jeudi 23 mai 2019

La dentellière des prés - Alysa Morgon

 

Infos sur le livre

éditions : Souny
date de publication : 10-05-2019
pages : 190p
prix : 16,50€

Résumé éditeur

Quel étrange puzzle que la vie d’Armande, avec ses curieux morceaux à emboîter, pour certains facilement, pour d’autres avec grande difficulté au bas mot ! Mais jamais cette femme ne renoncera à tenter d’imbriquer chaque nouvelle pièce qui se présente. Comme si elle se devait de reconstituer ce casse-tête dans son intégralité. Pourtant, au plus profond d’elle-même, elle sait qu’il manquera toujours l’élément principal, celui qu’elle a fait disparaître un soir de mars dans la forêt. Alors, afin d’oublier tous ses tourments, elle court les champs pour tresser avec adresse les fleurs et les herbes. Ces trésors, que seule la nature lui offre, réussiront-ils à apaiser son cœur et sa tête qu’on dit prise de folie ? Seront-ils le remède à ses maux ? Un habile et insolite jeu d’ombres et de lumières, de douceur et de fureur, dans ce roman rempli de tendresse et d’espérance. 

Pourquoi ce livre ?

Un nouveau roman d'Alysa Morgon est toujours pour moi un grand moment que j'attends avec la plus vive impatience.

De quoi est-il question ?

Au XIXème siècle, c'est au coeur de la campagne que la petite Armande voit le jour dans une famille où, à part la gouvernante, personne ne semble vraiment l'aimer. Ni son père pour qui elle est quantité négligeable, ni pour sa mère qui ne lui montre guère de signe d'affection. A la mort de cette dernière, c'est complètement seule que la fillette se retrouve.

Et pour ce père qui ne l'aime pas, elle ne sera plus tard qu'une vulgaire monnaie d'échange pour ce dernier qui n'hésitera pas à la vendre comme épouse à un homme rustre, violent et fou en échange d'un champ qu'il convoite. Dès lors, la vie d'Armande devient un enfer, sous l'emprise d'un homme qui la bat continuellement et l'estime être sa propriété.

Plus rien ne semble pouvoir la sauver de l'horreur qu'elle vit au quotidien. Jusqu'au jour où la fuite n'est plus possible : Armande attend un enfant. Pour elle, le seul espoir est désormais d'avoir un fils car son bourreau de mari l'a averti : si elle met au monde une fille, celle-ci sera tuée et elle avec. Une épée de Damoclès au dessus de sa tête qui ne fera que rajouter à sa terreur journalière...

Du côté de la forme...

En débutant ce roman, j'avais la certitude que j'allais passer un bon moment. Ce que je ne savais pas, c'est que j'allais mon plonger dans une histoire qui me troublerait autant et qui me provoquerait autant d'émotions.

Lorsque j'ai découvert le personnage d'Armande, dès les premières lignes, j'ai été touchée, troublée et émue par cette fillette grandissant sans amour. Et déjà, l'émotion était forte. Mais cette émotion n'était rien à côté de celle que j'ai vécu par la suite entre la violence qu'elle vivra en tant que femme et ses souffrances en tant que mère.

Car Armande est une femme qui m'a parue incroyablement "vraie", une femme qui m'a donné envie de plonger dans le roman à corps perdu pour lui venir en aide alors même que son mari Maurin m'a fait ressentir une violente rage. Cela faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé mais les larmes ont coulé durant ma lecture : de peine, de colère, d'émotion à la fin. Magnifique !

Au niveau de l'intrigue, tout commence comme tout roman du genre mais, très vite, on comprend que cette histoire va beaucoup plus loin avec un secret de famille qui me donne des frissons qu'en vous en parlant. Une histoire de femme, certes, une histoire de renaissance, aussi, mais surtout une histoire de vie, d'amour et de courage.

Quant au cadre, le lecteur est plongé dans ce XIXème. J'ai eu froid en hiver, chaud en été, eu peur seule dans la forêt. J'ai même parfois eu le sentiment de ressentir les douleurs physiques et morales d'Armande. Avec ce roman, j'ai plongé dans un autre temps, un temps tragique mais aussi un temps plein de poésie à l'instar du style de l'auteure.

Car, je vous le dis à chaque fois, c'est ce style si poétique de l'auteure qui fait de chacun de ses romans une pépite et celui-là tout particulièrement. Et que de force dans le secret mis en avant ici, un secret qui laisse imaginer toutes les horreurs insoupçonnées dont les murs se souviennent. Difficile de ne pas vous spoiler mais ce mystère en vaut vraiment la peine et l'auteure mérite qu'il ne soit révélé.

