dimanche 16 décembre 2018

Graine de résistant - Arthur Ténor



Infos sur le livre

éditions : Oskar
date de publication : 20-11-2015
pages : 192
prix : 14,95€

Résumé éditeur


Mai 1940. C'est le debut de l'occupation, mais aussi celui de la collaboration et les premices de la Resistance, car des les premieres heures qui suivent la capitulation, quelques Francais refusent que cesse le combat. Parmi eux, des eleves du lycee Buffon, dont Remi Langevin. Ce collegien de 13 ans tient les Allemands responsables de la mort de son pere au front. Avec son ami, Francois Kolzik, dont les parents sont communistes, il « prend les armes » contre l'occupant.

Pourquoi ce livre ?

Cela faisait longtemps que j'avais envie de découvrir ce roman de l'auteur et le cadre d'un travail pour la fac sur la maison d'édition m'en a donné l'occasion.

De quoi est-il question ?

En 1940, au coeur de la seconde guerre mondiale, le jeune Rémi doit faire avec la mort de son père dont il juge les allemands responsables. L'envie naît alors en lui d'entrer dans la Résistance avec son ami François. Car si le maréchal Pétain a signé la capitulation, les deux adolescents, eux, veulent croire qu'un autre avenir est possible.

Rémi va alors se lancer à corps perdu dans cet espoir d'autant qu'entre sa mère qui veut croire dur comme faire au gouvernement de Vichy et cet allemand, Otto, qui semble être de plus en plus présent, l'adolescent ne comprend plus trop où il en est. Tout ce qu'il sait, c'est que cette vie telle qu'elle lui est imposée aujourd'hui ne lui convient pas.

Et alors que les lois contre les juifs s'accumulent, alors que les dénonciations font rage et alors que les SS régentent la zone libre, Rémi veut encore croire en l'amitié, en l'amour. Il veut surtout croire en la vengeance pour son père, au retour à la vie telle qu'il l'a connue et au combat au nom des idées auxquelles il croit.

Du côté de la forme...

Arhtur Ténor fait sans aucun doute partie des auteurs jeunesse que j'ai le plus de plaisir à suivre de roman à roman et dont chaque nouvelle lecture me promet un très beau moment. Ce titre-ci, cela faisait un moment que j'avais envie de le lire et une fois encore ça n'a pas loupé.

Se battre pour ce en quoi on croit même si, pour ce faire, il faut aller contre l'autorité notamment parentale. Tel est le maître-mot de ce roman. Sonnant comme une invitation pour les jeunes à réfléchir par eux-mêmes sur le monde qui les entourent et sur des pans importants de l'histoire. Car Rémi va se battre pour ce en quoi il croit jusqu'à mettre sa vie en jeu.

Au niveau historique, ce roman est intéressant car il traite d'un sujet peut-être moins traité auprès des adolescents : la Résistance. Il est vrai que penser à la jeunesse par rapport à ce sujet est parfois compliqué et pourtant, ici, l'auteur sait nous le faire entendre avec des personnages qui vont perdre leur enfance et leur innocence.

J'ai été perturbée par la mère pourtant tellement représentative de toute la mentalité de cette époque et de toutes les difficultés pour nous aujourd'hui de se faire juge. Mais par ce personnage, Rémi vit une forte émancipation qui ne peut laisser le lecteur insensible. Mais le lecteur perd aussi de son innocence au fil des pages en étant confronté à la mort, à la guerre, aux épreuves.

Mais là où l'auteur fait très fort, c'est de nous proposer le point d'Otto, un allemand SS sûr de ses convictions. Le lecteur va le voir évoluer et va se laisser surprendre parfois. La relation de haine qui va naître avec Rémi sera d'ailleurs très intéressante à tous points de vues. Il est d'ailleurs très fort aussi de voir que l'auteur ne fait pas de guimauve : les convictions resteront au risque de tout détruire.

Une nouvelle fois je me suis laissée porter par le style de l'auteur qui a cette capacité à nous offrir des personnages émouvants ou terribles mais qui, tous, apportent quelque chose de fort à une intrigue qui sait faire réfléchir les jeunes. La pertinence historique est forte et l'auteur n'hésite pas à poser des sujets terribles comme la collaboration de la mère qui laisse à questionnement pour le lecteur.

En conclusion...

