vendredi 17 janvier 2020

Le maître des livres, 1 - Umiharu Shinohara



Infos sur le livre

éditions : Kommiku
date de publication : 28-08-2014
pages : 192
prix : 8,50€

Résumé éditeur

Suivez le quotidien d'un excellent bibliothécaire qui parvient à changer la vie de ceux qu'il conseille dans leur lecture. Les aventures incroyables et merveilleurses d'un sommelier des livres. Une vraie leçon de dégustation des grands classiques de la littérature. À la bibliothèque pour enfants "La rose trémière' vous êtes accueillis et conseillés par Mikoshiba, un bibliothécaire binoclard célèbre pour son caractère bien trempé. Mais contrairement à ce qu'il peut laisser paraître, c'est un professionnel de premier ordre. Aujourd'hui encore, adultes comme enfants perdus dans leur vie viennent à lui en espérant qu'il leur trouvera le livre salvateur.

Pourquoi ce livre ?

Merci à ma super coupine Sylvie qui m'a fait découvrir ce manga sur lequel je ne me serais sans doute pas retournée outre mesure.

De quoi est-il question ?

Au Japon, il est une bibliothèque différente de toutes les autres, une bibliothèque dont le propriétaire est un homme sévère et grognon mais également passionné. Cette bibliothèque c'est celle de Mikoshiba qui a décidé de consacrer sa vie aux livres et plus particulièrement aux livres pour enfants afin d'amener les plus jeunes au plaisir simple de lire.

Alors, lorsque rentrent dans sa librairie des adultes condescendants ou des âmes en peine, le sang du bibliothécaire ne fait qu'un tour. Et s'il peut parfois se montrer dur en remettant ceux qui ne lui reviennent pas à leur place, il sait aussi faire montre de patience tout en choisissant toujours le titre idéal qui donnera au lecteur une autre vision du monde.

Du côté de la forme...

Le manga n'est pas le genre que je lis le plus mais, de temps en temps, j'aime faire une petite découverte. Ce titre-ci était donc l'occasion ne serait-ce que pour me faire une idée mais c'est malheureusement mitigée que je ressors de ma lecture.

Une histoire se déroulant au coeur d'une bibliothèque et dans l'amour des livres, voilà qui avait de quoi me tenter, et pas qu'un peu. Et en effet, j'ai plutôt bien aimé l'atmosphère qui transpire de cette histoire et qui ne saura que toucher au coeur tous les amoureux des livres. Et si le bibliothécaire est un peu impressionnant, il reflète l'image que nous avons de ce métier quand on est enfant.

Dans un seul tout, plusieurs petites histoires vont se succéder avec, pour fil conducteur, la découverte d'un livre, ce livre qui est capable de changer votre vie et votre façon d'être. La vision la plus que l'on puisse avoir du livre même si l'idée même est un peu clichée. Et le fait que ça marche car nous avons tous ce livre qui nous correspond et nous fait du bien quoi qu'il advienne.

Le livre change la vie des gens et c'est ce qui est personnifié ici non sans rappeler des grands classiques de la littérature où le jeune héros lecteur, dans une parfaite mise en abime, s'évade dans un autre monde : L'enfant de Jules Vallès, Madame Bovary et j'en passe. Le livre fait grandir et permet de devenir autre et le bibliothécaire de cette histoire représente à merveille cet état d'esprit.

Malheureusement, je suis un peu restée sur ma faim malgré tout avec cette lecture car chacun des petites histoires contées m'a semblé être comme dans un état d'urgence qui aurait mérité d'être davantage développé. Et même le fil conducteur de l'adulte qui évolue au fil des pages m'a semblé un peu artificiel. Bref, malgré toute sa poésie, ce manga je n'y ai pas cru.

Côté style nous sommes dans le style pur et simple du manga tant au niveau de l'écriture qu'au niveau des illustrations. La lecture est aisée et regorge de références mais j'ai eu le sentiment que tout ceci manquait d'authenticité. Dommage. Et si le dessin ne suit plutôt bien, je n'y pas trouvé cette patte "artistique" que j'aime tant dans ce genre-là.

En conclusion...