En conclusion... 

Voici un roman que j'attendais et que je suis absolument ravie d'avoir pu découvrir, qui m'a procuré mille émotions, qui m'a troublée et que je ne suis pas prête d'oublier. Certes ce roman est un roman de terroir, une histoire de femme et ce dans une ambiance historique mais ce roman est aussi beaucoup plus que ça. Un roman d'émotion, un symbôle de courage, pour un ensemble incroyable. 
Ce roman est juste pour moi un énorme coup de coeur. 

samedi 11 mai 2019

Une promesse si fragile - Nicole Provence

Une promesse si fragile 

Infos sur le livre

éditions : De Borée
date de publication : 18-04-2019
pages : 303
prix : 19,90€

Résumé éditeur

 Dans le village varois de Camps, niché en face de la barre rocheuse de Saint-Quinis, l'industrie du feutre tient la première place en cette année 1873. Francis Gastellan, propriétaire des deux plus grandes entreprises de la région, règne sur la vie de ses ouvriers. La jeune et charmante Nais, couturière et fille du contremaître Joseph Caspado, est convoitée à la fois par Francis et par Césaire, les fils du grand patron. Tandis que le benjamin obtient les faveurs de la belle, la jalousie et la haine animent le coeur de lainé, héritier du patrimoine familial. Les deux frères entament alors une guerre sourde qui risque d'avoir de lourdes conséquences. Obligée de se soumettre à l'autorité de son père, Nais se battra contre vents et marées afin de retrouver les bras de celui qu'elle aime depuis toujours. La promesse d'un avenir heureux et paisible résistera-t-elle devant la puissante emprise des conventions ? L'espoir est-il permis pour ces amants qui n'aspirent qu'à unir leur destinée ? 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu (re)découvrir ce roman d'une auteure que j'apprécie beaucoup et dont j'avais très envie de vous parler depuis longtemps.

De quoi est-il question ?

Nous voici à Camps, en 1873. Naïs et Césaire s'aiment depuis longtemps d'un amour sincère bien que leurs mondes ne soient pas tout à fait les mêmes. Ils projettent même de se marier, attendant juste l'accord de leurs parents. Dans ce monde des entreprises, de la couture et de la chapellerie, rien ne semble pouvoir venir troubler leur bonheur.

Mais voilà que c'est Francis, le frère aîné de Césaire, nourri d'une infinie jalousie à l'égard de son cadet qui, le premier, va demander la main de la belle. Contrainte par son père, la jeune Naïs n'a d'autre choix que de celui d'épouser cet homme qui la répugne, cet homme sans finesse qui boît trop et finira par la frapper.

C'est alors dans le secret que Naïs et Césaire tenteront de se retrouver, faisant fi des lois de leur temps et des règles de leurs parents. Mais sans compter sur Francis qui n'hésitera pas à aller aussi loin qu'il est possible d'aller pour se venger de son frère et conserver sous sa coupe celle qu'il estime lui appartenir.

Du côté de la forme...

Nicole Provence fait partie de ces auteurs que j'apprécie beaucoup humainement et dont la gentillesse et la bienveillance respirent de ses romans. Pour ce titre qui n'était alors paru qu'au Québec, ce fut pour moi une grande joie que de le voir paraître chez un de mes éditeurs chouchoux.

Il est vrai, et il faut bien l'avouer, que nous sommes ici dans un roman de terroir au sens assez classique du terme : un cadre historique percutant, des personnages bloqués entre leur soifs de liberté et les contraintes qui leur sont imposées, Au coeur de tout ça, une intrigue amoureuse d'un couple séparé par la haine et la loi patriarcale. Tout ce qu'on peut aimer si on aime ce genre-là.

Si au début je me suis un peu demandé où l'auteure allait vouloir m'emmener et si je me suis lancée dans cette lecture pour le seul plaisir de faire une petite pause entre deux lectures plus "dures", je me suis très vite laissée embarquer dans l'histoire de ce jeune couple qui m'a beaucoup touchée par sa bonté et sa soif de vivre.

D'autant que la route sera longue et les obstacles nombreux pour Naïs et Césaire. La force du roman ? Ancrer ces obstacles dans un cercle intrafamilial qui apporte une tension non négligeable et une émotion forte que le lecteur partage avec les personnages. Alors, certes, il y a un peu de manichéisme entre les deux frères mais ça marche et c'est tout ce que l'on demande.

