samedi 8 février 2020

Memento mori - Jean Vigne



Infos sur le livre

éditions : Le Chat Noir
date de publication : 02-06-2014
pages : 308
prix : 19,90€

Résumé éditeur

 Après avoir fait le mur pour aller à un rendez-vous nocturne, Néa, 15 ans, se réveille à demi-embourbée dans les marais locaux. Sur le chemin du retour, l'esprit embrumé, elle tente de rassembler des souvenirs qui lui échappent. D'autant plus qu'une fois chez elle, ses parents, sous le choc, lui apprennent que son absence a en fait duré plus de cinq ans. C'est désormais une jeune femme qui doit reprendre sa vie là où elle s'était arrêtée, c'est à dire au lycée. Seulement, le fossé avec ses camarades se creusent de jour en jour, pas seulement à cause de l'âge, mais également parce qu une série d'événements inexplicables la rend différente du lycéen lambda. Et du genre humain... Maintenant, Néa n'a plus qu'une idée en tête : retrouver la mémoire afin de comprendre ce qu'il lui arrive. 

Pourquoi ce livre ?

C'est aux Oniriques, il y a trois ans, que je me suis laissée tenter par ce roman sans jamais le sortir de ma pal jusqu'à ce que les éditeurs soldent les tomes 2 et 3, l'occasion enfin de le découvrir.

De quoi est-il question ?

A 15 ans, Néa est une ado dans toute sa splandeur : rebelle et contre toute forme d'autorité qu'elle soit parentale ou scolaire. Alors bien sûr quand elle a l'autorisation de faire une fête, soft, chez elle, c'est exactement le contraire qui se produit. Et si elle est privée de sortie ensuite, peu importe, elle fera le mur. Mais dans la forêt, elle s'évanouit.

Le lendemain, en s'éveillant, Néa sait qu'elle va passer un sale quart d'heure mais il faut bien rentrer jusqu'à ce qu'elle se rende compte qu'elle n'a pas disparu pendant 24h mais pendant 5 ans. Et si Néa doit faire face à la surprise de ses parents, à sa nouvelle vie, le pire reste qu'elle n'a aucun souvenir de ce qui lui est arrivé pendant cette période.

Reprendre une vie normale... Facile à dire ! Car Néa doit maintenant faire face à des camarades adolescents alors qu'elle est devenue jeune femme et à une compassion de plus en plus effacée de ses enseignants. Mais le pire est à venir, car bientôt Néa doit faire face à la mort inexpliquée de personnes qui l'entourent sans que nul ne sache expliquer pourquoi.

Du côté de la forme...

Cela faisait un bon moment que j'attendais de prendre enfin le temps de lire un roman de Jean Vigne, auteur incontournable de cette maison d'édition. Le bon moment est arrivée et je dois dire que je ne regrette pas du tout d'avoir un peu attendu pour mieux apprécier.

De base, Néa est le genre de personnage pour lesquels je suis mitigée. Car si j'apprécie les caractères forts et un peu pourris, j'ai toujours un peu de mal avec les ados rebelles qui ne veulent pas comprendre ce qu'on leut dit. Pour autant, là, ça marche. D'autant plus que Néa va naviguer entre son souvenir de comportement d'ado et son obligation de devenir une jeune femme trop vite. Pas mal.

Ce qui est assez original ici c'est que, sans le dire, l'auteur sait nous faire comprendre la réalité de l'état de Néa sans qu'elle-même n'en ait conscience. Un côté omniscient qui trouble et qui donne envie de plonger dans le roman pour aider le personnage. Et si, comme il se doit, l'étrangeté et le fantastique vont peu à peu faire leur trou, cela se fait avec beaucoup de finesse et de dextérité.

Il est vrai que nous sommes ici dans dans le premier tome d'une trilogie donc la mise en place du cadre et de l'intrigue sont assez conséquantes mais elles passent pour ainsi très bien parce qu'on y croit. D'ailleurs, si la mort est omniprésente, le roman ne sombre jamais dans le gore et dans le morbide ce qui fait plutôt du bien.

L'ambiance est très prenante et très efficace. Nous allons suivre Néa dans sa quête du souvenir et la suivre dans les épreuves qui s'apprêtent à se dresser devant elle. J'ai tout particulièrement apprécié le personnage de son "chauffeur" à chaque fois qu'elle se retrouve dans la forêt car il est entouré d'une aura de mystère, d'humour mais avec un caractère altruiste appréciable, jusqu'à en savoir plus.

J'ai découvert la plume de Jean Vigne avec ce roman et je dois dire que je suis très agréablement surprise. Il sait mêler les genres et impliquer son lecteur, le prendre par la main pour le mener vers un genre qui n'est pas toujours évident et conforter les habitués. Il sait aussi nous attacher à un personnage au caractère pas évident et nous donner envie de tourner les pages.

En conclusion... 

Voici un roman qui m'attendait depuis trop longtemps et qui, depuis que je l'ai lu, me donne juste envie de me plonger très vite dans la suite. Voici un roman original qui m'a sortie de ma zone de confort de lecture pour me faire découvrir un univers que j'ai beaucoup apprécié. Voici un roman à l'ambiance étrange auquel j'ai cru sans hésiter.
Les tomes 2 et 3 m'attendent désormais. J'ai hâte de les découvrir. 

L'ombre de Rose-May - Corinne Javelaud



Infos sur le livre

éditions : Calmann-Lévy
date de publication : 29-01-2020
pages : 336
prix : 19,50€

Résumé éditeur

Au milieu du XIXe siècle, dans une ferme du Limousin, la famille Ribéroux mène une vie sans histoire jusqu’au jour où la petite Rose-May, confiée à la responsabilité de son frère, Léonard, par ses parents, occupés aux travaux des champs, est mystérieusement enlevée. On a beau interroger tout le village, fouiller les environs, l’enfant reste introuvable et la disparition inexpliquée. Plusieurs années après, Léonard croit reconnaître sa soeur dans les traits d’une ouvrière porcelainière rencontrée lors d’une foire aux bestiaux. Mais l’inconnue se dérobe, le laissant à ses questions. Pour le jeune paysan, c’est le début d’une quête enfiévrée qui le mènera des manufactures de porcelaine de Limoges jusque sur les traces d’un forçat du bagne de Rochefort à la poursuite d’une bouleversante révélation.

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Calmann-Lévy grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman d'une auteure que je suis depuis des années et que j'apprécie beaucoup.

De quoi est-il question ?

Nous voici dans un petit village de campagne du Limousin au XIX° siècle. Chez les Ribéroux, la vie est plutôt tranquille, rythmée par la vie des champs et des veillées. Le fils aîné, Léonard, est un bon garçon. Rose-May, la cadette, fait la fierté de ses parents. Et comme cela se fait souvent à l'époque, la garde de la petite est laissée à son frère tendis que les parents triment.

Mais un jour, sans que Léonard ne puisse rien n'y faire, voilà que sa jeune soeur est enlevée, presque sous ses yeux. La culpabilité est intense, la douleur terrible. Et il ne faut guère compter sur la police pour agir. Ces derniers sont même plutôt à même d'accuser les parents de négligeance pour masquer leur incapacité à agir.

Et si la vie doit reprendre, rien ne sera plus jamais pareil. Léonard grandit avec le souvenir de sa chère soeur et le poids de sa culpabilité avec le secret espoir, toujours, de la retrouver. Car, il en est certain, Rose-May est vivante, là, quelque part. Et lorsqu'à l'âge adulte il croit la reconnaître, le jeune homme se lancera dans une enquête toute personnelle pour enfin résoudre le mystère de sa vie.

Du côté de la forme...

Corinne Javelaud fait partie des auteures que j'aime suivre et qui sait toujours m'offrir de beaux moments de lecture et des personnages qui vous marquent. Je ne doutais donc pas qu'il en serait de même cette fois encore.

Si j'aime les romans de terroir, je dois bien avouer que le Limousin est une région que j'explore plus rarement et je dois dire que j'ai beaucoup aimé y faire un petit voyage avec ce roman. Car même si un cadre en vaut bien un autre, chaque campagne a ses particularités qu'il est bien appréciable de retrouver, d'autant quand il est question de "bourrées"...

Nous allons donc découvrir une famille sans histoire qui va vivre l'horreur absolue. Car si l'époque est contrainte d'accepter la mort des enfants en bas-âge, que dire lorsque l'enfant que vous chérissez plus que tout est enlevée ? Une thématique intemporelle qui fonctionne toujours mais qui gagne en émotion quand le cadre ne permet pas les techniques de recherche actuelles.

Il est vrai que c'est surtout Léonard que nous allons suivre dans ce roman : ses peurs, ses doutes, sa culpabilité d'enfant toujours bien présente une fois qu'il sera adulte. Et si l'ellipse temporelle est un peu brutale pour faire passer ce personnage de l'enfance à l'âge adulte, cela fonctionne et amène le lecteur vers d'autres questionnements.

Si nous sommes dans un roman régional, l'auteure s'occupe ici de nous embarquer dans une histoire de famille mais mêlée aux codes du roman d'enquête. Exercice auquel elle parvient plutôt bien avec des rebondissements que l'on ne voit pas venir et une fois, sans vous spoiler, inattendue et qui donne juste envie de tout relire pour avoir une autre vision de l'histoire.

Le style de Corinne Javelaud est un style plein de douceur et de force. Elle aime ses personnages et nous les fait aimer. Elle croit à son histoire et nous y fait croire. Elle sait amener une touche d'originalité à des thématiques déjà trop parcourues. Elle sait enfin nous surprendre mais sans ménager ses effets à outrance. Bravo !

En conclusion... 

