dimanche 17 avril 2022

Les Fossoyeurs - Victor Castanet

  

Infos sur le livre

éditions : Fayard

date de publication : 26/01/2022

pages : 400

prix : 22,90€


Résumé éditeur

Trois ans d’investigations, 250 témoins, le courage d’une poignée de lanceurs d’alerte, des dizaines de documents explosifs, plusieurs personnalités impliquées… Voici une plongée inquiétante dans les secrets du groupe Orpéa, leader mondial des Ehpad et des cliniques. Truffé de révélations spectaculaires, ce récit haletant et émouvant met au jour de multiples dérives et révèle un vaste réseau d’influence, bien loin du dévouement des équipes d’aidants et de soignants, majoritairement attachées au soutien des plus fragiles. Personnes âgées maltraitées, salariés malmenés, acrobaties comptables, argent public dilapidé… Nous sommes tous concernés.


Pourquoi ce livre ?

Il est rare que j'acquière un roman faisant la une au moment même de sa sortie mais, sur ce coup-là, je n'ai pas hésité tant pour le geste symbolique de l'acheter que pour la nécessité d'en découvrir et d'en comprendre le contenu.


De quoi est-il question ?

Comment sont traités nos aînés dans les Ehpad ? Ces gens que nous aimons, nos parents, nos grands-parents qui, au terme de leur vie, ne méritent qu'attention et amour. Ces gens que nous plaçons parce que nous n'avons plus le choix mais pour qui nous souhaitons le meilleur jusqu'à ce que l'inéluctable se produise...

On souhaiterait que, dans ces structures adaptées, des hommes et des femmes s'en occupent comme s'ils étaient leurs propres enfants. Que tout soit mis en place pour leur offrir les meilleurs soins et les meilleurs attentions... Il n'en est rien ! Soignants trop peu nombreux, nourriture et matériel rationné, solitude et parfois maltraitance morale voire physique... Telle est la triste réalité.

Pourquoi ? Parce que les Ehpad sont régis par le monde du capitalisme, par l'appât du gain et par le besoin viscéral de "faire de l'argent". Le profit, le pouvoir des grands dirigeants et des actionnaires les plus importants... Tels sont ceux pour qui la machine tourne au détriment de ceux qui n'ont d'autre choix que de subir, soumis à l'esprit d'économies au détriment de l'humain.


Du côté de la forme...

Voici un ouvrage qui a fait grand bruit, à juste titre, et que je me devais de lire, que chacun devrait lire, afin de mettre un terme à toute l'horreur qui y est décrite. Un essai essentiel, même si j'en lis peu, résultat d'un travail colossale qui mérite d'être souligné.

Tout aura commencé par une petite enquête journalistique de routine pour l'auteur qui pas après pas, marche après marche, a mis les pieds dans un système effroyable régit par l'argent et par le profit. Un système qui se sert des plus vulnérables, les personnes âgées, pour engranger des sommes astronomiques qui donnent le vertige.

Le début de l'enquête donne la nausée au sens propre du terme, l'auteur mettant en lumière le manque de soins, de protections et la présentations des repas parfois sommaires. Comment accepter et supporter les odeurs d'urines et de plaies infectées masquées sous des odeurs agréables de parfum à destination des familles et des résidents ayant encore leurs capacités ?

Rien est épargné au lecteur qui comprend vite que les soignants n'ont pas le choix et doivent se plier au système si eux-même ne veulent pas en pâtir. Commence alors une investigation, palier après palier, pour dénoncer l'ensemble du système et comprendre à qui revient la faute de telles abominations et là, chapeau au journaliste qui a su remonter au plus haut.

Nous vivons dans un monde capitaliste. Nous le savons, nous devons l'accepter. Mais comment imaginer que ce monde peut en arriver si loin ? Car si l'appel de l'argent est ententable, il est poussé ici à l'extrême par une gestion faite de lignes comptables et de logiciels informatisés. L'humain est oublié et là, c'est une nausée morale qui nous englobe. Des chiffres, un système, parfois complexe mais révélateur.

Nous sommes là dans un essai, l'aboutissement d'une enquête. Malgré quelques passages un peu alambiqués, l'auteur sait se mettre à la portée de son lecteur, adaptant ce sujet qu'il maîtrise à la perfection pour que nous le comprenions. Et malgré son dégoût, sa colère et son dépit bien légitimes, il convient de noter son objectivité et sa rage à toujours éviter ce qui lui sera pourtant reproché : une enquête à charge.