Et puis, ce roman, c'est une vraie plongée dans un milieu dont nous ignorons souvent tout : la chapellerie et le traitement des tissus selon les coutumes de l'époque. Avec ce roman, nous en apprenons donc beaucoup sur d'anciennes traditions et, mine de rien, nous découvrons toute une époque différente mais que nous aimerions parfois avoir connu.

Le style de Nicole Provence, c'est un style plein de bienveillance et de poésie. C'est un style qui nous fait aimer des personnages qui ne sont plus seulement de papier. C'est un style qui sait aussi nous faire voyager dans un autre temps, un autre cadre, mais tout en nous offrant une intrigue prenante qui prendra des chemins inattendus...

En conclusion... 

Cela faisait longtemps que j'avais envie de vous parler de ce roman et je suis plus que ravie d'avoir enfin pu le faire. Quel bonheur que de retrouver les bases d'un genre que j'adore et des personnages vrais qui font du bien. Et tout ça dans une région pas si éloignée de chez moi ce qui fait aussi beaucoup de bien. 
Pour ceux qui souhaiterais découvrir le genre, un roman idéal pour se mettre dans l'ambiance ! 

vendredi 10 mai 2019

Peau de lapin - Serge Camaille



Infos sur le livre

éditions : Marivole
date de publication : 15-03-2018
pages : 144
prix : 16,90€

Résumé éditeur

 "Peau de lapin", c'est le surnom qu'on donnait chez nous, à Sancoins, au peillerot du village. Le peillerot, vous savez, cet homme qui passait dans les rues de chaque village soit avec une carriole attelée, soit avec un triporteur à moteur ou encore avec une 203 plateau selon les époques, pour ramasser les peaux d'animaux, les ballots de vieux chiffons ou encore la ferraille en criant : "Peau de lapin ! Peau !" Si au siècle dernier chaque village voyait déambuler le sien, Lucien, le nôtre à Sancoins, eut une vie tellement riche en péripéties de toutes sortes qu'elle méritait bien que je lui consacre... Un roman ! L'idée ne m'est pas venue comme ça, du jour au lendemain. Ce fut un jour de dédicace dans ma ville de coeur que je vis apparaître Marie-Jeanne, la fille de notre peillerot. Elle prit son courage à deux mains pour me demander si je me souvenais de son papa, et si je serais intéressé pour en relater l'histoire. Après l'avoir entendue toute une journée, l'idée me sembla formidable à tel point que j'en ai fait... Un roman biographique. Tout ce qui est relaté dans cette histoire a été vérifié et approuvé par Marie-Jeanne. 

Pourquoi ce livre ?

Depuis le temps que j'entendais l'auteur me parler de ce roman un peu particulier, j'avais très hâte de le lire. C'est maintenant chose faite !

De quoi est-il question ?

C'est alors que l'auteur se trouve en dédicace pour d'autres de ses romans sur l'un des salons de France ou de Navarre qu'il est abordé par une femme, Marie-Jeanne. Cette dernière est la fille de Lucien que, il y a bien longtemps, tout le monde surnommait "Peau de lapin". Son idée ? Rendre hommage à son père par un roman qui raconterait, enfin, les tourments de sa vie.

Car la vie de Lucien fut une vie riche mais aussi une vie semée d'embûches. L'enfant qu'il était n'aura pas eu la chance de suivre de longues études, très vite contraint à devoir contribuer à nourrir la famille. Quant à son mariage, il sera dans la pure tradition de son temps entre déboires et joie d'être père malgré les épreuves quotidiennes.

Mais la vie de Lucien sera surtout une vie sur les routes de sa région en parallèle d'une vie d'usine aussi épuisante que forte, une vie au jour le jour pour vendre ses fameuses peaux de lapin sous le regard impressionné des jeunes enfants qui croisaient sa route. Une vie dans la seconde moitié du 20ème siècle.

Du côté de la forme...

Serge Camaille fait partie de ces auteurs que je suis depuis quelques années maintenant et dont les romans ont su apporter une modernité dans un genre qui mérite d'être renouvelé : le roman de terroir. Mais ici, c'est un roman un peu différent qu'il nous offre.

