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mardi 28 septembre 2021

No man's land 99 - Céline Bourbon

  

Infos sur le livre

éditions : Auto-édition

date de publication : 12-09-2021

pages : 293

prix : 13€


Résumé éditeur

Eté 1999 : Le plus grand festival musical jamais organisé est sur le point de se tenir sur une base aérienne désaffectée. Trois jours de musique, trois jours de fête, trois jours de folie. Alice et sa bande de copains se préparent à assister à cet événement dont ils rêvent depuis des mois. Jack fait partie des élus embauchés pour assurer la sécurité des festivaliers. Rémi, jeune journaliste, se retrouve contraint de couvrir cet événement. Ils ne se connaissent pas encore, mais ont un point commun : ils vont connaître l’enfer.


Pourquoi ce livre ?

Après avoir craqué sur la couverture et le résumé de ce roman, j'ai été frappée par ce que l'auteure m'en a raconté. J'ai donc craqué et l'ai lu dans la foulée.


De quoi est-il question ?

Nous sommes à l'été 1999, un immense festival est organisé pour, en théorie, mettre en valeur la musique rock. Dans la réalité, faire le maximum de profit. Des dizaines de milliers de festivalier pour seulement quelques agents de sécurité et quelques postes de secours. L'obligation de consommer sur place sous un soleil de plomb et une ambiance générale agrémentée de drogues et d'alcool.

Parce que les installations d'eau et de sanitaires sont insuffisantes, tout ce petit monde évolue bientôt dans la crasse, la puanteur et la violence. Très vite, les jeunes deviennent ingérables, en proie à tous les excès, bien décidés à faire la fête mais aussi, et surtout, à satisfaire leurs désirs primitifs à l'égard des rares femmes présentes sur le site.

Jack, Ju' et Nelly, respectivement hommes de sécurité et infirmière vont tout tenter pour limiter la casse qui se déroule sous leurs yeux. Rémi, le journaliste, fera l'impossible pour garder le maximum de preuves de cet enfer. Alice et sa bande d'amis, décidés au départ à profiter d'un bon moment, vivront de l'intérieur les pires moments du festival.


Du côté de la forme...

N'étant pas fan de musique rock, l'ambiance des festival n'est pas de celles qui me touchent le plus en général. Mais l'enfer sur Terre que promettait ce roman, qui plus est tiré de faits réels, m'a bousculée dans mes certitudes et m'a donné envie d'en savoir plus.

A travers des personnages fictifs, l'auteure fait le choix de nous présenter les différentes facettes du festival : les postes de secours, la sécurité, le regard journalistique extérieur, le regard des festivaliers qu'ils soient ou non entrés dans le trip. Par leurs regards, le lecteur va voir l'enfer s'ouvrir devant ses yeux, attendant autant que redoutant l'apothéose destructrice finale.

Car si, dès le départ, rien ne sent bon, au propre comme au figuré, les premières pages ne sont rien en comparaison des dernières. Le manque d'eau, la chaleur, les problèmes de sécurité et les substances illicites annoncent le massacre mais semblent pouvoir être gérées par l'intelligence humaine. Mais cette humanité disparaîtra peu à peu au profit de la bestialité, de l'appel du corps et de la colère.

Construit à l'image d'un film, ce roman nous retrace moment après moment les trois jours du festival, d'un début tendu à une évolution vers l'horreur. Car l'auteure ne nous épargne rien : ni la crasse, ni la violence, ni les paroles atroces. Elle nous décrira même les scènes d'agression, les plaies et la chaleur se ressent à chaque page de même que la peur, la faim et la soif.

Difficile d'imaginer que tout cela ait pu avoir lieux mais, dans le même temps, comment au vu des conditions cela aurait-il pu être autrement ? Car au-delà de l'horreur, ce roman pause la question de la capacité de l'être humain à survivre aux épreuves, pose la question de l'animalité de l'homme et interroge sur la cupidité des puissants ne voulant pas voir leurs échecs.

Côté style, l'auteure ne nous épargne pas la violence du moment tant dans ses descriptions des événements que dans les dialogues. Pour avancer dans ces pages, il faut avoir le coeur bien accroché. Car nous sommes là à l'opposé de tout ce que l'on peut souhaité : valeur de la femme, bonheur de la musique, joie du vivre ensemble. Ici, l'enfer au propre comme au figuré nous envoûte.


En conclusion...

Ce roman fait clairement partie de ceux dont on ne ressort pas indemne, de ceux qui nous marquent et nous hantent pendant des jours. De ceux qui nous poussent à la recherche pour comprendre, pour mettre des mots sur l'horreur, pour essayer de savoir pourquoi. Mais ce roman est aussi de ceux dont les personnages nous frappent, nous touchent, nous dégoûtent mais ne nous laissent pas indemnes.

Un roman à lire à tout prix et auquel je souhaite un énorme succès ! Un coup de coeur !

mercredi 18 novembre 2020

Tête de paille - Gérard Glatt

  

Infos sur le livre

éditions : Ramsay

date de publication : 13-10-2020

pages : 200

prix : 19€

 

Résumé éditeur

En mars 1984, un après-midi, le père du narrateur lui annonce la mort de son frère, Daniel, qu'il n'avait pas revu depuis le mois de mai 1968. À cette époque, seize ans plus tôt, il effectuait son service militaire. C'est à l'occasion d'une permission qu'il avait appris qu'à la suite d'une colère incontrôlable, en présence des gendarmes et des pompiers appelés à la rescousse, rien moins que la force de trois ambulanciers avait été nécessaire pour maîtriser le jeune homme et le conduire dans un hôpital psychiatrique de la région parisienne. Daniel va y être interné pendant presque treize années, un tunnel sans fin, avant d'être admis, à Evry Petit-Bourg, dans une maison spécialisée pour handicapés mentaux adultes. Trois années plus tard, un cancer des poumons devait l'emporter. Il aurait eu 39 ans... Le narrateur, qui n'est autre que l'auteur de ce roman autobiographique raconte à sa manière, et sans pathétisme, l'histoire d'une vie brève, peuplée d'orages et de superbes éclaircies.

 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Ramsay, à Neobook ainsi qu'à l'auteur grâce à qui j'ai pu découvrir ce récit bien différent des écrits habituels de l'auteur.

 

De quoi est-il question ?

Un jour de 1984, c'est avec émotion que l'auteur-narrateur apprend le décès de son frère Daniel dont il était sans nouvelle depuis trop longtemps. Dès lors, il faut s'occuper des obsèques et de toutes les formalités. Le narrateur se charge alors de se rendre dans l'établissement spécialisé où son frère résidait depuis toutes ces années.