En conclusion...

Quelques lignes ne peuvent suffire pour parler de cet ouvrage et je doute même qu'une chronique soit nécessaire. Cet ouvrage il faut le lire, le relire, en comprendre toute la portée et l'horreur. Cet ouvrage il faut le faire tourner pour que tout le monde prenne conscience et que l'enfer s'arrête. Le capitalisme, oui, mais pas à n'importe quel prix. Pas aux prix de gens qui ont un vécu, une histoire et méritent une fin digne.

Un ouvrage qui bouleverse et qui choque mais face auquel nous ne devons pas faire l'autruche.

Les promesses du sang - Julien Moreau

 

Infos sur le livre

éditions : De Borée

date de publication : 14/04/2022

pages : 216

prix : 18€


Résumé éditeur

Au nord de la Catalogne, une centaine de migrants en provenance d'Afrique débarquent, au premier jour de leur nouvelle vie Parmi eux, Daniel Sangaré et son petit garçon Moussa, Maliens de Koloko Le pied à peine posé sur le sol espagnol, leur périple aussi long qu'interminable, entamé des semaines plus tôt, se poursuit Direction la France Après un court séjour dans l'Hérault, ils se dirigent vers Clermont Ferrand, vers « la liberté » Entre centres d'accueil et nuits dans la rue, de sans papiers à clandestins, le parcours du combattant de Daniel et Moussa les replonge dans l'enfer, loin de la guerre qu'ils ont fuie mais dans une même démarche de survie ne leur laissant aucun répit En père courageux, prêt à tout pour protéger son fils et lui offrir une vie meilleure, Daniel n'abandonne jamais. Sur leur route semée d'embûches et de désillusions, une multitude d'obstacles, mais aussi tellement de mains tendues A chacune de leurs étapes, la solidarité trouvera toute sa place.


Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman de Julien Moreau, auteur de polars en général qui va ici dans autre chose...


De quoi est-il question ?

Parce que la vie y était trop dure, Daniel et son fils Moussa ont quitté le Mali dans l'espoir d'une vie meilleure en Europe. Première escale : l'Espagne où Daniel sera contraint de travailler dans une carrière où les migrants comme lui sont parqués et déshumanisés. Mais son seul souhait est de rejoindre la France pour offrir un avenir à son fils Moussa.

Aidés par quelques personnes de valeur, le père et le fils pourront bientôt rejoindre Montpellier puis Clermont-Ferrand grâce au soutien d'associations et d'êtres de valeurs prêts à tout pour les aider. Mais entre les assauts de l'administration, les profiteurs et tous ceux qui ne veulent surtout pas voir d'étrangers clandestins troubler leur vie tranquille, Daniel comprendra vite qu'il est seul.

Parce que l'homme refuse d'être séparé de son fils, parce qu'ils feront le choix de l'amour contre les lois, Daniel et Moussa sombreront peu à peu de plus en plus bas dans l'échelle sociale mais seront toujours aidés par ceux qui croient en l'humain plutôt qu'en l'administration. Les épreuves seront pourtant nombreuses et terribles pour ce duo que l'amour guidera toujours.


Du côté de la forme...

Ayant beaucoup apprécié le précédant roman de l'auteur, un polar, j'étais curieuse de me plonger dans ce nouveau roman prometteur. Car lire les romans des auteurs que j'apprécie tant dans leur univers qu'en tant que personnes, c'est mon crédo.

On connait Julien Moreau pour ses polars. Il nous offre aujourd'hui un roman complémentaire différent, sociétal et puissant qui ne laisse pas indemne, qui pose la question des migrants par un regard différent et qui nous bouleverse dans nos convictions. Comment ne pas songer, avec cette lecture, à "Entre deux mondes" de Olivier Norek.

Ce roman est celui d'un périple. Le périple d'un homme et de son fils aspirant à un avenir meilleur dans un autre pays que le leur. A l'image d'un roman d'aventure bourré d'épreuve, l'auteur nous montre combien les espoirs des migrants sont grands, combien les obstacles à franchir pour eux sont nombreux. De quoi mettre en lumière aussi le travail fabuleux des associations.