Le roman biographique est un exercice difficile en ce qu'il doit à la fois entraîner le lecteur dans une histoire et à la fois rester fidèle au vécu de la personne racontée dans les pages. Un exercice auquel l'auteur s'emploie avec brio et qui sonne ici comme un hommage à un homme mais aussi à toute une génération oubliée par la modernité.

Je me suis très vite attachée à Lucien, un homme poignant qu'il serait aisé de juger mais dont le vécu nous pousse à porter un regard différent. Il n'est pas si simple d'imaginer que ce roman est une histoire vécue et, pourtant, tout nous est livré avec le réalisme qui se doit. Le lecteur se sent alors comme dans un entre-deux un peu onirique, un peu déroutant.

Au-delà de la biographie d'un homme, ce roman est celui du témoignage d'une époque à la fois si proche et si éloignée de la nôtre. Le témoignage des campagnes à une époque charnière mais aussi la force du souvenir. Car bien difficile est d'imaginer aujourd'hui cette autre façon de vivre, ces vies au sens large de ceux qui n'allèrent pas longtemps à l'école mais qui firent de leurs vies une vocation.

Bien que ce roman soit poignant dès le début et ne laisse pas un instant de répis au lecteur, sans doute aurais-je apprécié de rester plus longtemps avec Lucien et sa famille. Mais pas parce qu'il manque du récit ! Plutôt parce qu'en refermant ce roman j'ai le sentiment de laisser derrière moi des êtres qui étaient entrés subtilement en moi pour y laisser leur marque.

Si je connaissais le style de l'auteur en tant qu'écrivain, j'ai ici eu la chance de pouvoir lui découvrir un style un brin différent, celui du journaliste professionnel qui a fait sa carrière. En retraçant la vie de Lucien, l'auteur se met comme en recul pour faire la part belle à cet homme sans mettre en avant sa part d'auteur. Un bel hommage !

En conclusion... 

Voici un roman, appelons-le ainsi, qu'il me tardait de lire et avec lequel j'ai passé un très agréable moment même si j'aurais souhaité pouvoir rester plus longtemps dans la vie de Lucien. Avec ce roman j'ai beaucoup appris sur la vie des peillerots et vous engage vivemenet à cette lecture pour découvrir la vie de nos campagnes en ces années 1970. 

jeudi 9 mai 2019

Au bout du fil - Sylvie Arnoux



Infos sur le livre

éditions : Nats
date de publication : 20-01-2018
pages : 72
prix : 12€

Résumé éditeur

 A la fin du XIXe siècle, dans les montagnes cévenoles, Louise et Raymond rêvent d'aventures. Passionnés par les technologies naissantes, ils souhaitent quitter leur village, découvrir les Amériques et ainsi échapper au travail dans les moulinages, ces usines qui fabriquent le fil de soie. Leurs rêves vont les entraîner beaucoup plus loin que prévu. Dans ce roman à l'ambiance steampunk campagnard, découvrez la rude vie de ces milliers de filles et de garçons embauchés dès leur plus jeune âge dans les moulinages. Mais aussi comment une des technologies les plus en vogue aujourd'hui trouverait son origine au cour de l'Ardèche. 

Pourquoi ce livre ?

C'est lors des dernières Oniriques de Meyzieux que j'ai eu la chance de pouvoir discuter avec l'auteure autour de ce roman qui m'a immédiatement beaucoup tentée.

De quoi est-il question ?

Nous voici à la fin du XIXème siècle, au coeur de la campagne ardéchoise. La jeune Louise travaille, ainsi que ses frères et soeurs au moulinage de la région. Elle aime en secret Raymond dont les mondes sont bien opposés. Au quotidien, ils doivent subir les brimades et colères de leur chef d'atelier qui n'hésite pas à être dur et en rogne auprès de la gente féminine.

Et puis un jour, explorant les sous-sols des entrepôts, Louise et Raymond disparaissent, laissant derrière eux des proches dévastés. D'autant que, bientôt, la deuxième soeur disparaît dans les mêmes conditions laissant une benjamine mutique et un frère en proie à la colère. Jusqu'au jour où ces derniers partent en quête de leur famille.

Pour Jeanne et Martial, il s'agit maintenant de comprendre. Comprendre pourquoi des mots étranges apparaissent sur les murs, comprendre pourquoi Louise a fuit le carcan patriarcal pour se consacrer à une vie bien différente de celle qui lui semblait imposée. Comprendre enfin le lien de ces écritures avec l'invention toute récente du téléphone...

Du côté de la forme...