J'étais plutôt intriguée par ce titre et je suis assez contente d'avoir eu la chance de le découvrir même si c'est mitigée que j'en ressors. Car si j'ai aimé l'univers, le parti pris et le message transmis, je n'ai pas réussi à me laisser porter par l'ensemble et à entrer pleinement dans la vie de ce bibliothécaire hors norme. De fait, j'ignore si je lirai la suite de la série.
Un petit livre à découvrir malgré tout pour se plonger dans l'amour des livres, une opinion à vous faire.

Complot - Nicolas Beuglet



Infos sur le livre

éditions : XO
date de publication : 16-05-2018
pages
prix : 19,90€

Résumé éditeur

Un archipel isolé au nord de la Norvège, battu par les vents. Et, au bord de la falaise, le corps nu et martyrisé d'une femme. Les blessures qui déchirent sa chair semblent être autant de symboles mystérieux. Quand l'inspectrice Sarah Geringën, escortée par les forces spéciales, apprend l'identité de la victime, c'est le choc. Le cadavre est celui de la Première ministre. Qui en voulait à la chef de gouvernement ? Que cachait-elle sur cette île, dans un sanctuaire en béton enfoui au pied du phare ? Sarah, très vite, le pressent : la scène du crime signe le début d'une terrifiante série meurtrière. Dans son enquête, curieusement, quelqu'un semble toujours la devancer. Comme si cette ombre pouvait lire dans ses pensées... De la Norvège à la vieille cité de Byblos, et jusqu'au cœur même du Vatican, c'est l'odeur d'un complot implacable qui accompagne chacun de ses pas. Et dans cette lutte à mort, Sarah va devoir faire face à ses peurs les plus profondes. à ses vérités les plus enfouies...

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions XO grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce deuxième roman de Nicolas Beuglet, repéré avec son premier roman et avec qui il va falloir désormais compter.

De quoi est-il question ?

À peine remise de sa précédente enquête qui l'a conduite aux confins du monde, Sarah Geringën doit se rendre au Nord de la Norvège. Au bord d'une falaise secouée avec les vents, une femme vient d'être retrouvée morte. Son corps est maculé et martyrisé. Mais le pire reste à venir car le femme en question n'est autre que la Première Ministre du pays.

Dès lors, l'affaire n'est plus seulement sordide, elle devient politique. Et pour Sarah, il s'agit de la jouer très fine car, dans l'ombre, quelqu'un semble bien être décidé à lui nuire. Force est de constater que, sans doute, la première ministre cachait des secrets bien enfouis et que quelqu'un aura voulu la faire taire.

Mais bientôt, pour Sarah, l'évidence se fait : la question de l'assassinat de la dame dépasse les frontières de la Norvège et elle devra aller chercher très loin des réponses au risque de se mettre en danger et de dévoiler des secrets insoupçonnés alors qu'elle doit faire elle-même avec ses propres secrets et ses propres risques pris...

Du côté de la forme...

Nicolas Beuglet m'avait on ne peut plus convaincue avec son premier roman. Alors, bien sûr, lorsque j'ai vu qu'un nouvel opus sortait, je n'ai pas hésité très longtemps. Je l'ai lu mais malheureusement il m'a fallu du temps pour trouver les mots afin de parler de ce deuxième roman.

Au début de ma lecture, j'étais emballée. Une nouvelle enquête, entre questionnements personnels et questionnements politiques, un coin reculé de la Norvège. Il y avait là tout pour que je passe un bon moment mais, si j'ai été frappée par l'intrigue, force est de constater que je me suis laissée dévorer par l'incompréhension. Sans doute le moment n'était-il pas le bon pour moi pour ce roman.

J'ai pourtant aimé retrouver Sarah et en apprendre un peu plus sur sa vie personnelle, une vie qui nous la rend touchante et qui explique pas mal de choses sur son caractère de chien. Et parce que les polars politiques sont parfois assez denses, cette part de vie personnelle apporte une touche différente à l'intrigue qui accentue le côté thriller. Toujours bon à prendre.