Voici un roman qui me faisait de l'oeil depuis sa sortie et que je suis ravie d'avoir enfin pu lire même si, émotionnellement parlant, cette lecture fut très forte et loin d'être très facile. Car le sujet traité est fort et les personnages présentés parfois terribles. Mais surtout, ce roman ouvre à la réflexion et aux choix individuels pour les jeunes ce qui n'est pas rien.
Il est des auteurs qui savent y faire sur tous les sujets et Arthur Ténor en fait partie. Vivement son prochain roman !

samedi 15 décembre 2018

1 the road - Ross Goodwin



Infos sur le livre

éditions : Jean Boîte
date de publication : 20-08-2018
pages : 160
prix : 24€

Résumé éditeur

Ross Goodwin est un développeur d'Intelligences Artificielles (IA) parmi les plus réputés. Auprès de Google, il est une figure centrale de la recherche fondamentale en nouvelles technologies. Dans ce contexte, il a créé et entrainé AI Wordcar, un réseau de neurones artificiels qu'il a installé dans une Cadillac aux côtés de nombreux appareils d'enregistrement (son, vidéo, GPS…). Ensemble, ils se sont lancés dans un road trip amé­ricain, sur l'itinéraire de Jack Kerouac pour Sur la route, laissant AI Wordcar écrire et décrire toutes ses perceptions numériques dans un long poème en prose. AI Wordcar offre ainsi le premier véritable livre écrit par une IA, qui nous happe dès la première phrase, au moment où le voyage commence : It was seven minutes to ten o'clock in the morning, and it was the only good thing that had happened. Enraciné dans les traditions de la littérature américaine, du journalisme gonzo et de la recherche en Intelli­gence Artificielle, cet ouvrage impose une réflexion neuve sur la place et l'autorité de l'auteur à l'ère des machines.

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Jean Boîte pour cet ouvrage que j'ai une fierté toute particulière à vous présenter parce que, dans une certaine mesure, j'y ai contribué.

De quoi est-il question ?

Et si une intelligence artificielle écrivait une road trip ? Voilà le pari fou de Ross Goodwin qui, à bord d'une Cadillac, a généré une IA et l'a embarquée sur les routes des Etats-Unis. Un road trip suivant l'itinéraire de Jack Kerouac mais dont chaque instant a été relaté par la voiture. Tout commence un matin, à 10h07...

C'est alors selon les codes de la poésie que celle qui a été surnommée Wordcar va raconter son voyage. Jour après jour, heure après heure, minute après minute... à chaque seconde même il s'agit pour la voiture de "dire" ce qu'elle voit grâce à un incroyable dispositif de capture de sons et images pour en faire le premier vrai roman écrit par une intelligence artificielle.

Du côté de la forme...

Vous le savez, je suis étudiante en création éditoriale. Dans le cadre de ces études, j'ai la chance de pouvoir rencontrer nombre d'éditeurs. Dans le cas présent, j'ai eu la chance immense de pouvoir participer activement à l'élaboration de ce projet et cette chronique sera en cela un peu différente.

Tout ce qui est technologies modernes, sans doute n'est-ce pas là les centres d'intérêt que j'ai le plus et pourtant, étant toujours prête à faire de nouvelles découvertes, j'étais très curieuse de découvrir ce monde des intelligences artificielles. Et force est de constater qu'à travers cet ouvrage j'ai découvert tout un monde qui aujourd'hui m'est un peu moins étranger.

Le fait que des intelligences artificielles soient de plus en plus présentes dans notre monde est une réalité. Pourtant, nous sommes encore dans un monde où l'humain est d'une importance capitale et où la sensibilité humaine est essentielle dans la conception d'une oeuvre, notamment dans une oeuvre littéraire. Cet ouvrage nous prouve le contraire.

Après une longue introduction où Ross Goodwin nous fait part du travail accompli en vue de cet ouvrage, il s'agit donc de découvrir le texte lui-même. Et force est de constater que l'entreprise telle qu'elle a été entrevue est aussi intéressante que le résultat final. Car si le "comment" est essentiel, le texte rédigé par la voiture a de quoi surprendre, voire mettre mal à l'aise car remet tout en cause.

Concernant le texte lui-même, il est en anglais américain. Parce que l'expérience s'est déroulée aux Etats-Unis, Wordcar est américaine. Et prenant en compte l'entreprise étonnante qu'est celle-ci, une traduction n'aurait sans doute pas été souhaitable pour rendre compte de l'oeuvre. Comprendre l'anglais vous permettra donc d'entendre avec encore plus de force la parole de la voiture.

