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dimanche 23 janvier 2022

Le fugitif d'Ansabère - Thibaut Bertrand

Le fugitif d'Ansabère par Bertrand

Infos sur le livre

éditions : Gypaète

date de publication : 15-11-2019

pages : 210

prix : 14,90€


Résumé éditeur

Dans un coin reculé des Pyrénées béarnaises, au début des années vingt, un berger est découvert mort en pleine montagne et son apprenti a disparu. L'équipe partie à sa recherche se retrouve entraînée dans une course-poursuite trépidante où les différents personnages devront s'adapter au milieu particulier de la hâte montagne.
Le fugitif d'Ansabère est un roman à suspense qui vous fera découvrir les joyaux du cirque de Lescun à un rythme enivrant.


Pourquoi ce livre ?

Toujours avide de découvrir de nouveaux auteurs et romans régionaux, je me suis laissée tenter par ce titre lors de mes dernières vacances au coeur des Pyrénées.


De quoi est-il question ?

Nous voici au début du siècle dernier, au coeur des Hautes Pyrénées, dans un monde où la vie des bergers était une vie de reclus pendant de longs mois mais aussi une vie faite de tous les dangers et de toutes les solitudes. André est de ceux-là même s'il accepte volontiers la présence de son voisin Jean-Baptiste ou de son apprenti Lucien.

Quand André est découvert mortellement blessé, Lucien ayant disparu, une enquête se met en place dans la petite vallée. Car tout porte à croire que l'apprenti serait coupable bien que quelques irréductibles souhaitent croire en son innocence. Tout porte à croire à une bagarre qui aurait mal tourné mais quel serait le mobile ?

Seule Clémence, jeune femme au grand coeur et amoureuse de Lucien veut que les recherches aillent dans un autre sens tendis que, dans le même temps, le coupable se cache dans les montagnes, traqué sans relâche, affamé et terrifié. Car comment assumer sa faute face à la colère des autorités ? Comment se protéger de la colère qui gronde et de la menace ambiante ?



Du côté de la forme...

Si le roman régional n'a que peu de secrets pour moi, je dois bien avouer que je connais moins les auteurs du sud-ouest ce qui constitue un manquement que je souhaiterais pouvoir combler peu à peu. Fans des Pyrénées, j'ai donc profité de l'occasion.

L'auteur nous entraîne ici en plein coeur de la montagne en une époque où la modernité n'existe pas et où tout tourne autour de la puissance du climat et de la montagne. De quoi s'imprégner de cette histoire autre que celle que je connais, la vie des bergers qui, non contents d'avoir la contrainte des bêtes, avait aussi celle d'un isolement complet les mois d'hiver.

Nous nous plongeons donc à la fois dans la vie de ces hommes tout en nous émerveillant de la beauté des décors choisis. Car comment ne pas être séduit par les hauteurs enneigées, par le silence omniprésent et par la grandeur de la montagne. Comment ne pas être effrayé par cette solitude et ce travail de tous les instants ?

Au milieu de tout ça, va se mettre en place une intrigue policière pour retrouver le meurtrier d'un vieux berger aimé de tous. Car son apprenti, non content d'avoir disparu, n'est également pas vu d'un très bon oeil en ville. Et si le lecteur comprendra aisément de quoi il retourne au final de cette, ce n'est guère là le principal. La fin est évidente, oui, mais ce n'est pas pour la surprise qu'on se laisse porter par l'enquête.

La montagne forme une sorte de huis-clos où le silence et la neige sont étouffants. L'action est menée de telle manière que l'auteur sait jouer sur les mots pour nous faire douter de tout ce qu'il se passe au fil de l'histoire pour nous inviter à la relire une fois la réponse donnée pour tout relire avec un autre regard. Le genre de style que j'apprécie tout particulièrement.

L'auteur aime ses montagnes et l'histoire de sa région. Autant dire que cela se ressent tout au long du roman et si le lecteur ne connaît pas les Pyrénées avant, il n'aura qu'envie de les découvrir après. S'il les connais, il aimera se projeter dans le passé pour imaginer la vie de terroir dans un univers bien différent de celui qui fait son quotidien. Les locaux apprécieront ce petit voyage dans le temps.


En conclusion...

Voici un roman dans lequel je me suis totalement laissée embarquée, un roman qui a su me toucher par son style poétique et qui a su me faire douter au fil d'une enquête certes prévisible mais tout de même digne de ce nom. Voici un polar régional différent de tout ce que l'on connaît et qui m'a fait connaître autrement une région que j'aime déjà beaucoup.
Je serai ravie de lire d'autres romans de l'auteur dès que j'en aurai l'occasion.

samedi 15 janvier 2022

La prophétie des marguerites - Alain Léonard

  

Infos sur le livre

éditions : De Borée

date de publication : 12 août 2021

pages : 283

prix: 19€


Résumé éditeur

Aînée de 6 enfants, Jeannette a grandi dans une ferme près de Clermont-Ferrand. En 1867, elle part travailler à Paris avec Marius qu'elle a rencontré à Riom dans l'hôtel-restaurant où elle travaille comme fille de salle. Ensemble, ils vont découvrir la vie d'ouvriers dans une filature de Vaugirard, les premières grèves et aussi l'Exposition Universelle. Suite au décès accidentel de Marius, Jeannette, sans argent, est arrêtée pour vol et condamnée à 6 mois de prison... 


Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman d'un auteur que je suis depuis le premier roman les yeux fermés.


De quoi est-il question ?

A la fin du XIXème siècle, Jeannette est loin d'avoir une vie facile. Vivant avec ses parents et cinq frères et soeurs dans leur petite ferme, c'est à elle que revient la charge de la famille depuis que sa mère est malade et que son père devient violent sitôt qu'il a un peu trop bu, ce qui arrive souvent. Mais la jeune fille ne se plaint pas et accepte sa situation, savourant les petits moments de joie.

Aussi, lorsqu'elle rencontre Marius et que ce dernier lui propose de l'emmener dans la capitale, la jeune fille n'hésite pas et part pour sa nouvelle vie, certaine de trouver à Paris un emploi et une vie peut-être plus sereine. D'autant plus que Marius a tout l'air d'être un travailleur et de vouloir faire pour rendre la vie plus agréable à sa belle.

Malheureusement, très vite, dans les ateliers de filature, la colère gronde entre des salaire trop peu élevés, des patrons bien décidés à faire valoir leur supériorité. Marius se laisse alors embarquer dans un groupe de rebelles bien décidés à faire valoir leurs droits. Mais face à la misère, tenter de s'élever est une épreuve sans solution où il ne sera que possible de tomber plus bas.


Du côté de la forme...

Les romans d'Alain Léonard sont toujours des romans que je suis avec le plus vif intérêt et je dois dire que celui-ci je l'attendais tout particulièrement. Notez au passage cette superbe couverture qui ne peut qu'attirer l'oeil.

Jeannette est un personnage auquel on s'attache très vite et qui n'est pas sans nous toucher au coeur. Vivant dans la misère, elle doit éduquer ses frères et soeurs pour soulager sa mère malade. Comme si cela ne suffisait pas, il faut que le père soit alcoolique. Et si ce genre d'épreuves n'est pas rare pour l'époque, cela fait toujours son petit effet à la Zola et ça marche.

C'est donc avec joie et soulagement que nous allons la voir partir pour Paris en se doutant bien que tout ne sera pas si simple. Et en effet, pour Jeannette, l'enfer n'est jamais très loin entre misère, jalousie de ses collègues de travail et débauche progressive de Marius qui va se laisser embarquer dans son envie d'un monde plus juste, au risque de perdre tout ce qu'il a.

Au-delà de la vie des campagnes, c'est donc tout le Paris d'une époque que l'auteur met en avant ici : la vie dans les usines, la misère sociale, la soif d'égalité à la Germinal. Car derrière le caractère majestueux du travail d'Hausmann se cache l'enfer de la capitale et surtout la cruauté de ceux qui veulent à tout prix garder le pouvoir sur les faibles, quitte à les détruire.

Jeannette va donc tomber au plus bas et, de fil en aiguille, se retrouvera même dans une prison pour femmes de l'époque, un lieu de perversion et d'abominations. Car en contradiction avec ses rêves de liberté et d'émancipation, la jeune fille sera plus confrontée au pire. Pour autant, elle découvrira aussi la force de l'amitié et peut-être de l'amour...

Côté style, nous retrouvons toujours la capacité de l'auteur à raconter de belles histoires et à mettre en avant de beaux personnages. C'est à l'image d'un film que nous voyons s'élever devant nos yeux la modernité parisienne. Nous ressentirons le froid de la prison et la colère grondera en nous face aux injustices encore tellement d'actualité. Une réussite.


En conclusion...

Voici un roman avec lequel j'ai passé un très agréable moment, pile dans une époque que j'apprécie beaucoup. Voici un roman qui sait jouer avec nos émotions et tend à nous faire réfléchir sur l'intemporalité des différences sociales. Voici un roman historique qui traite d'un sujet malheureusement trop peu traité : les prisons de femmes. Un sujet qui ne devrait rester sous silence.

Un beau roman pour les amateurs du genre et pour les passionnés d'histoires de femmes.

La source aux trois fontaines - Antonin Malroux

  

Infos sur le livre

éditions : De Borée

date de publication : 02 septembre 2021

pages : 254

prix : 19,90€


Résumé éditeur

La jeune Anna est employée à la ferme des Fenière, un couple sans enfant, où elle donne entière satisfaction. Lorsque, à peine âgée de 16 ans, elle donne naissance à une petite Justine en refusant de dévoiler l'identité du géniteur, sa patronne Pélagie décide de la garder. C'est décidé, la petite Justine grandira au Hameau des Trois Fontaines. Quelques années plus tard, Justine, devenue l'heureuse égérie d'un grand magasin parisien, revient sur les terres auvergnates de son enfance pour honorer une promesse faite à sa mère. Y aura-t-il un bonheur au bout de ce retour au pays qui l'a vue naître ? 


Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman d'un auteur que j'apprécie tout particulièrement depuis plusieurs années.


De quoi est-il question ?

A la fin du XIXème siècle, la jeune Anna travaille pour un couple de paysans où, malgré l'ardeur de la tâche, elle est heureuse et fière d'avoir pu quitter la ferme de ses parents. Malheureusement, le bonheur est de courte durée, Anna tombant enceinte et refusant de dévoiler l'identité du père. Etre fille-mère à cette époque étant très mal vu, Anna n'a alors que peu d'espoir.

