A Montmartre où il vit, tandis que s'affirme l'impressionnisme, il croise marlous, peintres sans le sou et modèles à la si charmante vertu. D'un côté les forçats de l'acier, de l'autre la Butte, ses artistes, ses cabarets, son esprit libertaire. Deux mondes que tout oppose en apparence. Johan de Winkler parviendra-t-il à les rapprocher, le temps de cette virevoltante histoire d'amour et d'amitié, authentique épopée de l'âme humaine ?

Pourquoi ce livre ?


Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman d'un auteur que je suis depuis pas mal d'années maintenant

De quoi est-il question ?


Quelque part en Lorraine, le jeune Johan est loin de faire la fierté de son père. Alors que celui-ci rêvait pour lui d'un grand avenir, à l'image de celui de son frère en phase de devenir médecin, le jeune garçon, lui préfère aller à la rêverie en s'imaginant devenir journaliste ou écrivain. Un choix bien mal vu par sa famille et, pourtant, le jeune homme décide malgré d'aller tenter sa chance à Paris.

Mais très vite, dans une capitale aux codes qu'il ne maîtrise pas, le jeune homme se retrouve vite en difficulté. Faisant trop confiance aux uns et bien incapable de se dresser devant d'autres, c'est très vite dépouillé que Johan doit aller demander conseil à son frère, frère bien décidé à tirer profit de la situation pour ses propres intérêts.

Alors, bien à mal de percer dans la presse parisienne dont il rêve, Johan se retrouve bientôt aux premières loges de la plus grande entreprise parisienne de l'époque : la construction d'une tour de fer pour la prochaine Exposition Universelle. Celle que l'histoire appellera la "Tour Eiffel". Un chantier gigantesque où de multiples petites mains s'activeront durant des mois.

Du côté de la forme...


Le XIXe siècle est, vous le savez sans doute, l'une de mes périodes historiques de prédilection et notamment la fin de siècle. Alors, forcément, un roman traitant de la construction de la Tour Eiffel et, en prime, par un auteur dont je ne manque plus une sortie, je ne pouvais pas passer à côté.

Tout commence par un récit comme nous les apprécions : l'émancipation d'un jeune homme quittant sa province pour aller tenter sa chance à Paris. Et pour cela, le lecteur s'attache très vite au personnage de Johan. Avec lui, il va découvrir la capitale de cet autre siècle et s'émerveiller de la capitale tout en se laissant surprendre par les malveillances toujours présentes de tous temps.

Très vite, le lecteur s'attache à ce personnage d'autant que sa naïveté qui peut parfois agacer est aussi très touchante et pleine de réalisme. Et puis, le lecteur s'attache aussi parce que Johan a les mêmes passion que lui, notamment la passion des romans et tout particulièrement les grands romans naturalistes de l'époque.

Autant dire que moi qui suis une grande amoureuse des romans de Zola, j'ai retrouvé un peu de cet univers dans ce roman mais, surtout, l'auteur sait user des références pour nous apporter un plus à l'ensemble. D'ailleurs, c'est aussi à travers ces références que l'auteur sait nous rendre ce roman réel et cela fait du bien.

Avec ce roman, le lecteur plonge à la fois dans le Paris historique, à la fois dans le monde de la presse et à la fois au plus proche de la construction de la tour devenue la plus célèbre du monde. C'est donc avec beaucoup de talent que l'auteur nous propose un habile roman se faisant témoin d'une époque entre manières de vivre et petites histoires dans la grande.

J'ai eu un grand plaisir à retrouver le style de l'auteur qui sait nous plonger dans d'autres époques et nous offrir un univers dans lequel il est aisé de se plonger, avec des personnages en lesquels on se retrouve et dans une intrigue qui change de ce que l'on peut avoir l'habitude de lire : une intrigue haute en couleur mais toujours emplie de bienveillance.

En conclusion...

 Voici un roman que j'avais hâte de pouvoir découvrir et avec lequel j'ai passé un très agréable moment, ancré dans une période historique et littéraire que j'affectionne tout particulièrement. Voici un roman que j'ai dévoré et qui a su me toucher tout en me donner envie de me replonger dans un roman de Zola que je n'ai pas lu depuis trop longtemps.
Voici un roman que je vous conseille vivement si vous aimez les belles histoires, le 19ème siècle et Paris.