Mais ce qui est sans doute le plus frappant dans cet ouvrage, c'est la force poétique de l'ensemble et donc l'IA a su faire preuve en reprenant les codes de la grande littéraire américaine et du road trip. Car la répétition et les tournures que l'on pourrait juger être de la machine sonne ici comme des forces stylistiques qui pourraient être passionnantes à étudier.

En conclusion...

Il est des ouvrages tels que celui-ci où la seule lecture de l'ouvrage ne suffit pas, où il s'agit de comprendre l'entreprise réalisée et tout le travail en amont pour entendre toute la force de l'ouvrage que l'on ne verrait pas forcément de prime abord. Et si ce genre d'ouvrages n'est pas de ceux qui m'intéressent habituellement, j'ai adoré en comprendre les mécanismes.
Les amateurs de contemporains et les amoureux de modernité devraient apprécier.

vendredi 14 décembre 2018

Le bal des poupées - Hélène Legrais



Infos sur le livre

éditions : Calmann-Lévy
date de publication : 10-10-2018
pages : 352
prix : 19,90€

Résumé éditeur

1969. L’entreprise Bella, à Perpignan, est le premier fabricant  européen de poupées. En face de l’usine, on a creusé une  fosse où l’on jette les têtes, bras, jambes, bustes ratés en  plastique, cheveux de Nylon, mis au rebut avant d’être recyclés. Des ouvriers ont pris l’habitude de se retrouver là  pendant les pauses, mais l’endroit attire aussi des maraudeurs  qui s’introduisent par une brèche dans  la clôture. Il y a Sylvie, une gamine défigurée après un accident, Michel,  un garçon que son père traite de fille manquée, Patrick, qui  se rêve en guerrier comanche chasseur de scalps, Éliane,  vieille fille déçue de l’amour et en mal d’enfant, soeur Eulalie,  qui collecte des jouets pour l’Afrique… Tout un petit monde  singulier et solidaire pour qui les poupées bonnes à jeter sont  un trésor. Mais une présence y rôde aussi, invisible, inquiétante… et un  jour, le jeune Michel disparaît mystérieusement.

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Calmann-Lévy grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman d'une auteure dont j'avais beaucoup apprécié le précédant opus.

De quoi est-il question ?

Nous voici en 1969, près de Perpignan. Bien avant que les poupées Barbie n'envahissent le marché, ce sont les poupées Bella qui font la richesse du monde des jouets. Car ces poupées, toutes les petites filles en rêvent. Les petites filles et aussi quelques garçons aussi comme Michel. Michel qui doit faire avec un père très dur bien décidé à ne pas laisser son fils devenir une femmelette.

Chez les filles, il y a Sylvie, une fillette défigurée, Eliane, une femme en mal d'enfant, et soeur Eulalie dont la seule ambition est d'apporter un peu de bonheur aux enfants dont elle prend soin, très loin, en Afrique. Et tout ce petit monde trouve son réconfort avec les poupées Bella et notamment à la décharge nourrie des poupées "ratées".

Au sein de l'usine, il s'agit de créer des poupées destinées à être recueillies comme des enfants au coeur des familles, il s'agit de toujours trouver de nouvelles idées afin d'attirer le public le plus large possible. Les poupées se feront alors témoins des histoires de familles, des joies, des peines et des querelles dans un monde en changement.

Du côté de la forme...

Depuis ma lecture du dernier roman de l'auteure, j'avais hâte de retrouver son univers et sa manière bien à elle de présenter les choses et de traiter un sujet. Et je dois avouer qu'ayant grandi dans l'ère des Barbie, j'étais curieuse de découvrir autre chose.

La poupée Bella est une poupée qui a fait l'enfance de nombreuses fillettes devenues femmes aujourd'hui. Je n'en fais pas partie. Alors si de nombreuses lectrices retrouveront leur enfance dans cette lecture, cela n'a pas été mon cas. Pour autant, j'ai eu l'étrange sentiment ici de retrouver la nostalgie d'une période que je n'ai pas connu et que j'aurai aimé connaître.

Car ce roman est un hymne à l'enfance, un hymne au souvenir et un hymne à une époque où tout paraissait beaucoup plus simple loin de la grande commercialisation et loin des jeux vidéos. De quoi s'offrir un moment de bien-être. Et il est vrai que ce sont ici les poupées qui portent l'histoire, l'intrigue. Les personnages semblent d'une manière moins vivants que les poupées elles-mêmes.