Et puis, contre toute attente, ce roman va nous entraîner à travers le monde et dans des pays auxquels on ne s'attend pas ce qui une riche idée même si, là encore, j'ai eu le sentiment de me perdre un peu sans trop savoir où l'auteur voulait me mener. Peut-être l'action était-elle trop rapide, peut-être les connecteurs logiques pas assez présents, peut-être les rebondissements trop nombreux.

Avec ce roman, je peux cependant dire que j'en ai appris un peu plus sur la Norvège, sur ses décors et sur son système politique. Un beau moyen pour l'auteur de nous faire découvrir ce pays à la fois tellement pris comme exemple et à la fois comme hors du temps, hors de notre champ de vision. L'auteur aime en parler et ça se sent.

Côté écriture, Nicolas Beuglet confirme sa capacité à l'intrigue et au polar, nous fait vivre chaque instant et approfondi un personne auquel on croit de plus en plus. Et si je me suis parfois sentie un peu perdue, si la fin est horrible pour le lecteur, force est de constater que ça marche et qu'une fois le roman commencé, il est impossible de le lâcher.

En conclusion...

Voici un roman que j'étais curieuse de découvrir et avec lequel j'ai passé un bon moment mais dont j'attendais sans doute trop suite à ma superbe découverte du premier opus. J'ai aimé en apprendre plus sur Sarah et sur la Norvège tout en ayant envie, dès le roman achevé, de me plonger dans la suite pour avoir des réponses à mes questions restées en suspens.
Voici un roman qui confirme un nouveau grand nom du polar français.

Chaussure à son pied - Marianne Lévy



Infos sur le livre

éditions : Pygmalion
date de publication : 30-01-2019
pages : 384
prix : 17,90€

Résumé éditeur

Ressembler à Hugh Grant ? Sur le papier, c'est un peu le fantasme de tous les célibataires... dans la réalité, c'est, disons, compliqué à assumer. Surtout quand on s'appelle Samuel, qu'on vit à Londres, que sa colocataire a décidé que l'une de ses missions sur Terre était de vous caser pour démontrer que Cendrillon est plus qu'un conte de fées. Et qu'on désire devenir le nouveau Shakespeare. Il ne pouvait pas prévoir que pour réaliser son rêve, il serait obligé de jouer les princes charmants. Soit son pire cauchemar...

Pourquoi ce livre ?

Quand tu découvres une autrice en auto-édition et que tu la retrouves quelques années plus tard chez l'un des meilleurs éditeurs de romances, tu n'hésite pas longtemps et te laisse tenter.

De quoi est-il question ?

Bien qu'ayant une ressemblance sans vergogne avec Hugh Grant, Samuel est loin d'être le prince charmant idéal de ces dames. Trop introverti, trop solitaire et plus passionné par l'écriture que par la gente féminine, il fait plutôt comme il peut entre une colocataire qui souhaite à tout prix le caser et sa vie d'artiste en suspens.

Afin de sortir de sa routine, Samuel va poser sa candidature pour un concours d'écriture intitulé "The Pen". L'occasion pour lui de sortir de l'anonymat et de voir si ce qu'il écrit peut, potentiellement, valoir quelque chose. Et bien sûr, ses amis sont aux premières loges pour être critiques de cette romance grandement inspirée de la vie de l'auteur.

Car pour entrer dans le monde des auteurs reconnus, Samuel va devoir entreprendre un jeu avec une jeune femme, un jeu pour prouver et se prouver que le mythe de Cendrillon est encore bien réel et qu'il convient toujours de croire en la magie de l'amour. Même si dernier n'apparaît pas toujours comme on pouvait l'imaginer.

Du côté de la forme...

Une autrice qui a su toucher mon petit coeur, une référence à Cendrillon et une romance légère sans le monde de l'édition, il ne m'en fallait pas plus pour avoir avoir envie de me plonger dans ce roman, roman d'une autrice qui a dû faire ses preuves par la petite porte de l'auto-édition.

Une femme qui écrit du point de vue d'un homme, c'est assez rare pour être remarqué. Et il est vrai que Marianne Lévy s'y emploie très bien en nous plongeant à travers le regard de Samuel. De quoi remettre les pendules à l'heure car si Samuel a un physique ravageur, sa confiance en lui frôle les pâquerettes. Comme quoi, le physique ne fait pas tout.