samedi 15 juin 2019

La reine de Jérusalem - Patrick Banon



Infos sur le livre

éditions : De Borée
date de publication : 21-02-2019
pages : 251
prix : 19,90€

Résumé éditeur

953 avant l'ère chrétienne. Salomon règne sur le royaume d'Israël. Le temple de Jérusalem est en construction. Recluse dans une chambre de l'ancienne maison de David, Bethsabée se meurt. Empoisonnement ou châtiment divin ? Alors qu'elle vit ses derniers jours, Bethsabée revient sur son passé et confie à la jeune Abishag, ultime et virginale compagne de David, les secrets de sa destinée. Une vie semée d'épreuves et de tragédies qui ont fait d'elle une femme fatale, à la fois aimante et crainte. Adultère - elle a aimé David alors qu'elle était l'épouse d'Urie, l'un de ses plus loyaux officiers - , la vengeance au coeur, elle a agi dans l'ombre pour que son fils Salomon reçoive l'onction royale - , toute-puissante, Bethsabée ne compte plus ses ennemis. Et tous voudraient sa mort. Mais son plus terrible secret reste à venir. Amours interdites, trahisons, guerres tribales, révolution de palais, Patrick Banon nous plonge au coeur de l'odyssée biblique, à la rencontre d'une femme de légende.

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce roman qui m'avait beaucoup tentée depuis que j'en avais entendu parler.

De quoi est-il question ?

Au terme de sa vie, la reine Bethsabée est recluse dans une chambre de la maison de David, son époux, et voit peu à peu la vie lui échapper. Sa seule compagnie, elle la tient d'Abushag, l'épouse de David, et profite de ces derniers instants de relations humaines pour revenir sur son histoire, sur son passé, sur sa vie de femme et surtout de reine. 

Car la vie de Bethsabée est une vie semée d'embûches durant laquelle elle dû vivre les adultères et les guerres tout en tentant, contre l'avis général, d'être une femme moderne et forte, une femme pouvant prendre des décisions et pouvant jouer un rôle dans la politique de son temps. Tout cela en étant une mère pour son fils Salomon.

Alors, au fil des ans, Bethsabée s'est créé des ennemis, des ennemis qui voudraient bien voir sa perte dans un monde où les femmes doivent être transparentes. Et Bethsabée se souvient, se confie, tente pour l'ultime fois de laisser sa marque dans une époque troublée, une époque avant la naissance du Christ devenue légende.

Du côté de la forme...

Depuis que j'avais entendu parler de ce roman, je savais qu'il me faudrait le lire d'autant que j'avais beaucoup aimé l'histoire de Bethsabée par la plume de Marek Halter. J'étais donc très curieuse de la redécouvrir ici et le résultat a été à la hauteur de mes attentes.

Si l'Antiquité n'est pas la période historique qui me passionne le plus, j'ai plaisir de temps à autres de m'y plonger et ce roman était une belle occasion de retrouver ce genre d'univers avec, notamment, un personnage historique aussi intriguant que passionnant, aussi touchant qu'énigmatique. Car les reines de l'Antiquité, voilà qui porte toujours.

Il est vrai qu'au niveau des témoignages nous n'avons finalement que très peu de choses au niveau historique sur ces personnages antiques et il est toujours agréable de faire fonctionner notre imaginaire en parallèle du peu d'éléments que nous avons. D'autant que c'est avec brio que l'auteur mêle les deux pour nous donner l'illusion d'un document à travers des conversations fictives.

 J'ai beaucoup aimé le cadre offert par ce roman qui nous laisse aisément voir la vie des palais à cette époque, le luxe de ces lieux étonnants et la vie quotidienne au sens large entre querelles et vies à des lieues de ce que nous connaissons aujourd'hui. Un côté très "Mille et une nuit" dans le bon comme dans le mauvais pour un imaginaire féérique.

Bethsabée est une femme qui m'a énormément touchée et que j'ai eu grand plaisir à suivre, qui m'a émue par son récit et pour laquelle je n'ai cessé de souhaiter une issue possible. L'adultère devient la norme mais, surtout, ce roman nous rappelle combien l'amour d'une mère est une chose intemporelle qu'il convient de toujours laissé au premier plan.

Que dire du style de l'auteur si ce n'est qu'il s'agit d'un style précis et sans faille qui fait du bien, un style travaillé où la documentation est essentielle mais qui ne nous noie pas dans un trop plein de connaissances. Un style qui sait aussi nous émouvoir en nous rendant des personnages historiques au plus "vrai".

En conclusion... 