Il est vrai que si j'ai été touchée par les histoires de familles au sein de cette histoire globale, ce ne sont pas elles qui m'ont le plus émue. Je suis rentrée dedans, je me suis laissée embarquée mais, finalement, j'ai plus apprécié l'histoire des poupées en général que l'histoires des individualités proposées.

Pour autant, ce qui est appréciable ici, c'est que l'auteure se fait aussi témoin d'une époque qu'elle a connu. Une époque où les anciennes mentalités rencontrent la modernité. Une époque où la différence est mal perçue, une époque où la relation à l'enfance était peut-être plus complexe entre volonté de faire grandir les enfants trop vite et réflexion sur le besoin de garder les enfants dans leurs âges.

L'auteure éprouve une réelle passion pour le sujet qu'elle traite ici et son style s'en ressent. Car c'est la passion, la tendresse et l'émotion qui transpirent de ce roman avec une réelle tendresse pour les personnages mais aussi une envie de faire revivre les poupées Bella, les faire connaître à ceux qui ne les ont pas connues. Et ça marche pour un plein d'émotions.

En conclusion...

Voici un roman que j'étais très curieuse de découvrir et dans lequel je me suis plongée avec l'envie de découvrir toute une période que mon âge ne m'a pas permis de connaître. Voici un roman qui m'a donné à vivre des souvenirs d'enfance et la beauté d'une époque où la relation au jeu était bien différente. Voici un roman qui saura toucher petits et grands car la poupée est intergénérationnelle.
Il ne fait aucun doute que je lirai sans hésiter le prochain roman de l'auteur ou l'un de ses précédents.

jeudi 13 décembre 2018

Le chevalier du soleil - Jean-Luc Aubarbier



Infos sur le livre

éditions : De Borée
date de publication : 13-09-2018
pages : 430
prix : 19,90€

Résumé éditeur


En cette seconde moitié du XVIe siècle, malgré plusieurs tentatives d'apaisement, catholiques et protestants s'entre-déchirent. Le massacre de la Saint-Barthélemy, ravivant les passions religieuses, relance une guerre civile toujours plus cruelle. Alors que le duc de Guise, dit le Balafré, manigance pour accroître son pouvoir en attisant les haines, les chevaliers du Soleil oeuvrent dans le plus grand secret pour rétablir la tolérance. Michel de Montaigne est l'un d'eux. Elève et ami d'Etienne de La Boétie, il a promis à ce dernier de contribuer à faire vivre ce cercle d'hommes au service de la raison. Conseiller d'Henri de Navarre qu'il pousse vers le trône, auteur des Essais, un livre révolutionnaire, il entreprend un long voyage vers Rome pour obtenir une audience auprès de Grégoire XIII et le convaincre d'accepter la liberté de religion. Bien sûr, les chevaliers du Soleil vont lui prêter main-forte, et Henri de Navarre lui-même ainsi que Guillaume d'Orange se sont engagés à rejoindre le philosophe sur le chemin vers la paix. Un chemin long et périlleux...

Pourquoi ce livre ?


Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman d'un auteur dont j'apprécie beaucoup le travail et dont ce roman m'attirait tout particulièrement.

De quoi est-il question ?


Nous sommes dans la seconde moitié du XVIème siècle. Les guerres de religions entre catholiques et protestants ne semblent pouvoir s'apaiser et les conflits à la tête du Royaume de France n'est pas pour arranger les choses d'autant que, bientôt, aura lieu le massacre de la Saint-Barthélémy. Dans l'ombre, les chevaliers du Soleil tentent de rétablir la paix.

Parmi eux, un homme, Michel de Montaigne. Proche du pouvoir en place, il est en position de conseiller le roi de France, Henri de Navarre. Dans le même temps, l'homme rédige ses Essais, l'oeuvre de toute une vie, destinés à offrir à la face du monde une réflexion sur son temps et sur les êtres qui se déchirent.

Mais parce que les querelles et les haines ne s'apaisent pas, Montaigne va partir pour l'Italie avec d'autres chevaliers du Soleil afin de faire valoir la liberté de culte au sein du royaume. Seule manière d'espérer des lendemains plus heureux. Sur sa route il fera la connaissance de Marie, une jeune femme qui pourrait bien tout changer.