Samuel est un passionné d'écriture et pourtant, l'esprit conte de fée, ce n'est pas pour lui. L'autrice joue alors sur la dualité entre réalité et fiction. Comment inventer une histoire de toutes pièces en se servant de soi-même ? Comment rester fidèle à un célibat endurci quand on a envie de parler d'histoires d'amour.

Ce roman est donc un roman qui parle de précédés d'écriture et de maison d'édition ce qui est plutôt pas mal. La mise en abime est également très intéressante avec le roman retranscrit et les retours de lectures qui entrent eux-mêmes dans le roman de la première autrice. Malheureusement, ce joyeux mélange a aussi de quoi perturber ce qui pourra décourager certains lecteurs.

Si tout est fait pour nous offrir une romance en bonne et due forme, force est de constater que nous sommes bien au-delà de cela avec des jeux de références qui ne manquent pas de piquant. Des références citées, certes, mais aussi des références intrinsèques. Car comment être face à des jeux littéraire sans penser à l'Oulipo, aux correspondances classiques ou même aux Liaisons dangereuses ?

Le style de Marianne Lévy n'est pas forcément un style facile. C'est un style qui laisse la part belle à l'imaginaire du lecteur. C'est un style de tous les possibles laissant une part de vie intime aux personnages tout en nous en offrant d'autres complètement déjantés, le genre d'amis dont on rêve tous et qui apportent une touche de folie à l'ensemble.

En conclusion...


Si ce roman a été, sur le fond comme sur la forme, une réelle surprise, j'ai passé un agréable moment avec Samuel. Plus jamais je ne verrai Cendrillon de la même manière car qui a dit que le prince du conte était fier et sûr de lui ? De plus, pour une autrice qui a su faire sa marque chez un bel éditeur en étant passée par la case "auto-édition", la manière dont elle en parle est touchante.
Un roman à découvrir pour se plonger dans autre chose et se laisser porter hors des sentiers battus.

Signe particulier : transparente - Nathalie Stragier



Infos sur le livre

éditions : Syros
date de publication : 06-09-2018
pages : 320
prix : 16,95€

Résumé éditeur

Être transparente au lycée, rarement invitée en soirée et ignorée dans sa propre famille, c'est une blessure, ça fait mal. Mais être invisible pour de vrai, se rendre en salle des profs incognito et disparaître dans les moments embarrassants... ça commence à devenir beaucoup plus intéressant ! À quinze ans, Esther cesse d'être une fille ordinaire et voit un nouveau monde s'ouvrir à elle. Pour l'adolescente trop discrète, la vie devient soudain passionnante. Et de plus en plus dangereuse.

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Syros grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce roman de Nathalie Stragier, one shot après une série qui a eu son petit succès...

De quoi est-il question ?

L'adolescence n'est jamais une période facile. C'est une période où chacun se cherche et tente de rentrer dans le moule tout en faisant entendre sa voix. Cette situation est d'autant plus difficile pour Esther qui, depuis toujours, a le sentiment de ne pas compter et d'être invisible aux yeux des professeurs, aux yeux de ses camarades, aux yeux mêmes de sa famille.

Mais depuis le temps, Esther est habituée, elle en a même pris son parti... Jusqu'au jour où l'impensable se produit : elle devient littéralement transparente et disparaît du champ de vision de ceux qui l'entourent. Pire, personne ne semble s'en apercevoir. Pour Esther, l'expérience est grisante car tout lui désormais possible : aller en salle des profs, voler dans un magasin, se venger...

Dès lors, Esther commence à gagner cette confiance en elle qui lui manquait si cruellement. Mais à se prendre trop au jeu, Esther pourrait bien se mettre en danger. D'autant que de "l'autre côté", celui des transparents, tout le monde ne semble pas ravi de la voir investir ce terrain. Mais comment apparaître aux yeux des autres quand on refuse de se voir soi-même ?

Du côté de la forme...