Dès lors, c'est là l'occasion pour l'auteur-narrateur de faire remonter à sa mémoire son enfance, son vécu avec ce frère différent, une histoire de famille troublée. Car Daniel n'était pas un enfant comme les autres. Daniel était un peu plus simple, un peu différent, dans une époque qui avait bien du mal à le tolérer et à l'accepter. 

Pourtant, pour l'auteur-narrateur, le souvenier de Daniel est un souvenir plein de tendressse, un souvenir plein de force invitant à la découverte de ce garçon étrange mais plein de rêves et ayant juste envie de vivre, troublé lui-même par sa différence avec les autres. Car le souvenir de Daniel est un souvenir d'enfance, le souvenir d'une époque perdue, le souvenir d'erreurs et d'appel à la tolérance.

 

Du côté de la forme...

Appréciant beaucoup les romans de Gérard Glatt, je dois avouer avoir été très touchée par la confiance de l'auteur qui a tenu à ce que son nouvel ouvrage arrive entre mes mains. D'autant plus que je ne me serais peut-être pas, de prime abord, arrêtée sur ce récit.

Ce récit met en valeur la parole de l'auteur-narrateur, deux voix qui se mêlent et que l'on ne distingue pas. De quoi mettre en avant une part autobiographique avec un récit à la première personne et la mise en avant du souvenir. L'occasion d'entendre la voix de l'auteur et de se laisser troubler par la souvenir, un souvenir qui m'a beaucoup émue.

L'auteur-narrateur, se souvenant de son enfance et de sa relation avec son frère, ne se met jamais en avant pour autant. Car le but de ce récit est de mettre en avant, de donner la voix, de redonner une âme à un jeune garçon que son temps et sa condition a laissé à l'écart du monde. Et il parvient avec brio en ramenant à la vie un être que l'on apprend à connaître et qui nous touche au plus profond.

Ce récit est celui d'une enfance dans une époque bien plus proche de la nôtre que ce que l'on peut penser. Ce récit est celui d'une famille. Ce récit est un modèle pour apprendre au lecteur à voir plus loin que le visible mais également à voir autrement le monde qui l'entoure et les gens qu'il ne comprendrai pas, de prime abord, facilement.

Sans jugement mais avec force, ce texte nous montre un peu plus la réalité des établissements spécialisés mais également leur évolution. Ce texte nous montre que ce n'est pas le handicap qui peut tuer mais le sentiment de mise à l'écart et l'envie de ressembler aux autres. Une leçon de vie qui ne vous laisse pas indemne et qui vous donne envie de mieux appréhender le monde.

Côté style, ce n'est pas tout à fait la plume de l'auteur que j'ai retrouvé ici. Car plutôt qu'un roman, il offre ses souvenirs et un récit beaucoup plus intime sans pour autant être larmoyant. L'émotion est présente sans qu'il n'en rajoute. La force du texte est là sans que l'auteur ne pousse le lecteur à pleurer. Au contraire, c'est par la sobriété du texte que le lecteur est le plus ému.

 

En conclusion... 

Voici un récit qui change de tout ce que l'on peut lire, un récit qui n'est ni tout à fait un témoignage ni tout à fait un souvenir d'enfance mais simplement un récit de vie pour mettre en valeur un être aimé parti trop tôt. De quoi émouvoir le lecteur avec la force de la sobriété. Voici un récit qui sonne comme un appel à la tolérance et invite le monde à évoluer sur le regard porté aux personnes différentes.

Un récit à découvrir et qui vous change profondément. Un récit à découvrir et qui mérite d'être lu du plus grand nombre.

jeudi 12 novembre 2020

Les roses de Sarajevo - John-Erich Nielsen

 Les Roses de Sarajevo: Romance biographique par [John-Erich Nielsen] 

Infos sur le livre

éditions : HoH

date de publication : 18-05-2017

pages : 152

prix : 9,95€

 

Résumé éditeur

Les Roses de Sarajevo, l'histoire vraie d'Emina et Mirko. Emina est la plus jeune enseignante de l’Académie des Beaux-Arts de Sarajevo. Pour Mirko, futur restaurateur, elle est aussi la plus séduisante ! Mais Emina est professeur et bosniaque, tandis que lui est étudiant et catholique. Deux barrières infranchissables… C’est alors qu’un vent de liberté se met à souffler sur la Yougoslavie : bientôt les nations proclament leur indépendance, et même les amours s’affranchissent des conventions ! Emina et Mirko se découvrent faits l’un pour l’autre… Mais l’Histoire se moque du bonheur des hommes. Au printemps 1992, les murs de la guerre vont se dresser brusquement tout autour de la ville. Le piège se referme… Encerclés, affamés, bombardés, Emina et Mirko s’accrochent à un dernier espoir : fuir l’Enfer. À Sarajevo, l’Amour et la Mort se sont donné rendez-vous. Au terme d’un combat sans merci, le vainqueur emportera tout… Entre rêve et cauchemar, on rit, on pleure, on espère, on a peur… On vit ! Lorsque vous quitterez Emina et Mirko, vous n’aurez plus qu’une envie : être amoureux !

 

Pourquoi ce livre ?

En tant que grande fan de la collection "Inspecteur Sweeny" du même auteur, j'étais curieuse de le découvrir dans un tout autre style et je suis ravie d'avoir enfin pu me plonger dans cette lecture.

 

De quoi est-il question ?

Ceci est l'histoire d'un homme, un homme arrivé de l'étranger des années plus tôt et qui a su se forger sa place en France dans une entreprise où il a gagné la confiance de son patron et de ses collègues. Mais malgré tout, il reste très secret sur son passé et son histoire jusqu'au jour où il décide, enfin, de se confier sur l'histoire de son pays.

Des années plus tôt, Emina et Mirko sont deux jeunes gens emplis de rêves et d'espoirs. Séparés autant par leurs statuts sociaux que par leurs religions, rien ne les prédestinaient à se rencontrer et à s'aimer. Mais l'amour n'a pas de loi et les deux amoureux ne vont pas tarder à tout tenter pour se cacher et vivre leur relation dans la passion et la poésie de l'instant.

Mais 1992 sonne en Yougoslovie les conflits politiques et des guerres civiles qui vont ravager le pays, mettant à mal l'ensemble de la population. Quelques jeunes tentent de se battre contre le pouvoir en place, se mettant eux-mêmes en danger. Mais quand l'espoir s'amenuise, la seule solution reste de fuir, fuir dans un pays comme la France, bravant tous les dangers.

 

Du côté de la forme...

C'est pour son auteur que j'ai eu envie de découvrir ce roman sans trop savoir dans quoi j'allais me lancer. Les romances étant toujours efficaces sur moi de même que les romans mettant en scène des événements historiques moins mis en avant, ce roman était fait pour moi.