Du côté de la forme...


Une maison d'édition que j'affectionne beaucoup, un auteur dont j'apprécie beaucoup le travail, une période historique qui m'intéresse tout particulièrement... Il ne m'en fallait pas plus pour avoir envie de me plonger dans cet ouvrage.

S'il est bien un auteur de l'histoire littéraire avec lequel j'ai du mal même si je reconnais bien volontiers la force de ses écrits, c'est Montaigne. Les Essais, je les ai lu et je reste mitigée entre une admiration pour ce travail et une forte difficulté de compréhension de ce qui est dit. Découvrir Montaigne autrement n'était donc pas pour me déplaire et en effet mon regard a aujourd'hui changé.

Il est vrai que la période historique est une période très riche entre les guerres de religion et la présence très forte de la reine Marguerite de Valois au sein de cette période. L'histoire littéraire est aussi très riche et le tout se mêle dans des querelles et des conflits que l'auteur mêle parfaitement pour nous offrir un point de vue très large de cette période.

Mais si ce siècle est très riche, c'est à travers un personnage historique dont on ne sait finalement que fort peu de chance que l'intrigue se fait. Car Montaigne fait partie de ces figures incontournables dont il est difficile de se faire une image précise et l'auteur parvient ici à nous l'offrir comme un être à part entière auquel on s'attache et que l'on a le sentiment de connaître un peu mieux après.

Il ne faut cependant pas oublier que nous sommes ici dans un roman historique et qu'une part fictionnelle est de mise. Toute la difficulté étant d'offrir un roman mais sans oublier toute la réalité d'une époque. Et l'auteur s'y emploie fort bien puisque le voyage de Montaigne, bien que totalement inventé, aurait très bien pu être.

C'est avec un très grand plaisir que j'ai retrouvé ici l'écriture d'un auteur qui sait toujours m'embarquer dans les univers qu'il propose et qui sait rendre accessible une part historique pas toujours évidente. C'est avec grand plaisir aussi que j'ai retrouvé une période que j'apprécie beaucoup avec des personnages historiques rendus comme des personnages auxquelles je me suis attachée.

En conclusion...


Si le roman historique est un genre que j'aime lire à tête reposée, j'ai totalement dévoré celui-ci qui a su m'embarquer dans une belle histoire d'aventure et m'a fait redécouvrir un auteur, Montaigne, que j'ai un peu de mal à lire. Et ce roman-ci a su me plonger dans une période qui m'intéresse beaucoup et me refaire découvrir des pans de cette période.
Si vous vous intéressez à l'histoire du 16ème siècle, n'hésitez pas.

mercredi 12 décembre 2018

Les amandes vertes - Anaële et Delphine Hermans



Infos sur le livre

éditions : Warum
date de publication : 19-01-2011
pages : 120
prix : 18€

Résumé éditeur

Au printemps 2008, Anaële Hermans quitte la Belgique pour s'installer à Bethléem. Elle part y travailler comme volontaire auprès de jeunes Palestiniens. Pendant ce séjour, elle échange de nombreuses lettres avec sa soeur, Delphine, restée à Liège. Les deux soeurs se disent complémentaires : Anaële aime raconter des histoires, et Delphine dessine. Douze lettres composent cet album, au long duquel nous suivons Anaële de check-point en mariages, sur les plages d'Israël et sous les miradors, explorant ces deux mondes si proches et si lointains. Un témoignage intime, atypique et rafraîchissant. Format : 185 x 240, 120 pages noir & blanc, couverture souple 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Warum grâce auxquelles j'ai pu découvrir cet ouvrage ayant reçu le prix Médecins sans frontière et qui m'intriguait beaucoup.

De quoi est-il question ?

Tout commence en 2008 lorsque Anaële Hermans quitte son pays, la Belgique, pour aller quérir du travail en Palestine. L'occasion pour elle de se tourner vers de nouveaux horizons malgré la douleur qu'est pour elle la séparation avec sa soeur Delphine restée à Bruxelle. Mais en s'engageant pour les jeunes de ce pays, Anaële sait que les découvertes humaines seront fortes et vaudront le coup.

 Dès lors, c'est une nouvelle vie qui s'ouvre devant elle, de nouvelles coutumes, de nouvelles manières d'appréhender le quotidien, de nouvelles craintes aussi dues à un pays où règne de profondes divergences d'opinion et de nombreux conflits. Pourtant, au milieu de tout ça, Anaële trouvera peu à peu un équilibre.