Pour ceux qui ne le savent pas encore, je travaille en ce moment sur du "terroir autrement" pour mon projet de fac. Alors, forcément, un roman steampunk campagnard, je ne pouvais pas passer à côté ! Et ça marche !

Ce roman rentre parfaitement dans cette catégorie de "lecture plaisir" mais "en lien avec le boulot" que je peux être amenée à faire régulièrement. C'est donc pleine de motivation mais aussi avisée d'un esprit très critique que je me suis lancée. La bonne nouvelle ? C'est que mon idée de "terroir autrement" n'était pas si idiote puisqu'ici l'auteure nous en offre un parfait exemple étonnant.

Nous retrouvons en effet dans ce roman toutes les caractéristiques du roman régional : un cadre à la fois géographique et temporel très ancré, des personnages de nos campagnes, une soif d'émancipation pour voir le monde évoluer. Certes la question est adaptée pour la jeunesse, un beau moyen d'amené les jeunes lecteurs vers ce genre pas forcément attractif pour eux.

Mais le tour de force de l'auteure est de faire peu à peu basculer cette ambiance "terroir" à une ambiance "steampunk" beaucoup plus en vogue avec de la modernité et une frontière très mince entre une réalité historique et une intrigue issue totalement de l'imaginaire. Une frontière si mince que le lecteur s'y laisse parfois prendre : où s'arrête le réel, où commence la fiction ?

Et ça fonctionne ! Parce que comme dans roman de steampunk qui se respecte, l'imaginaire autour des nouvelles technologies est développé avec brio dans ce roman même si, peut-être, l'auteure aurait pu aller encore plus loin dans cet imaginaire-là. Sans spoiler, je dois avouer que la révélation de l'épilogue, je ne l'avais pas vue venir.

J'ai découvert ici avec un immense plaisir le style de Sylvie Arnoux que je n'avais jamais eu l'occasion de lire et qui a parfaitement su mêler les genres pour nous offrir un roman très original qui change de ce dont on a l'habitude. Quant aux illustrations qui parsèment le roman, je dois dire que je suis complètement fan.

En conclusion... 

Voici un roman qui m'intriguait énormément de par l'idée tout à fait originale qu'il voulait promouvoir et je ressors de cette lecture en me disant : oui, ça marche, l'auteure l'a fait. Une idée qui me met du baume au coeur car la relation entre "terroir" et "steampunk" est ici dosée avec beaucoup de justesse. Sans doute aurais-je juste apprécié que le roman soit plus long porter plus encore cette idée.
Un roman à découvrir sans attendre pour tous ceux qui aiment ce qui sort des sentiers battus ! 

mercredi 8 mai 2019

L'enfant des Soldanelles - Gérard Glatt



Infos sur le livre

éditions : Presses de la cité
date de publication : 17-01-2019
pages : 464
prix : 21€

Résumé éditeur

Pendant la seconde moitié du xxe siècle, le roman d'une indéfectible amitié entre deux jeunes hommes, et l'initiation parfois douloureuse de l'un d'eux, Guillaume, à la vie d'adulte. Un parcours ancré dans le décor puissant des Alpes. La montagne comme une évidence, comme une renaissance... Hiver 1952. Loin des siens, pendant six mois, Guillaume part en convalescence à Chamonix. Il découvre, ébloui, le décor grandiose des Alpes. Le petit citadin de huit ans en gardera le souvenir d'un paradis perdu. Mais il reviendra, tant le besoin est là, irraisonné, de vivre près des cimes avec son ami d'enfance Augustin. Une passion nourrie aux côtés de Julien Villermoze, un natif de la vallée de l'Arve, qui tel un grand frère les initie à sa montagne, à ses beautés et ses mystères. Jusqu'à un après-midi fatal... Pour les deux jeunes hommes, le coup est rude, le vide immense. Et davantage encore pour Marguerite qui aimait son fils Julien. D'un amour vibrant. Exclusif. Dévastateur... Un roman d'initiation qui mêle à l'émotion la tension et le suspense des passions humaines.

Pourquoi ce livre ?

Merci aux Presses de la cité grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman d'un auteur que j'ai grand plaisir à suivre de roman en roman.

De quoi est-il question ?