J'avais hâte de lire ce roman et, comme je m'y attendais, j'ai passé un très agréable moment. J'ai aimé aller me balader en Limousin. J'ai aimé chercher à comprendre avec Léonard, j'ai un peu pleuré avec sa famille, je me suis laissée envoûtée par Rose-May qui, bien qu'étant la grande absente du roman, est un personnage d'une présence magistrale.
Un roman à découvrir pour tous les amateurs du genre ou de belles histoires de famille. 

Hansel et Gretel - Yvan Godbout



Infos sur le livre

éditions : ADA
date de publication : 09-07-2018
pages : 256
prix : 10€ (prix d'origine)

Résumé éditeur

 Une mère désespérée surprenant l'innommable dans le quatre pièces et demie miteux qu'elle partage avec son salaud et leur couple de jumeaux. Un frère et une sœur télépathes ayant sauvagement perdu leur innocence, avidement convoités par les serviteurs de Satan. Une adolescente rebelle à l'enfance éclatée servant de guide dans une métropole abritant anges et démons. Un prêtre et une sorcière cherchant à accomplir la plus ancienne des prophéties du Necronomicon. Deux enfants comprenant que si Dieu est une pure invention humaine permettant de vivre d'espoir, le diable lui, existe bel et bien. "Hansel et Gretel" était un conte pour enfants. Celui que vous découvrirez sous peu en est bien loin et risque de ternir à jamais votre part d'innocence. Êtes-vous réellement prêt pour cette balade dans les plus sombres abysses de l'âme humaine ? 

Pourquoi ce livre ?

C'est par hasard que j'avais trouvé ce roman chez Cultura et que je m'étais laissée tentée, le laissant d'un coin par la suite. J'ai attendu un peu puis récemment j'ai eu envie enfin envie de le lire.

De quoi est-il question ?

Jeannot et Margot sont des jumeaux de neuf ans ayant fait mauvaise pioche. Car là où la majorité des enfants coulent une vie heureuse, eux doivent faire entre un mère dépassée et un père qui n'hésite pas à les battre, à abuser d'eux, jour après jour, depuis des années. Jusqu'au jour où, Margot, décide de les défendre et attaque son père, le laissant pour mort.

Alice, la mère, décide alors de fuir avec ses enfants mais la peur est trop grande. Et si le salaud était encore en vie ? Et si la justice la séparait de ses petits parce qu'elle n'aura pas su les protéger ? Et cette peur grandissant va finalement les séparer, laissant les jumeaux livrés à eux-même avant que la véritable meurtre n'ait lieu.

Laissés seuls, les enfants pensent trouver refuge dans une maison religieuse auprès d'un prêtre et d'un nonne. Que craindre ? Les jumeaux ne comprendront que trop tard que ce couvent n'est autre que le repère d'adorateurs de Satan bien décidés à trouver leur nouveau messie. Et la télépathie entre les enfants n'y changera rien, ils seront séparer... pour le pire et le pire du pire...

Du côté de la forme...

Nul besoin de ressaser la polémique qui a tourné autour de ce roman et les épreuves vécues par l'auteur. Ce n'est pas là le sujet et je n'ai pas envie d'une chronique axée là-dessus. Ma chronique sera comme toutes les autres même si bien sûr on ne peut s'empêcher d'y penser.

Je dois avouer que dès les premières lignes l'auteur y va très fort : violences conjugales, inceste, crasse, meurtre avec l'hémoglobine qui va bien... Dès les premières pages l'angoisse est à son sommet avec Alice qui va découvrir l'innommable et l'action menée par cette famille pour enfin se libérer. Avec un tel début, on se demande comment l'auteur va pouvoir aller encore plus loin... Et pourtant !

Car de ces horreurs-là va en découler d'autres dont je ne vous parlerai pas trop pour ne pas vous spoiler. Simplement, la suite à rapport avec l'Eglise de Satan et alors comment ne pas se repasser des scènes de Rosmary's baby, en pire. Car il faut reconnaître que l'auteur a le souci de la description pour que le lecteur se sente au plus proche de l'horreur.

Si des sources d'espoir apparaissent de temps en temps, elles sont très vite mises caduc et cet espoir devient très vite source d'angoisse car le lecteur comprend que quelque chose d'autre va tomber. Ce qui trouble, bien sûr, c'est que les personnages soient des enfants et que tout paraisse si réel, mise à part la télékinésie entre Jeannot et Margot.

Et pourtant, malgré les horreurs qui s'enchaînent, malgré les personnages pour lesquels on se prend des envies de tuer, malgré toutes les crasses de la déviance qui semble réunies ici, il y a la relation entre les enfants qui fait du bien. Une relation entre un frère et une soeur qui tranche avec l'horreur pour souffler un peu... Mais pas pour longtemps...

Côté style, vous l'aurez compris, nous sommes dans un style sans nul autre pareil. Nous sommes dans un style qui implique le lecteur à tous points de vue et qui sait nous faire ressentir mille émotions. Mais surtout, ici, l'auteur parvient avec brio à nous faire retrouver le conte originel d'Hansel et Gretel ce qui est très plaisant car au plus proche du principe de la collection.

En conclusion... 

Voici un roman dont il est bien difficile de parler car tous les mots ne suffisent pas pour décrir ce que l'on ressent à la lecture. Voici un roman qui met les nerfs du lecteur à rude épreuve et qui ne mâche pas ses mots pour nous plonger dans l'horreur absolue avec une pointe de fantastique qui va bien, juste ce qu'il faut. Voici un roman qui change de tout ce que l'on connaît.
Autant dire que j'ai très très hâte de pouvoir découvrir la suite de ce roman qui m'attend dans ma pal. 

Enfin Libre - Asia Bibi

 

Infos sur le livre

éditions : Le Rocher
date de publication : 29-01-2020
pages : 216
prix : 17,90€

Résumé éditeur

« Je n'ai pas la mémoire des dates, mais il y a des jours qu'on n'oublie pas. Comme ce mercredi 9 juin 2010. Je suis arrivée, avant que le soleil ne se couche, pour la première fois au centre de détention de Shekhupura, où j'ai passé trois années avant de changer de prison comme on change de maison. » Dans la République islamique du Pakistan, la chrétienne Asia Bibi a été condamnée à mort pour avoir bu de l'eau dans un puits utilisé par les musulmans. Elle a passé neuf années en prison, neuf années à être humiliée et torturée pour avoir « blasphémé ». Voici le témoignage exclusif d'une simple mère de famille devenue le symbole mondial de la lutte contre l'extrémisme religieux. Mon histoire, vous la connaissez à travers les médias, vous avez peut-être essayé de vous mettre à ma place pour comprendre ma souffrance... Mais vous êtes loin de vous représenter mon quotidien, en prison, ou dans ma nouvelle vie et c'est pourquoi, dans ce livre, je vous dis tout.

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions du Rocher grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce témoignage bouleversant que j'espérais lire depuis tellement d'années...

De quoi est-il question ?

En juin 2010, Asia Bibi, une femme sans histoire, travaille aux champs pour ramener de quoi nourrir un peu sa famille. Mais il fait chaud, trop chaud, et Asia se dirige vers le puits le plus proche, prend une coupelle et boit jusqu'à ce ses compagnes de travail la voit. Asia est chrétienne, les autres femmes sont musulmanes. Dès lors, Asia est accusée de blasphème.

Sans autre forme de procès, elle est arrêtée et jetée en prison. Une prise sommaire où les gardiens lui mènent une vie rude. Etre accusée de blasphème vient de faire basculer la vie d'Asia Bibi dans l'horreur car la présomption d'innocence n'est qu'un doux mirage. Pourtant, très vite et malgré elle, Asia va devenir un symbole nationnal et internationnal des accusation arbitraires.

Anne-Isabelle Tollet, en effet, va avoir vent de son histoire et se lancer dans un combat de 10 ans pour la faire libérer. Remuant ciel et terre elle ne manquera pas de se mettre elle-même en danger et de soulever les nations pour faire entendre la voix de la petite paysanne pakistanaise jusqu'elle soit libérée et puisse, aujourd'hui, parler d'elle-même de son histoire.

Du côté de la forme...

Ce témoignage, je l'attendais. Depuis son annonce bien sûr mais aussi depuis que j'avais lu, en 2011, le livre d'Anne-Isabelle Tollet, Blasphème. Entendre la voix d'Asia Bibi était une chose que j'attendais et aujourd'hui, par bonheur, c'est chose faite.

Souvenez-vous... Aux tous débuts du blog je vous avais parlé de Blasphème et vous avais dit combien ce récit m'avait troublée. Etre condamné à mort pour un verre d'eau était pour moi un non sens et c'était peut-être là une des premières fois où je me rendais vraiment compte de l'horreur que certains peuvent vivre dans leur pays. Anne-Isabelle Tollet avait su m'impliquer.

Depuis, j'avais suivi de loin en loin l'histoire d'Asia Bibi mais pouvoir aujourd'hui découvrir son témoignage, sa voix, la manière dont elle a vécu toutes ces années est une chance infinie, à tous points vue. Car Asia Bibi nous parle de sa détention, des brimades, de ses peurs, de la vie derrière les murs. Et les silences sont lourds de sens.

Pourtant, si le témoignage balance entre émotion et factuel, ce qui me restera en mémoire c'est cette incroyable force de vivre qu'Asia Bibi démontre. Une force de vivre pour son mari, pour ses enfants mais avec un espoir qui vous trouble. D'ailleurs, si elle affirme elle-même être devenue craintive, jamais Asia Bibi ne sera devenue méchante et ça c'est une belle leçon de vie.