L'histoire de ces quelques mois, c'est à travers de longues lettres qu'elle la conte à sa soeur Delphine qui, en retard, lui envoie des cartes sur le quotidien en Belgique qu'elle a quitté. Ces lettres, dans le même temps, Delphine va s'en servir pour raconter en images le quotidien de sa soeur. Sans avoir mis un jour les pieds en Palestine elle raconte par le dessin le quotidien de sa soeur.

Du côté de la forme...

Cet ouvrage, je l'avais déjà repéré l'année dernière, déjà aux Carnets de Voyage, et déjà il m'avait beaucoup intriguée non seulement de par son sujet mais aussi de par l'originalité du travail accompli pour l'ouvrage même.

Toute la force de l'ouvrage réside dans ce travail des deux soeurs : l'une écrit ce qu'elle voit, ce qu'elle vit dans un pays inconnu et l'autre dessine à partir de ces lettres. Une très belle idée qui, certes, met de la distance entre la réalité et ce qu'on lit (le lecteur découvre en effet la Palestine à travers deux regard interposés) mais qui apporte la force du ressenti de part et d'autre.

Car c'est bien là toute la force de cette ouvrage : le ressenti. Jamais il n'est question d'être exhaustive pour Anaële et encore moins de faire un reportage documenté de son expérience. Ce qu'elle veut, c'est raconter son quotidien en Palestine et le partager avec sa soeur. A terme, le partager avec le lecteur avec beaucoup d'émotion, des émotions qui vont évoluer au fil de l'album.

Ce que qui m'a beaucoup touchée ici, c'est le lien qui unit ces deux soeurs que l'on sent très attachées l'une à l'autre. Un lien qui va se décuplé avec l'éloignement physique et ce qui donne une belle sensibilité à l'ouvrage : sans doute le trait de Delphine aurait-il été différent si elle n'avait pas eu, derrière la volonté de coller aux lettre, cet amour pour sa soeur.

Souvent, nous avons beaucoup d'a priori sur les pays que nous ne connaissons pas ou que nous connaissons uniquement par le biais des médias. Ici, le lecteur est invité à porter un regard neuf sur un pays dont il va découvrir, certes, les difficultés, mais aussi les richesses, les traditions et les forces. Tout cela arrosé de relations humaines parfois complexes mais qui souvent paraissent bien plus simples que ce que l'on connaît en occident.

Question style, nous sommes bien sûr dans l'épistolaire sans fioriture, juste une correspondance entre deux soeurs séparées par des centaines de kilomètres. Du coup, nous sommes dans quelque chose où chacun peut se reconnaître et ça, ça fait du bien. Concernant le trait de l'illustratrice, si j'ai eu un peu de mal avec son côté plutôt simple au départ, je me suis finalement laissée embarquer.

En conclusion... 

Entre le sujet qu'il traite et le prix qu'il a reçu, cet album m'intriguait beaucoup et je suis ravie d'avoir enfin pu le découvrir. Le sujet traité est un sujet fort et présenté ici de manière très originale entre regard vers l'ailleurs et émotion entre les deux soeurs. Il ouvre le regard du lecteur vers des traditions et un quotidien dont il ignore tout et dont il ne ressort pas tout à fait pareil.
Voici une nouvelle fois un ouvrage que je vous conseille vivement pour élargir vos horizons. 

mardi 11 décembre 2018

Désirée la forteresse et son char d'assaut - Erick George-Egret



Infos sur le livre

éditions : Le léopard masqué
date de publication : 22-08-2018
pages : 250
prix : 18€

Résumé éditeur

Un road movie loufoque et baroque sur les traces d’un grand-père disparu, empreint d’hommage au cinéma.

Pourquoi ce livre ?

C'est lors de la dernière foire du livre de Brive la Gaillarde que je me suis offert ce roman d'un auteur que j'aime beaucoup suivre.

De quoi est-il question ?

Le narrateur est adulte lorsqu'il découvre dans une vieille malle des photos anciennes et de vieilles affiches de cinéma. L'occasion pour lui de redécouvrir ce qui fut la passion de son grand-père : les grands classique du 7ème. Ce grand-père, le narrateur n'en savait rien mais d'un coup, le flux de souvenir surgit d'une drôle d'aventure survenue des années plus tôt.