Nous voici au début des années 1950. Le jeune Guillaume, enfin un peu chétif, est contraint de quitter sa famille et sa région pour se rendre dans un sanatorium, dans les Alpes sur ordre de son médecin. Une épreuve pour l'enfant qui n'a jamais été séparé des siens mais qui, dans le même temps, voit d'un bon oeil ces quelques mois d'une nouvelle vie arriver.
De ce séjour, l'enfant conservera un sentiment comme hors du temps, un bonheur à vif qu'il ne saurait retrouver au sein d'une ambiance familiale parfois sévère. Ce séjour, l'enfant le nourrira aussi de la naissance d'une amitié sincère et durable avec le jeune Julien, passionné des Alpes et des merveilles qui l'entourent.

Mais un jour c'est le drame et Julien disparaît tragiquement. Un coup dur pour Guillaume qui voit dans cette perte l'occasion, enfin, de mettre un coup de pied dans sa vie et de se tourner vers ce qu'il estime vraiment important alors même que la vie de famille pour un Guillaume devenu adulte ne sera pas de tout repos...

Du côté de la forme...

Vous le savez, j'aime les romans initiatiques, les récits de vies et d'émancipation. Alors quand l'un d'eux est écrit par un auteur qui sait toujours me toucher par ses histoires retentissantes, je ne peux rester insensible.

Les récits initiatiques sont toujours des récits très forts qui vous marquent et ce récit-ci n'a pas fait exception à la règle. Dès les premières lignes de ce roman, j'ai été prise d'une vive affection pour le jeune Guillaume que j'ai, par la suite, eu beaucoup de plaisir à suivre au fil de son parcourt de vive, un parcourt à la fois très dur et très poignant.

 Au fil de ce roman, nous allons donc suivre Guillaume, de ses pérégrinations de jeunesse à l'âge adulte. Nous allons le suivre dans son quotidien, dans sa vie de famille, dans ses premières amoures mais aussi et surtout dans ses relations d'amitié. Car le fond de ce roman est la force de l'amitié entre Guillaume et Augustin.

Des histoires d'amitié forte et sans faille, nous en rêvons tous. Dans la fiction, il s'agit toujours d'un élément prenant sans lequel un roman ne serait pas tout à fait le même. Et ici, c'est avec une vive émotion que nous allons suivre ces deux enfants puis ces deux hommes qui feront face ensemble aux épreuves de la vie. Une relation humaine qui ne peut laisser insensible.

Et puis, bien sûr, aura lieu le drame qui bouleversera la vie de ces deux jeunes gen, un drame qui fera tout basculer. Dès lors, le roman bascule dans une forte émotion mais aussi dans le drame vu par les uns et les autres : les amis mais aussi le chagrin d'une mère. Par ce roman, l'auteur pose par ailleurs la question de l'amour trop étouffant d'une mère dans un monde en bouleversement.

Quel bonheur que de retrouver la plume si poétique de Gérard Glatt qui sait toujours nous offrir des personnages chargés d'émotion, le cadre enchanteur des Alpes et un cadre historique assez proche de nous mais dans le même temps dans une époque en changement qu'il convient de ne pas oublier. Un style qui nous porte et émerveille le lecteur par l'émerveillement des personnages.

En conclusion... 

Voici un roman que j'étais très curieuse de pouvoir découvrir et dans lequel je me suis plongée avec la certitude de passer un bon moment. Comme je l'espérais, c'est un moment comme hors du temps que j'ai pu passer avec Guillaume qui a su me toucher comme j'aime être touchée par des personnages, regrettant de les laisser derrière moi au terme de la lecture.
Un roman à découvrir pour tous les amateurs de récits de vie. 

mardi 7 mai 2019

La fille aux yeux d'or - Christine Navarro

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Infos sur le livre

éditions : De Borée
date de publication : 18-04-2019
pages : 269
prix : 19,90€

Résumé éditeur

 Dans une époque à laquelle les sixtes ont apporté une liberté jamais connue, Camille Saint-Vallier, grand reporter au célèbre quotidien Les Eclairs, profite à fond de l'indépendance conquise par les femmes, collectionnant les scoops et les conquêtes masculines. Son talent sa beauté et une bonne dose d'audace l'ont vite rendue célèbre, si bien qu'elle est envoyée sur les reportages les plus sensibles. Aussi est-elle furieuse lorsqu'en ce matin d'octobre 1970, son rédacteur en chef lui demande de se rendre dans un village perdu du centre de la France pour couvrir l'affaire d'une voyante assassinée. Elle ignore encore que cette enquête va la mener de surprise en surprise, et que derrière ce banal fait-divers se trame quelque chose de plus obscur... 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman d'une auteure que j'apprécie énormément.