Au début de ce roman, nous découvrons un homme qui semble cacher un lourd passé et une peine qui le ronge. Dès les premières pages, il nous touche donc et nous laisse entrevoir l'idée selon laquelle nous ne savons jamais tout de ceux qui nous entourent. La confession de cet homme nous embarque donc, nous attire quelques larmes, et nous donne envie d'écouter l'autre.

Ce roman nous plonge au coeur de l'ex-Yougoslavie, au début des années 1990. Un moment de l'histoire que nous connaissons mais que nous avons tendance à oublier parce que nous estimons peut-être ne pas en être concernés. Ce roman nous propulse donc dans cette ambiance de guerre civile et de pauvreté extrême de la population. Dans cette ambiance de rebellion.

Au coeur de cette ambiance, nous allons découvrir une romance comme nous les apprécions. Une romance dangereuse et symbolique qui porte les sentiments humains au-delà des conflits politiques. Une réflexion encore d'actualité et qu'il convient de laisser dans tous les esprits. D'ailleurs, j'ai été très touchée par la relation entre Enima et Mirko qui transmettent leur soif de vivre.

L'auteur nous propulse dans les rébellions et les révolutions qui vont ravager le pays. Et c'est avec une force étonnante que l'auteur nous implique dans ces questions et nous invite à nous intéresser à ce moment crucial de l'histoire de l'Europe. Dans le même temps, il nous montre toute la monstruosité qui peut ressortir de ces événements et chambouler des destins.

Côté style, nous retrouver l'écriture en hypotyposes de l'auteur mais avec beaucoup plus de sensibilité ici. Les tableaux se succèdent mais plutôt qu'une intrigue à résoudre le lecteur est inviter à se laisser porter par l'histoire de deux jeunes gens aux convictions fortes mais dont l'amour est encore plus fort. La petite histoire se mêle à la grande et nous envoûte jusqu'à un final retentissant.

 

En conclusion... 

Voici un roman dont je n'attendais rien de particulier et qui a su profondément me toucher tout en m'apprenant une histoire de l'Europe à laquelle je ne m'étais pas tellement intéressée jusque là. Voici un roman qui change de ce dont on a l'habitude et qui n'épargne pas au lecteur la violence des guerres civiles jusqu'à un final qui ne peut laisser indemne d'autant qu'il s'agit d'une histoire vraie.

Un roman à découvrir et qui devrait être lu par le plus grand monde dans une époque qui est proche des mêmes symptômes.

samedi 20 juin 2020

Une fille comme les autres - Jack Ketchum



Infos sur le livre

éditions : Bragelonne
date de publication : 25-01-2007
pages : 360
prix : 20€

Résumé éditeur

Un simple fait-divers dans l'Amérique des années cinquante. Dans une banlieue paisible où la vie est tranquille et ordinaire, une adolescente, Meg, et sa jeune soeur handicapée ont été placées chez une tante éloignée après le décès de leurs parents. La tante a une certaine idée de l'éducation. Ses brimades, d'abord anodines, font vite place à des accès de rage, des caprices cruels, et bientôt un atroce supplice dans lequel elle entraîne ses trois fils, puis les autres garçons du voisinage. L'un d'eux, pourtant, refuse de participer mais ne peut se résoudre à s'opposer à l'autorité de cette femme. Il sait qu'il doit prendre une décision d'adulte : faire un choix entre l'amour et la luxure, entre la compassion et le mal.   « Une fille comme les autres est un livre animé d'une vie propre. Il ne se borne pas à promettre la terreur : il tient ses promesses. On ne peut pas s'arrêter de le lire. » Stephen King   « Voilà l'essentiel, l'horreur encastrée dans la littérature authentique, une plongée embarrassante dans la noirceur absolue, la face cachée de la tradition littéraire américaine. » Edward Bryant

Pourquoi ce livre ?

Acheté dans une brocante il y a des années, je n'avais jamais pris le temps de me plonger dans ce roman que j'ai finalement dévoré et que je ne suis pas prête d'oublier.

De quoi est-il question ?

Nous voici dans les années 1950. David est un jeune adolescent sans histoire passant ses jours avec ses voisins au bord de la rivière pour échapper aux disputes de ses parents proches du divorce. Par un jour particulièrement beau, il fait la rencontre de Meg, une belle adolescente qui ne le laisse pas insensible. Meg a perdu ses parents et vit désormais avec sa soeur chez Ruth, leur tante.

Et si Meg fait preuve de beaucoup de joie de vivre, quelque chose semble la perturber et lui faire peur dans sa nouvelle vie. David assistera bientôt à des brimades de la part de Ruth envers la jeune fille à qui elle semble reprocher sa jeunesse et sa beauté. Car une adolescente à la beauté certaine ne peut que s'en servir pour séduire autour d'elle.

Mais très vite, Meg va se retrouver prisonnière de cette maison où elle ne tardera pas à vivre l'enfer tendis que, guidés Ruth, David et ses amis vont bientôt devenir témoins de l'horreur absolu. Puis, David assistera impuissant à la métamorphose de ses amis en bourreaux. Une évolution qui se fera peu à peu, sans qu'ils ne s'en rendent vraiment compte, pour atteindre les pires monstruosités.

Du côté de la forme...

Les récits tirés de faits réels m'intéressent tout particulièrement et ce roman-ci promettait une nouvelle fois une plongée dans la pensée humaine d'une férocité exemplaire. Et si ce n'est pas ce qui m'attire le plus en général, une préface de Stephen King n'était pas pour me déplaire.

La folie et l'horreur commise par l'être humain sont sans limite mais parviennent toutefois toujours à nous surprendre. De même, nous ne savons rien de notre voisinage et ce livre est la preuve une fois de plus que le pire peut être commis à côté de chez nous sans que l'on ne s'en préoccupe si nous ne sommes pas mis devant le fait accompli.

Si j'ai souvent lu des textes du genre, il est bien rare de se retrouver dans la peau du bourreau ou tout du moins du témoin tel que cela est fait ici avec David. D'autant que la parole est libérée trente ans après les faits tel un traumatisme révélé. De quoi apporter un souffle d'horreur pire encore que lorsque la victime raconte son souvenir.

Durant tout le roman, nous assisterons donc à la torture de Meg tout d'abord par sa tante puis par tous les enfants du voisinage. David, refusant de participer mais incapable de ne pas assister à ces scènes ne se sent pas coupable ce qui n'est pas sans nous retourner. Comment, parce qu'il n'agit pas, cet adolescent peut-il penser qu'il n'est responsable de rien ?