Trente ans plus tôt, en effet, c'est pour partir à la recherche de ce grand-père dont il ne savait rien que Rico, entretenant une relation privilégiée avec sa grand-mère, est parti sur les routes dans un road movie digne des plus grands films du cinéma français. L'occasion pour eux de faire d'extraordinaire rencontres et de vivre l'impensable.

C'est alors une horde de souvenirs qui remonte à l'esprit de l'homme qui va se remémorer ce moment d'adolescence qui bouleversa sa vie. L'occasion pour lui de se remémorer toute cette aventure vécue avec une grand-mère hors du commun. L'occasion de refaire sienne l'histoire étonnante de ce grand-père dans l'histoire familiale.

Du côté de la forme...

C'est sous la plume de Gordon Zola que je lis le plus souvent cet auteur et il est vrai que découvrir un roman sous son vrai nom m'intriguait pas mal. D'autant que cette histoire de road movie sur les traces du grand-père me touchait d'emblée.

C'était là ce qui m'attirait le plus et c'est ce que j'ai eu, avec brio je dois dire. Car ce roman est bien un roman d'aventure sur les routes, des routes qui vont conduire le narrateur et sa grand-mère jusqu'en Espagne. Des routes sur lesquels ils vont croiser des personnages hauts en couleurs qui font du bien dans un monde trop triste.

Alors, en effet, nous retrouvons ici les codes du cinéma américain sur lequel l'auteur bascule cette histoire en partie vraie. Une belle manière de faire honneur au 7ème art qui transpire de ce roman et d'offrir au personnage, et au lecteur, le sentiment que ces aventures que l'on voit sur l'écran peuvent bien survenir à tout moment dans une vie.

Mais il ne faut pas oublier que ce roman est une rétrospection due aux découvertes de la malle. Son adolescence saute à la gorge du narrateur et au-delà de l'aventure de façade, c'est aussi une histoire pleine de tendresse et d'émotion qui nous est offerte ici à travers la relation qui unit cet adolescent à sa grand-mère.

 Et puis, ce roman, à l'image de ce qu'il conte, est une véritable déclaration au cinéma, une passion dévorante dans laquelle est entraîné le lecteur. Car en effet, au fil de ma lecture, j'ai eu envie de revoir plein de films et d'aller découvrir ceux que je ne connaissais pas. Au final, ce livre, je l'ai un peu vécu comme un guide de films à voir ou à revoir.

Sur le style, j'ai retrouvé le style de l'auteur tel que je l'apprécie, son amour pour la langue et toute la force qu'il met à choisir ses mots. Mais ici, j'ai éré d'autant plus touchée que l'auteur réduit les jeux de mots auxquels il m'avait habitué. Une réduction qui permet à l'émotion et à la tendresse de prendre le pas ce qui est une belle découverte.

En conclusion... 

Voici un roman qui m'intrigait pas mal et dans lequel j'ai eu envie de me plonger afin de découvrir l'auteur dans autre chose. Un risque à prendre mais qui m'a convaincue. Car l'auteur a su m'entraîner avec lui dans son road movie tout en me touchant au coeur dans cette relation adolescent-grand-mère dans laquel nous pouvons tous nous reconnaître à différents niveaux. 
Une très belle redécouverte de l'univers de l'auteur que je vous invite vivement à découvrir. 

lundi 10 décembre 2018

Speakerines - Olivier Minne



Infos sur le livre

éditions : Editions du Rocher
date de publication : 31-10-2018
pages : 376
prix : 19,90€

Résumé éditeur

Bien avant les bandes-annonces, quand la télévision prenait le temps d'accueillir ses téléspectateurs par des mots doux, les speakerines ont été pendant plus de quarante ans des hôtesses aimables et jolies, qui présentaient les programmes à venir et comblaient les coupures à l'antenne. Dernier « speakerin » à avoir fait une annonce de programme sur France 2, Olivier Minne a été formé et mis à l'antenne par la première speakerine, Jacqueline Joubert. Il nous raconte l'âge d'or de la télévision et l'histoire de ces femmes qui ont séduit des générations de téléspectateurs. Jacqueline Joubert, Catherine Langeais, Jacqueline Caurat, Jacqueline Huet, Denise Fabre, Évelyne Leclercq, Dorothée, Évelyne Dhéliat... les speakerines, loin d'être de simples potiches, se sont battues pour l'égalité des droits dans un monde dirigé alors par les hommes. Les femmes actuellement à la télévision, animatrices ou journalistes, doivent beaucoup à celles qui les ont précédées, audacieuses et volontaires, qui ne pouvaient compter que sur elles-mêmes. Dans ce livre tendre, nostalgique et souvent drôle, qui retrace l'histoire d'un métier disparu, Olivier Minne nous fait découvrir l'envers du décor et les origines de la télévision.