Car Asia Bibi profite de ce témoignage pour raconter ce que c'est que d'être chrétien au Pakistan, pour raconter le destin d'hommes et de femmes qui n'ont pas eu autant de chance qu'elle. Dans sa souffrance elle pense aux autres et ça c'est beau. Elle en profite pour nous parler de son pays et de l'amour qu'elle a pour ce dernier malgré tout. Une belle leçon d'amour.

Nous sommes bien sûr dans un style très journalistique car c'est la patte d'Anne-Isabelle Tollet qui, une fois encore, sert la parole d'Asia Bibi. Mais il ne pouvait en être autrement et cela fonctionne très bien car le langage parfois oral du témoignage est respecté. La chronoogie l'est également mais les ellipses en disent long. Tout cela pour servir un texte important à ne pas oublier.

En conclusion... 

L'histoire d'Asia Bibi a fait le tour du monde, chacun y glissant son mot. Mais pour la première fois c'est sa voix à elle que l'on entend pour cet ouvrage et c'est ce qui en fait une pépite. Car il ne faut pas oublier que ce témoignage aurait pu ne jamais existé car Asia aurait pu ne jamais sortir de sa prison. Alors maintenant, ce témoignage doit être lu de tous pour faire changer les choses et se souvenir.
Une pépite d'espoir et d'histoire qui doit être connue de tous ! 

Quintland - Fred DuPouy

 

Infos sur le livre

éditions : Syros
date de publication : 02-05-2019
pages : 249
prix : 15,95€

Résumé éditeur

Cinq enfants, un seul destin. Quintland. Quintland a tout d'un parc de loisirs. Les touristes s'y bousculent, on s'y rend en famille ou lors d'une excursion scolaire, plusieurs visites par jour sont organisées. Mais à Quintland, vous ne trouverez qu'une seule et unique attraction. Ce sont cinq petites filles que l'on peut regarder vivre derrière une vitre sans tain. Cinq petites filles isolées, surmédiatisées, éloignées de leurs parents. Elles sont les premières quintuplées de l'histoire à avoir survécu. C'était au Canada, en 1934. Quintland, le " Pays des Quintuplées ", a existé pour de vrai.

Pourquoi ce livre ?

C'est lors du dernier salon de Montreuil que je me suis laissée tenter par ce roman à la thématique si terrible chez un éditeur que j'apprécie beaucoup.

De quoi est-il question ?

Nous sommes en 1934 au Canada. Dans un petit village sans histoire, à une époque où de nombreux enfants mourraient encore en bas-âge, l'impensable va être réaliser : parvenir à faire survivre cinq fillettes nées en même temps de la même mère : des quintuplées. Elles sont les premières de l'Histoire et tout sera mis en oeuvre pour en faire un modèle.

Car à peine nées, les cinq fillettes deviennent l'objet de toutes les attentions, un état entretenu avec soin par l'Etat et par le personnel médical s'occupant des fillettes. D'autant qu'il faut de l'argent pour les nourrir, les soigner, les élever. Ainsi va naître "Quintland" une sorte de parc d'attraction où, deux fois par jour, se masseront des touristes voulant voir les fillettes.

Ainsi grandiront les cinq petites qui appartiendront plus à la science et au pays qu'à elles-mêmes, éloignées de leurs parents et de leur famille. Car les fillettes passionnent et en particulier Alice, une adolescente, qui là où chacun veut voir un être à cinq têtes s'attachent à reconnaître les quintuplées individuellement.

Du côté de la forme...

 Lorsque j'ai découvert ce roman à Montreuil en présence de l'auteur, je l'avoue, j'ai tout d'abord un peu hésité. Et puis, le lendemain, je me suis laissée tenter, trop troublée par cette histoire d'exposition de fillettes dans un temps pas si reculé.

Nous sommes en effet dans les années 30 au Canada et la première chose à noter est que l'auteur s'attache à nous présenter et le lieu et l'époque pour bien nous faire comprendre dans quel contexte on se trouve. De quoi en apprendre un peu plus sur l'Histoire dans un autre coin du monde et laisser entendre aux jeunes que la médecine de l'époque n'était pas celle d'aujourd'hui.

Au milieu de tout cela, nous allons donc assister à la naissance de quintuplées et il est bien difficile d'imagine la souffrance de la mère, une souffrance qui ne sera rien à côté de celle que provoquera la séparation. Et si les parents ne sont que guère présents dans ce roman, on se met aisément à leur place en comprenant leur douleur de ne plus être parents de leurs propres filles.

Il est terrible d'imaginer que l'homme puisse être ainsi : prêt à exhiber des fillettes comme des animaux aux yeux d'un public toujours insatisfait qui s'estime propriétaire de tout. De quoi être dégoûté de l'âme humaine et pourtant tellement réel. C'est ainsi que nous allons voir grandir les fillettes, les voir évoluer et tenter d'imaginer ce que pu être leur vie.

Et au milieu de tout cela, il y a Alice. Alice est un personnage fictif mais ô combien elle m'a touchée par sa bonté et sa capacité à avoir une vision bien plus moderne des choses. Sa curiosité est là, certes, mais ce qu'elle veut surtout c'est s'imaginer les jumelles heureures comme de vraies petites filles et elle s'en donnera les moyens...

J'avais découvert la plume de l'auteur avec Flopsy le lapin méchant et il est bien évident que nous sommes là dans quelque chose de totalement différent. Moins d'humour, plus d'émotion. Moins d'imagination, plus de réalité. Ainsi, c'est une écriture plus didactique qu'il nous offre ici ce qui n'est pas plus mal et nous permet de découvrir une histoire vraie mais dans une fluidité certaine.

En conclusion... 

Voici un roman qui m'intriguait beaucoup et que je suis ravie d'avoir enfin pu lire même si j'en ressors avec l'exact sentiment que j'imaginais : un mélange d'intérêt pour cette histoire, d'empathie pour ces fillettes et de dégoût de ce qui leur a été imposé. Ce roman est le genre de romans importants pour comprendre les erreurs du passé qui nous ont mené à notre présent, bon ou moins bon.
Un roman à mettre entre toutes les mains pour connaître un auteur et une histoire terrible. 

vendredi 17 janvier 2020

Le maître des livres, 1 - Umiharu Shinohara



Infos sur le livre

éditions : Kommiku
date de publication : 28-08-2014
pages : 192
prix : 8,50€

Résumé éditeur

Suivez le quotidien d'un excellent bibliothécaire qui parvient à changer la vie de ceux qu'il conseille dans leur lecture. Les aventures incroyables et merveilleurses d'un sommelier des livres. Une vraie leçon de dégustation des grands classiques de la littérature. À la bibliothèque pour enfants "La rose trémière' vous êtes accueillis et conseillés par Mikoshiba, un bibliothécaire binoclard célèbre pour son caractère bien trempé. Mais contrairement à ce qu'il peut laisser paraître, c'est un professionnel de premier ordre. Aujourd'hui encore, adultes comme enfants perdus dans leur vie viennent à lui en espérant qu'il leur trouvera le livre salvateur.

Pourquoi ce livre ?

Merci à ma super coupine Sylvie qui m'a fait découvrir ce manga sur lequel je ne me serais sans doute pas retournée outre mesure.

De quoi est-il question ?

Au Japon, il est une bibliothèque différente de toutes les autres, une bibliothèque dont le propriétaire est un homme sévère et grognon mais également passionné. Cette bibliothèque c'est celle de Mikoshiba qui a décidé de consacrer sa vie aux livres et plus particulièrement aux livres pour enfants afin d'amener les plus jeunes au plaisir simple de lire.

Alors, lorsque rentrent dans sa librairie des adultes condescendants ou des âmes en peine, le sang du bibliothécaire ne fait qu'un tour. Et s'il peut parfois se montrer dur en remettant ceux qui ne lui reviennent pas à leur place, il sait aussi faire montre de patience tout en choisissant toujours le titre idéal qui donnera au lecteur une autre vision du monde.

Du côté de la forme...

Le manga n'est pas le genre que je lis le plus mais, de temps en temps, j'aime faire une petite découverte. Ce titre-ci était donc l'occasion ne serait-ce que pour me faire une idée mais c'est malheureusement mitigée que je ressors de ma lecture.

Une histoire se déroulant au coeur d'une bibliothèque et dans l'amour des livres, voilà qui avait de quoi me tenter, et pas qu'un peu. Et en effet, j'ai plutôt bien aimé l'atmosphère qui transpire de cette histoire et qui ne saura que toucher au coeur tous les amoureux des livres. Et si le bibliothécaire est un peu impressionnant, il reflète l'image que nous avons de ce métier quand on est enfant.

Dans un seul tout, plusieurs petites histoires vont se succéder avec, pour fil conducteur, la découverte d'un livre, ce livre qui est capable de changer votre vie et votre façon d'être. La vision la plus que l'on puisse avoir du livre même si l'idée même est un peu clichée. Et le fait que ça marche car nous avons tous ce livre qui nous correspond et nous fait du bien quoi qu'il advienne.

Le livre change la vie des gens et c'est ce qui est personnifié ici non sans rappeler des grands classiques de la littérature où le jeune héros lecteur, dans une parfaite mise en abime, s'évade dans un autre monde : L'enfant de Jules Vallès, Madame Bovary et j'en passe. Le livre fait grandir et permet de devenir autre et le bibliothécaire de cette histoire représente à merveille cet état d'esprit.

Malheureusement, je suis un peu restée sur ma faim malgré tout avec cette lecture car chacun des petites histoires contées m'a semblé être comme dans un état d'urgence qui aurait mérité d'être davantage développé. Et même le fil conducteur de l'adulte qui évolue au fil des pages m'a semblé un peu artificiel. Bref, malgré toute sa poésie, ce manga je n'y ai pas cru.