Ce livre se présente alors tant comme le rapport d'un fait divers monstrueux que comme une critique acerbe de notre société qui refuse de voir. Mais surtout, ce qui frappe avec ce roman, c'est l'horreur commise à un degré innimaginable par des adolescents, des mineurs, des enfants finalement, et surtout parfaitement conscients de leurs actes.

Côté style, je crois que je n'ai jamais été autant déstabilisée par un texte du genre. Le style parvient à rendre la parole du témoin et à imposer des dialogues qui nous plongent au plus près de l'horreur sans qu'il n'y ait, comme souvent, la frontière de l'espace-temps qui d'ordinaire protège le lecteur. Ici, la souffrance Meg nous est imposée en direct mais sans qu'elle-même n'ait jamais droit à la parole.

En conclusion... 

Voici un roman très dérangeant où l'horreur est omniprésente et monte crescendo, où la victime est objet et perdra de plus en plus le droit à la parole au nom de la souffrance qui lui est imposée. La question qui brûle les lèvres est "pourquoi" sans que le lecteur ne trouve jamais vraiment de réponse. Mais en refermant le roman, il apprend à se remettre en question sur le monde qui l'entoure. 
Un roman où il faut avoir le coeur bien accroché mais qui fourni un message fort. 

samedi 8 février 2020

Quintland - Fred DuPouy

 

Infos sur le livre

éditions : Syros
date de publication : 02-05-2019
pages : 249
prix : 15,95€

Résumé éditeur

Cinq enfants, un seul destin. Quintland. Quintland a tout d'un parc de loisirs. Les touristes s'y bousculent, on s'y rend en famille ou lors d'une excursion scolaire, plusieurs visites par jour sont organisées. Mais à Quintland, vous ne trouverez qu'une seule et unique attraction. Ce sont cinq petites filles que l'on peut regarder vivre derrière une vitre sans tain. Cinq petites filles isolées, surmédiatisées, éloignées de leurs parents. Elles sont les premières quintuplées de l'histoire à avoir survécu. C'était au Canada, en 1934. Quintland, le " Pays des Quintuplées ", a existé pour de vrai.

Pourquoi ce livre ?

C'est lors du dernier salon de Montreuil que je me suis laissée tenter par ce roman à la thématique si terrible chez un éditeur que j'apprécie beaucoup.

De quoi est-il question ?

Nous sommes en 1934 au Canada. Dans un petit village sans histoire, à une époque où de nombreux enfants mourraient encore en bas-âge, l'impensable va être réaliser : parvenir à faire survivre cinq fillettes nées en même temps de la même mère : des quintuplées. Elles sont les premières de l'Histoire et tout sera mis en oeuvre pour en faire un modèle.

Car à peine nées, les cinq fillettes deviennent l'objet de toutes les attentions, un état entretenu avec soin par l'Etat et par le personnel médical s'occupant des fillettes. D'autant qu'il faut de l'argent pour les nourrir, les soigner, les élever. Ainsi va naître "Quintland" une sorte de parc d'attraction où, deux fois par jour, se masseront des touristes voulant voir les fillettes.

Ainsi grandiront les cinq petites qui appartiendront plus à la science et au pays qu'à elles-mêmes, éloignées de leurs parents et de leur famille. Car les fillettes passionnent et en particulier Alice, une adolescente, qui là où chacun veut voir un être à cinq têtes s'attachent à reconnaître les quintuplées individuellement.

Du côté de la forme...

 Lorsque j'ai découvert ce roman à Montreuil en présence de l'auteur, je l'avoue, j'ai tout d'abord un peu hésité. Et puis, le lendemain, je me suis laissée tenter, trop troublée par cette histoire d'exposition de fillettes dans un temps pas si reculé.

Nous sommes en effet dans les années 30 au Canada et la première chose à noter est que l'auteur s'attache à nous présenter et le lieu et l'époque pour bien nous faire comprendre dans quel contexte on se trouve. De quoi en apprendre un peu plus sur l'Histoire dans un autre coin du monde et laisser entendre aux jeunes que la médecine de l'époque n'était pas celle d'aujourd'hui.

Au milieu de tout cela, nous allons donc assister à la naissance de quintuplées et il est bien difficile d'imagine la souffrance de la mère, une souffrance qui ne sera rien à côté de celle que provoquera la séparation. Et si les parents ne sont que guère présents dans ce roman, on se met aisément à leur place en comprenant leur douleur de ne plus être parents de leurs propres filles.

Il est terrible d'imaginer que l'homme puisse être ainsi : prêt à exhiber des fillettes comme des animaux aux yeux d'un public toujours insatisfait qui s'estime propriétaire de tout. De quoi être dégoûté de l'âme humaine et pourtant tellement réel. C'est ainsi que nous allons voir grandir les fillettes, les voir évoluer et tenter d'imaginer ce que pu être leur vie.

Et au milieu de tout cela, il y a Alice. Alice est un personnage fictif mais ô combien elle m'a touchée par sa bonté et sa capacité à avoir une vision bien plus moderne des choses. Sa curiosité est là, certes, mais ce qu'elle veut surtout c'est s'imaginer les jumelles heureures comme de vraies petites filles et elle s'en donnera les moyens...

J'avais découvert la plume de l'auteur avec Flopsy le lapin méchant et il est bien évident que nous sommes là dans quelque chose de totalement différent. Moins d'humour, plus d'émotion. Moins d'imagination, plus de réalité. Ainsi, c'est une écriture plus didactique qu'il nous offre ici ce qui n'est pas plus mal et nous permet de découvrir une histoire vraie mais dans une fluidité certaine.

En conclusion... 

Voici un roman qui m'intriguait beaucoup et que je suis ravie d'avoir enfin pu lire même si j'en ressors avec l'exact sentiment que j'imaginais : un mélange d'intérêt pour cette histoire, d'empathie pour ces fillettes et de dégoût de ce qui leur a été imposé. Ce roman est le genre de romans importants pour comprendre les erreurs du passé qui nous ont mené à notre présent, bon ou moins bon.
Un roman à mettre entre toutes les mains pour connaître un auteur et une histoire terrible. 

mercredi 24 avril 2019

Lily-sans-logis - Frédérique-Sophie Braize



Infos sur le livre

éditions : De Borée
date de publication : 14-03-2019
pages : 261
prix : 19,90€

Résumé éditeur

 1860. Sans famille, sans fortune, la jeune Lily Rossignol fuit son passé. Condamnée à l'errance, elle emporte le seul bien qui lui reste : un phénomène de foire. Malgré les périls auxquels s'expose une femme circulant seule, elle entreprend un périple à travers montagnes et forets jusqu'au lac Léman. Le jour, elle vade vogue en kermesse, de fête foraine en marché avec une idée fixe : maintenir en vie le caprice de la Nature qu'elle exhibe. Mais à quel prix est la survie de son gagne-pain ? Aux prises avec un mystérieux demi-monsieur et un anatomiste influent qui cherchent à tirer profit de sa naïveté, Lily peut compter sur l'aide de Madame Agrippine, aubergiste, et de la Louve blanche, danseuse de charme. Inspiré d'une histoire vraie, Lily sans logis est un voyage initiatique qui emporte et serre le coeur mais où, chez cette fille si frêle, l'héroïne se réveille. 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu me plonger dans ce nouveau roman d'une auteure dont j'avais beaucoup aimé le précédent opus.