Ayant beaucoup apprécié "La fille du futur", j'avais très envie de lire cet autre roman de l'autrice sans trop savoir dans quoi j'allais m'engager. Et une fois encore, ce roman est une incroyable découverte qui sort des sentiers battus.

Oh combien je me suis reconnue dans le personnage d'Esther ! Ce sentiment d'être invisible et d'avoir un avis qui ne compte pas, cette impression constante de solitude même entourée, cette bataille de tous les instants pour dire "je suis là"... Tout ça je ne connais que trop bien et Esther m'a tellement touchée que j'ai souvent voulu la prendre dans mes bras et lui dire : moi je te vois.

Et puis, va avoir lieu l'improbable. Le moment où le discourt imagé devient réel, où le figuré devient propre : Esther va littéralement disparaître. Une belle manière pour l'auttrice de réinventer la question de l'homme invisible et du rêve que peut avoir chacun à espionner sans être vu. Deux questions traitées cependant avec la violence de l'inattendu.

Étrangement, c'est dès lors qu'Esther va avoir ce sentiment d'être enfin là et de pouvoir agir à sa guise sans peur d'être jugée. Et si j'ai compris l'adolescente dans sa façon d'agir, j'ai été peu gênée par le côté immoral voire illégal qui la gagne. Et pourtant, en même temps, je l'ai aussi comprise. D'ailleurs, l'autrice ne juge pas son personnage et la fait évoluer avec brio.

Il faut bien l'avoue, ce qui se veut être une surprise et un retournement de situation, je l'avais vu venir de loin. Mais comme la venue vers ce retournement est bien faite, on pardonne aisément à l'autrice d'autant que je suis quand même parvenue à me laisser surprendre sur d'autres points. Quant à la part fantastique justement dosée, elle apporte cet imaginaire qui fait du bien en lecture.

Côté écriture, l'autrice a une nouvelle fois su me séduire et m'offrir un personnage auquel j'ai cru et une histoire originale qui a su me toucher. L'identification est facile et si Esther peut parfois un peu agacer elle est représentative de tous ces ados un peu isolés et incompris trop souvent laissés pour compte à côté des ados exubérants et pleins de vie.

En conclusion...

Voici un roman qui me tentait beaucoup et qui m'a énormément séduite tant au niveau de l'intrigue qu'au niveau du personnage. Voici un roman qui m'a troublée et qui joue avec les codes du fantastique pour offrir quelque chose de neuf. Voici un roman surprenant qui n'est pas sans faire réfléchir sur nos propres agissements à l'égard de ceux qui nous entourent.
Un roman à découvrir sans attendre et pour tous les publics.

mercredi 15 janvier 2020

Ceux des limbes - Camille Brissot



Infos sur le livre

éditions : Syros
date de publication : 05-04-2018
pages : 480
prix : 17,95€

Résumé éditeur

La forêt est devenue le territoire des limbes. Le risque de contamination se cache dans chaque zone d'ombre. Préparez-vous à vivre une expédition sous haute tension. Du haut du Mont-Survie, Oto admire chaque jour la forêt qui l'encercle à perte de vue. Elle est si belle qu'il en oublierait presque ce qui se tapit sous les arbres. Mais lorsque la montagne s'endort, que les lumières s'éteignent et que les voix s'effacent, le vent résonne d'un chant inhumain, effroyable : le gémissement des limbes, les victimes de l'épidémie. Bientôt, Naha devra passer plusieurs jours et plusieurs nuits dans la forêt. Oto refuse de rester cloîtré en espérant le retour de celle qu'il aime plus que tout. Quitte à être une proie de plus, il va sortir lui aussi.

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Syros grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce roman d'une autrice dont j'avais plutôt apprécié le premier opus.

De quoi est-il question ?

Dans une société isolée, des hommes et des femmes vivent heureux. Depuis toujours, Oto vit dans cette société et apprécie chaque jour auprès de son amie Naha. Mais la ville est entourée d'une forêt sombre et impressionnante nourrissant des légendes qui n'en sont peut-être pas et des mystères qui donnent bien peu envie de s'en approcher.