Côté style nous sommes dans le style pur et simple du manga tant au niveau de l'écriture qu'au niveau des illustrations. La lecture est aisée et regorge de références mais j'ai eu le sentiment que tout ceci manquait d'authenticité. Dommage. Et si le dessin ne suit plutôt bien, je n'y pas trouvé cette patte "artistique" que j'aime tant dans ce genre-là.

En conclusion...

J'étais plutôt intriguée par ce titre et je suis assez contente d'avoir eu la chance de le découvrir même si c'est mitigée que j'en ressors. Car si j'ai aimé l'univers, le parti pris et le message transmis, je n'ai pas réussi à me laisser porter par l'ensemble et à entrer pleinement dans la vie de ce bibliothécaire hors norme. De fait, j'ignore si je lirai la suite de la série.
Un petit livre à découvrir malgré tout pour se plonger dans l'amour des livres, une opinion à vous faire.

Complot - Nicolas Beuglet



Infos sur le livre

éditions : XO
date de publication : 16-05-2018
pages
prix : 19,90€

Résumé éditeur

Un archipel isolé au nord de la Norvège, battu par les vents. Et, au bord de la falaise, le corps nu et martyrisé d'une femme. Les blessures qui déchirent sa chair semblent être autant de symboles mystérieux. Quand l'inspectrice Sarah Geringën, escortée par les forces spéciales, apprend l'identité de la victime, c'est le choc. Le cadavre est celui de la Première ministre. Qui en voulait à la chef de gouvernement ? Que cachait-elle sur cette île, dans un sanctuaire en béton enfoui au pied du phare ? Sarah, très vite, le pressent : la scène du crime signe le début d'une terrifiante série meurtrière. Dans son enquête, curieusement, quelqu'un semble toujours la devancer. Comme si cette ombre pouvait lire dans ses pensées... De la Norvège à la vieille cité de Byblos, et jusqu'au cœur même du Vatican, c'est l'odeur d'un complot implacable qui accompagne chacun de ses pas. Et dans cette lutte à mort, Sarah va devoir faire face à ses peurs les plus profondes. à ses vérités les plus enfouies...

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions XO grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce deuxième roman de Nicolas Beuglet, repéré avec son premier roman et avec qui il va falloir désormais compter.

De quoi est-il question ?

À peine remise de sa précédente enquête qui l'a conduite aux confins du monde, Sarah Geringën doit se rendre au Nord de la Norvège. Au bord d'une falaise secouée avec les vents, une femme vient d'être retrouvée morte. Son corps est maculé et martyrisé. Mais le pire reste à venir car le femme en question n'est autre que la Première Ministre du pays.

Dès lors, l'affaire n'est plus seulement sordide, elle devient politique. Et pour Sarah, il s'agit de la jouer très fine car, dans l'ombre, quelqu'un semble bien être décidé à lui nuire. Force est de constater que, sans doute, la première ministre cachait des secrets bien enfouis et que quelqu'un aura voulu la faire taire.

Mais bientôt, pour Sarah, l'évidence se fait : la question de l'assassinat de la dame dépasse les frontières de la Norvège et elle devra aller chercher très loin des réponses au risque de se mettre en danger et de dévoiler des secrets insoupçonnés alors qu'elle doit faire elle-même avec ses propres secrets et ses propres risques pris...

Du côté de la forme...

Nicolas Beuglet m'avait on ne peut plus convaincue avec son premier roman. Alors, bien sûr, lorsque j'ai vu qu'un nouvel opus sortait, je n'ai pas hésité très longtemps. Je l'ai lu mais malheureusement il m'a fallu du temps pour trouver les mots afin de parler de ce deuxième roman.

Au début de ma lecture, j'étais emballée. Une nouvelle enquête, entre questionnements personnels et questionnements politiques, un coin reculé de la Norvège. Il y avait là tout pour que je passe un bon moment mais, si j'ai été frappée par l'intrigue, force est de constater que je me suis laissée dévorer par l'incompréhension. Sans doute le moment n'était-il pas le bon pour moi pour ce roman.

J'ai pourtant aimé retrouver Sarah et en apprendre un peu plus sur sa vie personnelle, une vie qui nous la rend touchante et qui explique pas mal de choses sur son caractère de chien. Et parce que les polars politiques sont parfois assez denses, cette part de vie personnelle apporte une touche différente à l'intrigue qui accentue le côté thriller. Toujours bon à prendre.

Et puis, contre toute attente, ce roman va nous entraîner à travers le monde et dans des pays auxquels on ne s'attend pas ce qui une riche idée même si, là encore, j'ai eu le sentiment de me perdre un peu sans trop savoir où l'auteur voulait me mener. Peut-être l'action était-elle trop rapide, peut-être les connecteurs logiques pas assez présents, peut-être les rebondissements trop nombreux.

Avec ce roman, je peux cependant dire que j'en ai appris un peu plus sur la Norvège, sur ses décors et sur son système politique. Un beau moyen pour l'auteur de nous faire découvrir ce pays à la fois tellement pris comme exemple et à la fois comme hors du temps, hors de notre champ de vision. L'auteur aime en parler et ça se sent.

Côté écriture, Nicolas Beuglet confirme sa capacité à l'intrigue et au polar, nous fait vivre chaque instant et approfondi un personne auquel on croit de plus en plus. Et si je me suis parfois sentie un peu perdue, si la fin est horrible pour le lecteur, force est de constater que ça marche et qu'une fois le roman commencé, il est impossible de le lâcher.

En conclusion...

Voici un roman que j'étais curieuse de découvrir et avec lequel j'ai passé un bon moment mais dont j'attendais sans doute trop suite à ma superbe découverte du premier opus. J'ai aimé en apprendre plus sur Sarah et sur la Norvège tout en ayant envie, dès le roman achevé, de me plonger dans la suite pour avoir des réponses à mes questions restées en suspens.
Voici un roman qui confirme un nouveau grand nom du polar français.

Chaussure à son pied - Marianne Lévy



Infos sur le livre

éditions : Pygmalion
date de publication : 30-01-2019
pages : 384
prix : 17,90€

Résumé éditeur

Ressembler à Hugh Grant ? Sur le papier, c'est un peu le fantasme de tous les célibataires... dans la réalité, c'est, disons, compliqué à assumer. Surtout quand on s'appelle Samuel, qu'on vit à Londres, que sa colocataire a décidé que l'une de ses missions sur Terre était de vous caser pour démontrer que Cendrillon est plus qu'un conte de fées. Et qu'on désire devenir le nouveau Shakespeare. Il ne pouvait pas prévoir que pour réaliser son rêve, il serait obligé de jouer les princes charmants. Soit son pire cauchemar...

Pourquoi ce livre ?

Quand tu découvres une autrice en auto-édition et que tu la retrouves quelques années plus tard chez l'un des meilleurs éditeurs de romances, tu n'hésite pas longtemps et te laisse tenter.

De quoi est-il question ?

Bien qu'ayant une ressemblance sans vergogne avec Hugh Grant, Samuel est loin d'être le prince charmant idéal de ces dames. Trop introverti, trop solitaire et plus passionné par l'écriture que par la gente féminine, il fait plutôt comme il peut entre une colocataire qui souhaite à tout prix le caser et sa vie d'artiste en suspens.

Afin de sortir de sa routine, Samuel va poser sa candidature pour un concours d'écriture intitulé "The Pen". L'occasion pour lui de sortir de l'anonymat et de voir si ce qu'il écrit peut, potentiellement, valoir quelque chose. Et bien sûr, ses amis sont aux premières loges pour être critiques de cette romance grandement inspirée de la vie de l'auteur.

Car pour entrer dans le monde des auteurs reconnus, Samuel va devoir entreprendre un jeu avec une jeune femme, un jeu pour prouver et se prouver que le mythe de Cendrillon est encore bien réel et qu'il convient toujours de croire en la magie de l'amour. Même si dernier n'apparaît pas toujours comme on pouvait l'imaginer.

Du côté de la forme...

Une autrice qui a su toucher mon petit coeur, une référence à Cendrillon et une romance légère sans le monde de l'édition, il ne m'en fallait pas plus pour avoir avoir envie de me plonger dans ce roman, roman d'une autrice qui a dû faire ses preuves par la petite porte de l'auto-édition.

Une femme qui écrit du point de vue d'un homme, c'est assez rare pour être remarqué. Et il est vrai que Marianne Lévy s'y emploie très bien en nous plongeant à travers le regard de Samuel. De quoi remettre les pendules à l'heure car si Samuel a un physique ravageur, sa confiance en lui frôle les pâquerettes. Comme quoi, le physique ne fait pas tout.

Samuel est un passionné d'écriture et pourtant, l'esprit conte de fée, ce n'est pas pour lui. L'autrice joue alors sur la dualité entre réalité et fiction. Comment inventer une histoire de toutes pièces en se servant de soi-même ? Comment rester fidèle à un célibat endurci quand on a envie de parler d'histoires d'amour.

Ce roman est donc un roman qui parle de précédés d'écriture et de maison d'édition ce qui est plutôt pas mal. La mise en abime est également très intéressante avec le roman retranscrit et les retours de lectures qui entrent eux-mêmes dans le roman de la première autrice. Malheureusement, ce joyeux mélange a aussi de quoi perturber ce qui pourra décourager certains lecteurs.

Si tout est fait pour nous offrir une romance en bonne et due forme, force est de constater que nous sommes bien au-delà de cela avec des jeux de références qui ne manquent pas de piquant. Des références citées, certes, mais aussi des références intrinsèques. Car comment être face à des jeux littéraire sans penser à l'Oulipo, aux correspondances classiques ou même aux Liaisons dangereuses ?