Voici un roman dont j'avais hâte de vous parler et qui a été pour moi une très belle découverte tant au niveau du fond qu'au niveau de la forme. Voici un roman qui change de ce dont on a l'habitude et qui sait nous offrir un moment hors du temps remettant en perspective des pages connues de tous de l'histoire et de l'histoire biblique.
Un roman à découvrir pour les amateurs de récits forts et précis. 

jeudi 28 février 2019

La promesse de Lucile - Albert Ducloz



Infos sur le livre

éditions : De Borée
date de publication : 31-01-2019
pages : 293
prix : 19,90€


Résumé éditeur 

 Forcée de fuir Paris avant l'arrivée imminente de la Wehrmacht, Lucile a décidé de partir avec ses protégées, d'anciennes tuberculeuses qu'elle a prises sous son aile pour leur permettre d'apprendre un métier et de retrouver une vie normale. C'est à Valence, alors en zone libre, qu'elle se rend avec ses "filles". Grâce au généreux André Giroux, un capitaine dont elle a sauvé la vie pendant le Der des der, elle va pouvoir s'installer dans un ancien hôtel désaffecté. Forte et déterminée, Lucile s'est consacrée aux blessés de 1914-1918. C'est alors qu'elle a rencontré Ludwig, un soldat allemand qu'elle a caché et soigné puis perdu de vue. Mais elle s'est fait la promesse de le retrouver un jour... 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman d'un auteur que je suis depuis pas mal d'années maintenant.

De quoi est-il question ?

Nous sommes en 1940. Lucile fuit Paris pour Valence, en zone libre, accompagnée de femmes tuberculeuses qu'elle compte bien mettre à l'abris face à l'envahisseur allemand. Dans une grande maison, ces femmes apprennent à vivre ensemble et certaines vont même travailler à l'usine toute proche, réquisitionnée pour fabriquer les uniformes ennemis.

Forte d'un caractère sans faille, Lucile mène son petit monde et vaut son salut à André, reconnaissant des soins qu'elle lui a porté durant la dernière guerre. Et lorsque ses protégées commettent des erreurs, Lucile est là pour les tirer d'affaire, un peu comme une mère, sans jamais les juger. Et ce même si ces erreurs pourraient être fatales.

Mais bientôt les allemands arrivent en zone libre et un groupe d'officier compte réquisitionner l'hôtel de Lucile. C'est alors que la jeune femme reconnaît Ludwig, un officier qu'elle a soigné au terme de la dernière guerre et qu'elle n'a jamais oublié. Une idylle était alors née entre. Comment faire cohabiter ces forts sentiments aux épreuves du présent ?

Du côté de la forme...

Chaque début d'année sonne la parution d'un nouveau roman d'Albert Ducloz et chaque début d'année je suis présente au rendez-vous. Le sujet m'intriguant beaucoup,j'avais hâte de pouvoir découvrir cette histoire qui m'a une nouvelle fois permis de passer un bon moment.

Tout commence par une fuite en zone libre, en temps de guerre. Une thématique connue mais toujours efficace d'autant qu'ici il ne s'agit ni de familles juives ni de Résistants mais de femmes tuberculeuses, un axe auquel nous ne pensons pas forcément et qui pourtant avait son importance à cette époque.

Nous allons donc au début du roman suivre ses femmes au sein de leur nouvelle vie à Valence l'auteur use de ce point de vue pour proposer une étude des usines réquisitionnées, de la vie en communauté et de la naïveté de la jeunesse pouvant conduire au pire. Pour autant, la guerre n'est au début que peu présente dans ce roman ce qui est appréciable.

Et puis, l'empreinte allemande va venir tout bouleverser mais pas de la manière dont on s'attend. Car lorsque les allemands viennent réquisitionner l'hôtel, là où un autre roman aurait fait basculer l'histoire de ces femmes dans l'horreur, celui-ci nous bascule dans une romance impossible entre deux êtres s'étant connus jeunes mais toujours contraints à un amour interdit.

Ce roman devient alors une vraie leçon de relations humaines et de stupidité des combats face à l'harmonie et l'amour. L'amour entre un homme et une femme, l'amour d'une femme pour celles qu'elle protège. Mais ce roman sera aussi une leçon de courage dans un monde où d'autres veulent les conflits dans une seconde partie plus axée sur les Résistances de toutes sortes.

En conclusion... 

Voici un roman dont j'avais très envie de vous parler et qui m'a pas mal touchée en ce qu'il traite de thématiques méconnues et d'une relation impossible telles qu'elles nous les apprécions toujours. Voici un roman qui reprend des codes connus mais qui parvient malgré tout à innover dans son intrigue même pour un lecteur qui s'y laisse prendre.
Je vous reparlerai sans doute bientôt d'un roman de l'auteur. 