Par chance, Pélagie Fénière accepte de garder Anna auprès d'elle alors même qu'elle sera rejetée par son père. C'est donc à la ferme que la jeune fille mettra au monde sa petite Justine alors même qu'il n'y a plus d'hommes entre ces murs. A la fois aimée par sa mère et choyée par Pélagie, la petite Justine ne manquera de rien si ce n'est de réponses sur l'identité de son père.

Elle grandira ainsi dans l'amour d'une famille et dans les valeurs du travail bien fait. Studieuse et intelligente, elle ne manquera pas d'être vite repérée et de se voir offrir la chance de poursuivre sa vie dans la capitale. Dans le même temps, Anna n'aura de cesse de tenter de retrouver l'amour de ses parents et Pélagie de trouver en ces deux femmes la famille qu'elle n'aura jamais eu...


Du côté de la forme...

Les romans d'Antonin Malroux son toujours des romans emprunts de tendresse, de poésie et d'une belle humanité. C'est donc sans hésiter que je me suis plongée dans cette lecture en sachant que je passerais forcément un très beau moment.

Anna est, dès le départ, un personnage auquel on s'attache et que l'on souhaiterait pouvoir prendre dans nos bras. Au travail trop tôt, elle vivra le pire qu'une femme peut subir et tombera enceinte sous l'oeil mauvais de sa famille et des gens du village. Une situation toujours difficile à accepter mais remisée ici par l'amour inconditionnel de Pélagie, une femme comme il serait d'en croiser plus souvent.

Trois générations de femmes qui vont s'entraider et évoluer dans le monde sans l'apport de la gent masculine : de quoi offrir un roman purement féministe avec des personnages symboles de courage et une volonté sans faille à toujours se relever des épreuves. Une belle leçon de vie de laquelle nous devrions tous nous inspirer.

Ce roman se compose en deux partie majeures. Une première davantage consacrée à Anna et à l'épreuve qu'elle aura à vivre. La seconde à Justine et aux secrets qui l'entourent. Nous verront évoluer la première et grandir la seconde. Nous suivrons la relation mère-fille tout en nous laissant séduire par l'amour qui règne entre elles mais toujours dans l'ambiance historique que l'on peut apprécier.

Puis, avec Justine, nous retrouvons l'ambiance zolienne des grands magasins et nous découvrons le monde de la couture ainsi que celui des grands hôtels. De quoi nous offrir une plongée puissante dans le XIXème siècle envahi de saveurs, d'odeurs et de décors incroyables. Ce roman devient alors celui d'une émancipation à une époque où ce n'était pas si simple et on s'y attache.

Côté style, on retrouve la plume poétique de l'auteur et sa capacité à nous raconter des histoires de femmes étonnantes. Il sait mettre en valeur ces personnages parfois grandes oubliées de l'histoire et sait mettre la petite histoire dans la grande. Ici, les femmes ont le pouvoir ce qui fait du bien pour un roman du genre et sont les plus nombreuses, les personnages masculins n'étant qu'accessoires.


En conclusion...

Voici un roman que j'étais très curieuse de découvrir et avec lequel j'ai passé un très agréable moment dans un décors qui fait du bien et avec des personnages qui ne manquent pas de nous confronter à nos propres vies. Voici un roman qui sait nous plonger dans un siècle et dans la dualité entre ville et campagne pour une mise en valeur des femmes de toutes générations.

Un magnifique roman à découvrir pour les amateurs du genre.

dimanche 29 août 2021

Les herbes de mai - Françoise Boixière

  

Infos sur le livre

éditions : Mot Passant

date de publication : 07-10-2020

pages : 306

prix : 19€


Résumé éditeur

Mai 1968 au Vieux-Bourg, un petit village breton des Côtes-du-Nord. Christine, une fillette de onze ans, aime gambader dans les champs au retour de l´école avec Sylviane, sa meilleure amie. La campagne et les livres lui font oublier les moqueries que lui vaut trop souvent sa grande timidité. Au cours d´une de leurs escapades, les deux enfants font la connaissance de Bertrand, un étudiant rescapé des manifestations du 1er mai à Rennes, venu se remettre d´une mauvaise entorse chez son oncle Louis Taoh. Très vite, le halo de mystère qui entoure le jeune homme attire Christine comme un aimant. La grève générale lui donne bientôt l´occasion de lui rendre visite en cachette et de découvrir son goût pour les arts et ses rêves d´une vie meilleure.Mais quel secret profondément enfoui cache ce garçon attachant partagé entre joie de vivre et mélancolie ? Sur fond de bouleversements intimes autant que sociaux, la gamine à l´aube de l´adolescence va faire l´expérience de sentiments inoubliables, qui marqueront à jamais sa vie.


Pourquoi ce livre ?

Lors du deuxième confinement, je me suis laissée séduire par quelques titres du Mot Passant dont celui-ci, avide de découvrir une nouvelle auteure.


De quoi est-il question ?

Nous voici en Bretagne, en 1968, année de bouleversements et de grands changements au sein de la société et des mentalités. Pour autant, la jeune Christine n'en est guère consciente. Agée de onze ans, elle préfère courir la campagne et profiter de jeux d'enfants de son âge avec son amie Sylviane que de s'occuper de ces problèmes d'adultes qui mettent tout le monde sur les nerfs.

Un jour, rendant visite à un voisin, elle fait la connaissance de Bertrand, jeune étudiant venu se reposer quelques temps chez son oncle après avoir vécu des manifestations qui ont mal tourné. Et il faut dire que, bien qu'il soit bien plus âgé qu'elle, le garçon ne laisse pas Christine insensible. Du haut de ses onze ans, elle n'aura de cesse de tenter de se rapprocher de lui.

Peu à peu, elle va découvrir un artiste, un garçon empli de rêves et d'espoir tant pour lui-même que pour un pays qu'il voit sombrer. Mais Christine comprendra bientôt que Bertrand porte aussi un lourd passé et un secret contre lequel elle souhaitera l'aider alors même que l'été 1968 s'annonce difficile à tous points de vue, sans école mais sans non plus tout les besoins du quotidien.


Du côté de la forme...

Ne connaissant pas cette auteure, c'est un peu au pifomètre que j'ai choisi la lecture que j'allais entreprendre de sa plume. Mon choix s'est porté sur le dernier roman publié, d'autant que je dois avouer avoir été charmée par la couverture.

1968 a beau ne pas être la période qui m'intéresse le plus, trop politique et presque trop moderne à mon goût, je m'y penche de temps en temps quand le roman dédié me semble prometteur. Ce fut le cas avec celui-ci et j'ai plutôt apprécié les choix faits par l'auteure pour présenter une période complexe mais avec toute la tendresse de l'enfance.

Car si Christine n'est plus tout à fait une enfant, elle en garde la majorité des codes, nourris d'un brin d'adolescence survenant par petites touches. C'est donc avec un regard éloigné qu'elle va suivre les événements de mai 1968, et le lecteur avec elle. Cela en est touchant car la violence de l'époque s'oppose à son innocence et à ses préoccupations toutes autres, comme celle de plaire à Bertrand.

J'ai été très touchée par l'amitié qui lie Christine et Sylviane. Car s'il s'agit d'une amitié parfois tendue, elle n'en reste pas moi réelle et belle. Elle est de ces amitiés qui nourrissent les enfants et qui, potentiellement, sauront durer dans le temps. Je dois d'ailleurs avouer que j'aurais aimé que le personnage de Sylvianne soit un peu plus développé car il lui manque, pour moi, un brin de profondeur.

La première romance, les premières peines de coeur dans l'esprit d'une pré-adolescente m'ont marquée et apportent beaucoup de tendresse à roman qui a son côté sombre, caché derrière des décors enchanteurs et une vie relativement aisée. La relation entre Christine et Bertrand est donc agréable à suivre mais va surtout savoir mettre en valeur la jeunesse en cette année-là.

L'écriture est fluide et agréable, pleine de douceur et offrant des personnages que l'on aimerait pouvoir croiser dans la vraie vie. La vie des villages est finement rendue et le secret a su me surprendre. Le 1968 des campagnes nous apparaît autrement et la Bretagne, région que j'adore, nous est offerte avec tout son charme et toute sa grandeur.


En conclusion...

Voici un roman que je me suis offert sur un coup de tête et que j'ai finalement beaucoup apprécié. Il a su m'embarquer dans un autre temps mais aussi, et surtout, au coeur de la jeunesse. J'ai aimé ce court voyage en Bretagne et ai repris goût aux lectures touchant mai 1968 tout en me laissant porter par les émotions d'une enfants, par les épreuves d'un jeune homme et par les secrets inavoués rythmant l'ensemble.

Un roman qui donne envie d'en découvrir d'autres de l'auteure.

Au coeur de la Haute-Rochette - Françoise Seuzaret-Barry

  

Infos sur le livre

éditions : Mot Passant

date de publication : 06-05-2021

pages : 288

prix : 19€


Résumé éditeur

Léa Chambon et Justin Dumont s'aiment d'un amour fou. Quand un jour la jeune fille disparaît.... sans nouvelles Justin se morfond et va finir par se marier avec Julia qui va lui donner un fils Rémi... Mais un matin Léa revient, chargée d'un lourd secret...


Pourquoi ce livre ?

Première lecture de cette auteure dont je suis très heureuse d'être l'attachée de presse. L'occasion de découvrir une nouvelle plume et une nouvelle personne.


De quoi est-il question ?

Nous voici dans un petit village du sud de l'Ardèche, dans les montagnes. La vie s'y déroule paisible alimentée par les travaux de la ferme et un quotidien qui, s'il n'est pas toujours aisé, a au moins le mérite d'être tracé d'avance pour chacun. Les amourettes de jeunesse ne passent pas inaperçues et les années 1930 apportent encore leur lot de quiétude.

C'est dans cet univers tracé de fil blanc que Justin, jeune homme sans histoire, tombe amoureux de Léa, une voisine qui ne manque pas de faire parler d'elle en commérages. Et si Justin souhaiterait bien la marier, il sait que la jeune fille est loin de faire l'unanimité tant auprès des villageois qu'auprès de sa famille. Il faut dire que, sur la belle jeune fille, de nombreux regards se posent.

La romance naissante est noyée le jour où, sans prévenir, la jeune Léa disparaît. Sans doute serait-elle partie pour la ville voisine mais personne ne sait pourquoi. Justin décide donc de poursuivre sa vie, oubliant ses rêves de jeunesse. Jusqu'à ce que, bien plus tard, les réponses à de lourds secrets refassent surfasse.