Le style de Marianne Lévy n'est pas forcément un style facile. C'est un style qui laisse la part belle à l'imaginaire du lecteur. C'est un style de tous les possibles laissant une part de vie intime aux personnages tout en nous en offrant d'autres complètement déjantés, le genre d'amis dont on rêve tous et qui apportent une touche de folie à l'ensemble.

En conclusion...


Si ce roman a été, sur le fond comme sur la forme, une réelle surprise, j'ai passé un agréable moment avec Samuel. Plus jamais je ne verrai Cendrillon de la même manière car qui a dit que le prince du conte était fier et sûr de lui ? De plus, pour une autrice qui a su faire sa marque chez un bel éditeur en étant passée par la case "auto-édition", la manière dont elle en parle est touchante.
Un roman à découvrir pour se plonger dans autre chose et se laisser porter hors des sentiers battus.

Signe particulier : transparente - Nathalie Stragier



Infos sur le livre

éditions : Syros
date de publication : 06-09-2018
pages : 320
prix : 16,95€

Résumé éditeur

Être transparente au lycée, rarement invitée en soirée et ignorée dans sa propre famille, c'est une blessure, ça fait mal. Mais être invisible pour de vrai, se rendre en salle des profs incognito et disparaître dans les moments embarrassants... ça commence à devenir beaucoup plus intéressant ! À quinze ans, Esther cesse d'être une fille ordinaire et voit un nouveau monde s'ouvrir à elle. Pour l'adolescente trop discrète, la vie devient soudain passionnante. Et de plus en plus dangereuse.

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Syros grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce roman de Nathalie Stragier, one shot après une série qui a eu son petit succès...

De quoi est-il question ?

L'adolescence n'est jamais une période facile. C'est une période où chacun se cherche et tente de rentrer dans le moule tout en faisant entendre sa voix. Cette situation est d'autant plus difficile pour Esther qui, depuis toujours, a le sentiment de ne pas compter et d'être invisible aux yeux des professeurs, aux yeux de ses camarades, aux yeux mêmes de sa famille.

Mais depuis le temps, Esther est habituée, elle en a même pris son parti... Jusqu'au jour où l'impensable se produit : elle devient littéralement transparente et disparaît du champ de vision de ceux qui l'entourent. Pire, personne ne semble s'en apercevoir. Pour Esther, l'expérience est grisante car tout lui désormais possible : aller en salle des profs, voler dans un magasin, se venger...

Dès lors, Esther commence à gagner cette confiance en elle qui lui manquait si cruellement. Mais à se prendre trop au jeu, Esther pourrait bien se mettre en danger. D'autant que de "l'autre côté", celui des transparents, tout le monde ne semble pas ravi de la voir investir ce terrain. Mais comment apparaître aux yeux des autres quand on refuse de se voir soi-même ?

Du côté de la forme...

Ayant beaucoup apprécié "La fille du futur", j'avais très envie de lire cet autre roman de l'autrice sans trop savoir dans quoi j'allais m'engager. Et une fois encore, ce roman est une incroyable découverte qui sort des sentiers battus.

Oh combien je me suis reconnue dans le personnage d'Esther ! Ce sentiment d'être invisible et d'avoir un avis qui ne compte pas, cette impression constante de solitude même entourée, cette bataille de tous les instants pour dire "je suis là"... Tout ça je ne connais que trop bien et Esther m'a tellement touchée que j'ai souvent voulu la prendre dans mes bras et lui dire : moi je te vois.

Et puis, va avoir lieu l'improbable. Le moment où le discourt imagé devient réel, où le figuré devient propre : Esther va littéralement disparaître. Une belle manière pour l'auttrice de réinventer la question de l'homme invisible et du rêve que peut avoir chacun à espionner sans être vu. Deux questions traitées cependant avec la violence de l'inattendu.

Étrangement, c'est dès lors qu'Esther va avoir ce sentiment d'être enfin là et de pouvoir agir à sa guise sans peur d'être jugée. Et si j'ai compris l'adolescente dans sa façon d'agir, j'ai été peu gênée par le côté immoral voire illégal qui la gagne. Et pourtant, en même temps, je l'ai aussi comprise. D'ailleurs, l'autrice ne juge pas son personnage et la fait évoluer avec brio.

Il faut bien l'avoue, ce qui se veut être une surprise et un retournement de situation, je l'avais vu venir de loin. Mais comme la venue vers ce retournement est bien faite, on pardonne aisément à l'autrice d'autant que je suis quand même parvenue à me laisser surprendre sur d'autres points. Quant à la part fantastique justement dosée, elle apporte cet imaginaire qui fait du bien en lecture.

Côté écriture, l'autrice a une nouvelle fois su me séduire et m'offrir un personnage auquel j'ai cru et une histoire originale qui a su me toucher. L'identification est facile et si Esther peut parfois un peu agacer elle est représentative de tous ces ados un peu isolés et incompris trop souvent laissés pour compte à côté des ados exubérants et pleins de vie.

En conclusion...

Voici un roman qui me tentait beaucoup et qui m'a énormément séduite tant au niveau de l'intrigue qu'au niveau du personnage. Voici un roman qui m'a troublée et qui joue avec les codes du fantastique pour offrir quelque chose de neuf. Voici un roman surprenant qui n'est pas sans faire réfléchir sur nos propres agissements à l'égard de ceux qui nous entourent.
Un roman à découvrir sans attendre et pour tous les publics.

mercredi 15 janvier 2020

Ceux des limbes - Camille Brissot



Infos sur le livre

éditions : Syros
date de publication : 05-04-2018
pages : 480
prix : 17,95€

Résumé éditeur

La forêt est devenue le territoire des limbes. Le risque de contamination se cache dans chaque zone d'ombre. Préparez-vous à vivre une expédition sous haute tension. Du haut du Mont-Survie, Oto admire chaque jour la forêt qui l'encercle à perte de vue. Elle est si belle qu'il en oublierait presque ce qui se tapit sous les arbres. Mais lorsque la montagne s'endort, que les lumières s'éteignent et que les voix s'effacent, le vent résonne d'un chant inhumain, effroyable : le gémissement des limbes, les victimes de l'épidémie. Bientôt, Naha devra passer plusieurs jours et plusieurs nuits dans la forêt. Oto refuse de rester cloîtré en espérant le retour de celle qu'il aime plus que tout. Quitte à être une proie de plus, il va sortir lui aussi.

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Syros grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce roman d'une autrice dont j'avais plutôt apprécié le premier opus.

De quoi est-il question ?

Dans une société isolée, des hommes et des femmes vivent heureux. Depuis toujours, Oto vit dans cette société et apprécie chaque jour auprès de son amie Naha. Mais la ville est entourée d'une forêt sombre et impressionnante nourrissant des légendes qui n'en sont peut-être pas et des mystères qui donnent bien peu envie de s'en approcher.

Car cette forêt, c'est le territoire des limbes, un territoire où les jeunes doivent tôt ou tard faire leurs preuves. Une épreuve à laquelle Naha devra bientôt se confronter alors même qu'Oto devra l'attendre au village, ce qui n'est pas du tout de son goût. Car le jeune garçon ne souhaite pas laisser son amie seule ou plutôt lui ne se sent pas de rester sans elle.

Bientôt, les jeunes devront partir pour les limbes où le danger les guette. Car les limbes abritent des être qui ne sont plus tout à fait des hommes mais ne sont pas encore tout à fait des bêtes. Des êtres tels des zombies qu'il conviendra de combattre pour survivre tout en comprenant ce qu'il est advenu, révélant des secrets jalousement gardés.

Du côté de la forme...

Une maison d'édition que j'aime beaucoup, un résumé plutôt tentant et une couverture magnifique... Il ne m'en fallait pas plus pour me laisser tenter par cette lecture même si mon petit doigt me disait de prendre garde. Résultat ? Un avis plutôt dérangeant.

Dès le début du roman, nous tombons dans une ambiance telles qu'elles fonctionnent toujours dans ce type de romans : une petite ville éloignée du monde qui vit heureuse à condition de ne pas en franchir les frontière au-delà desquelles le danger guette. Des codes respectés pour un début qui donne envie d'en savoir plus avec des personnages plutôt attachants.

Oto et Naha sont deux adolescents très proches ce qui apporte au roman cette part de sensibilité, d'amitié et peut-être d'amour que l'on attend. Mais une relation tout en finesse qui fait du bien et qui change du côté "bourrin" que l'on peut avoir parfois. Une relation en contraste avec la violence des zombies et de la peur ce qui est assez efficace.

Très étrangement, avec ce roman, j'ai un parallèle totalement inattendu : Le désert des Tartares de Dino Buzzati. Au début du moins avec ce sentiment de danger qui menace sans que l'on ne sache vraiment s'il faut y croire et ce temps pris pour mettre en place le cadre et l'intrigue. En seconde partie du roman, le rythme s'accélère et les codes de l'aventure reprennent leurs droits.

Il est vrai que j'ai beaucoup aimé l'ambiance globale de ce roman qui permet pour les adolescents une belle initiations aux histoires de zombies mais aussi aux romans d'initiation qui ne sont pas sans rappeler ceux du 18ème. La montée en puissance de l'atmosphère et de l'action est habilement menée pour une fin en apothéose telle qu'on les aime.

Côté style, nous sommes là face à une plume toute douce qui tranche avec le caractère parfois violent des situations. Une dualité surprenante et dérangeante qui donne toute son originalité au roman alors même que le lecteur pourrait parfois souhaiter que l'autrice aille plus loin dans ses descriptions et dans les dangers qu'elle impose à ses personnages.