De quoi est-il question ?

Nous voici au coeur du XIX° siècle. La jeune Lily court les routes avec, auprès d'elle, la seule famille qui lui reste : deux bébés siamois qui se tiennent par le ventre. Ces bébés, elle les exhibe, bon gré mal gré, en foires dans l'espoir de toucher quelques pièces en échange du spectacle tragique, intriguant et fascinant qu'elle propose aux badauds.

Mais une nuit, alors qu'elle croit avoir trouvé un peu de repos au sein d'une auberge, la jeune femme se fait dérober les enfants par un médecin sans scrupule ne vivant que pour une gloire future, des expériences et des découvertes. Et ces enfants siamois, voilà pour l'homme une occasion rêvée de se faire enfin un nom parmis les grands découvreurs du siècle.

Et tendis que les bébés s'apprêtent à vivre le pire, la jeune Lily, elle, tente de se raccrocher à quelque soutient et à quelque rencontre alors même que son plus grand défi reste de savoir comment survivre dans un monde où elle n'est rien, dans un monde où la vie est plus dure chaque jour et où toutes les épreuves semblent lui être réservées.

Du côté de la forme...

Vous parler de ce roman, j'en rêvais ! Il est rare d'éprouver un coup de coeur aussi fort, aussi directe et aussi passionné pour un roman complètement différent de tout ce que l'on peut connaître. Le genre de romans pour lequel on a le sentiment de ne pas avoir les mots pour en parler.
Depuis son roman précédent, nous connaissons la capacité de l'auteure à nous offrir des romans forts posant, dans le même temps, de terribles questions médicales. Et ici, elle pose une question tout particulièrement étonnante et précise : celle des enfants siamois. Une question qui, aujourd'hui encore, nous trouble. Alors imaginez pour l'époque du roman !

L'auteure va alors mêler deux parts de manière très dosée ce qui rend ce roman particulièrement troublant. D'une part ce côté médical qui passionne autant qu'il fait mal et d'autre part le roman d'une femme qui va devoir s'émanciper et protéger ce en quoi elle croit comme nous pouvons en avoir l'habitude dans ce type d'ouvrages.

Alors il est vrai qu'avec ce roman il convient d'avoir le coeur bien accroché et il me semble essentiel de préciser que ce type de lectures n'est pas pour tout le monde. Prenez-moi pour un monstre mais, pour ma part, quitte à aller dans l'horreur et dans le glauque, j'aurais presque préféré que l'auteure y aille carrément et m'offre un peu plus d'hémoglobine (non je ne suis pas toujours normale !)

Mais il convient surtout de rappeler que ce roman est issu de faits réels. De quoi tout remettre en perspective et donner envie de se plonger dans des lectures plus documentaires qui sauraient remettre en perspective beaucoup de choses. Mais comment ne pas être troublé et ému par l'histoire de Lily qui, romancée, va aussi nous offrir une belle histoire de femme.

C'est avec le plus grand plaisir que j'ai retrouvé ici le style d'une auteure qui avait déjà su me séduire par sa capacité de description. Il est rare que le caractère médicale soit présent avec autant de finesse dans un style et l'auteure y parvient ici fort bien tout en sachant nous apaiser avec une belle part d'émotion dans un récit qui sait nous faire sortir du tunnel.

En conclusion... 

Voici un roman incroyable, un roman dont j'avais plus que hâte de vous parler parce qu'il a su me séduire à tous points de vue. Voici un roman qui amène une question médicale qui fascine autant qu'elle trouble et dont on ne ressort pas indemne. Voici un roman pour lequel j'aurais presque voulu un peu plus de glauque mais ce qui aurait totalement changé l'esprit de cette histoire.
Un roman qui reste pour moi un vrai coup de coeur.

jeudi 11 avril 2019

L'iris du Luxembourg - Marilou Constant



Infos sur le livre

éditions : Lucien Souny
date de publication : 15-03-2019
pages : 336
prix : 19,50€

Résumé éditeur

Quand on aime les femmes, le jeu, la poésie et qu'on rêve d'aventures et d'horizons lointains, peut-on raisonnablement envisager de devenir prêtre ? C'est en tout cas ce que semble croire la mère de Jean-Charles, qui refuse de voir que les penchants de son fils ne sont pas compatibles avec ses desseins pour lui. Véritable dilemme pour le jeune homme... Pourtant, avant la fin de ce bel été qui s'ouvre devant lui, il aura fui son envoûtante Corse natale. Pour Paris d'abord, où il fréquentera aussi bien les cabarets enflammés de Montmartre que les salons mondains. Puis, carte de presse en poche, il s'embarquera vers une autre île, à l'autre bout du monde, dans les Antilles espagnoles, où il abordera en pleine guerre hispano-américaine. 

Pourquoi ce livre ?

Entre la poésie du titre et celle de la couverture, ce titre m'avait beaucoup attirée avant même sa parution et c'est avec avidité que je m'y suis plongée.

De quoi est-il question ?

A la fin du XIXème siècle, Jean-Charles vit avec sa famille, en Corse. Alors que sa mère souhaiterait pour lui de le voir devenir prêtre, le jeune homme pour sa part est plus attiré par les femmes et par une vie de relative frivolité. Pourtant, alors que l'été est la saison des amoures et des moments de bonheur absolu, Jean-Charles a d'autres rêves.

Car à la fin de l'été, Jean-Charles part pour Paris où sa passion des femmes ne fait que s'accroître alors même qu'il n'oublie pas sa région natale et celles qu'il a eu le bonheur de connaître. Car le rêve de Jean-Charles est de percer dans le domaine de la presse alors même que les hauts milieux de la capitale comprennent qu'il faudra faire avec lui.

Carte de presse en poche, Jean-Charles part pour les Antilles. Mais lui qui n'avait jamais vraiment connu de véritables épreuves va découvrir un univers à mille lieues de ce qu'il connaissait, un univers de dangers où rien ne sera simple et où la douceur du foyer sera pour lui le souvenir qui lui permettra de tout affronter.