Du côté de la forme...

Je n'avais jamais lu de roman de cette auteure et je dois bien avouer que le sud de l'Ardèche n'est pas la région que je connais le mieux, y compris en littérature. J'étais donc curieuse de me plonger dans ce roman qui fut une vraie bonne découverte.

Autant le dire d'emblée, ce roman est pur et dur roman de terroir, au sens premier du terme tel qu'on l'entend le plus souvent : une vie de village au coeur du passé, une romance impossible régentée par des esprits étriqués, des secrets allant à l'encontre des traditions et des mentalités. Bref, un roman sans réelle surprise mais qui fonctionnent selon les codes attendus du lectorat dédié.

Justin m'a beaucoup touché par sa force de vivre, ses ambitions différentes de celles des jeunes de son époque et, surtout, ses véritables sentiments à l'égard de Léa. J'ai aimé le suivre dans son quotidien et m'interroger avec lui sur la disparition de Léa. Au passage, il est assez rare que le point de vue principal soit du point de vue masculin et cela mérite d'être noté.

Le village apparaît comme un personnage en lui-même avec ses rites et sa vie au jour le jour où les gens ne sont que peu au courant de ce qu'il se passe ailleurs. Le genre de vie qui fait rêver et effraie un peu en même temps. Et Léa fait partie du mystère ambiant, collant dans le décors mais dans une sorte de flou qui l'en échappe un peu.

Dans une deuxième temps, nous allons suivre le point de vue du fils de Justin, le petit Rémi, quatre ans, et je dois dire que j'ai beaucoup aimé voir le point de vue l'enfant qui ne comprend pas tout mais bien assez pour son âge. De quoi voir le monde d'un regard neuf et innocent dans une vie qui commence à perdre toute sa part onirique.

Mais ce que j'ai surtout aimé dans le style d'écriture de l'auteure, ce qui m'a frappée et a touché la littéraire que je suis, c'est le choix d'une narration à la deuxième personne du singulier comme si un être extérieur contait aux personnages leur propre histoire. Car ce choix est porteur est implique le lecteur d'une manière toute différente, l'impliquant peut-être davantage dans l'histoire malgré la première déstabilisation. 


En conclusion...

Voici un roman qui m'a séduite et saura séduire les amateurs du genres avides de romans de terroir au sens premier du terme. Voici un roman qui nous touche par les relations entre les personnages et par le côté historique mémoriel. Voici un roman qui va amener des secrets comme le lectorat du genre les aiment mais à travers un style qui a le mérite de l'originalité et qui change de ce dont on a l'habitude.

Un très bon roman du genre qui donne envie d'en découvrir d'autres de l'auteure.

Fautes d'amour - Béatrice Bourrier

  

Infos sur le livre

éditions : Lucien Souny

date de publication : 16-04-2021

pages : 232

prix : 18,90€


Résumé éditeur

Quand l’une trouve l’amour et connaît le bonheur de la maternité, l’autre conclut un mariage de raison. Ni heureuse ni comblée, mais riche, Julienne se fait un devoir de soutenir ses vieux parents et sa sœur cadette, poursuivis par la misère. Or la vie se charge de rebattre les cartes et entraîne les deux filles, qui avaient tant d’affection l’une pour l’autre, dans une confrontation impitoyable pour défendre leur famille… Mais laquelle, celle de sang ou celle de cœur ? Les affrontements sont encore plus violents lorsqu’ils opposent des gens qui s’aiment. Dans cette histoire aussi juste que touchante, Béatrice Bourrier continue à explorer et à disséquer les thèmes qui lui sont chers : les liens familiaux, les aspirations à la résilience et au pardon… La sagesse et la générosité peuvent-elles nous sauver des inévitables tragédies humaines ?


Pourquoi ce livre ?

Suivant cette auteure depuis quelques années maintenant, je suis ravie qu'elle ait pensé à moi pour que je puisse parler de son nouveau roman, ce que je peux enfin faire ici.


De quoi est-il question ?

Julienne et Emilie sont soeurs et, enfants, étaient très proches. Mais, en grandissant, leurs destins se sont séparés. La première a fait un mariage de raison, la seconde un mariage d'amour. La première vit ainsi dans l'opulence, la seconde dans la quasi-pauvreté. Et si les deux soeurs s'aiment, chacune ne parvient à comprendre le choix de l'autre.

Car chacune des deux soeurs doit subir son lot de plaisirs et d'épreuves. La cadette aime mais doit supporter un quotidien difficile. L'aînée soutient ses parents financièrement mais ne parvient pas à être pleinement heureuse. D'autant que cette dernière se voit incapable de pouvoir porter un enfant et va peu à peu sombrer dans un manque de maternité.

Le quotidien est difficile pour toutes deux mais, bientôt, la guerre va apporter son lot de souffrances supplémentaires et les doutes vont survenir, insidieusement, dans des esprits déjà confrontés à la peine et aux épreuves. Quand les jeux de pouvoir et d'incompréhension prendront le dessus, la famille risquera de voler en éclats au coeur d'une époque qui ne prend guère en compte la loi du coeur.


Du côté de la forme...

Béatrice Bourrier est de ces auteures que j'aime suivre car elle sait offrir de superbes histoires pleines de poésie et de force. C'est donc sans hésitation que je me suis plongée dans ce nouveau roman qui fut une nouvelle fois un grand moment de lecture.

La question de la fratrie en littérature est toujours une thématiques très forte car, bien souvent, l'amour que se portent les membres de la fratrie va s'opposer à des raisonnements différents, à des modes de vies différents ou à des incompréhensions dues aux douleurs traversées. Ici, c'est un peu un mélange de tout ça que nous offre l'auteure et ça marche très bien.

Il est aisé de s'attacher à Julienne et à Emilie, deux femmes aux destins bien différents pour lesquelles on éprouve tour à tour compassion, pitié et colère. Car le changement de point de vue dans la narration nous invite à les comprendre et à imaginer un peu mieux ce qui les pousse à agir. Et si le lecteur choisira tôt ou tard son camp, il comprend comment des horreurs peuvent avoir lieu.

C'est avec brio que l'auteure nous plonge dans deux parts bien distinctes de la société en opposant la vie du peuple à la vie de la bourgeoisie à une époque où tout coïncidait vers le prisme de l'argent et du pouvoir. Ainsi, elle sait opposer pauvreté et amour d'un côté, richesse et raison de l'autre. Elle pose alors la question du lieu où réside le vrai bonheur.

Et bien sûr, lorsque la guerre va survenir, ce sera l'occasion pour l'intrigue de basculer. Or, c'est avec originalité que l'auteure se sert de cette thématique trop souvent utilisée. Car si la guerre est présente au fil de quelques pages, si la peine sera au rendez-vous, c'est une toute autre intrigue qui va se mettre en place, une intrigue qui pose la question de l'argent, du pouvoir et de l'amour des mères...


En conclusion...

Voici un roman que j'étais très curieuse de pouvoir découvrir et que j'ai dévoré avec avidité. Voici un roman qui m'a plongée dans le genre de thématiques et d'émotions que j'affectionne tout particulièrement au sein d'époques qui m'intéressent beaucoup. Ce roman interroge aussi les relations familiales lorsqu'elles sont confrontées au pouvoir de l'argent et cela me touche toujours, d'autant que l'auteure le fait bien.

Un superbe roman à conseiller à tous ceux qui aiment les belles histoires de femmes et aiment ne pas ressortir indemnes d'une lecture.

samedi 28 août 2021

Les sillons d'argent - Patrick Garinot

  

Infos sur le livre

éditions : Mot Passant

date de publication : 10-06-2021

pages : 400

prix : 20€


Résumé éditeur

Lucien Granget a 17 ans en 1933. Il est commis boulanger et c'est par hasard qu'il assiste au passage d'un train spécial dans la petite gare de Murat, localité où il réside. Aussitôt, une fervente vocation germe dans son esprit : il sera cheminot, tractionnaire, mécanicien de route. Il s'époussette du blanc de la farine pour se pelliculer du noir de charbon, abandonne la douceur de son four à pain pour l'inconfort d'une cabine de conduite mais bientôt aux commandes de sa machine, chevauchant sur des sillons d'argent les paysages fabuleux du Cantal, il se sentira fier, libre, respecté, envié même et surtout, le plus heureux des hommes après avoir épousé Madeleine. Après la guerre, impossible pour le couple de retrouver le vrai bonheur. Un mal mystérieux plane sur eux mais c est ensemble qu'ils affronteront les cruelles injustices de la vie. Des années plus tard, peu avant de conduire son dernier train et de faire retentir son ultime coup de sifflet, c'est une rencontre qui va chasser l'hiver du visage de Lucien mais qui sera aussi à l origine d un incroyable bouleversement familial auquel il ne s'attendait pas du tout.


Pourquoi ce livre ?

C'est en tant qu'attachée de presse que j'ai le plaisir de découvrir ce roman d'un auteur que je ne connaissais pas avant et dont j'étais curieuse de découvrir l'écriture.


De quoi est-il question ?

Tout prédestinait Lucien à devenir boulanger. Nous sommes en 1933 et, dans la petite commune de Massiac dans le Cantal, les destins semblent tracés d'avance. Jusqu'au jour où un train arrive, intriguant la population mais passionnant le jeune homme qui prend alors sa décision : lui aussi travaillera pour les chemins de fer. Lui aussi pourra voyager et embrasser ses machines qui le font rêver.

C'est sans mal qu'il parviendra donc à devenir apprenti au sein de la compagnie, buvant les paroles de ses formateurs et devenant peu à peu un mécanicien digne de ce nom au sein d'un monde dans lequel il se sent bien et "chez lui". Puis, peu à peu, il apprendra à devenir cheminot et saura, lui aussi, mener les grosses machines jusqu'à leur destination.

Son bonheur sera complet le jour où il épousera Madeleine, une jeune fille du village grâce à laquelle il deviendra père non sans se voir dans l'obligation d'abandonner son métier-passion. Mais la guerre changera tout pour eux. Les souffrances, les doutes et des secrets les mettront à mal jusqu'à ce que, un jour, sa vie bascule de nouveau.


Du côté de la forme...

Pour pouvoir correctement mettre en avant un ouvrage, il convient de l'avoir lu. C'est ma politique. Je me suis donc plongée dans cette lecture sans trop savoir à quoi m'attendre et ce fut une très bonne surprise que ce moment.