En conclusion...

Si j'ai beaucoup apprécié ma lecture qui a été pour moi source de références et d'émotion, je ressors de ce roman avec un goût d'inachevé difficile à expliquer alors même que tout est là pour nous offrir un ensemble qui fonctionne. Ce roman est une belle initiation aux histoires de zombies et une belle histoire humaine mais qui aurait mérité encore plus.
Un roman à découvrir malgré tout pour découvrir une plume qui change et sort des sentiers battus.

mardi 14 janvier 2020

Entrez dans la danse - Jean Teulé



Infos sur le livre

éditions
date de publication : 01-02-2018
pages : 160
prix : 18,50€

Résumé éditeur

Une étrange épidémie a eu lieu dernièrement ; Et s'est répandue dans Strasbourg ; De telle sorte que, dans leur folie, ; Beaucoup se mirent à danser ; Et ne cessèrent jour et nuit, pendant deux mois ; Sans interruption, ; Jusqu'à tomber inconscients. ; Beaucoup sont morts. ; Chronique alsacienne, 1519

Pourquoi ce livre ?

Assez friande de la thématique de la Danse Macabre et très intéressée par le travail de Jean Teulé, c'est tout naturellement que je me suis tournée vers ce roman lorsque j'ai pu rencontrer l'auteur.

De quoi est-il question ?

Nous voici en 1519, Renaissance, à Strasbourg. Alors que des hommes et des femmes tentent de survivre comme ils le peuvent à la misère omniprésente et tendis que les nobles se repaissent de bonnes chair, un mal plus grand, plus violent, envahit peu à peu les rues de la ville. Ce mal, c'est la peste qui décimera la population.

La folie ronge peu à peu les survivants qui se savent en sursit. Et ces survivants, envers et contre tout, ont décidé de profiter de la vie comme ils ne l'ont jamais fait pour espérer et espérer encore. Alors ils se mettent à danser, à danser sans s'arrêter, à danser pour tromper la mort, à danser comme seule chance de salut jusqu'à ce que l'épuisement les rattrape.

Et si les autorités veulent y mettre un terme, ils sont bien en mal de faire valoir leurs règles. Car le peuple a faim, le peuple est malade. Et alors que certains se battent avec le peu d'armes qui leur reste, d'autres tentent d'éradiquer le mal qui dévore la ville au risque de se mettre eux-mêmes en danger, avec toute la force et le courage que l'avenir retiendra... ou oubliera.

Du côté de la forme...

Ayant déjà lu un ou deux romans de l'auteur, j'ai bien sûr très vite été tentée par ce nouveau roman entrant dans la part "historique" de l'oeuvre de Jean Teulé. Et une part historique particulièrement forte même si ce n'est pas le siècle que je maîtrise le mieux.

Un titre, une couverture, un résumé... Et comment ne pas songer dans la seconde à l'un des arts les plus représentatifs de cette époque : la danse macabre. Particulièrement sensible à la fresque qui orne la Chaise Dieu dans la Haute-Loire et amatrice de l'oeuvre musicale de Camille Saint-Saëns, je ne pouvais pas passer à côté de ce roman qui traite ce sujet avec brio.

La danse macabre, c'est le symbole de notre finitude à tous. Mais c'est le symbole aussi du combat face à la mort pour vivre au maximum jusqu'au dernier instant. Le fait est que l'auteur prend ici cette thématique au pied de la lettre en lui rendant toute sa violence et en nous offrant des scènes terribles d'hommes et de femmes dansant jusqu'à la mort. Plutôt glauque mais brillant.

Nous sommes donc à Strasbourg au XVIème siècle et le fait est que l'auteur décrit la ville de l'époque avec beaucoup de précision. Une précision qui nous fait ressentir la misère et la crasse, une précision qui nous laisse entrevoir la vie de l'époque et surtout nous offre un cadre historique tel qu'il est plaisant d'en avoir en littérature.

Il est vrai, et ce serait là mon bémol, l'histoire et le cadre sont plus personnages que les personnages eux-mêmes. D'ailleurs, au terme de ma lecture, je me souviens d'un sentiment global et d'une ville ravagée par la maladie mais sans me souvenir réellement des individus. Triste mais aussi très représentatif du souvenir que l'on a de l'Histoire dans sa globalité : les faits plus que les gens.

Le style de Jean Teulé est un style dur, parfois violent, très documenté et mêlant habilement une réalité historique peu connue à une fiction qui fonctionne. L'auteur sait aussi prendre une thématique et la nourrir à sa sauce tout en nous en apprenant un peu plus sur celle-ci. En l'occurence, le sujet de la danse macabre est particulièrement bien traité et donne envie d'en savoir plus.

En conclusion...

Voici un roman court par son nombre de page mais très fort et assez inoubliable de par sa thématique et de par sa force d'écriture. Voici un roman qui change de ce dont on peut avoir l'habitude et qui joue avec les nerfs du lecteur pour le plonger dans une ambiance à la fois sombre et dérangeante tout en lui laissant entendre la chance d'être juste là. Une belle leçon de vie.
J'espère avoir bientôt l'occasion de lire un autre roman de l'auteur qui sait frapper fort.

Histoire éternelle - Liz Braswell

Résultat de recherche d'images pour "histoire éternelle livre"

Infos sur le livre

éditions : Hachette
date de publication : 15-05-2019
pages : 422
prix : 16,90€

Résumé éditeur

Belle est une jeune femme vive : intelligente, ingénieuse, impatiente. Curieuse, elle n'aspire qu'à échapper définitivement à son petit village. Elle veut explorer le monde, malgré les réticences de son père à quitter leur chaumière, au cas où la mère de Belle reviendrait - une mère dont elle se souvient à peine.

Pourquoi ce livre ?

Très intéressée par les réécritures de contes et particulièrement fan de Disney, fan de La Belle et la Bête, ce roman était fait pour moi et j'avais plus que hâte de le découvrir.

De quoi est-il question ?

Dans un petit village, la jeune Belle vit avec son père dans une charmante maison. En avance sur leur temps, ils sont plutôt mal vus des habitants du village d'autant que Belle refuse catégoriquement d'épouser Gaston, l'homme le plus convoité de la région. Mais la jeune femme ne rêve que d'aventure et de vivre la vie des romans qu'elle dévore avec avidité.

Des années plus tôt, Maurice, un homme sans histoire est tombé amoureux d'une belle et étrange enchanteresse. Une des rares représentantes de la magie dans ce monde ravagé par la modernité. Et à l'heure ou sévissent peste et peur de l'autre, Rosalind maudira tout un royaume et surtout un prince au nom de la protection des siens.

Lorsque Belle arrive dans le château de la Bête, elle renforce la malédiction qui touche le prince en faisant poussière de la rose enchantée. Dès lors, la jeune femme comprend qu'elle va devoir agir pour briser le charme. Se rapprochant peu à peu de la Bête, elle découvrira le prince sous le monstre mais s'apprêtera aussi à soulever un passé bien plus terrifiant que ce qu'elle imaginait.

Du côté de la forme...

Mes deux lectures précédentes de la collection m'avaient plu, certes, mais sans plus. C'est donc plus par envie de poursuivre cette dite collection que j'ai lu ce roman et, cette fois, je dois dire que j'ai été très agréablement surprise.

Cette fois, le lecteur est invité à vivre en alternance l'histoire de Belle tel qu'il la connaît par coeur et une autre histoire, toute aussi belle, dans le passé, entre les parents de la jeune fille. Une histoire d'amour très touchante d'un amour interdit dans un monde ravagé par la maladie du siècle (la peste) et une volonté d'éradiquer la magie en ce siècle des Lumières.

Si nous sommes toujours dans un sentiment comme hors du temps, l'autrice s'applique cette fois à offrir un cadre historique à son récit qui n'existe pas vraiment dans la version Disney. Ainsi, nous sommes plongé au coeur d'un siècle aux idées bien ancrées et le roman prend alors presque une dimension sociale contre la royauté avec beaucoup de finesse pour entrevoir la réalité de l'époque.

Si le côté "conte de fées" est bien présent ici, le lecteur est replongé dans la thématique de la chasse aux sorcières et de manière plutôt bien faite je dois dire. Car au-delà de l'aspect conte, l'autrice pose de vraies questions sur la société et l'indulgence. Et parce qu'elle joue avec les codes du film que l'on connaît, cette version paraît des plus probables et on y croit.

Et puis, ce qui est appréciable dans cette version, c'est le fait que l'autrice sort du schéma trop manichéen de l'histoire originelle. Nul n'est intégralement bon ou intégralement mauvais. Tous les personnages ont leurs bons côtés et leurs défauts pour, au final être tout simplement humains et rendre compte de ce que peut être chacun.

Côté style, j'ai retrouvé le genre du conte et l'écriture passionnée de l'autrice même si j'ai été un peu dérangée par l'aspect un peu trop familier de certaines expressions qui sont non seulement déplacées mais aussi trop actuelles, notamment dans la bouche de Zip. Dommage car ces anachronismes cassent le texte et abaissent la profondeur voulue du récit.

En conclusion...