Du côté de la forme...

Il y a les livres que vous lisez pour leur auteur, ceux que vous lisez pour leur intrigue ou encore ceux que vous lisez, en toute superficialité, pour leur couverture. Et puis il y a ceux, plus rares, que vous lisez parce que vous faites confiance à un éditeur sans même chercher plus loin.

C'est donc sans hésitation que je me suis plongée dans cette lecture dans l'idée de passer un bon et je dois dire que, globalement, le pari est franchement réussi avec un personnage qui m'a touchée, un cadre historique qui m'a portée et une intrigue générale sortant vraiment des normes qui m'a permis de passer un moment de lecture un peu différent.

Ce roman est subdivisé en trois temps, trois temps bien distincts qui donnent presque le sentiment d'avoir à faire à trois romans différents. Et si j'ai eu un peu de difficultés au début de ma lecture à entrer dans l'histoire de Jean-Charles, me laissant plus porter par le cadre, je m'y suis peu à peu plongée sans pouvoir m'en détâcher.

Après la Corse traditionnelle, c'est le Paris historique que l'auteure nous invite à découvrir avant de nous entraîner avec force jusqu'aux Antilles, domaine que bien souvent nous connaissons fort mal et moins encore au début du siècle dernier. Au niveau historique, je dois d'ailleurs bien reconnaître que j'ai beaucoup appris.

Il convient de rappeler que ce roman est tiré de faits réels ce qui est toujours un pan intéressant à prendre en compte. Car si le personnage en tant que tel nous reste inconnu dans le "réel", nous comprenons combien ces hommes partis pour les Antilles en d'autres temps ont contribué au monde tel qu'il est aujourd'hui alors même que nous l'oublions trop souvent.

Ce subtile mélange de fiction et de retranscription de faits réels se ressent dans le style. Il y a cette vraie volonté de l'auteure à être fidèle à l'Histoire tout en gardant une belle part de fiction et un attachement pour Jean-Charles en tant que personnage. Et puis, ressort de cette écriture une capacité à nous raconter une époque et un décors avec une poésie qui fait du bien.

En conclusion... 

Voici un roman qui me faisait de l'oeil avant même sa sortie et dans lequel je me suis plongée avec la conviction de passer un bon moment. Et si j'ai eu un peu de mal à entrer dans ma lecture dans les premières pages, je me suis très vite laissée porter par ce texte mêlant fiction et réel, un texte qui m'a beaucoup appris sur les Antilles du début XXème.
Un roman plaisant à découvrir pour tous les amateurs d'Histoire et d'histoires. 

mardi 3 octobre 2017

Le secret du docteur Barry - Sylvie Ouellette



Infos sur le livre

éditions : De Borée
date de publication : 27-09-2013
pages : 393
prix : 21,90€

Résumé éditeur


Au XIXème siècle au Royaume-Uni, le médecin James Miranda Barry brille autant par son intelligence que par ses excentricités. Tempétueux et avant-gardiste, il sème le trouble sur son passage et ne laisse personne indifférent. Mais ce que nul ne soupçonne alors, c'est que James Miranda Barry est... une femme. Engagée dans l'armée comme médecin militaire, elle va sillonner les colonies britanniques, se retrouvant dans des situations parfois cocasses et vivre des histoires d'amour aussi intenses qu'improbables. Mais comment vivre continuellement en camouflant son corps de femme ? Comment concilier sa véritable nature à cette vocation dévorante ?

Pourquoi ce livre ?


Suite au déstockage massif des éditions De Borée, j'ai pu acquérir ce roman dont le résumé m'avait beaucoup intriguée., et la couverture aussi.

De quoi est-il question ?


En 1810, James Miranda Barry est un jeune étudiant en médecine prêt à tout pour valider ses diplômes et pouvoir assouvir son rêve : apporter des soins aux plus démunis. Pour ses idées mais également pour son allure et sa voix d'enfant, James ne passe pas inaperçu et aura d'ailleurs parfois des difficultés à faire reconnaître ses capacités.

Mais ces différences ne sont rien à côté du secret que cache Barry, ce secret qui pourrait détruire en un claquement de doigts tout ce qu'il a construit. Car James Barry est né Margaret Bulkley, est né femme. Une femme qui s'est travestie dès l'adolescence pour avoir accès à un monde d'homme qui lui serait resté fermé autrement.

Et pourtant, James Barry parviendra à cacher son secret et à se faire engager dans l'armée, en tant que médecin bien sûr. Il parviendra alors à partir jusque pour les colonies au sein desquelles il découvrira la réalité d'un autre monde et d'autres maladies. Mais ce que James Barry a oublié c'est que tous les déguisements du monde ne changent pas ce qu'il est : une femme.

Du côté de la forme...


Vous le savez, dites-moi éditions De Borée et je suis toute à vous. Présentez-moi un roman se déroulant au XIX° et je fonds. Parler-moi de femmes prêtes à tout pour s'émanciper et pour faire ce qu'elles ont choisi de faire et c'est gagné. Ce roman était donc pour moi le cocktail idéal.

A l'occasion de la sortie en poche de ce roman, j'ai eu envie de savoir de quoi il retournait et je dois dire que je suis très vite entrée dans l'histoire. Une femme se déguisant un homme pour s'émanciper et sortir de sa condition, voilà qui avait de quoi me toucher. Ce n'est qu'à la fin du roman que j'ai compris qu'il s'agissait en réalité ici d'une biographie romancée.

James nous apparaît très vite comme quelqu'un qui sait ce qu'il veut et qui a de vraies valeurs notamment en ce qui concerne les classes sociales. Il est donc impossible de ne pas s'attacher à lui même si, parfois, il est un peu difficile à suivre, un peu décalage et fait penser à tous ces génies un peu dérangés : Disney, Burton pour ne citer qu'eux.

L'auteure nous plonge avec brio au sein d'une époque à la fois terrible et onirique : les maladies, la mort mais aussi les voyages au sein des colonies et la quête de l'inconnu. Moi qui apprécié tout particulièrement ce siècle de l'Histoire, je dois dire que j'ai été comblée. D'autant qu'ici, l'auteure nous entraîne par delà les mers ce qui donne un petit côté Pirates des Caraïbes sans les pirates.

Ce roman peut également être perçu comme un véritable document sur les moeurs de l'époque que ce soit à l'égard des femmes ou à l'égard des soins prodigués aux malades. Des moeurs qui, pour le coup, ne donnent pas envie du tout ! Et si parfois je me suis sentie un peu perdue au milieu de toutes ces informations j'ai toujours eu plaisir à retomber sur mes pieds.