Avec force et empathie, l'auteur démontre que nul ne tombe dans la clandestinité par choix mais plutôt par successions d'épreuves et de déboires. Il nous montre combien chaque volonté de ne pas entrer dans le moule, même quand le moule est cruel, peut être dévastateur. De quoi nous faire réfléchir sur nos petites convictions parfois et de voir l'humain avant la globalité.

Mais ce roman est avant tout le roman de l'amour, l'amour d'un père pour son fils qui prendra tous les risques pour ne pas être séparé de lui. Car au-delà des larmes et de la colère, de l'émotion et de la souffrance, l'émotion de la tendresse est omniprésente et fait du bien. Un roman qui fait penser aussi parfois au film "La vie est belle" de Roberto Benigni dans la sauvegarde de l'innocence malgré tout.

Côté style, nous sommes là dans une écriture très journalistique qui va droit au but. Et pour cause, l'auteur est journaliste ! Peut-être m'a-t-il donc manqué à titre tout à fait subjectif un peu de description des ambiances, des bruits et des auteurs pour m'immerger totalement dans cette histoire. Pour autant, la tendresse pour les personnages principaux est bien présente et c'est tout ce qui compte.


En conclusion...

Voici un roman coup de poing tout on ne ressort pas indemne. Quelque part entre "Entre deux monde" de Olivier Norek et "La vie est belle" de Roberto Benigni, comment ne pas être frappé au coeur par cette histoire ? Comment ne pas être ému face à l'amour de ce père pour son fils et face à tout ce qu'ils devront endurer face à l'horreur de ce monde et de ceux qui le composent parfois. Heureusement, la bonté est là aussi.

Un magnifique roman à lire absolument dans une société malade.

mercredi 6 avril 2022

Le dernier message - Nicolas Beuglet

  

Infos sur le livre

éditions : XO

date de publication : 17 septembre 2020

pages : 390

prix : 19,90€


Résumé éditeur

Île d'Iona, à l'ouest de l'Ecosse. des plaines d'herbes brunes parsemées de roches noires. Et au bout du "Chemin des morts", la silhouette grise du monastère. Derrière ces murs suppliciés par le vent, un pensionnaire vient d'être retrouvé assassiné. Son corps mutilé de la plus étrange des façons. C'est l'inspectrice écossaise Grace Campbell qui est chargée de l'enquête. Après un an de mise à l'écart, elle joue sa carrière, elle le sait. Sous une pluie battante, Grace pousse la lourde porte du monastère. Elle affronte les regards fuyants des cinq moines présents. De la victime, ils ne connaissent que le nom, Anton. Tous savent, en revanche, qu'il possédait un cabinet de travail secret aménagé dans les murs. Un cabinet constellé de formules savantes... Que cherchait Anton ? Pourquoi l'avoir éliminé avec une telle sauvagerie ? Alors qu'elle tente encore de retrouver confiance en elle, Grace ignore que la résolution d'une des énigmes les plus vertigineuses de l'humanité repose tout entière sur ses épaules... 


Pourquoi ce livre ?

Suivant l'auteur depuis son premier roman, c'est sans hésiter que je me suis plongée dans celui-ci, bien qu'avec du retard.


De quoi est-il question ?

Grace Campbell, jeune inspectrice mise au placard depuis un an, est dépêchée sur une sordide affaire de meurtre dans un monastère d'une île écossaise. Seuls cinq moines sont présents, l'un d'eux est forcément l'assassin. La victime, Anton, reclus depuis trois ans, était un homme sans histoires et a priori très apprécié même s'il cachait ses zones d'ombre.

Grace, troublée et blessée par un passé professionnel complexe, vit dans l'angoisse de commettre une erreur. Mais son instinct la pousse à poursuivre son enquête et de pousser plus des investigations qui la mèneront à découvrir un cabinet secret prouvant qu'Anton n'était peut-être pas tout à fait celui qu'il présentait être.

L'inspectrice plongera alors dans des questions bien plus profondes que ce que l'on pourrait croire et dans un univers qu'elle n'imaginait pas être possible. Un univers où le danger guette sans cesse et où la mort d'un homme n'est que bien peu de chose face aux secrets à protéger. Dès lors, Grace ne sera plus en sécurité et devra prendre tous les risques pour faire éclater la vérité.


Du côté de la forme...

Nicolas Beuglet fait partie de ces auteurs que je suis de roman en roman avec toujours la même passion et la même addiction parce qu'il sait partir d'un univers et nous entraîner dans un autre complètement différent.