Lucien est un jeune homme auquel on s'attache très vite. Nous sommes dans les années 1930, des années où l'innocence existe encore, surtout dans les petits villages. J'ai donc beaucoup aimé découvrir le Massiac historique et un bout de Cantal, département dont je suis également tombée amoureuse en arrivant en Auvergne.

Ce roman conte comment peut naître une passion, en l'occurence celle des chemins de fer et des train, dans le regard d'un garçon ne voulant pas rester dans son seul village. J'ai d'ailleurs beaucoup aimé suivre cette passion grandissante et cette volonté de réaliser ses rêves au sein d'une époque où tout était à la fois plus simple et plus complexe.

Nous allons suivre la vie de Lucien sur une longue période, de sa jeunesse jusqu'à un âge plus mur. Peu à peu, l'univers du rail va donc peu à peu laisser la place à une histoire régionale plus traditionnelle avec une vie de famille, un malêtre et des secrets à découvrir. Et si ces sujets fonctionnent toujours, il est vrai que j'aurais préféré une focalisation sur le train du début à la fin, et ce même si tout finit par se recouper.

En filigrane, l'auteur nous offre la vie et les traditions au sein du Cantal avant et après la seconde guerre. Je dois d'ailleurs dire avoir apprécié le fait que, si la guerre est citée, elle n'est pas pour autant au centre de tout et décrite dans le menu détail. Cela offre au lecteur la possibilité de rester focalisé sur la vie de Lucien tout en apprenant pas mal de choses sur la vie des cheminots à cette époque.

Côté style, j'ai aimé voyager au coeur du Cantal et en apprendre plus sur le milieu des cheminots. Le chemin de fer étant un domaine que je ne maîtrise pas du tout, je dois dire que j'ai beaucoup appris au fil de ma lecture. D'ailleurs, j'ai notamment su apprécier un univers qui aujourd'hui, comme tant d'autres, me rend chèvre. De quoi remettre les choses dans leur contexte.


En conclusion...

Voici un roman pour lequel je n'avais pas d'attente particulière mais lequel j'ai passé un agréable moment sans romance exacerbée mais avec la passion d'un métier et d'un univers bien décrit. La thématique du secret et de la famille sera bien sûr là, plus tard, mais saura plaire aux amateurs du genre avides de ce genres d'intrigues.

Un joli roman qui me donne envie de lire les autres de l'auteur.

Le Refuge - Christian Degiorgi

  

Infos sur le livre

 éditions : Revoir

date de publication : 15-05-2021

pages : 334

prix : 17€

 

Résumé éditeur

Mort accidentelle de l'écrivain Gabriel Stern au cours d'une randonnée près de Lagnat, son village auvergnat d'adoption : ainsi titraient les quotidiens nationaux le 16 août 1990. Alors, quand Robert Gregori, instituteur à la retraite, se penche sur le cercueil de celui qu'il considérait comme son frère jumeau, il est dévasté.

 

Pourquoi ce livre ?

Grande fierté que la mienne puisque j'ai eu la chance d'être une des premières lectrices de ce roman dont j'ai assuré la correction.

 

De quoi est-il question ?

Robert et Gabriel se connaissent depuis toujours. Elevés ensemble, comme des frères, dans les cités de Chamalières, proche de Clermont-Ferrand, ils ne sont jamais éloignés et même venue l'heure de la retraite c'est ensemble qu'ils ont choisi de finir leurs jours dans une maison qu'ils surnomment leur "refuge". Alors quand Gabriel meurt dans un tragique accident, Robert est dévasté.

Ecrasé par la perte de son ami, Robert va donc décidé de se lancer dans l'écriture, à l'instar de son cher disparu qui était auteur, afin de lui rendre hommage et de rendre hommage à leur histoire. Il contera ainsi les années de guerre où Gabriel sera enfant caché, les premières amours, les désillusions sur la société mais surtout leur longue et belle amitié.

Des années 1930 aux années 1990, Robert et Gabriel verront le monde qui les entoure évoluer. L'un deviendra instituteur, l'autre sera un célèbre écrivain. Mais jamais rien ni personne ne pourra les séparer, ni les femmes, ni la vie, ni les distances géographiques. Seule la mort y parviendra mais Robert n'aura de cesse de comprendre ce terrible drame.

 

Du côté de la forme...

Etre la première lectrice, ou presque, d'un roman est toujours quelque chose de fort et de particulièrement flatteur. D'autant plus quand le roman en question tombe complètement dans les genres que vous appréciez, en l'occurence un roman historique et régional.

Tout commence par un accident. Un accident comme il y en arrive des centaines chaque année mais qui, cette fois, se terminera mal. Car de cet accident, Gabriel, homme d'une cinquantaine d'années, ne reviendra pas vivant. De quoi mettre en évidence le fait que la vie est courte et que tout peut survenir à n'importe quel instant.

Cette mort va mettre en avant la peine et l'incompréhension d'un homme, Robert, le meilleur ami du défunt. L'occasion pour lui, et pour le lecteur, de se replonger dans son passé, dans leur passé, dans leur histoire, une histoire qui a traversé la grande Histoire. C'est ainsi que le lecteur est plongé au coeur de la seconde guerre, en 1968 et dans la modernité des années 1990.

Comment ne pas être touché par l'amitié qui va lier ces deux hommes tout au long de leur vie ? Et cette amitié va servir de fil conducteur à travers un roman qui va nous inviter à en apprendre un peu plus sur Clermont-Ferrand et sa région. Mais, dans le même temps, le temps au présent va nous inviter à nous interroger, avec Robert, sur la mort de Gabriel.

En tant que passionnée de romans de terroir, je dois dire que celui-ci fonctionne très bien et apporte un peu de modernité au genre tout en conservant les codes que l'on apprécie. Il met en lumière la force de l'amitié, ce qui change des éternelles romances, mais va aussi peu à peu basculer dans une sorte d'enquête pour comprendre ce qui est arrivé à Gabriel.

Côté écriture, nous sommes dans un style romanesque comme ce à quoi on peut s'attendre avec une belle plongée en Auvergne et une histoire qui nous touche. L'auteur joue avec les codes et ses personnages pour nous montrer l'évolution d'un monde mais sait aussi faire vivre ses personnages avec leurs charmes et leurs secrets, leurs douleurs. Une belle performance pour un premier roman.

 

En conclusion...

Voici un roman qui m'aurait sans doute tentée de toutes façons mais que j'ai lu de manière toute professionnelle. Je ne savais donc pas trop à quoi m'attendre et ai eu une agréable surprise au fil des pages en découvrant des personnages forts, en apprenant à connaître mieux ma région d'adoption et en me laissant porter par une intrigue forte.

Un premier roman à prendre en note et à conseiller aux amateurs du genre.

dimanche 27 juin 2021

La rivière écarlate - Jacqueline Lefort

  

Infos sur le livre

éditions : Mot Passant

date de publication : 16-03-2021

pages : 320

prix : 19€

 

Résumé éditeur

A la fin du XIXe siècle, Céline, jeune enseignante promise à un bel avenir, voit ses projets bouleversés lorsque son père, modeste artisan papetier dans la région d'Annonay, est contraint de cesser son activité pour raison de santé. Elle relève alors le défi de reprendre la direction du moulin pour éviter que celui-ci tombe entre les mains de la plus grosse entreprise de la région. Mais de nombreuses épreuves vont jalonner sa route et faire ressurgir de douloureux souvenirs enfouis très loin dans sa mémoire… Entre mensonges et trahisons, elle ne devra compter que sur sa détermination et l'amour de Damien pour venir à bout de ses fantômes et connaître enfin le secret de la rivière.

 

Pourquoi ce livre ?

Très fière d'être l'attachée de presse de ce nouveau roman d'une auteure que j'apprécie beaucoup, très heureuse de pouvoir vous en parler.

 

De quoi est-il question ?

Originaire d'Ardèche, Céline est une jeune femme pleine de vie destinée à une brillante carrière de maîtresse d'école. Apprenant la soudaine maladie de son père, la jeune femme décide pourtant de retourner passer l'été dans son village d'enfance malgré la crainte de replonger dans ses souvenirs et dans le deuil de sa mère survenu quand elle était enfant.

Sitôt arrivée, elle s'aperçoit que son père, non content d'être en train de devenir aveugle, lui a caché l'état financier de la papèterie qu'il dirige. Céline décide donc de prendre les choses en main mais c'est sans compter sur des gens importants de la région bien décidés à racheter l'entreprise pour rien et sur le fils aîné de cette famille décidé à faire de la jeune fille son épouse.

Lorsqu'elle rencontre Damien, la jeune femme sent la passion l'étreindre mais aussi les jalousies et les rancoeurs s'envenimer autour d'elle. Afin de sauver l'entreprise de son père et rester ce qu'elle est, la jeune femme n'aura d'autres choix que de se battre dans un monde qui n'admet pas les femmes jusqu'à replonger dans de lourds secrets liés au passé.

 

Du côté de la forme...

Les romans de Jacqueline Lefort mêlent terroir, histoires de femme et intrigues aux codes du polar. De quoi moderniser un genre avec de belles thématiques et des personnages qui ne s'oublient pas facilement.

Dès le début de ce roman, Céline est un personnage auquel on s'attache sans mal. Bien que décidée à réaliser ses rêves, sa priorité reste son père et ses conviction. Des valeurs qui se perdent et qu'il fait du bien de retrouver ici. La dualité mise en place pour Céline entre ses rêves et ce qu'elle "doit" faire est d'ailleurs belle, tendre et émouvante.

Nous sommes donc là dans une belle histoire de femme et d'émancipation qui fait du bien. Et si la romance sera bien sûr présente, si les codes des romans du genre sont là, l'auteure sait les mettre au goût du jour pour nous offrir une histoire qui pourrait tout à fait être transposée au monde moderne avec le pouvoir des puissants, la force de l'argent et le rachat des petites entreprises.

Dans ce roman, l'auteure nous invite à découvrir l'univers de la papèterie en Ardèche avec une plongée à Annonay. Et si le sujet peut paraître fastidieux et complexe, l'auteure sait nous l'amener avec beaucoup de soin pour nous conter les différentes étapes de la fabrication du papier. Un monde artisanal qui a su être conservé et qu'il est plaisant à connaître.

Enfin, comme tout roman du genre qui se respecte, l'intrigue est mêlée à des secrets liés au passé, à des silences et à des révélations sur le point d'être faites. Et il faut dire que l'auteure sait y faire pour nous rendre cette part plus complexe que ce à quoi on pourraît s'attendre. D'ailleurs, j'ai su me laisser surprendre jusqu'à un final que je n'avais vraiment pas vu venir.