Car cette forêt, c'est le territoire des limbes, un territoire où les jeunes doivent tôt ou tard faire leurs preuves. Une épreuve à laquelle Naha devra bientôt se confronter alors même qu'Oto devra l'attendre au village, ce qui n'est pas du tout de son goût. Car le jeune garçon ne souhaite pas laisser son amie seule ou plutôt lui ne se sent pas de rester sans elle.

Bientôt, les jeunes devront partir pour les limbes où le danger les guette. Car les limbes abritent des être qui ne sont plus tout à fait des hommes mais ne sont pas encore tout à fait des bêtes. Des êtres tels des zombies qu'il conviendra de combattre pour survivre tout en comprenant ce qu'il est advenu, révélant des secrets jalousement gardés.

Du côté de la forme...

Une maison d'édition que j'aime beaucoup, un résumé plutôt tentant et une couverture magnifique... Il ne m'en fallait pas plus pour me laisser tenter par cette lecture même si mon petit doigt me disait de prendre garde. Résultat ? Un avis plutôt dérangeant.

Dès le début du roman, nous tombons dans une ambiance telles qu'elles fonctionnent toujours dans ce type de romans : une petite ville éloignée du monde qui vit heureuse à condition de ne pas en franchir les frontière au-delà desquelles le danger guette. Des codes respectés pour un début qui donne envie d'en savoir plus avec des personnages plutôt attachants.

Oto et Naha sont deux adolescents très proches ce qui apporte au roman cette part de sensibilité, d'amitié et peut-être d'amour que l'on attend. Mais une relation tout en finesse qui fait du bien et qui change du côté "bourrin" que l'on peut avoir parfois. Une relation en contraste avec la violence des zombies et de la peur ce qui est assez efficace.

Très étrangement, avec ce roman, j'ai un parallèle totalement inattendu : Le désert des Tartares de Dino Buzzati. Au début du moins avec ce sentiment de danger qui menace sans que l'on ne sache vraiment s'il faut y croire et ce temps pris pour mettre en place le cadre et l'intrigue. En seconde partie du roman, le rythme s'accélère et les codes de l'aventure reprennent leurs droits.

Il est vrai que j'ai beaucoup aimé l'ambiance globale de ce roman qui permet pour les adolescents une belle initiations aux histoires de zombies mais aussi aux romans d'initiation qui ne sont pas sans rappeler ceux du 18ème. La montée en puissance de l'atmosphère et de l'action est habilement menée pour une fin en apothéose telle qu'on les aime.

Côté style, nous sommes là face à une plume toute douce qui tranche avec le caractère parfois violent des situations. Une dualité surprenante et dérangeante qui donne toute son originalité au roman alors même que le lecteur pourrait parfois souhaiter que l'autrice aille plus loin dans ses descriptions et dans les dangers qu'elle impose à ses personnages.

En conclusion...

Si j'ai beaucoup apprécié ma lecture qui a été pour moi source de références et d'émotion, je ressors de ce roman avec un goût d'inachevé difficile à expliquer alors même que tout est là pour nous offrir un ensemble qui fonctionne. Ce roman est une belle initiation aux histoires de zombies et une belle histoire humaine mais qui aurait mérité encore plus.
Un roman à découvrir malgré tout pour découvrir une plume qui change et sort des sentiers battus.

mardi 14 janvier 2020

Entrez dans la danse - Jean Teulé



Infos sur le livre

éditions
date de publication : 01-02-2018
pages : 160
prix : 18,50€

Résumé éditeur

Une étrange épidémie a eu lieu dernièrement ; Et s'est répandue dans Strasbourg ; De telle sorte que, dans leur folie, ; Beaucoup se mirent à danser ; Et ne cessèrent jour et nuit, pendant deux mois ; Sans interruption, ; Jusqu'à tomber inconscients. ; Beaucoup sont morts. ; Chronique alsacienne, 1519

Pourquoi ce livre ?

Assez friande de la thématique de la Danse Macabre et très intéressée par le travail de Jean Teulé, c'est tout naturellement que je me suis tournée vers ce roman lorsque j'ai pu rencontrer l'auteur.

De quoi est-il question ?