Tout commence cette fois en écosse, dans un monastère isolé. Un pays qui fait rêver, le côté huis-clos qui va bien, les mystères omniprésents et la question de la religion sous-jacente qui fonctionne à tous les coups... Comment ne pas craquer et ne pas avoir envie d'aller frissonner dans cet univers auquel on croit immédiatement et qui donne très vite envie de se poser des questions ?

Grace Campbell est le genre de personnage principal auquel on s'attache, qui nous touche par sa différence et ses blessures profondes, que l'on a envie d'apprendre à connaître. Que l'on a aussi envie de voir réussir pour la voir évoluer et la voir comprendre qu'elle vaut quelque chose. Car l'empathie est au coeur même de la présentation de Grace.

Le roman débute donc dans un monastère mais, très vite, tout va paraître beaucoup plus complexe que ce qu'on pouvait imaginer et, sans trop en dire, l'auteur sait nous surprendre et nous entraîner très loin dans des réflexions qui n'ont plus rien à voir avec le postulat de départ. D'ailleurs, il sait aussi nous perdre et nous faire oublier le début pour nous entraîner dans d'autres sujets.

Il convient de ne pas trop en dire pour vous préserver le suspense mais l'auteur sait jouer avec nos nerfs, avec nos certitudes et avec ce que l'on croit savoir sur le monde pour nous faire réfléchir sur nos comportements, sur nos attitudes et sur notre vie. Autant dire que l'on ne ressort pas de ce roman tout à fait indemnes.

Côté style, on se retrouve une nouvelle fois dans une écriture totalement addictive par laquelle on a envie de faire traîner mais sans vraiment y arriver. L'auteur sait vulgariser des théories complexes et sait nous immerger dans des sujets qui pourraient faire peur. Tout ça pour une enquête qui n'est finalement qu'un prétexte à une thématique beaucoup plus vaste.


En conclusion...

Quelle joie d'avoir enfin pu lire ce roman qui attendait patiemment dans ma pal ! Quel bonheur que de retrouver cette ambiance forte que sait nous offrir l'auteur. Quelle force que cette enquête macabre dont les pires descriptions ne seront rien face à ce que nous réserve l'auteur dans les questionnements qu'il nous impose. Une vraie réussite !

Un coup de coeur comme je les aime. Hâte de lire le roman suivant de l'auteur.

mardi 29 mars 2022

Patagonia - Christophe Masson

Patagonia 

Infos sur le livre

éditions : Revoir

date de publication : 01 juillet 2017

pages : 240

prix : 17€


Résumé éditeur

Argentine, 1995. Louis, journaliste free-lance, débarque à Buenos Aires afin d’écrire un article sur l’attentat qui, un an plus tôt, a détruit la Mutuelle juive et fait 85 victimes. Ses investigations le mènent en Patagonie, où il trouve la mort dans un accident de bus...


Pourquoi ce livre ?

Nouvelle lecture d'un auteur spécialisé dans le roman de voyage nous entraînant toujours à l'autre bout du monde et dans des intrigues prenantes.


De quoi est-il question ?

En 1995, Louis est un jeune journaliste français passionné par son métier et n'hésitant pas à aller se confronter aux réalités du monde. Son but ? Eveiller les esprits sur les sujets qui fâchent mais aussi prendre à cour les conditions de vie des locaux et ne pas hésiter à prendre de plein fouet la misère omniprésente.

Mais un accident de bus le fait porter disparu, au grand damne de sa famille, et surtout de son frère, restés en France. Nul ne savait qu'il comptait enquêter sur cet attentat survenu l'année précédente, ayant causé de nombreux morts et restant à vif dans tous les esprits. C'est pourquoi, 20 ans plus tard, ce frère qui ne s'est jamais vraiment remis de l'épreuve, part en Argentine pour trouver des réponses.

Tout au long de l'Argentine, Victor va faire des rencontres étonnantes et suivre un périple tant physique que personnel, à travers un pays et à travers sa propre histoire pour raviver la mémoire de son frère et comprendre ce qui lui sera arrivé. Mais à travers la violence et les doutes, c'est une vérité plus terrible qu'il devra affronter...


Du côté de la forme...

L'Argentine n'est pas forcément le pays du monde qui me vend le plus de rêve mais l'intrigue m'inspirait et c'est donc avec plaisir que je me suis plongée dans cette histoire. Finalement, c'est un pays riche et un monde à l'opposé du nôtre que j'ai découvert.