De quoi est-il question ?

Au coeur des années 1970, Camille n'est pas une jeune femme comme les autres. Devenue grande reporter dans un monde où les femmes ont encore bien du mal à s'émanciper, elle a déjà parcouru le monde et visité des contrées lointaines. Alors lorsque son directeur de presse lui demande d'aller mener son enquête dans le Centre-France, ce n'est pas à sa grande joie, loin de là.

Pourtant, une fois sur place, Camille se laisse très vite prendre par une enquête aussi troublante qu'énigmatique. Une femme, une voyante, a été assassinée. La principale suspecte est une certaine Jacqueline, femme en apparence sans histoire qui, pourtant, était depuis quelques temps devenu sa meilleure cliente.

Tous les indices poussent vers cette femme mais, pour Camille, quelque chose cloche et, bientôt, elle obtient la certitude que les autorités ne tiennent pas la bonne coupable, une coupable dont la vie n'était peut-être pas si idyllique qu'il y paraissait. Confronté au silence des auvergnats, Camille n'aura de cesse de rétablir la vérité, une vérité qui n'est jamais là où on l'attend.

Du côté de la forme...

Cela faisait longtemps que j'attendais avec la plus vive impatience le nouveau roman de Christine Navarro alors autant dire que, lorsque je l'ai eu entre les mains, je n'ai pas attendu très longtemps avant de m'y plonger.

Si de nombreux romans du genre débutent dans le lieux même où se déroulera le récit, il va s'agir là d'une découverte de Camille d'un cadre dont elle ignore, qui la répugne même et auquel elle va pourtant peu à peu s'attacher. Une belle représentation de tous ceux qui, un jour, venant de la capitale, découvrent l'Auvergne pour en tomber amoureux.

Avec Camille, donc, le lecteur va découvrir le métier de reporter au coeur des années 1970, une époque sans internet, sans portable et sans toutes ces technologies modernes qui facilitent tout aujourd'hui. Une belle manière de replonger dans un monde que l'on a tendance à avoir oublié et de revenir aux sources.

Par le biais de ce reportage que va mener notre héroïne, il va alors s'agir de plonger dans la vie d'un petit village reculé mais aussi dans une enquête se rapprochant du genre du polar avec la mort de la voyante qu'il va s'agir d'élucider. Et même si nous ne sommes pas dans un polar comme je peux aimer en lire, l'intrigue se tient et je n'avais franchement pas vu venir la fin.

L'intrigue porte donc le roman mais, plus encore, c'est un florilège de personnages et de personnalités que le lecteur va être amené à découvrir. Et même si Jacqueline est un personnage un peu trop attendu sur certains points, elle reste un personnage qui interroge et c'est appréciable. Enfin, ce sont aussi de beaux personnages d'enfants qui nous sont offerts ce qui est plutôt rare dans ce type de romans. 

Si nous sommes ici face à un style assez classique, l'auteure sait faire usage des mots pour nous offrir une belle histoire, une intrigue prenante et de belles émotions. C'est aussi avec brio que l'auteure sait nous transmettre la vision du Centre-France par une étrangère qui n'y est pas habituée, une prise de position plutôt originale qui fonctionne.

En conclusion... 

Voici un roman avec lequel j'espérais passer un bon moment et c'est ce que j'ai eu grâce à une héroïne au caractère bien trempé qui change de celles dont on a l'habitude. Voici un roman à l'intrigue prenante dont je me suis laissée avoir par l'issue. Voici un roman qui bascule vers la modernité de nos régions mais avec, toujours, des personnages fards qui en font tout le charme.
Une auteure à découvrir si vous n'avez pas encore eu l'occasion de vous plonger dans l'un de ses romans. 

jeudi 25 avril 2019

La micheline de 18h23 - Michel Fabre



Infos sur le livre

éditions : Lucien Souny
date de publication : 10-02-2017
pages : 184
prix : 16,50€