Côté style, j'ai aimé la manière dont l'auteure nous offre un personnage féminin comme on les aime, un décors qui fait du bien et une intrigue totalement envoûtante. Tout joue de l'efficacité d'une histoire troublante et pourtant réaliste qui n'est pas sans nous faire réfléchir. Mais surtout la tendresse entre un père et sa fille est mise au premier plan et sait nous troubler.

 

En conclusion... 

Voici un roman que je ne pouvais qu'aimer avec une histoire qui a su me passionner, des personnages que je n'oublierai pas et une capacité à moderniser un genre qui saurait amener un autre public à ces univers. Voici un roman qui vous embarque et ne vous lâche pas, vous fait découvrir une autre part de l'histoire et vous touche.

Un roman pour lequel je suis heureuse de travailler et que je ne saurais trop vous conseiller.

jeudi 18 mars 2021

Jim, le chien, la rivière - Daniel Taboury

  

Infos sur le livre

éditions : Lucien Souny

date de publication : 15-01-2021

pages : 190

prix : 16,90€

 

Résumé éditeur

Beaucoup en rêvent, peu franchissent le pas. Jim, le cinquantenaire, se lance. Il abandonne son passé décevant, s´offre une formation de guide de pêche et s´installe au milieu de nulle part, dans un univers forestier irriguée par les rivières. Maintenant à lui de jouer, de s´imposer et de composer dans ce microcosme.

 

Pourquoi ce livre ?

Nouveau roman dans une maison d'édition que j'apprécie beaucoup, nouveau roman d'un auteur à suivre, une couverture prévue pour les amis des animaux... De quoi se laisser tenter !

 

De quoi est-il question ?

Il est un moment dans la vie où on réalise que la vie que le destin nous a forgé ne nous convient plus qu'il est temps de s'attacher à ce dont on a vraiment envie. C'est ainsi que Jim décide de partir vivre à la campagne, de s'attiser à sa passion de la pêche en devenant guide et, surtout, de s'intégrer à une population retranchée dans ses traditions.

Mais malgré le monde moderne qui fleurit de partout, les mentalités étriquées des petits villages ont parfois la peau rude. Jim ne tarde alors pas à comprendre que certains sont prêts à tout pour le faire repartir d'où il vient et n'hésitent à déposer une tête de chevreuil devant son domicil pour le lui faire comprendre. De quoi douter mais pas de rebuter Jim qui croit en son projet.

Son salut viendra d'un chien, un brave bâtard qui s'intéressera à lui et deviendra de son propre chef son compagnon. Un compagnon toutefois distant et désirant conserver sa liberté. C'est par cet accueil inattendu que Jim prendra confiance et, s'approchant de la rivière, fera des rencontres qui lui prouveront qu'il avait raison d'y croire...

 

Du côté de la forme...

Daniel Taboury fait partie de ces auteurs peu connus qui, pourtant, mériteraient de voir leur nom gagner en notoriété avec un lectorat de plus en plus important. Car ses romans n'ont rien en commun avec tout ce que l'on peut lire d'ordinaire et méritent d'être remarqués.

Qui n'a jamais rêvé de tout quitter pour accomplir ses rêves ? Ces derniers temps surtout, nombreux sont ceux qui ont eu envie d'un retour à la nature, partant de la grand ville pour retrouver la simplicité des campagnes. En cela, ce roman est très actuel et permettra à de nombreux lecteurs de se retrouver, de s'identifier et s'imprégner de ces rêves... jusqu'à les réaliser ?

Avec Jim, l'auteur nous offre un retour aux sources qui fait du bien, avec le chien il nous offre un superbe tableau de la relation entre l'homme et l'animal où aucun des deux n'appartient à l'autre. De quoi réflechir sur la poésie du monde et sur la richesse des relations. Un souffle de poésie dans un texte qui, de base, ne serait pas considéré comme poétique.

Nous voici également plongé dans l'ambiance des campagnes qui n'est pas toujours aussi idyllique que nous pourrions l'imaginer. Ainsi, le début du roman se présente comme un thriller avec une ambiance macabre et une volonté de savoir qui voudrait faire fuir Jim à ce point. Et si ce thème sera au centre du roman, il ne sera pas le seul et sera mêlé à un tout beaucoup plus fort.

Car c'est surtout dans la richesse des relations humaines que ce roman va nous porter avec des rencontres qui donnent envie de plonger dans ce roman pour les vivre. Au bord de la rivière et dans la passion de la pêche, nous voici dans une ambiance hors du temps qui fait du bien et nous sort de tout un quotidien trop morose duquel on souhaiterait pouvoir s'échapper.

Côté écriture, nous sommes donc dans quelque chose de très poétique mais qui joue aussi avec les codes d'une intrigue prenante et sur des émotions fortes qui ne peuvent pas laisser insensibles. Jim est attachant, le chien est symbôle de liberté, la rivière se présente comme personnage à part entière aurpès de laquelle on souhaiterait se reposer quelques instants.

 

En conclusion... 

Voici un roman qui ne se veut ni addictif ni plein de rebondissements mais qui le devient pourtant en se présentant avec charme. Il envoûte le lecteur et l'embarque dans un tourbillon de relations humaines et de pleinitude qui apportent un peu de chaleur au sein d'une période où nous en avons tous bien besoin. De quoi renouer avec la poésie du monde sans se noyer dans un texte poétique au sens stricte.

Un roman à découvrir pour se faire du bien et pour revenir à l'essentiel.

Histoires à réécriture - Jean-Pierre Bonnet

  

Infos sur le livre

éditions : Lucien Souny

date de publication : 06-11-2020

pages : 192

prix : 16,90€

 

Résumé éditeur

Vingt ans depuis cette terrible nuit où il a fui. Aujourd´hui, Fred revient dans son village pour régler un dossier juridique puisque, au décès du père, il a été privé de sa part d´héritage. Des vérités ahurissantes surgiront alors à la vitesse de l´éclair, comme si sa vie entière avait été un tissu de mensonges. Un retour doux-amer qui pourtant lui permettra d´aller de l´avant.

 

Pourquoi ce livre ?

Grande amatrice de la maison d'édition, je ne pouvais passer à côté de ce nouveau roman d'un auteur dont chaque nouveauté est un joli moment de lecture.

 

De quoi est-il question ?

En revenant dans son village natal, Fred sait qu'il ne va pas faire que des heureux et qu'il risque même de s'attirer les foudres de pas mal de monde. D'ailleurs, c'est dans le plus grand secret qu'il loue une maison dans le coin en prenant de soin de ne pas préciser qui il est vraiment. Il faut dire que, ado, Fred a tout quitté sans se retourner en emportant un lourd secret avec lui.

Mais aujourd'hui, son père étant décédé, Fred est de retour et entend bien toucher sa part de l'héritage alors même que, suite à sa fuite, il a été fait passer pour mort à quiconque voulait l'entendre. Bien difficile alors pour lui de prouver sa bonne foi mais également de regagner sa place au sein d'une famille qui le juge responsable de bien des maux.

C'est par sa rencontre avec une femme que Fred va peu à peu reprendre confiance en lui et se juger légitime de ce qu'il souhaite accomplir. Mais alors que nombreux sont ceux qui tiennent à le renvoyer d'où il vient, les secrets vont commencer à être révélés jusqu'au dévoilement inattendu qui pourra de nouveau tout faire basculer.

 

Du côté de la forme...

Les histoires de secrets de famille, voilà de quoi éveiller sans attendre mon intérêt. En y ajouter un auteur dont j'apprécie beaucoup le travail et une ambiance plus contemporaine qui change de ce dont on à l'habitude, je savais que je passerais un bon moment.

Il est vrai que, durant tout le roman, j'ai eu un peu de mal à me faire une opinion sur Fred qui nous appraît à la fois comme très touchant et à la fois comme assez mystérieux pour nous faire douter de qui il est vraiment. Le genre de personnages à double tranchant qui change des personnages trop précis et qui nous pousse à la réflexion.

Deux intrigues principales vont se mêler dans ce roman. D'une part l'intrigue présente autour de la question de l'héritage et, d'autre part, l'intrigue au coeur du passé sur les raisons qui ont poussé Fred à fuir vers l'inconnu. A cela va s'ajouter une intrigue plus tendre, une intrigue amoureuse, qui permet de souffler dans une tension permanente.

L'auteur va donc nous plonger au coeur des questions d'héritage et de notariat et peut-être est-ce là qu'il m'a un peu perdue, sans doute parce que je ne connais pas grand-chose à ce domaine et n'y suis pas du tout sensible. Pour autant, il sait nous laisser imaginer cet univers particulier et loin d'être tendre, un univers de gros sous, de non-dits et de faux-semblants.

Mais ce roman sonne aussi comme une réflexion sur l'autre, sur la jeunesse. Car il est aisé de comprendre que Fred a ses torts, des torts qu'il cherche à racheter dans un âge adulte où on voit qu'il a changé. De quoi se poser la question sur les jeunes d'aujourd'hui et sur l'espoir qui peut être donné en leur avenir. Un souffle de bienveillance qui fait du bien.

Côté style, l'auteur sait nous offrir des personnages forts et vrais qui nous marquent et que l'on suit sans hésiter. Il sait nous offrir une ambiance de village avec ses secrets tout en y incluant une modernité qui change un peu. Il sait enfin mêler les codes et les genres sans jamais aller trop pour un ensemble qui pourrait bien arriver à n'importe qui.

 

En conclusion... 

Voici un roman avec lequel je pensais bien passer un bon moment et qui m'a offert un joli moment de lecture avec des secrets et des intrigues à la fois terribles et vraies. Voici un roman qui modernise le genre et nous plonge dans un univers qu'on maîtrise mal. Voici un roman qui nous tient en haleine jusqu'à un final que je n'avais pas vu venir.

Un très bon roman à découvrir et à faire découvrir pour un auteur qui mérite d'être lu par le plus grand nombre.