Ce roman commence à une époque à la fois proche et éloignée de la nôtre : les années 1990. Pas si vieux mais, à la fois, qui ne connaissait pas encore toute la modernité technologique et, surtout, la vie avec internet. Qui plus est dans un pays où beaucoup de personnes touchent à la pauvreté absolu, ce roman nous présente un autre monde qui compte et qu'il convient de rappeler.

Avec le bond de 20 ans en avant et la quête d'un frère, il s'agit pour le lecteur de suivre les codes d'une enquête et d'une intrigue familiale. Car si Victor va chercher à comprendre ce qui est arrivé à son frère, le tout se présente un peu comme un polar et une aventure aux multiples rebondissements. Efficace et plutôt addictif car la soif de réponses est omniprésente.

Victor est un personnage à la fois étonnant et que l'on apprécie sans mal. Il est le regard de l'occidental sur un monde qui lui est inconnu et c'est sans nous ménager que l'auteur nous invite à découvrir la misère, la crasse, la pauvreté et la violence. De quoi mettre à mal le lecteur parfois mais, le sortant de sa zone de confort, de manière essentielle.

Le jeu entre le réel et la fiction est bien mené. L'attentat présenté au début de l'ouvrage étant réel et toute l'histoire qui en découle pouvant tout à fait faire valoir quelque chose de vrai. Mais ce roman est aussi un roman sur l'humanité et sur les gens, un roman sur la place de la femme et sur la position des êtres les plus mal lotis de la planète.

C'est toujours un profond plaisir de retrouver l'écriture franche et directe d'un auteur qui sait nous emmener à l'autre bout du monde. Ici, il nous invite à la découverte d'un pays que nous connaissons tous mais qui semble si éloigné, dont nous ne savons pas grand-chose et qui pourtant regorge d'histoire, de secrets et de malversations.


En conclusion...

Voici un roman aux frontières du polar qui se lit d'une traite, qui nous fait voyager et qui sait nous toucher tant dans sa part de réel que dans son intrigue familiale, par le biais d'un frère. Car si l'émotion des relations familiales ne sont pas développée à outrance, elle est présente et forte malgré tout ce qui apporte un plus au roman.

Un nouveau roman efficace d'un auteur qui maîtrise sa thématique et sait nous embarquer dans un autre monde et à travers une histoire qui fonctionne.

lundi 28 mars 2022

Idol - Thierry Berlanda

  

Infos sur le livre

éditions : M+

date de publication : 24-03-2022

pages : 310

prix : 19€


Résumé éditeur

A la sortie de son  concert au Zénith de Paris, Pete Locust embarque une prostituée cubaine. La vie flamboyante de la Rockstar va alors dérailler...  Sauvagement agressé dans l'appartement loué par son agent, Locust devra  compter sur Dodeman, lieutenant de police lancé sur la piste d'un improbable suspect. Dans ce thriller particulièrement sauvage, les chapitres défilent au rythme rapide d'une enquête déroutante, parmi les monstres qui peuplent les enfers  de Locust et jettent une lumière aveuglante sur l'aspect le plus troublant de la nature humaine.


Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions M+ pour la découverte de ce nouveau roman d'un auteur que j'avais hâte de retrouver dans cette nouvelle aventure.


De quoi est-il question ?

Pete Locust est une star internationale du rock. Adulé par le public, par les médias et par ses pairs, sa venue en France sonne comme un événement retentissant et les fans se bousculent pour assister à ce qui pourrait être sa tournée d'adieux. Et le fait est que le concert est un succès, dans une ambiance rock sans précédant dans le milieu musical.

N'écoutant que lui, c'est sans scrupule que Locust décide après le concert de finir la soirée seul. Enfin, seul, pas tout à fait. Il récupère sur le trottoir une prostituée à qui il propose de passer la nuit avec lui, ce qu'elle acceptera. Mais, commanditée par un maquereau bien décidé à garder la jeune femme pour lui, elle n'aura d'autre choix que de se laisser battre et de ramener l'homme drogué dans la chambre de luxe.

Quelques heures plus tard, Locust et la jeune femme sont retrouvés morts sur le sol de la chambre d'hôtel. Et si l'affaire semble couler de source, Dodeman, flic borderline, reste convaincu qu'il y a autre chose. Surtout quand l'avocate du principal suspect disparaît. Son enquête le mènera au plus loin de secrets bien gardés et au plus proche des limites de son esprit.