Concernant l'écriture, on sent sans mal que l'auteure a bossé son sujet et qu'elle a à coeur de partager ses recherches avec son lectorat. Elle parvient avec talent à nous immiscer dans la vie d'un homme, d'une femme, hors du commun non sans nous faire réfléchir à ce que nous-mêmes serions prêts à faire pour réaliser nos rêves.

En conclusion...


Voici un roman avec lequel j'ai passé un très agréable moment plein de surprise et d'émotion, plein de force et de courage. James Barry fit partie de ces êtres que l'on peut compter sur les doigts de la main et c'est brillamment que l'auteure nous laisse entrevoir ce que pu être sa vie. Le cadre, enfin, est fort bien traité et devrait intéresser les amateurs de romans historiques.
Je serais très heureuse et très fière de découvrir à l'occasion un autre roman de l'auteure.

mardi 6 juin 2017

L'or bleu - Philippe Robin



Infos sur le livre

éditions : De Borée
date de publication : 17-02-2017
pages : 320
prix : 19,90€

Résumé éditeur


Laqueuille, Puy de Dôme, dans la première moitié du XIXe siècle, dans une Auvergne rurale, pas encore touchée par la Révolution industrielle naissante, Antoine Roussel, cadet d'une famille de onze enfants, est un petit garçon introverti et faisant preuve d'une intelligence peu commune. Il est différent de ses camarades dont les parents vendent au marché une fourme de Rochefort, grossière et bleuie aléatoirement. Très vite, l'enfant s'intéresse à la botanique que sa mère lui fait découvrir et à la vulcanologie. Après l'école, où il est un élève brillant et où il croise la destinée d'Antoine-Victor Mornac, il s'occupe de la ferme familiale tout en emmenant les curistes du Mont-Dore en excursion pendant la belle saison. C'est à cette occasion qu'il rencontre un pharmacien de Rouen qui, séduit par l'intelligence du jeune homme, l'embauche dans sa pharmacie comme herboriste. A Rouen, Antoine découvre un monde nouveau, le milieu ouvrier, l'univers des ateliers de cotonnerie et ses premières amours... C'est au retour d'une excursion à Honfleur qu'il goûte au célèbre et excellent fromage anglais, le Stilton bleu. C'est une révélation qui déclenche chez lui une vocation : améliorer la fourme locale pour en faire un fromage bleu qui pourrait se vendre au-delà du massif du Sancy. Rentré au pays, Antoine, à force de recherches et de tâtonnements, va finir par inventer et mettre au point le Bleu de Laqueuille. Une production qui va changer la vie quotidienne des paysans de ces paisibles villages du versant ouest du Sancy et des quatre cantons alentours, avant de devenir un des fleurons des fromages français : le Bleu d'Auvergne.

Pourquoi ce livre ?


Merci aux éditions De Borée pour la découverte de ce livre sur un sujet qui m'intéressait particulièrement et qui va permis, de plus, de découvrir la nouvelle collection Histoire de De Borée.

De quoi est-il question ?


Nous voici au XIXème siècle au coeur du Puy de Dôme au sein d'un petit village encore inconnu : Laqueuille. Fidèles au traditions, deux jeunes du village s'épousent : Marie et Antoine. De leur unions naîtront onze enfants parmi lesquels Antoine, premier garçon de la fratrie qui, comme le veut la tradition, portera avec fierté le prénom de son père.

Très tôt, le jeune homme se découvre une passion pour les plantes. Le hasard l'invitera à rencontrer un éminent pharmacien qui acceptera de l'embaucher. Soutenu par ses parents, le jeune homme quitte donc ce qu'il a toujours connu et part pour Rouen non sans une pointe de regret à l'idée de se séparer de tout ce qu'il a toujours connu et, surtout, des traditions de son pays.

Confronté à la Révolution Industrielle qui le passionne, le jeune homme se voit un jour offrir une dégustation de produits venus tout droit d'Angleterre et parmi eux un fromage aux moisissures savamment orchestrées qui lui donne l'idée de développer son propre produit, un produit qui deviendra l'emblème de Laqueuille : un fromage bleu à la fabrication hors normes...

Du côté de la forme...

Voici un livre que je ne pouvais pas de pas lire moi qui voue une passion pour la littérature régionale mais qui, plus important encore, voue un culte au fromage. Et oui, ça vaut ce que ça vaut mais j'aime le fromage, surtout le fromage bleu et j'en suis fière !

"L'or bleu". Voilà un titre prometteur doublé d'une couverture magnifique qui a immédiatement attiré mon regard et de par sa promesse à me dévoiler les secrets d'un fromage mythique mais aussi de par la poésie de son titre qui exprime toute la force et toute l'importance que l'auteur veut donner à la découverte de cette fabrication exemplaire pour l'époque.

Au début de ma lecture, je dois avouer avoir été un peu perturbée par le choix de narration qui mêle document et récit non sans une part romancée indispensable. Moi qui suis un peu fâchée avec les dates et avec les informations trop précises, j'ai sincèrement cru que je ne saurais pas apprécier ma lecture. Pourtant, peu à peu, je me suis prise au jeu et ai finalement passé un très bon moment.

Dans ce récit, nous découvrons donc Antoine et allons le suivre de son enfance au coeur d'une vie de terroir à sa volonté de s'émanciper et à devenir l'homme le plus important de son époque pour sa région. De fait, l'auteur nous fait découvrir une région et son charme d'un autre temps mais nous plonge également au coeur de la Révolution Industrielle et de son décalage avec la vie des campagnes.

Mais le point essentiel de ce récit est bien sûr l'histoire du fromage de Laqueuille et j'ai beaucoup aimé cette découverte. Tout au long du récit, l'auteur nous permet en effet de découvrir les prémices de l'invention de ce fromage, ses secrets de fabrication et, enfin, comment le bleu de Laqueuille devint, grâce à une force de commercialisation, l'indispensable du Puy de Dôme.

Concernant le style de l'auteur nous nous retrouvons dans ce que nous pourrions nommer un document romancé. C'est avec intelligence que l'auteur mêle les deux genres pour nous offrir quelque chose de très précis mais qui garde les codes de la fiction pour garder le lecteur en constant éveil et intérêt. En outre, Antoine étant un ancêtre de l'auteur, on ressent chez ce dernier une belle fierté quant à cette histoire familiale.

En conclusion...