Résumé éditeur

 Peureux et solitaire, ce petit garçon n'est heureux que lorsqu'il regarde passer les trains. Son occupation favorite lui permet de rencontrer M Vayssettes, un homme physiquement diminué par un mal auquel, dit-on, il n'aurait jamais dû survivre. De leur passion commune - les trains - naîtra une profonde amitié. Le garçon s'émeut des souffrances et des humiliations qui ont dû être celles de son ami quand il avait son âge. De quoi le pousser à vouloir être courageux pour deux. Mais ses beaux sentiments volent en éclats le jour où il se sent trahi par celui au nom duquel il commençait à cultiver la volonté de reconnaître ses peurs et la force de les affronter. Quel est donc le secret de M Vayssettes ? Quel homme deviendra finalement cet enfant s'il ne lui reste que du ressentiment pour se construire ? Chacun a son histoire, ses chagrins, ses blessures. Il en résulte une sorte de puzzle qui permettra ici de comprendre ce qui est arrivé à ces deux êtres dissemblables qui luttent pour survivre et garder leur dignité. L'auteur a pour ces éclopés de l'existence une compassion qui donne une force inattendue à ce roman aussi mystérieux que bouleversant. 

Pourquoi ce livre ?

Cela faisait un petit moment que ce roman me titillait et j'ai profité d'une commande d'ebook pour, enfin me laisser tenter.

De quoi est-il question ?

Ceci est l'histoire d'un enfant, d'un enfant solitaire souffre douleur des autres enfants de son âge qui va trouver un peu de paix auprès du vieux M. Vayssette avec lequel il partage une vive passion pour les trains. L'occasion aussi lui de trouver un havre de paix dans sa jeune vie déjà trop troublée, voyant en cet homme une réplique de lui-même.

Car l'enfant veut le croire, la solitude de son vieil ami, celui-ci la doit à un passé qu'ils auraient commun jusqu'au jour où la réalité s'ouvre à lui. Une réalité qui le hantera jusque ce qu'il découvre toute la vérité sur l'histoire d'un homme nourri de l'Histoire et de sa passion pour les train qui traversa toutes les épreuves d'une époque.

C'est par cette amitié improbable et cette plongée mystérieuse dans un autre temps que l'enfant apprendra peu à peu à grandir. C'est par son histoire et l'Histoire que l'enfant apprendra du vieil homme invalide qu'on ne sait jamais rien de ceux qui nous entourent mais qu'il ne faut jamais attendre qu'il soit trop tard pour le réaliser...

Du côté de la forme...

Il y a des livres comme ça qui, dès que vous les voyez, vous tentent et vous attirent sans que vous ne sachiez trop pourquoi. Ce roman a été pour moi de ceux-ci et je suis plus que ravie d'avoir enfin pu m'y plonger.

Cette histoire est celle de l'émancipation d'un enfant, certes, mais d'un enfant que nous allons suivre finalement à travers son regard sur le monde et sans jamais trop en savoir sur lui si ce n'est son malêtre face aux autres enfants. Un caractère très intime d'un personnage qui fait presque penser à un caractère autobiographique.

Nous sommes donc là face à une histoire d'enfance très touchante qui ne peut laisser insensible mais surtout face à une histoire d'amitié entre deux générations diamétralement opposées. La question de l'intergénérationnel est une question qui m'est essentielle et c'est pourquoi cette histoire d'amitié m'a profondément touchée d'autant qu'elle sera profondément mise à mal.

Et puis, ce roman est aussi un roman sur une passion si précise qu'elle peut sembler élitiste : la passion des trains. Autant dire que j'ai beaucoup appris sur ce sujet grâce au roman mais avec une finesse de la part de l'auteur qui ne nous perd jamais dans trop d'explications techniques. Une passion qui va rejoindre l'Histoire qui, sans trop en parler, nous sera présentée de manière bien différente.

Mais le grand talent de l'auteur est de mêler ici le particulier à l'universel, la grande Histoire aux histoires individuelles, les amitiés aux conflits du passé. Un talent permettant à chacun de se reconnaître dans cette histoire qui, avant d'être un roman historique est, avant tout un roman sur l'humain qui redonne foi en l'autre.

C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai découvert ici le style d'un auteur qui gagne a être suivi à être davantage connu. Et si j'ai trouvé la deuxième partie de cette histoire un peu en deçà au niveau du déroulement de l'intrigue, quel bonheur que l'histoire de l'enfance du narrateur doublée du récit du passé du vieux M.Veyssette qui se recoupent et s'éloignent en toute poésie.









En conclusion... 

Voici un roman que j'avais la plus grande curiosité à découvrir et qui a été pour moi un moment de découverte comme je les aime. Un roman d'amitié entre deux générations, un pan historique, une force universelle... un coctaïl idéal qui fonctionne et transporte malgré une deuxième partie que j'aurais souhaité peut-être plus fouillée.
Un roman incroyable à découvrir pour les amoureux du genre !