Du côté de la forme...

Thierry Berlanda est de ces auteurs qui maîtrisent le genre du polar comme personne et qui savent renouveler leurs intrigues et leurs sujets avec toujours la même vigueur, la même passion et la même force. J'avais donc hâte de découvrir le petit nouveau.

Plongée cette fois dans l'univers de la musique rock, un monde que je ne connais que peu mais qui est porteur de mystères et d'intrigues. Car ici, l'auteur mêle avec brio le milieu du show-biz, celui de la politique (un peu), celui de la police française, celui de la drogue et de la violence ainsi que les prémices de la folie.

Locust est le genre de personnage dont on ne sait trop que penser, dans un univers que l'on ne comprend pas forcément. Un milieu à l'opposé de celui de la violence que l'auteur nous décrit sans nous préserver. Les coups, l'horreur, l'agression mentale... tout y est. Le lecteur se sent alors étouffé, pris aux tripes, aux sentiments mêlés de vouloir plonger dans le roman de vouloir fuir cet enfer.

L'assassinat de Locust et de la prostituée, prémices de l'enquête, semble nous mener au coeur d'un polar classique mais, très vite, l'auteur joue avec les codes du polar judiciaire en nous mettant face aux lois et aux missions de la justice. D'ailleurs, l'avocate semble au départ avoir la même importance que le flic jusqu'à sa disparition.

Dès lors, l'intrigue devient plus sombre encore avec un flic pris aux tripes et directement confronté dans sa vie à l'enquête en cours. D'autant que celui-ci semble peu à peu perdre pied au grand damne du lecteur qui ne sait plus s'il doit suivre la pensée du personnage principal ou avoir un esprit plus éloigné et, à l'image de tous, décider que Dodeman est fou.

C'est une nouvelle fois avec le plus grand plaisir que j'ai retrouvé l'écriture si fine et si puissante d'un auteur qui sait nous plonger dans ses intrigues, nous faire cogiter mais aussi nous inspirer sur l'état de notre monde et sur l'humanité en général. Cette fois il a su m'immerger dans un univers passionnant et dans une intrigue rockement addictive.


En conclusion...

Voici un roman que j'ai débuté sans appréhension mais qui a su m'accrocher sans que je ne puisse m'en détacher, plus encore que ce que j'espérais. Voici un roman qui a su m'imprégner dans le rock et dans une intrigue très efficace. Un roman qui nous fait ressentir les odeurs de crasse, de sang, de violence, de drogue et de mort. Un énorme coup de coeur qui fait du bien.

lundi 21 février 2022

Interview choc et sans filtre - Christophe Gironde (libraire, Nos Racines d'Auvergne)


 Je n’ai plus de temps à perdre 
avec ceux qui « jouent aux auteurs ».


Quel est l’historique de la librairie ?

Nous avons ouvert le 2 mai 2010. A l’époque, le but était de proposer une librairie régionaliste couplée à une librairie généalogique.

Vers 2015, nous avons progressivement évolué vers une volonté de promouvoir les « littératures en Auvergne ». Il s’agissait de valoriser autant les littératures sur l’Auvergne que les auteurs de la région écrivant sur des sujets plus généralistes.

Ainsi, la partie « généalogie » s’est peu à peu et progressivement estompée.

Pour autant, nous avons souhaité conserver une constante, celle des rencontres-dédicaces. En 12 ans, nous avons organisé plus de 700 rencontres/dédicaces.

La volonté première a toujours été de créer un lien entre le lecteur et l’auteur en valorisant tous les auteurs quelque soit leur mode d’édition (autoédition, compte d’auteur, compte d’éditeur) et leur qualité éditoriale. 

Tous les auteurs ont toujours été reçus et accueillis avec la même considération qu’ils soient connus ou non. Ainsi, la librairie était la photographie d’une époque pour une région riche en culture, en patrimoine et en histoire.

Le quotidien « La Montagne » nous suit depuis une dizaine d’années en proposant aux auteurs invités des interviews leur permettant de présenter leur ouvrage au lectorat.

En parallèle, nous avons organisé plus de 80 expositions mettant en valeur des artistes locaux mais cette activité a peu à peu pris fin, faute de temps et de place.

Comme tant d’autres entreprises, nous avons connu un ralentissement dû à la crise sanitaire ce qui nous a empêché de fêter les 10 ans de la librairie en 2020.