L'élue de Saint-Gabriel - Agnès Guerneliane

  

Infos sur le livre

éditions : Mot Passant

date de publication : 15-10-2019

pages : 328

prix : 19€

 

Résumé éditeur

L´élue de Saint-Gabriel », une histoire qui se déroule aussi après la seconde guerre dans un petit village du Cotentin.Bérangère, une jeune bâtarde rejetée par sa mère, est engagée dans une grande ferme, le manoir de Saint-Gabriel, au service de Justin-Magloire Ledoux, un homme dur et calculateur qu´elle subira pendant de longues années. Mais un jour, tout bascule et le manoir de Saint-Gabriel est la proie des flammes. Bérangère en profite pour s´enfuir et trouve refuge chez l´institutrice qui lui apprend à lire, à écrire et à compter. Grâce à cette dernière et à l´aide du curé, elle deviendra la dame de compagnie d´une riche veuve, mais son Cotentin lui manque. Elle souhaite y retourner. Hélas, faire de nouveau face à Justin-Magloire Ledoux, qui ne l´a pas oubliée, lui fait peur. Malgré tout, Bérangère s´accroche à son rêve : retrouver Saint-Gabriel. Le domaine tant aimé lui appartiendra-t-il un jour ?

 

Pourquoi ce livre ?

 Une superbe couverture, une auteure à découvrir, un résumé très tentant et les frais de port gratuits pendant le second confinement... Comment résister à l'appel de ce roman ?

 

De quoi est-il question ?

Bérangère n'a jamais eu une vie facile. Très tôt livrée à elle-même après l'abandon de sa mère, elle est devenue un "poussin de haie". Ne sachant ni lire ni écrire, elle a vu son salut en devenant servante pour Justin-Magloire Ledoux, un important propriétaire de la région. Mais à peine âgée de 14 ans, elle deviendra aussi l'objet des fantasmes sexuels de cet homme sans scrupule et sur de sa supériorité.

Dix ans plus tard, devenue femme, Bérengère tente peu à peu de s'émanciper de cette emprise jusqu'au jour où elle tient tête à son patron, refusant de se laisser prendre une nouvelle fois. Trop occupé à vouloir assouvir son désir, Ledoux ne remarque pas que Saint-Gabriel, sa propriété, prend feu. Mais dans la panique qui suivra la jeune parviendra à s'échapper.

Celle qui était fille de rien deviendra alors peu à peu une dame en devenant dame de compagnie d'une veuve qui ne tardera pas à l'aimer comme sa propre fille et sera prête à tout pour lui offrir un avenir digne de ce nom. Un changement de destin pour Bérangère jusqu'à ce que sa route croise de nouveau celle de Justin-Magloire, en proie à la folie, bien décidé à la récupérer et avide de vengeance...

 

Du côté de la forme...

Si je lis souvent du roman régional, je dois avouer que la Manche est un coin sur lequel je ne me suis jamais trop penchée. Cette lecture était donc l'occasion d'en apprendre un peu plus sur cette région et de me plonger dans le patois lié.

Comment ne pas se laisser séduire, dès les premières pages, par Bérangère ? Sa douceur, sa tendresse et sa soif de vivre nous donnent envie de la prendre dans nos bras, de l'aider à sortir de l'ombre et de prendre confiance en elle. Un personnage proche de tous ceux avec qui la vie n'a pas été tendre et qui sonne comme un véritable souffle d'espoir.

A l'inverse, Justin-Magloire Ledoux est un personnage excécrable qui donne envie de distribuer des gifles. Il faut dire qu'il cumule les défauts : colérique, impérieux, patriarcale, persuadé que le monde entier est à ses ordres, prêts à tous les crimes pour se préserver lui-même, en proie à la folie pour finaliser le tableau. Deux êtres opposés qui vont se confronter avec force dans un combat étonnant.

L'intrigue est en soi assez simple : une fille de rien qui va devenir quelqu'un et va se trouver confronter à la violence d'un homme qui lui voue une haine féroce. Dans les comportements, un rapprochement avec l'actualité ne peut être renié. Mais l'auteure sait tenir le suspens et proposer des rebondissements qui bousculent le lecteur. Tour à tour, il aura ainsi peine ou colère pour chacun des personnages.

A bien des égards, ce roman joue aussi avec les codes du thriller. Car Bérangère semble parfois en danger mais, surtout, Saint-Gabriel présenté comme un personnage à part entière semble tirer les ficelles avec parfois beaucoup de hargne mais aussi beaucoup d'ironie. C'est aussi avec brio que l'auteure sait nous faire tourner les pages avec avidité.

Côté style, je suis ravie d'avoir pu découvrir un bout de la Manche mais surtout tout un univers littéraire comme d'un autre temps alors même que l'intrigue se déroule dans les années 1950. De quoi nous rappeler combien le monde a évolué. Ce roman nous offre l'histoire de la déchéance des derniers grands propriétaires terriens et un grand moment d'émotion.

 

En conclusion... 

Voici un roman plein de force et de tendresse qui sait nous faire voir le meilleur et le pire de l'âme humaine. Voici un roman qui nous touche et nous rend la lecture addictive. Impossible de quitter le roman avant de l'avoir terminé. Voici un roman qui nous montre avec brio l'âme des pierres et la renaissance de ceux qui ont du se battre pour gagner leur destin.

Un roman incroyable que je ne saurais trop vous conseiller de découvrir.

D'Ambre et de lumière - Jacqueline Lefort

  

Infos sur le livre

éditions : Mot Passant

date de publication : 12-03-2020

pages : 372

prix : 19€

 

Résumé éditeur

Très jeune, Ambre découvre que la vie n´est pas un conte de fées : après quelques années d´insouciance sur les hauteurs du plateau cévenol, sa mère et elle échappent de peu à une mort atroce lors de l´incendie de leur ferme provoqué par son père, un peintre alcoolique sans le moindre talent. Sans ressources, elles décident d´aller tenter leur chance dans la vallée, au village des Estables, où l´aubergiste Bérard va leur ouvrir son coeur et sa maison. Mais ce nouveau bonheur est de courte durée. Ambre se retrouve bientôt orpheline et de plus en plus en but à la jalousie maladive d´Alice, sa soeur adoptive, qui n´a jamais accepté le remariage de son père. Mais elle s´en accommode : l´auberge est devenue son foyer et elle se sent comblée entre son beau-père et son demi-frère pour qui elle se dévoue totalement...Jusqu´au jour où un étranger de passage va remarquer cette jeune fille à la chevelure rousse et lui faire une proposition inattendue qu´avec réticence elle finit par accepter... Et la voilà partie pour Saint-Etienne où elle devient dame de compagnie pour le compte d´une riche famille de rubaniers...Mais derrière le luxe et le raffinement se cachent des personnalités complexes, des êtres en apparence parés de toutes les vertus mais capables de dissimulation et de mensonges... Un lourd secret semble peser sur le clan Marcelier et va tourner au drame... Malgré elle Ambre va en faire les frais et n´aura d´autre choix que de s´enfuir loin, très loin...À nouveau seule mais résolue à se reconstruire, elle se réfugie dans le Paris de la Belle Epoque qui s´enivre de plaisirs pour oublier les rumeurs d´une guerre imminente.

 

Pourquoi ce livre ?

Après une première lecture plus que concluente du précédent roman de l'auteure, j'avais hâte de me plonger dans cette histoire-ci.

 

De quoi est-il question ?

Fille d'une femme effacée et d'un père s'estimant artiste raté, Ambre ne peut compter que la vieille femme qui les a recueilli après le rejet de sa mère par sa famille. Si la vie à la campagne ne lui convient pas tout à fait elle y est quand même heureure et se lie d'amitié avec Gaspard, un jeune fermier de la région qu'elle ne laisse pas insensible.

Au décès du père, Ambre et sa mère partent pour la ville où elles sont reccueillies par un aubergiste qui va tomber sous le charme de la mère de la fillette. Après quelques temps sous le même toit, ils décident même de se marier. Mais si Ambre pense avoir trouvé un père qui l'aime plus que tout, c'est sans compter sur la jalousie maladive de sa nouvelle soeur, Alice, aux grandes ambitions et sans morale. 

Le jour où un notable de Saint-Etienne croise le regard d'Ambre, il tombe sous son charme et choisi de l'engager comme dame de compagnie de sa belle-fille, une femme jalouse, envieuse et bien décidée à faire valoir le rang qu'elle s'estime avoir. Et si Ambre craint de quitter tout ce qu'elle connaît, elle partira sans savoir qu'elle mettra bientôt le pied dans un engrenages de secrets de familles troubles.

 

Du côté de la forme...

Les romans de terroir, les destins de femmes, les secrets de famille... tout ce que j'aime ! C'est donc avec envie et sans aucun doute que je me suis plongée dans ce roman que j'ai bien sûr dévoré de bout en bout sans pouvoir m'arrêter.

Ambre est, typiquement, le genre de personnage auquel on ne peut que s'attacher. Fillette au début du roman, nous allons la voir grandir peu à peu, devenir femme, tant physiquement que dans ses valeurs et sa personnalité. Ambre est douce, charmante, pleine de joie de vivre mais surtout au coeur énorme ce qui va réhausser le sentiment d'injustice du lecteur face aux épreuves qu'elle vivra.

Entre les Cévennes, Saint-Etienne et Paris, ce roman se présente à la fois comme un véritable voyage entre les campagnes et les villes, et à la fois comme une quête initiatique où Ambre va devoir apprendre à composer avec le monde qui l'entoure pour enfin devenir elle-même. L'auteure nous fait alors à la fois découvrir la vie de paysan, celle d'aubergiste et de celle femme de compagnie.

Mais si tout le début du roman sonne comme un roman de terroir classique, la bascule chez les notables de Saint-Etienne va faire basculer l'intrigue dans l'ambiance des secrets de famille. Et quels secrets ! Révélés de manière forte qui donnera au lecteur l'envie de tourner les pages encore plus vite. Dès lors, le roman bascule dans une ambiance polar avec le souhait permanent d'un happy end.

C'est avec brio que l'auteure mêle et entremêle les relations entre les personnages qui, s'ils sonnent vrai quant à leur niveau social, vont aussi au-delà de leur seule fonction. De plus, rien n'est tout blanc ou tout noir dans le coeur des personnages. Le roman se présente alors comme une leçon pour le lecteur en l'emmenant plus loin que les personnages manichéens.

Côté écriture, je me suis une nouvelle fois totalement laissée porter par le style d'une auteure qui sait nous offrir un contexte historique, une histoire prenante et des personnages addictifs. Les codes du roman régional sont respectés et la maîtrise du polar est là pour un ensemble qui fonctionne et qui nous laisse nous faire avoir quant aux révélations finales.

 

En conclusion... 

Voici un roman que j'attendais de lire depuis longtemps et qui m'a offert un moment comme je les aime dans les lectures de ce type. C'est avec plaisir que je me suis laissée embarquer dans cette histoire et que je me suis laissée toucher par Ambre tout en voyageant au coeur d'une époque où tout était plus dur mais où les relations humaines étaient peut-être plus saines.