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions du Rocher grâce auxquelles j'ai pu découvrir cet ouvrage qui m'intriguait pas mal même si, de base, les ouvrages de célébrités ce n'est pas ce qui m'attire le plus.

De quoi est-il question ?

Il fut un temps où, à la télévision, il n'y avait pas de publicités, où les programmes s'arrêtaient à une heure donnée de la soirée, où les salaires étaient misérables. Il fut un temps loin du monde de la surrenchère, du marketting et de l'efficacité au sens large. Il fut un temps où la télévision était là pour faire du bien et pas seulement de la consommation.

Ce temps, ce fut celui des années 50 à 80, voire début 90. Ce temps, ce fut celui où des jeunes femmes accueillaient le téléspectateur pour lui présenter les programmes avant l'ère d'internet, avant même l'ère des programmes télé du buraliste. Ce temps, ce fut celui des speakerines où des femmes gagnèrent leur gallons.

Olivier Minne fut le dernier, et le seul homme, a être engagé pour ce rôle. Il a connu les entretiens pour passer à la télé, il a connu les coulisses de ces fonctions pas toujours aussi roses que l'on l'imaginer. Il a surtout connu la déchéance des speakerines après une apogée admirable de ce rôle qui bientôt sombrera dans l'oubli si rien n'est fait.

Du côté de la forme...

Vous le savez, j'ai toujours quelques réticences à me plonger dans l'ouvrage d'un auteur "célébrité" : crainte qu'il ne soit pas le vrai auteur, refus de me laisser prendre par une volonté marketting. Pourtant, là, je me suis laissée tentée et j'ai bien fait.

Etant née dans les années où les speakerines ont connu leur déchéance, il est vrai que je n'ai jamais connu en temps que téléspectatrice ces annonces qui ont pourtant marqué toute une génération. J'ai pourtant des gens qui m'en ont parlé. Mais je me dis : si personne n'en parle, bientôt, on ne s'en souviendra plus et c'est dommage.

Car que l'on aime ou non la télévision, que l'on adhère ou pas à ce principe que fut celui des speakerines, le fait est que cette histoire fait partie de l'histoire de la télévision et mérite de ne pas être oubliée. C'est ce à quoi s'applique l'auteur et il le fait très bien entre principe du document d'archives et expérience personnelle.

Concernant le travail sur les archives, je dis bravo ! Car dans la masse existante, l'auteur a su retiré le meilleur, proposer des citations à la fois forte et qui touchent au coeur tout en mettant très en valeur l'émancipation des femmes, à travers celles de la télévision, sur moins d'un demi-siècle. Cette évolution nous n'en avons plus conscience et pourtant elle est incroyable.

Et puis, comme il se doit, l'auteur nous parle de sa propre expérience. Mais aucune condescendence ni étalage dans ce récit. Juste les morceaux d'une aventure de vie nourris d'anecdotes drôles ou émouvantes qui m'ont touchée. Un récit d'expérience, surtout, destiné à offrir au lecteur le récit de rencontres, ces rencontres de celles qui vous changent.

Car c'est là toute la force de ce livre : mêler une volonté d'exhaustivité et de document à un attachement fort pour ce qui est raconté, un attachement lié à l'expérience personnelle. Et le style s'en ressent car il est aisé de ressentir à travers l'écriture la passion et la tendresse de l'auteur pour ce qu'il nous raconte, son avis de partager cette histoire avec le lecteur.

En conclusion... 

Cela peut sembler étrange de dire ça mais je définierais ce livre comme un "essentiel", un de ces livres importants pour garder une trâce d'un morceau de passé. N'ayant pas connu cette époque, j'ai beaucoup appris à travers cet ouvrage tout en me laissant porter et toucher par l'émotion qui en ressort très régulièrement.
Ce livre aurait pu être une entreprise commerciale mais il n'en est rien et si vous vous intéressez ne serait-ce qu'un peu à l'histoire de la télévision, n'hésitez pas.