dimanche 3 février 2019

Le crime de l'Odéon - Sylvain Larue



Infos sur le livre

éditions : De Borée
date de publication : 16-08-2018
pages : 420
prix : 22€

Résumé éditeur

 Que le spectacle commence ! En ce mois de novembre 1851, alors que le mandat du président Bonaparte touche à sa fin et que les plus sombres prévisions courent quant à l'avenir de la politique française, Léandre Lafforgue, alias "Le Goupil", songe en vérité plus volontiers à sa carrière naissante de dramaturge qu'au devenir du pays. Mais sitôt le rideau de l'Odéon tombé sur la première représentation de sa pièce, un crime perpétré dans le théâtre met en suspens le futur de son oeuvre. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, voilà que pour faire taire d'éventuelles rumeurs, Bonaparte charge les deux dernières recrues de la Noble Cour de mener l'enquête, et ce à la place du Goupil ! Tandis que se trame en secret un complot destiné à changer le cours de l'Histoire, entre fausses pièces d'or, corps dépouillés et coup de coeur, Léandre peut-il parvenir à voir clair dans ce capharnaüm sans s'y perdre tout à fait ? 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau volet des aventures du Goupil, une série que j'apprécie beaucoup.

De quoi est-il question ?

Nous voici en 1851. L'avenir de la politique française est incertain entre un monde en profonde mutation et le mandat de Bonaparte qui touche à sa fin. Une situation qui met à mal le Goupil qui doit maintenant se faire connaître en tant qu'enquêteur mais également en tant que tout jeune dramaturge, sa première pièce devant se jouer bientôt.

Mais la première représentation à peine terminée, voilà qu'un corps est découvert, bientôt suivi d'un autre. De quoi attiser les curiosités mais également de quoi imposer bien des difficultés à Léandre Lafforgue qui, non content de devoir faire avec ce drame devra faire ses preuves pour se mêler à l'enquête, étant trop impliqué.

Bientôt, là où tout laissait songer à un crime passionnel et à des rancoeurs individuelles, l'enquête va mener nos hommes à une intrigue beaucoup plus profonde, beaucoup plus grave, à l'issue de laquelle pourrait bien se jouer l'avenir du pays. Et au coeur de tout ça, le Goupil va aussi être confronté à des sentiments personnels qui pourraient tout changer.

Du côté de la forme...

Ayant beaucoup le précédent volet de cette série, c'est sans hésiter que je me suis plongée dans ce nouveau tome, convaincue il est vrai par l'éditrice qui a si bien su attiser ma curiosité quant à cette nouvelle intrigue.
Nouvelles plongée au coeur du XIXème siècle historique, plongée au coeur d'une nouvelle affaire aussi terrible que passionnante. Il ne m'en fallait pas plus pour avoir envie de me plonger dans ce roman qui, cette fois, donne à voir le milieu des théâtres et de la dramaturgie ce qui n'était pas pour déplaire à la littéraire que je suis.

Ici, deux intrigues vont donc à nouveau se mêler, l'une posant des questions d'individualités, l'autre concernant des traffics et autres faits bien plus graves. Et c'est avec brio que l'auteur sait mêler les deux pour nous offrir une enquête prenante même si, pour moi, au sein de ce roman, c'est surtout le cadre qui a compté avec un vrai travail de recherche et de documentation.

Car l'auteur maîtrise son sujet et ça se sent. Par le biais de ce roman, assez dense il est vrai, le lecteur est plongé dans un tout autre univers que celui qu'il connaît et apprend beaucoup sur une époque pas si éloignée que cela. Plus encore, il découvre ou redécouvre l'univers du théâtre qu'il croit connaître sans finalement en savoir grand-chose.

Mais ce qui m'a particulièrement touchée ici, c'est la volonté de l'auteur à nous dévoiler un peu plus son Goupil. Il est vrai que si nous savions déjà que ce personnage est un fin enquêteur, il s'agit ici d'en apprendre un peu plus sur lui, sur sa personnalité en dévoilant ses sentiments et en développant son rapport aux autres.

Côté style, nous retrouvons ici une écriture fouillée en détails et forte d'une capacité à décrire les lieux et les gens tout en nous offrant une intrigue qui fonctionne et dans laquelle on se laisse prendre comme dans tout bon polar. Ce style se reconnaît par sa qualité tant culturelle que littéraire et sait offrir au lecteur un vrai moment de lecture à la fois agréable et différent.

En conclusion... 

Voici un roman qui m'attendait que j'avais envie de lire à tête reposée sachant qu'il s'agirait d'une lecture dense et j'ai plutôt bien fait. Car ce roman est un roman complet où l'intrigue, les personnages et le décors nous jouent ensemble une pièce de théâtre à l'image de cette dramaturgie dont il est question en toile de fond.
Si vous ne connaissez pas encore cette série, je vous invite très vivement à la découvrir et pour ma part je vais attendre la prochaine intrigue avec impatience.