Un roman à découvrir pour les fans du genre et une auteure à suivre sans hésiter.

dimanche 31 janvier 2021

Le miroir aux alouettes, tome 2 - Georges Bergerat

 Peut être une illustration de une personne ou plus et texte qui dit ’Georges BERGERAT Le miroir aux Alouettes tome2: 1930-1940 RevoiA Ediions’ 

Infos sur le livre

éditions : Revoir

date de publication : 16-12-2020

pages : 358

prix : 17€

 

Résumé éditeur

Inspiré d'une histoire vraie, le Chant de l'Alouette est le récit de vie de deux enfants abandonnés, placés, au début du vingtième siècle, dans les familles d'accueil du Morvan et qui, au prix d'un parcourt initiatique hors du commun, affrontent épreuves sur épreuves au sein d'une France ébranlée par deux guerres mondiales et transformée par les bouleversements sociaux qui s'ensuivent.

 

Pourquoi ce livre ?

Après un premier tome m'ayant permis de passer un superbe moment, je ne pouvais pas passer à côté du tome 2 et je remercie infiniment l'auteur pour sa confiance en mon jugement.

 

De quoi est-il question ?

Lucile et Georges ont grandi. Avides de prendre leur vie en main, ils décident de quitter le Morvan pour rejoindre la grande ville avec leur bébé. Dans ce monde moderne où tout est possible, lui s'engagera dans l'armée tendis que elle apprendra à devenir mère de famille. Et si rien n'est parfait, le couple est heureux malgré la nouvelle guerre qui menace.

Car 1939 est là et le monde s'apprête une nouvelle fois à basculer dans l'horreur. Le bonheur ne sera que de courte durée car Geoges doit partir pour le front et Lucile apprendre à gérer les restrictions imposées par l'état et la peur de ses enfants. Elle devra alors fuir, en 1940, comme des milliers d'autres, sur les routes de France. C'est l'exode.

L'un et l'autre devront alors apprendre à grandir encore plus vite et à gérer un quotidien qu'ils n'auraient jamais imaginé. D'autant que la famille de Georges souffre encore des épreuves de la première guerre, s'inquiète et ignore comment aider Lucile. La jeune femme devra alors se battre pour sa famille dans l'espoir de lendemains meilleurs.

 

Du côté de la forme...

Vous le savez, le roman régional fait partie de mes genres favoris même si depuis quelques temps j'en lis un peu moins. La parution de ce nouveau roman étant donc l'occasion d'autant que, en tant que tome 2, il me permettait de retrouver des personnages que j'avais adoré.

Ce roman commence là où s'était arrêté le tome 1 avec le départ du couple pour la grande ville, le début d'une nouvelle vie. L'auteur met donc en valeur leurs rêves, leurs espoirs mais aussi les craintes de Lucile et il le fait plutôt bien avec toutes les pensées que chacun pourrait avoir. Et si le cadre est historique, les personnages sont modernes et attachants.

Si le tome promet l'évolution du couple entre 1930 et 1940, il faut avouer que les années de 1930 à 1939 évoluent assez vite entre l'amélioration du niveau de vie, la naissance des enfants et le changement du monde en général. Je dois avouer que j'aurais aimé passer plus de temps dans cette période de relative quiétude mais l'évolution étant bien menée, cela fonctionne.

L'essentiel du roman va donc se dérouler dans le début de la guerre, dans les quelques mois où le conflit est, si on peut dire, "normal". Et si la période reste tragique, il est plutôt agréable de prendre en compte 1939 comme une "vraie" guerre et non axée sur l'arrestation des juifs. De même, l'auteur met en valeur l'exode de 1940 et de manière très forte et très touchante.

Car ce roman est aussi un roman familial, humain et tendre. Il montre la bonté et le profit, il montre les épreuves et les individualités. Mais ce roman est enfin un roman qui met en valeur la place de la femme et le début de réflexion de celles qui ont voulu prendre leur vie en main. D'ailleurs, les discussions dans le couple en sont la preuve avec une dualité entre les pensées de l'époque et l'évolution des mentalités. 

Cela a été un réel plaisir pour moi de retrouver la plume d'un auteur qui sait raconter de belle histoires et nous offrir de beaux personnages, vrais, attachants et non-parfaits. Il sait nous plonger dans un cadre historique troublé et nous raconter dans le détail l'histoire de Lucile et Georges, en alternance, pour offrir un panorama global de l'époque.

 

En conclusion... 

Voici un roman qui m'a beaucoup touchée et que j'ai dévoré en un rien de temps car il a su me happer avec des histoires comme je les aimes et des personnages plein de charme. Voici un roman classique dans le genre mais qui fonctionne avec une belle écriture et une certaine originalité dans le traitement du sujet. Une très belle suite.

Voici un tome 2 qui me conforte à vous conseiller vivement ce début de trilogie.

jeudi 7 janvier 2021

Le rêve de Marie-Hélise - Antonin Malroux

  

Infos sur le livre

éditions : De Borée

date de publication : 08-10-2020

pages : 244

prix : 19,90€

 

Résumé éditeur

 1908, Cantal. Au coeur d'Aurillac, petite ville calme et sans histoires, une jeune fille de douze ans, Marie-Hélise, se promène dans le square. Ce jour-là, deux rencontres bouleverseront sa vie. Une gitane, allaitant au sein son nourrisson sans se soucier des passants, et, plus loin, un vieil homme, Monsieur Destourbe, assis sur un banc en compagnie de son chien Padouille. Ce trio tisse des liens qui déclenchent chez la petite orpheline des sentiments insoupçonnés. Ses tuteurs, pourtant bienveillants, laissent Marie-Hélise en manque d'amour filial, tandis que le climat de tendresse avec les amis du square - auquel le chien Padouille n'est pas étranger - se fortifie de jour en jour. Marie-Hélise finit par avouer qu'elle a été une enfant trouvée, déposée dans un tour d'abandon à l'hospice. Ces confidences provoquent chez le vieil homme une grande émotion, une compassion salvatrice pour la jeune fille. Le bonheur des uns ne fait pas forcément celui des autres, et cette complicité nouvelle crée dans la famille Destourbe un vrai malaise. Le fusil sera-t-il décroché de la cheminée ?

 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée et à Néobook grâce à qui j'ai pu découvrir ce nouveau roman d'un auteur dont j'apprécie beaucoup les histoires depuis quelques romans déjà.

 

De quoi est-il question ?

Au début du XXème siècle, au coeur du Cantal, Marie-Hélise est une fillette heureuse de vivre malgré son statut d'orpheline. Car si elle est plutôt bien dans sa famille d'accueil, la présence d'une maman lui manque. D'autant qu'elle doit subir les moqueries à l'école. Aussi, le jour où elle voit une femme du voyage nourrissant son bébé sur un banc, elle tombe sous le charme.

Dans le même temps, elle fait la connaissance d'un vieil homme et de son chien, un homme rongé lui-même par de lourds secrets. Une amitié et une tendresse naissent alors entre ces deux êtres un peu perdus et un peu isolés du monde. Pourtant, lorsque la fillette avoue au vieil homme qu'elle est une enfant adoptée, cela trouble ce dernier plus que de raison.

La fillette, en grandissant, reste proche de l'homme et tente de se forger sa propre vie. Mais quand on est une enfant trouvée, rien ne semble facile si ce n'est peut-être l'amour et la foi en l'avenir. Pourtant, parfois, l'avenir est lié au passé et il suffit d'un rien pour que tout ressurgisse. Marie-Hélise apprendra alors à grandir dans un monde qui ne la rejette pas mais qui n'est pas le sien.

 

Du côté de la forme...

Les romans d'Antonin Malroux sont des romans que j'attends toujours avec impatience et si je n'avais pas d'a priori sur ce nouvel opus, j'espérais tout de même passer un superbe moment. Et si ce moment fut différent d'autres lectures du genre, il fut toutefois très beau.

Marie-Hélise est une fillette qui m'a d'emblée beaucoup touchée. Elle n'est pas une enfant malheureuse, maltraitée ou négligée. Pourtant, elle n'est pas heureuse non plus, souffrant du manque d'une maman et d'un amour au sens stricte. Bref, elle est une fillette en laquelle beaucoup d'orphelins sauraient se reconnaître ce qui rend ce roman beaucoup plus universel que d'autres du genre.

C'est par cette solitude que la fillette va se rapprocher de personnes à la fois marginales et porteuses d'un sens fort : une mère et son enfant ainsi qu'un vieil homme isolé. Car c'est quand on est seul que l'on sait reconnaître ceux qui le sont tout autant que nous. Ce roman se présente alors comme symbole de rencontres humaines et de sensibilité.

Le caractère intergénérationnel des relations est au centre de cette histoire avec l'amitié improbable entre une fillette et un vieil homme. Marie-Hélise est alors un personnage dans lequel je me suis beaucoup retrouvée dans sa manière de se lier aux gens et de voir le monde. Et si l'intrigue passe en-decà des relations humaines, le principe de ce roman fait juste du bien.

Au fil des pages, on retrouve l'ambiance début de siècle mais dans un cadre loin des guerres mondiales et des souffrances au coeur des campagnes. En cela, ce roman sonne peut-être plus juste en étant plus proche de ce que de nombreuses familles purent vivre à l'époque. Car les personnages ne sont ni des héros absolus ni des anti-héros mais juste des gens ordinaires dans un monde ordinaire.

C'est avec grand plaisir que j'ai retrouvé la plume à la fois poétique et délicate d'un auteur qui sait voir les gens et qui sait nous conter des histoires simples avec beaucoup de force. Il sait aussi nous plonger dans le Cantal et donne envie au lecteur d'ailleurs de s'y rendre. Enfin, il sait nous plonger au coeur d'un secret que l'on entrevoit peu à peu et qui apporte un charme supplémentaire au tout.

 

En conclusion... 

Voici un roman qui nous plonge dans un autre temps et au coeur de l'âme humaine où l'intrigue elle-même vient au second plan. Voici un roman au plus proche du monde et de la vie dans lequel chacun peu se reconnaîtrre et qui nous donne envie de plonger dans les pages pour prendre ces personnages dans nos bras.