Ce roman de Liz Braswell, j'étais plutôt impatiente de le lire. Et il est vrai que cette fois j'ai beaucoup apprécié ma lecture qui sait mêler justement l'histoire que l'on connaît et un point de vue neuf qui apporte plus qu'une simple réécriture. Si le style a quelques faiblesses, le cadre historique est rondement décrit et pose de vraies question sur le monde et sur l'humain.
Une très belle découverte que je vous conseille vivement en attendant un prochain titre de la collection.

lundi 13 janvier 2020

Le Front dans l'azur - Hélène Legrais



Infos sur le livre

éditions : Calmann-Lévy
date de publication : 23-10-2019
pages : 380
prix : 19,90€

Résumé éditeur

Été 36. Madeleine, élève-infirmière et athlète prometteuse, monte dans le train à destination de Barcelone pour participer avec la délégation française aux Olympiades populaires antifascistes, organisées en réaction aux Jeux olympiques de l’Allemagne nazie à Berlin. Des compétiteurs venus de tous les pays se retrouvent en Catalogne pour une grande fête du sport et de la fraternité. À l’hôtel, au stade de Montjuïc où ils s’entraînent, au gré des promenades dans une ville riche de découvertes, les amitiés se nouent dans la joie et l’enthousiasme. Mais, la veille de la cérémonie d’ouverture, le coup d’État militaire de Franco plonge Barcelone dans le chaos et signe le déclenchement de la guerre. Courtisée par Marcel, brigadiste libertaire parisien, et Aleix, militant catalan indépendantiste, Madeleine est emportée dans la tourmente qui s’empare de l’Espagne…

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Calmann-Lévy et à Hélène Legrais de m'avoir permis cette nouvelle lecture d'une auteure que j'aime suivre de roman en roman.

De quoi est-il question ?

En 1936, la jeune Madeleine obtient avec brio son certificat d'infirmière. Et malgré les réticences de ses parents, elle s'apprête à embrasser la carrière dont elle rêve. Dans le même temps, elle est devenue une athlète de haut vol destinée à faire un bout de chemin dans le sport de haut, une prouesse en tant que sportive mais aussi en tant que femme.

Et si la période semble de plus en plus troublée, si tout le monde garde en mémoire les derniers jeux olympiques de Berlin. Ces jeux en Catalogne sont l'occasion de redonner foi en l'être humain et en l'amitié entre tous. L'occasion pour la jeune femme de nouer des amitiés avec des jeunes femmes, comme elle, qui rêvent d'un avenir meilleur.

Mais 1936, c'est aussi le coup d'Etat de Franco qui, en un rien de temps, bloque toutes les frontières ce qui déclenche une guerre civile sans précédent en Espagne. Dès lors, Madeleine doit apprendre à prendre des décisions et à jouer son rôle d'infirmière à la perfection. Même si pour cela il lui faudra se mettre elle-même en danger et perdre son innocence si précieuse...

Du côté de la forme...

Hélène Legrais fait partie de ces auteurs qui parlent d'Histoire et d'histoires comme beaucoup d'auteurs dits "régionaux" mais avec ce petit truc en plus, cette capacité à prendre en compte des sujets moins souvent traités et d'autres questionnements.

Ici, c'est donc une nouvelle fois une histoire de femme qui nous est offerte mais une histoire de femme particulièrement moderne puisque dans ce tournent des années 1930 Madeleine est déjà une jeune fille fière de qui elle est, un métier et une passion en poche. Deux domaines dans lesquels elle excelle et la rendent particulièrement indépendante.

Avec ce nouveau roman, l'auteure évoque donc trois sujets capitaux : qu'est-ce qu'être infirmière dans les années 30, la place des femmes et de l'amitié dans les jeux olympiques, la guerre civile en Espagne qui cause dans de peines et tant de pertes. Tout cela gravitant autour de Madeleine qui m'a beaucoup touchée parce qu'elle vivra et survivra au meilleur comme au pire dans cette fresque.

Au niveau historique, le cadre est très bien posé et le lecteur ressent assez bien l'effroi qui coule sur cette période. Une période qui n'est pas la seconde guerre mais qui connaît aussi ses crimes, ses viols et ses violences de toutes sortes. Une période qui connaît pourtant aussi ces espoirs ce qui fait le plus grand bien et permet aux personnages de rester à flot.

Ce roman s'écoule en réalité sur plusieurs années mais je n'ai pas eu ce sentiment durant ma lecture, comme si tout coulait. Et je n'arrive pas à déterminer si j'ai apprécié ou non cette sensation dans le sens où cette absence de temporalité agrémente à la fois un sentiment d'urgence et finit par inclure le lecteur dans un grand tourbillon qu'il ne maîtrise plus.

J'ai aimé retrouver dans cette lecture la "patte" d'Hélène Legrais qui offre toujours ses romans avec le coeur et nous fait aimer ses personnages parce que elle-même les aime.  J'ai aimé sa manière de nous parler d'Histoire et d'une période moins souvent traitée. J'ai aimé la force féministe qu'elle offre à Madeleine en en faisant une jeune femme courageuse et bien en avance sur son temps.

En conclusion...

Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en me plongeant dans ce roman et si la guerre civile espagnole n'est pas la période de l'Histoire que je maîtrise le mieux, j'ai aimé m'y infiltré un peu plus grâce au personnage d'une jeune femme droite dans ses bottes qui n'est rien d'autre qu'un modèle. Voici un roman qui donne toute sa place à la femme pour un tout à la fois troublant et plein d'espoir.
Un roman à découvrir pour tous les amateurs de belles histoires. Vivement ma prochaine lecture de l'auteure !

Le clan des serpents - Cassandra O'Donnell



Infos sur le livre

éditions : Flammarion jeunesse
date de publication : 20-11-2019
pages : 432
prix : 15€

Résumé éditeur

Pour la première fois, les quatre clans autrefois ennemis décident de se regrouper en une immense armée pour lutter contre les humains. Mais face à la férocité de Wan, décidé à mener une lutte sans merci, Maya s'indigne du sort réservé aux innocents. Parviendra-t-elle à faire plier l'inflexible prince des Serpaïs ? Sans compter que la menace pourrait aussi venir de leur propre camp...

Pourquoi ce livre ?

Vive les avants-premières ! Car c'est grâce à l'une d'elles que j'ai pu me procurer ce roman en novembre dernier à la Foire du livre de Brive.

De quoi est-il question ?

Le conflit entre les clans et les humains est plus grand que jamais, la guerre est proche. Les Yokaïs se préparent et les différents chefs ont enfin décidé de mettre leurs rancoeurs de côté, au moins un temps, pour combattre l'ennemi commun : les hommes. Wan, le chef des serpaïs est bien décidé à les éradiquer jusqu'au dernier.

Mais chez la nouvelle génération, des liens ont commencé à se créer. Et entre Wan et Maya, du clan des loups, un rapprochement est sur le point de se faire. L'occasion pour la jeune louve de faire valoir le droit à la tolérance, notamment pour les enfants. Une chance infime de sauver quelques innocents, au risque de réveiller le danger.

Wan n'est pas insensible au charme de Maya, loin de là. Et en tant que chef des serpaïs c'est à lui que va revenir toutes les décisions concernant les guerres à venir. La chance pour lui de se faire valoir en tant que chef mais une chance aussi de changer et de montrer à tous que les serpaïs ne sont pas seulement des monstres. D'autant qu'un danger plus grand menace...

Du côté de la forme...

Il est rare que j'attende avec autant d'impatience une suite mais je dois dire que celle-ci j'en rêvais. Alors bien sûr je n'ai pas laissé ce roman traîner longtemps dans ma pal et dois avouer que j'ai dévoré ce roman avec l'avidité que j'espérais.

Cette fois, ce sont donc les serpaïs que l'autrice nous invite à découvrir, le clan des serpents quoi. Et je dois avouer que ce clan je l'attendais autant que je le redoutais car force est de constater que les serpents et moi nous ne sommes pas bien copains. Et l'autrice mêlant à son roman un vrai travail de documentation sur la vie des serpents... Brrrrr... Pourtant, ça a été et je suis ravie.

Avec les serpaïs, l'autrice met l'accent sur Wan, un personnage assez impressionnant et au fort caractère qui, d'emblée, peut nous apparaître comme peu sympathique pour peu à peu parvenir à toucher notre coeur, ainsi qu'il le fera pour Maya. Et si nous sommes en plein cliché du garçon un peu retors qui va changer par amour, ça marche et c'est tout ce qu'on demande.

Avec ce tome, nous montons encore en puissance avec une guerre que l'on sent proche et inéluctable,  de quoi faire frémir. Mais déjà, on sent une évolution chez les Yokaïs avec la volonté pour certains de sauver les enfants, au nom des petits de leurs propres clans. De quoi toucher le lecteur et de lui offrir cette position d'entre deux, entre le clan auquel il appartient et celui des Yokaïs qu'il vit ici.

Mais le danger menace, un danger qui se fait de plus en plus présent et qui semble sans rapport direct avec la guerre : un danger où les yokaïs redeviendraient de "vrais" animaux. Un vrai décalage avec les relations naissantes et les sentiments de plus en plus fort pour impliquer le lecteur dans un roman à double tranchant particulièrement efficace en envoûtant.

Comme à chaque fois, c'est avec un plaisir non dissimulé que j'ai retrouvé la manière si agréable que l'autrice a de raconter les histoires et de nous plonger dans son univers. Son univers, elle y croit et c'est pour cela que ça fonctionne. Ses personnages elle les fait vivre et, avec Wan tout particulièrement, sait nous faire voir autant l'humain que le serpent.

En conclusion...

Si j'apprécie cette série du clan des 4, ce tome était à la fois celui que je craignais le plus et celui pour lequel, je le savais, je serais la plus critique. Mais comme de bien entendu, l'autrice a su m'embarquer et me faire apprécier son personnage tout en m'apporter, à juste dose, cette part de crainte des serpents qui touche la plupart d'entre nous.
Il va de soi que le tome 4, celui que j'attends le plus, m'intrigue plus encore avec la fin de dingue de ce tome-ci. Je serai sans hésiter au rendez-vous !