Nous voici en 1519, Renaissance, à Strasbourg. Alors que des hommes et des femmes tentent de survivre comme ils le peuvent à la misère omniprésente et tendis que les nobles se repaissent de bonnes chair, un mal plus grand, plus violent, envahit peu à peu les rues de la ville. Ce mal, c'est la peste qui décimera la population.

La folie ronge peu à peu les survivants qui se savent en sursit. Et ces survivants, envers et contre tout, ont décidé de profiter de la vie comme ils ne l'ont jamais fait pour espérer et espérer encore. Alors ils se mettent à danser, à danser sans s'arrêter, à danser pour tromper la mort, à danser comme seule chance de salut jusqu'à ce que l'épuisement les rattrape.

Et si les autorités veulent y mettre un terme, ils sont bien en mal de faire valoir leurs règles. Car le peuple a faim, le peuple est malade. Et alors que certains se battent avec le peu d'armes qui leur reste, d'autres tentent d'éradiquer le mal qui dévore la ville au risque de se mettre eux-mêmes en danger, avec toute la force et le courage que l'avenir retiendra... ou oubliera.

Du côté de la forme...

Ayant déjà lu un ou deux romans de l'auteur, j'ai bien sûr très vite été tentée par ce nouveau roman entrant dans la part "historique" de l'oeuvre de Jean Teulé. Et une part historique particulièrement forte même si ce n'est pas le siècle que je maîtrise le mieux.

Un titre, une couverture, un résumé... Et comment ne pas songer dans la seconde à l'un des arts les plus représentatifs de cette époque : la danse macabre. Particulièrement sensible à la fresque qui orne la Chaise Dieu dans la Haute-Loire et amatrice de l'oeuvre musicale de Camille Saint-Saëns, je ne pouvais pas passer à côté de ce roman qui traite ce sujet avec brio.

La danse macabre, c'est le symbole de notre finitude à tous. Mais c'est le symbole aussi du combat face à la mort pour vivre au maximum jusqu'au dernier instant. Le fait est que l'auteur prend ici cette thématique au pied de la lettre en lui rendant toute sa violence et en nous offrant des scènes terribles d'hommes et de femmes dansant jusqu'à la mort. Plutôt glauque mais brillant.

Nous sommes donc à Strasbourg au XVIème siècle et le fait est que l'auteur décrit la ville de l'époque avec beaucoup de précision. Une précision qui nous fait ressentir la misère et la crasse, une précision qui nous laisse entrevoir la vie de l'époque et surtout nous offre un cadre historique tel qu'il est plaisant d'en avoir en littérature.

Il est vrai, et ce serait là mon bémol, l'histoire et le cadre sont plus personnages que les personnages eux-mêmes. D'ailleurs, au terme de ma lecture, je me souviens d'un sentiment global et d'une ville ravagée par la maladie mais sans me souvenir réellement des individus. Triste mais aussi très représentatif du souvenir que l'on a de l'Histoire dans sa globalité : les faits plus que les gens.

Le style de Jean Teulé est un style dur, parfois violent, très documenté et mêlant habilement une réalité historique peu connue à une fiction qui fonctionne. L'auteur sait aussi prendre une thématique et la nourrir à sa sauce tout en nous en apprenant un peu plus sur celle-ci. En l'occurence, le sujet de la danse macabre est particulièrement bien traité et donne envie d'en savoir plus.

En conclusion...

Voici un roman court par son nombre de page mais très fort et assez inoubliable de par sa thématique et de par sa force d'écriture. Voici un roman qui change de ce dont on peut avoir l'habitude et qui joue avec les nerfs du lecteur pour le plonger dans une ambiance à la fois sombre et dérangeante tout en lui laissant entendre la chance d'être juste là. Une belle leçon de vie.
J'espère avoir bientôt l'occasion de lire un autre roman de l'auteur qui sait frapper fort.

Histoire éternelle - Liz Braswell

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Infos sur le livre

éditions : Hachette
date de publication : 15-05-2019
pages : 422
prix : 16,90€

Résumé éditeur

Belle est une jeune femme vive : intelligente, ingénieuse, impatiente. Curieuse, elle n'aspire qu'à échapper définitivement à son petit village. Elle veut explorer le monde, malgré les réticences de son père à quitter leur chaumière, au cas où la mère de Belle reviendrait - une mère dont elle se souvient à peine.