Justement, quel impact a eu la crise sanitaire sur l’activité de la librairie ?

La crise sanitaire a engendré une réflexion sur le travail de dix ans ainsi qu’une rétrospective sur notre histoire. Elle a également provoqué un souci de faire évoluer la librairie et son image aux yeux du public. Il s’agissait d’étudier comment évoluer tout en nous imposant une remise en question sur ce qui était à conserver, à changer et/ou à supprimer dans notre activité.

En avril 2021, la librairie a proposé dans son planning tout un mois consacré aux jeunes auteurs dans le cadre des dédicaces. Un point de rupture qui nous a conduit en septembre à faire le choix de mettre en avant les jeunes auteurs (moins de 30 ans) tant dans le planning des dédicaces que dans les rayonnages de la librairie.

En effet, un constat a été fait avec la crise selon lequel, avant, jusqu’à la fin des années 2010, le profil des auteurs en région correspondait essentiellement à des hommes de plus de 70 ans davantage ancrés dans un créneau de littérature de terroir. Depuis 5 ans environ, un phénomène nouveau a vu le jour avec une nouvelle génération d’auteurs, plus nombreux qu’avant et comprenant une majorité de femmes plus jeunes et prenant part aux littératures de l’imaginaire.

Parmi ces jeunes auteurs, nous pouvons notamment citer Simon Berger publié chez Gallimard, Arthur Nesnidal publié chez Julliard ou encore Cécile Coulon publiée chez L’iconoclaste. Ils sont en partie les nouveaux auteurs emblématiques de la littérature blanche édités dans des maisons d’édition importantes et nationales.

La librairie souhaite donc s’adapter à cette évolution notable et, en tant que libraire, je suis heureux de ce tournant. Le but n’est pas de dénigrer le terroir faisant intégralement partie du paysage éditorial français mais de promouvoir une génération de nouveaux auteurs. Cette génération amènera donc une continuité au sein de la littérature en région, cette génération montante apportant un vrai avenir pour la littérature en Auvergne.

Tout en ayant à coeur de poursuivre l’idée d’une valorisation d’un territoire, nous souhaitons dépoussiérer l’image de la province par rapport au regard parisien.

L’image de la librairie a su changer/évoluer tout en préservant le cadre convivial d’une librairie accueillante tout en apportant une image plus moderne en renouvelant le mobilier et en réorganisant l’agencement de la structure.


Quel avenir envisagez-vous pour la librairie ?

Nous souhaitons continuer à modifier l’agencement de la librairie dans l’objectif de rendre le lieu encore plus convivial et dans un esprit cocooning.

Concernant les auteurs, nous avons fait le constat que la marque de fabrique de la librairie est intimement liée aux dédicaces hebdomadaires attendues et reconnues. Pour preuve, sur environ 40 dates possibles par an, plus de 200 demandes sont faites soit par les auteurs eux-mêmes soit par leurs éditeurs. Nous sommes donc aujourd’hui dans l’obligation de faire des choix, une situation nouvelle mais allant en s’accroissant. Celle-ci se couple avec l’idée de professionnaliser le traitement des demandes et de modifier les critères de sélection des auteurs. En ce sens qu’il y a de plus en plus d’auteurs, nous avons aujourd’hui la possibilité de faire une sélection plus drastique parmi les auteurs que nous souhaitons accueillir afin de proposer aux lecteurs un choix de plus en plus qualitatif.

La notoriété de la librairie s’est accrue ces dernières années notamment grâce aux prix littéraires rattachés qui ont su évoluer et s’adapter à cette nouvelle génération d’auteurs mais également grâce aux conférences que je mène sur Clermont-Ferrand et qui attirent un public de plus en plus important.

La couverture médiatique de la librairie s’est elle aussi décuplée par le biais du quotidien La Montagne et de la presse régionale.


Une phrase pour résumer cette évolution ?

En tant que professionnel, je n’ai plus de temps à perdre avec ceux qui « jouent aux auteurs » et préfère désormais consacrer mon temps et mon énergie aux écrivains méritants tant d’un point de vue littéraire que d’un point de vue humain.

dimanche 23 janvier 2022

Le fugitif d'Ansabère - Thibaut Bertrand

Le fugitif d'Ansabère par Bertrand

Infos sur le livre

éditions : Gypaète

date de publication : 15-11-2019

pages : 210

prix : 14,90€


Résumé éditeur

Dans un coin reculé des Pyrénées béarnaises, au début des années vingt, un berger est découvert mort en pleine montagne et son apprenti a disparu. L'équipe partie à sa recherche se retrouve entraînée dans une course-poursuite trépidante où les différents personnages devront s'adapter au milieu particulier de la hâte montagne.
Le fugitif d'Ansabère est un roman à suspense qui vous fera découvrir les joyaux du cirque de Lescun à un rythme enivrant.