L'année du gel - Agathe Portail



Infos sur le livre

éditions : Calmann-Lévy
date de publication : 08-01-2020
pages : 416
prix : 19,90€

Résumé éditeur

Été 2017. Après un épisode de gel qui a dévasté ses vignes, Bernard Mazet se range à l’idée de sa femme d’ouvrir des chambres d’hôtes pour sauver la propriété familiale de Haut Méac. Le château affiche complet avec la venue d’un groupe de trentenaires pour une semaine. La fantasque Olivia, Vincent, le célibataire volage, Clara, si discrète, et leurs deux couples d’amis semblent heureux de se retrouver. Mais dans la chaleur écrasante, les esprits s’échauffent et les drames personnels refont surface. À l’aube du quatrième jour, un cadavre est découvert dans la chambre froide du château. Le major Dambérailh, chef de la brigade locale, est chargé de l’affaire. Tandis que les conflits d’intérêt émergent au sein de son équipe, sa tante Daphné, vieille fille loufoque, s’invite dans l’enquête. Il faudra exhumer bien des secrets honteux ou douloureux pour que la lumière se fasse.

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Calmann-Lévy grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau titre d'une collection que j'aime beaucoup et, par la même occasion d'une toute nouvelle auteure.

De quoi est-il question ?

Nous voici à l'été 2017 dans un petit village sans histoire. Dans le Haut-Méac, les distractions sont rares et le lieu est idéal pour quiconque cherche un peu de repos et de sérénité. Pour sauver sa propriété de la ruine due à un gel terrible l'hiver précédent, Bernard Mazet accepte d'ouvrir des chambres d'hôte dans sa maison, non loin de la vieille Daphné, femme au fort caractère.

Au coeur de l'été, une bande de trentenaires débarque dans la propriété, bien décidés à profiter pleinement d'une vie loin de la grande ville. De quoi rompre aussi la petite vie paisible de Bernard et de son épouse car ces caractères forts semblent avoir apporté avec eux de lourds secrets et de profondes rancoeurs.

Et un beau matin, c'est le corps de l'un d'eux qui est retrouvé dans la chambre froide. Accident, suicide ou meurtre ? Tout est désormais possible et ce sera au major Dambérailh, neveu de Daphné, que reviendra la charge de l'enquête alors même que sa tante semble bien décidée à s'en mêler. L'enquêteur devra alors déterrer le passé pour comprendre et révéler de bien profonds secrets...

Du côté de la forme...

Avec un roman régionaliste, des secrets de famille et une enquête au coeur d'un paysage tranquille, il y avait peu de risques pour que je n'apprécie pas ma lecture. Et force est de constater que ce fut le cas même si je dois avouer avoir été un peu déstabilisée.

Dès le début de ce roman, je me suis interrogée sur la portée que l'auteure voulait donner à son roman entre des personnages forts en gueule, d'autres discrets, entre une atmosphère paisible et des événements qui vont tout bouleverser. Un système qui fonctionne toujours et qui se révèle une nouvelle fois efficace pour le lecteur.

Je dois avouer avoir eu un peu de mal au début avec le florilège de personnages que l'auteure nous présente, ayant parfois besoin de concentration pour retrouver qui était qui et me refaire le film de qui est chacun. Puis chacun devient partie prenante de l'histoire et le lecteur voit évoluer tout de ce petit monde entre effroi et tendresse.

Ce roman mêle histoire régionaliste, secrets de famille (ou entre amis) et polar. Et il est vrai que le tout se mêle plutôt habilement sans que le lecteur ne parvienne à mettre le doigt sur les réponses, réponses qui se révèleront étonnantes et remettant tout en question. Bien sûr nous ne sommes pas là dans un polar pur mais les codes y sont et on y prend plaisir.

Qui sont nos amis ? Qui sont nos voisins ? Telles sont les questions posées par cette intrigue qui va permettre à chacun de se dévoiler aux autres, montrant qui il est vraiment. De quoi s'interroger sur nos propres jardins secrets et sur nos propres capacités à accepter l'autre. Et ainsi, ce roman est autant un roman sur l'Autre qu'un polar.

J'ai découvert le style d'une nouvelle auteure avec ce roman et pour un premier roman je dis que c'est pas mal du tout. Les codes y sont et et l'implication de l'auteure y est. Les personnages sont présentés avec beaucoup de tendresse et l'enquête nous mène vers l'inattendu. Manquerai peut-être juste un brin de précision en plus pour éviter la confusion entre tous les personnages.

En conclusion...

Lu dans le cadre de mes lectures hivernales, j'ai été plutôt satisfaite de découvrir une nouvelle auteure capable de réinventer le roman régionale en mêlant secrets entre amis et intrigue policière. Une histoire habilement menée qui sait jouer avec les codes et qui sait perdre le lecteur pour l'amener dans une direction étonnante et qui sait le surprendre.
Un joli roman à découvrir pour les amateurs du genre.

Les trois petits cochons - Christian Boivin



Infos sur le livre

éditions : ADA
date de publication : 10-01-2018
pages : 232
prix : 10€

Résumé éditeur

Trois individus qui trempent dans le voyeurisme, la pornographie, le cannibalisme et la nécrophilie. Une étudiante universitaire menant une vie bien rangée qui se retrouve à la morgue après avoir consommé du Flakka. Un tueur à gages qui revient dans sa ville natale afin de mettre sa sur en terre et qui découvre de troublantes vérités à son sujet. Une rousse excentrique à la libido débridée et dénuée de tout sens moral, capable de pervertir les âmes les plus pures. Une version contemporaine et vulgaire du conte classique présentant 3 petits cochons n'ayant rien à voir avec ceux des films d'animation. Une chose est certaine : vous devrez retenir votre souffle.

Pourquoi ce livre ?

Passionnée par cette collection des Contes interdits, j'ai eu envie de découvrir un nouvel auteur en prenant en compte mon avis de lectures de réécritures.

De quoi est-il question ?

Dealer et tueur, Peter est loin d'être le gendre idéal. Depuis des années, il a même tiré un trait sur sa famille. Mais lorsqu'il découvre que sa jeune soeur se serait suicidée dans d'étranges circonstances, l'homme flaire le coup tordu et décide de mener sa petite enquête. Car pour lui, c'est une certitude, sa soeur n'a pu être qu'assassinée.

Alicia était une étudiante modèle, discrète et pleine de vie. Mais à la mort de sa mère, il lui est de plus en plus difficile de joindre les deux bouts et de poursuivre ses études. Quand l'occasion se présente pour elle de déménager dans un appartement moins cher et de gagner un peu d'argent dans un job facile le weekend, elle n'hésite donc pas.

Peter va alors découvrir ce qu'était devenue la vie de sa soeur, une vie bien différente que celle qu'il imaginait pour elle. Car c'est au coeur d'un réseau très douteux qu'Alicia avait, sans le vouloir, mis les pieds. Un réseau de prostitution, un réseau où tuer est une formalité, un réseau d'horreurs et de dégoût duquel on ne ressort pas indemne.

Du côté de la forme...

Les trois petits cochons est loin, très loin même, d'être mon conte traditionnel favori. En débutant cette lecture j'étais donc plutôt suspicieuse et intriguée à la fois. Mais une fois encore, c'est une inspiration très libre du conte qui nous est offerte et, pour le coup, ce n'est pas plus mal.

L'idée de faire mener l'enquête par un anti-héros pas excellence était brillante. Car Peter a tout du personnage que l'on voudrait détester : arrogant, violent, criminel. Et pourtant, on le trouve malgré tout touchant dans sa manière de vouloir venger sa soeur et comprendre ce qu'il lui est arrivé. Et si ce roman semble être un thriller traditionnel. Le caractère de Peter impose quelque chose en plus.

Dans une alternance entre passé et présent, l'auteur nous guide entre la vie devenue hasardeuse d'Alicia et l'enquête de Peter. Et si la violence est partie prenante dès les premières pages, la volonté de mettre mal à l'aise le lecteur n'ira qu'en s'accentuant pour aller jusqu'à une apothéose explosive. Une violence verbale, une violence physique, une violence morale, une violence sexuelle.

Bien difficile d'imaginer que l'horreur présentée par l'auteur soit réelle et pourtant on y croit sans mal. On y croit parce que les situations et les scènes sont décrites avec une précision hors du commun où il convient d'avoir le coeur bien accroché. Et ce tout en tout en imposant un tableau de ce que l'âme humaine peut contenir de pire.

D'ailleurs, c'est à l'égal des personnages que le lecteur va peu à peu découvrir l'horreur sans pour autant parvenir à mettre le doigt sur la résolution de l'affaire. Ce n'est que dans un final complètement fou que tout prendra sens, que le titre se révélera et que le message sociétal s'éclairera. Car ce roman est aussi un roman sur notre monde et ses secrets, sur les sectes sources de dangers.

Si certains auteurs aiment ménager leur lecteur et les guider peu à peu vers l'horreur, ce n'est pas le cas de Christian Boivin qui dès les premières lignes nous met au parfum : son roman n'est pas pour les âmes trop sensibles. Et il gère de manière étonnante un style d'une violence extrême et une intrigue prenante tout en sachant réserver des surprises inattendues.

En conclusion...

Voici un roman qui m'intriguait sans que je ne sache trop à quoi m'attendre et qui a su me faire frémir autant que je pouvais le souhaiter. Voici un roman qui parle de déviances morales et sexuelles sans tabou. Voici un roman qui comprend malgré tout une intrigue  originale qui mérite d'être connue et des personnages qui ne sont pas ce que l'on croit...
Un roman à découvrir pour tous les amateurs d'horreurs et de franc parler.