Pourquoi ce livre ?

Très intéressée par les réécritures de contes et particulièrement fan de Disney, fan de La Belle et la Bête, ce roman était fait pour moi et j'avais plus que hâte de le découvrir.

De quoi est-il question ?

Dans un petit village, la jeune Belle vit avec son père dans une charmante maison. En avance sur leur temps, ils sont plutôt mal vus des habitants du village d'autant que Belle refuse catégoriquement d'épouser Gaston, l'homme le plus convoité de la région. Mais la jeune femme ne rêve que d'aventure et de vivre la vie des romans qu'elle dévore avec avidité.

Des années plus tôt, Maurice, un homme sans histoire est tombé amoureux d'une belle et étrange enchanteresse. Une des rares représentantes de la magie dans ce monde ravagé par la modernité. Et à l'heure ou sévissent peste et peur de l'autre, Rosalind maudira tout un royaume et surtout un prince au nom de la protection des siens.

Lorsque Belle arrive dans le château de la Bête, elle renforce la malédiction qui touche le prince en faisant poussière de la rose enchantée. Dès lors, la jeune femme comprend qu'elle va devoir agir pour briser le charme. Se rapprochant peu à peu de la Bête, elle découvrira le prince sous le monstre mais s'apprêtera aussi à soulever un passé bien plus terrifiant que ce qu'elle imaginait.

Du côté de la forme...

Mes deux lectures précédentes de la collection m'avaient plu, certes, mais sans plus. C'est donc plus par envie de poursuivre cette dite collection que j'ai lu ce roman et, cette fois, je dois dire que j'ai été très agréablement surprise.

Cette fois, le lecteur est invité à vivre en alternance l'histoire de Belle tel qu'il la connaît par coeur et une autre histoire, toute aussi belle, dans le passé, entre les parents de la jeune fille. Une histoire d'amour très touchante d'un amour interdit dans un monde ravagé par la maladie du siècle (la peste) et une volonté d'éradiquer la magie en ce siècle des Lumières.

Si nous sommes toujours dans un sentiment comme hors du temps, l'autrice s'applique cette fois à offrir un cadre historique à son récit qui n'existe pas vraiment dans la version Disney. Ainsi, nous sommes plongé au coeur d'un siècle aux idées bien ancrées et le roman prend alors presque une dimension sociale contre la royauté avec beaucoup de finesse pour entrevoir la réalité de l'époque.

Si le côté "conte de fées" est bien présent ici, le lecteur est replongé dans la thématique de la chasse aux sorcières et de manière plutôt bien faite je dois dire. Car au-delà de l'aspect conte, l'autrice pose de vraies questions sur la société et l'indulgence. Et parce qu'elle joue avec les codes du film que l'on connaît, cette version paraît des plus probables et on y croit.

Et puis, ce qui est appréciable dans cette version, c'est le fait que l'autrice sort du schéma trop manichéen de l'histoire originelle. Nul n'est intégralement bon ou intégralement mauvais. Tous les personnages ont leurs bons côtés et leurs défauts pour, au final être tout simplement humains et rendre compte de ce que peut être chacun.

Côté style, j'ai retrouvé le genre du conte et l'écriture passionnée de l'autrice même si j'ai été un peu dérangée par l'aspect un peu trop familier de certaines expressions qui sont non seulement déplacées mais aussi trop actuelles, notamment dans la bouche de Zip. Dommage car ces anachronismes cassent le texte et abaissent la profondeur voulue du récit.

En conclusion...

Ce roman de Liz Braswell, j'étais plutôt impatiente de le lire. Et il est vrai que cette fois j'ai beaucoup apprécié ma lecture qui sait mêler justement l'histoire que l'on connaît et un point de vue neuf qui apporte plus qu'une simple réécriture. Si le style a quelques faiblesses, le cadre historique est rondement décrit et pose de vraies question sur le monde et sur l'humain.
Une très belle découverte que je vous conseille vivement en attendant un prochain titre de la collection.