Pourquoi ce livre ?

Toujours avide de découvrir de nouveaux auteurs et romans régionaux, je me suis laissée tenter par ce titre lors de mes dernières vacances au coeur des Pyrénées.


De quoi est-il question ?

Nous voici au début du siècle dernier, au coeur des Hautes Pyrénées, dans un monde où la vie des bergers était une vie de reclus pendant de longs mois mais aussi une vie faite de tous les dangers et de toutes les solitudes. André est de ceux-là même s'il accepte volontiers la présence de son voisin Jean-Baptiste ou de son apprenti Lucien.

Quand André est découvert mortellement blessé, Lucien ayant disparu, une enquête se met en place dans la petite vallée. Car tout porte à croire que l'apprenti serait coupable bien que quelques irréductibles souhaitent croire en son innocence. Tout porte à croire à une bagarre qui aurait mal tourné mais quel serait le mobile ?

Seule Clémence, jeune femme au grand coeur et amoureuse de Lucien veut que les recherches aillent dans un autre sens tendis que, dans le même temps, le coupable se cache dans les montagnes, traqué sans relâche, affamé et terrifié. Car comment assumer sa faute face à la colère des autorités ? Comment se protéger de la colère qui gronde et de la menace ambiante ?



Du côté de la forme...

Si le roman régional n'a que peu de secrets pour moi, je dois bien avouer que je connais moins les auteurs du sud-ouest ce qui constitue un manquement que je souhaiterais pouvoir combler peu à peu. Fans des Pyrénées, j'ai donc profité de l'occasion.

L'auteur nous entraîne ici en plein coeur de la montagne en une époque où la modernité n'existe pas et où tout tourne autour de la puissance du climat et de la montagne. De quoi s'imprégner de cette histoire autre que celle que je connais, la vie des bergers qui, non contents d'avoir la contrainte des bêtes, avait aussi celle d'un isolement complet les mois d'hiver.

Nous nous plongeons donc à la fois dans la vie de ces hommes tout en nous émerveillant de la beauté des décors choisis. Car comment ne pas être séduit par les hauteurs enneigées, par le silence omniprésent et par la grandeur de la montagne. Comment ne pas être effrayé par cette solitude et ce travail de tous les instants ?

Au milieu de tout ça, va se mettre en place une intrigue policière pour retrouver le meurtrier d'un vieux berger aimé de tous. Car son apprenti, non content d'avoir disparu, n'est également pas vu d'un très bon oeil en ville. Et si le lecteur comprendra aisément de quoi il retourne au final de cette, ce n'est guère là le principal. La fin est évidente, oui, mais ce n'est pas pour la surprise qu'on se laisse porter par l'enquête.

La montagne forme une sorte de huis-clos où le silence et la neige sont étouffants. L'action est menée de telle manière que l'auteur sait jouer sur les mots pour nous faire douter de tout ce qu'il se passe au fil de l'histoire pour nous inviter à la relire une fois la réponse donnée pour tout relire avec un autre regard. Le genre de style que j'apprécie tout particulièrement.

L'auteur aime ses montagnes et l'histoire de sa région. Autant dire que cela se ressent tout au long du roman et si le lecteur ne connaît pas les Pyrénées avant, il n'aura qu'envie de les découvrir après. S'il les connais, il aimera se projeter dans le passé pour imaginer la vie de terroir dans un univers bien différent de celui qui fait son quotidien. Les locaux apprécieront ce petit voyage dans le temps.


En conclusion...

Voici un roman dans lequel je me suis totalement laissée embarquée, un roman qui a su me toucher par son style poétique et qui a su me faire douter au fil d'une enquête certes prévisible mais tout de même digne de ce nom. Voici un polar régional différent de tout ce que l'on connaît et qui m'a fait connaître autrement une région que j'aime déjà beaucoup.
Je serai ravie de lire d'autres romans de l'auteur dès que j'en aurai l'occasion.