Voici un roman à découvrir pour tous les amateurs du genre ou pour tous ceux qui veulent une lecture tendre.

mercredi 11 novembre 2020

Ils auraient pu faire une belle famille - Roger Vannier

  

Infos sur le livre

éditions : Lucien Souny

date de publication : 27-05-2020

pages : 192

prix : 6,99€ (format epub uniquement)

 

Résumé éditeur

Ludovic a été adopté. Sa mère est médecin et son père, chercheur. Il s’est très vite intégré et s’est fait des amis à l’image d’Aurélie, qui, à dix ans, n’a d’yeux que pour son petit copain noir. Des sentiments irréversibles. Si les enfants n’attachent aucune importance à la couleur de la peau, il en va autrement pour certains adultes. À commencer par le grand-père de Ludo. Cardiologue de renom, fondateur du laboratoire familial, à la tête d’un empire immobilier, il renie son petit-fils jusqu’à l’humiliation. Et jamais, au grand jamais, sa fortune ne lui reviendra. Les années s’écoulent et Ludovic devient docteur à son tour. Il travaille maintenant au laboratoire permettant ainsi à ses parents de se consacrer à leur passion, la voile en mer. Au cours d’un voyage, le drame couve : le couple ne donne plus signe de vie. L’inquiétude est à son comble. Chez le grand-père aussi, car si son fils unique venait à disparaître, son héritier direct et incontestable serait Ludovic. Impossible d’y déroger ! Mais Louis-Étienne, lui, l’entend d’une tout autre oreille. La haine, comme l’amour, n’a pas de limites. Les préjugés sont tenaces, parfois même obsessionnels, et étrangers à toute notion de génération ou d’époque. Roger Vannier n’a de cesse de croire qu’un jour l’homme finira par les éradiquer pour construire un monde meilleur. 

 

Pourquoi ce livre ? 

Très attirée par le résumé et par la couverture de ce roman, je me suis laissée tenter par ce roman au format ebook que j'ai dévoré.

 

De quoi est-il question ?

Alors qu'ils sont enfants dans les années 1980, Aurélie et Ludo aiment passer du temps ensemble malgré les parents de l'une et les grands-parents de l'autre qui voient d'un très mauvais oeil l'arrivée de ce petit garçon noir dans leurs vies. Car si les enfants se moquent de la différence de couleur, le racisme a la peau dure dans le regard de ceux qui veulent tout contrôler.

Les années passant, c'est pourtant un sentiment beaucoup plus fort qui avive les deux jeunes gens malgré la distance qui les sépare. Un événement inattendu les réunira pourtant alors même que Ludo, devenu docteur de renom, apprend la disparition en mer de ses parents. Une épreuve pour le jeune homme qui doit se confronter à un grand-père qui le déteste littéralement.

Mais ce dernier, bien décidé à ne pas laisser sa fortune à un "bamboula", va tout tenter pour déroger à la loi de l'héritage. Va alors commencer une course contre la montre pour le jeune homme qui devra se battre pour lui-même, pour Aurélie mais aussi pour la tolérance dans un monde où rien n'est simple. Une course pour ne pas tomber dans les pièges lancés par un grand-père ancrés dans ses convictions.

 

Du côté de la forme...

Je ne connaissais pas la plume de Roger Vannier mais appréciant beaucoup les romans publiés aux éditions Lucien Souny je me suis laissée tenter par cette découverte sans trop savoir où je mettais les pieds et sans m'imaginer les surprises réservées par l'auteur.

Tout commence autour d'une belle histoire entre deux enfants, une histoire au-delà des préjugés qui fait beaucoup de bien et invite chacun à retrouver son âme d'enfant, un appel à la tolérance et à l'acceptation de la différence. Un sujet qui n'a jamais été autant d'actualité et dont chacun devrait nourrir une réflexion. Les enfants ne jugent pas, les adultes les poussent à le faire.

Très jeune, Ludo va souffrir du racisme et de la haine, notamment de la part de son grand-père qui va à l'encontre de l'amour porté par les parents. De quoi donner un souffle d'espoir et d'imposer au lecteur cet amour contre la haine, sans juger. Car le racisme n'est pas d'une violence extrème, il est juste le racisme ordinaire contre lequel il convient de se battre.

Les enfants devenus adultes, le lecteur s'attend à une belle romance. Un peu compliquée, certes, nourrie de la haine du grand-père, sans doute. Mais ce que je n'avais pas imaginé, c'est le point de bascule du roman vers une intrigue aux frontières du polar et du roman noir. Car les projets menés par le grand-père, sans trop en dire, valent bien les meilleurs romans du genre.

Dans ce roman, nous allons voyager de Montluçon au sud de la France et l'auteur parvient très bien à rendre les ambiances de ces milles, donne envie d'aller les visiter quand on ne les connais pas. De quoi donner du baume au coeur dans un roman qui n'est pas plein de bons sentiments et de résilience. Mais, dans le même temps, l'action et le rythme ne manquent pas sans un instant de répis pour le lecteur.

Côté style, l'auteur mêle habilement différents genres pour un cocktail qui fonctionne. De l'amitié, de l'amour, de la haine mêlés à de l'action, de l'intrigue, du suspens. On se laisse prendre à l'ensemble alors même que l'on ne s'attend pas aux retournements imaginés par l'auteur et encore moins à la puissance de haine qu'il met en oeuvre. Car tout va loin, trop loin, mais pourrait tellement être réel...

 

En conclusion... 

Voici un roman dont je ne savais pas trop quoi attendre et qui a finalement été une vraie bonne surprise dans tous les sens du terme. Une surprise de style, une surprise d'intrigue et une surprise de réflexion proposée au lecteur. Tout ça dans une histoire qui fonctionne et mêle romance et polar, amitié et suspens, relations humaines et réflexion sur le monde.

Un roman qui m'a fait passer un très bon moment, que je vous conseille et qui me donner envie de découvrir d'autres romans de l'auteur.

mercredi 4 novembre 2020

Coeurs en miette - Alysa Morgon

  

Infos sur le livre

éditions : Lucien Souny

date de publication : 02-10-2020

pages : 400

prix : 17,90€

 

Résumé éditeur

Au pied d’une vallée qui s’étire jusqu’au bout du monde, le facteur se prépare au milieu de la nuit. Il doit partir séance tenante, sous la neige, porter un télégramme à la ferme la plus éloignée. Un pli urgent qui va changer le destin des siens et d’autres encore. Trois familles que tout sépare et que tout oppose vont pourtant se rencontrer grâce à la puissante et formidable imagination d’Alysa Morgon. L’auteure les entraîne dans un périple incroyable ponctué de surprises, de tragédies, d’émotions et aussi parfois de larmes. Avec sa plume délicate, elle saura même recoller leurs cœurs que la vie aura réduits en miettes. Plus que jamais la lumière inondera alors cette belle terre de Provence.

 

Pourquoi ce livre ?

En ces temps où un peu de bons sentiments est tout ce qui nous reste, un nouveau roman d'Alysa Morgon tombait à point nommé. Et quel bonheur que de le découvrir.

 

De quoi est-il question ?

Justin est facteur. L'été comme l'hiver, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, il parcourt la montagne pour porter le courrier jusque dans les maisons les plus isolées. Pendant tout ce temps, son épouse l'attend, inquiète et fière de l'homme qu'elle a épousé. Jusqu'à cette nuit, la "nuit de Pandore" qui va à jamais changer leur destin...

Dans le même temps, une jeune fille devient dame de compagnie chez une vieille femme en Provence pour gagner sa liberté. Alors que ses frères ont fait leur vie, elle se cherche encore. Avec son grand coeur et sa constante bonne humeur, elle devient indispensable à cette maison dans laquelle elle se sent bien et comme chez elle.

Mais les années passent et un secret s'apprête à être dévoilé. Un terrible secret qui pourrait bien remettre en question les bonheurs de tous. A moins que la tendre, la bienveillance et la joie aient le dessus sur des lois et des mentalités fourbes jusqu'à devenir les points de rencontre entre des êtres que rien n'aurait dû réunir si ce n'est l'être le plus précieux de tous... un enfant.

 

Du côté de la forme...

Chaque nouveau roman d'Alysa Morgon est un pure moment de bonheur, un moment de poésie qui fait du bien et qui redonne foi en l'âme humaine, d'autant plus en ce moment. Ce roman est donc arrivé au moment où j'en avais le plus besoin et m'a mis le baume au coeur qui me manquait en cette période.

Nous voici plongés au coeur de la montagne, un décors à la fois proche et pas si éloignée de nous, un monde moderne mais qui, à bien des égards, nous ramène dans des temps plus anciens où tout se faisait à pied et où les nouvelles technologies sont bien inutiles. L'occasion de remettre en perspective la manière dont nous nous plaignons de la température sans chercher plus loin.

C'est dans cette ambiance de saison, où le froid coupe le souffle, que le lecteur fait la rencontre de Justin, un homme dont le métier est sa passion. Et c'est avec beaucoup de délicatesse et de tendresse que l'auteure nous offre ce paysage tout droit issu d'un tableau. Une manière de voir autrement la Provence, au-delà du soleil et de l'huile d'olives.

Ce roman est la passion d'un métier, facteur. De quoi nous en apprendre un peu plus sur ces périples que nous avons bien du mal à imaginer mais aussi le moment pour l'auteure de nous parler de légendes de la région. Des légendes qui vont être dépassées par le réel puisque le voeu de cet homme va être réalisé au détour d'un chemin.

Cette histoire est alors l'occasion de nous parler de douloureuses histoires de familles comme l'auteure sait si bien nous en proposer. Avec des destins qui s'entrecroisent et des personnages d'une belle intelligence, le lecteur a envie de plonger dans l'histoire pour rencontrer ces êtres, certes pas toujours parfois, mais d'une force considérable et qui restent dans les mémoires.

Le style de l'auteure est toujours aussi poétique avec cet amour des gens qui fait du bien. Elle a la passion de l'histoire qu'elle nous conte et cela se sent. Les secrets et l'intrigues sont là, sont bien menés mais ce n'est pas l'essentiel du roman. L'essentiel étant dans une ambiance et dans un tourbillon de sentiments et d'émotions qui bouleversent le lecteur.

 

En conclusion... 

Un nouveau roman d'Alysa Morgon est la certitude de passer un sublime moment de lecture où chaque mot est pesé et, cette fois encore, elle y parvient avec beaucoup de grâce.  Les personnages vivent des situations complexes  mais auxquelles on croit. La bienveillance et l'écoute de l'autre restent au coeur ce qui est une belle mentalité dans notre temps troublé.

Un sublime roman à lire au coin du feu en hiver que je ne peux que vous conseiller.