Voici un livre que j'étais très curieuse de découvrir et avec lequel j'ai passé un très agréable moment plein de découverte, un moment qui m'a très longuement fait saliver (à force de parler fromage forcément). Voici un livre qui mêle le récit au document et duquel on ressort avec la fierté d'en savoir plus sur un monde révolu et sur l'histoire d'un produit unique. Un livre à découvrir.

jeudi 2 février 2017

Les amants du presbytère - Marie-Bernadette Dupuy



Infos sur le livre

éditions : Calmann-Lévy
date de publication : 11-01-2017
pages : 310
prix : 19,50€

Résumé éditeur 

Nommé curé d’un petit bourg rural, le jeune et séduisant Roland Charvaz n’a pas la vocation. Le beau sexe le préoccupe davantage que le salut de ses ouailles. Pour sa part, Mathilde, la jolie épouse du docteur local, n’a jamais connu la passion amoureuse avant l’arrivée de l’ecclésiastique. Dès leur première rencontre, c’est le coup de foudre et les deux amants se lancent dans une brûlante liaison. Ils se croient à l’abri de tout soupçon. Ils ont tort. Ils seront bientôt victimes de la plus horrible des machinations…

Pourquoi ce livre ?


Merci aux éditions Calmann-Lévy grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce roman à la couverture magnifique et au résumé plus qu'intrigant...

De quoi est-il question ?


Nous voici à Saint-Germain-de-Montbron, petit village perdu au coeur de la Charente, au début de l'été 1849. Mathilde, une jeune bourgeoise, est l'épouse du médecin du village et profite d'une condition sociale enviable. Mais Mathilde s'ennuie des dîners mondains et autres obligations de bienséance. Aussi, elle se complaît dans sa relation avec le prêtre du village jusqu'à ce que les on-dit chassent ce dernier.

C'est Roland Charvaz, un jeune homme devenu prêtre par obligation, qui le remplace. Immédiatement, tout le village tombe sous le charme de ce jeune prêtre bien sous tous rapports. Surtout Mathilde qui voit en ce nouveau prêtre le salut à son ennuie. Et Roland, qui n'est pas insensible au charme féminin, ne va pas tarder à voir en Mathilde le salut à son voeu de chasteté.

En à peine quelques jours, Mathilde et Roland deviennent amants dans le plus grand secret. Personne ne doit savoir. Ni les paroissiens, ni les gens importants du village et encore moins les proches des deux amants, notamment l'époux de Mathilde. Le couple croit en sa discrétion mais, au sein d'un petit village, rien ne reste secret bien longtemps...

Du côté de la forme...


Lorsqu'il m'a été proposé de découvrir ce roman afin de vous en parler ici, je m'attendais à lire un roman de terroir comme je les aime. Si, sur bien des points, c'est ce que j'ai eu, j'ai aussi eu bien plus avec ce roman, il faut le dire, tiré de faits réels.

Au début de ce roman, j'ai eu le sentiment de plonger dans un remix de Mme Bovary : un jeune bourgeoise qui s'ennuie et qui se cherche des amants pour mettre un peu de piquant dans son quotidien et ressentir les émotions des héroïnes des romans qu'elle lit... C'est avec talent que l'auteur joue tout au long du roman avec cette référence et, déjà, cela m'a comblée.

Ce roman va nous présenter une vision puissante et terrible de l'amour passion, de la jalousie maladive et du secret, à une époque très religieuse, de l'amour physique et adultère. La relation entre Mathilde et Roland se présente pour le lecteur à la fois comme un amour dont chacun pourrait rêver et, à la fois, comme quelque chose de très malsain et de perturbant.

Nous ne serions pas dans ce genre de roman s'il s'agissait seulement pour l'auteur de nous parler de cette passion entre ses personnages. L'intrigue ne va pas tarder à dévier là où on l'attend : vers la découverte du secret et vers le risque que l'adultère ne soit dévoiler à tous, au risque pour les deux personnages de perdre tout ce qu'ils ont et de se perdre eux aussi.

J'éviterai de trop en dire pour ne pas vous gâcher le suspens mais sachez que le romans, dans sa seconde moitié, va entraîner le lecteur dans une optique totalement inattendue que même le résumé du livre s'emploie à nous masquer. Une plongée dans l'horrible, dans le jugement d'autrui et dans la force de chacun à tout faire pour cacher ses secrets. Car ce roman est bien un roman du secret.

L'auteure s'emploie à ne pas trop en dire au début de son livre et je tenterai d'en faire autant mais au fur et à mesure de la lecture, l'idée que tout cela est tiré de faits réels est de plus en plus perturbant pour un lecteur qui a bien du mal à imaginer la chose. Pour ma part, j'ai encore bien du mal à réaliser d'autant que l'auteur mêle roman et faits réels sans que le lecteur ne puisse définir la frontière entre l'un et l'autre.

Je ne connaissais pas l'écriture de l'auteure et je crains, après cette lecture, de ne pas la connaître encore vraiment. En effet, ici, l'auteure dévoile et romance une affaire historique du XIX° en s'appuyant sur des documents. Le style devient donc très journalistique et les ellipses jouent du mystère et du flou artistique qui régit encore aujourd'hui cette affaire étonnante.

En conclusion...


Voici un roman que j'étais très curieuse de pouvoir découvrir mais qui m'a entraînée là où je m'y attendais le moins. Si la première partie a été ce que j'attendais avec un amour passionnel interdit, beau et touchant, je n'aurais jamais imaginé ce que l'auteure me préparait pour la seconde partie. Cette histoire est tirée de faits réels mais je n'en dirai plus pour vous éviter la curiosité d'aller jeter un oeil à l'affaire et vous gâcher la surprise.
Je lirai sans doute très prochainement d'autres romans de cette auteure dont je n'avais encore rien lu et serais curieuse de lire quelques articles ayant conduit l'auteure à nous proposer ce roman.

samedi 23 juillet 2016

La petite couturière du Titanic - Kate Alcott



Infos sur le livre

éditions : L'Archipel
date de publication : 20-04-2016
pages : 400
prix : 23€

Résumé éditeur


Avril 1912. Tess Collins, une jeune servante anglaise, est venue à Cherbourg vivre de sa passion, la couture. Hélas, la maison qui l’emploie la traite comme une domestique. Lorsqu’elle apprend qu’un paquebot se dirigeant vers les Etats-Unis va faire escale à Cherbourg, elle décide d’embarquer pour tenter l’aventure. À bord du Titanic, elle fait connaissance de Lucy Duff Gordon, célébrité de la haute couture anglaise, qui s’apprête à présenter sa nouvelle collection à New York. Sa femme de chambre lui ayant fait faux bond, elle décide d’employer Tess. En première classe du navire, Tess découvre un monde fastueux. Elle fait la rencontre de deux hommes, Jim, un marin, et Jack, un self-made-man américain. Mais, tandis qu’un triangle amoureux s’installe, le paquebot, sans que ses occupants s’en doutent, fonce vers un iceberg… Réchappant à la catastrophe, Tess découvre que sa maîtresse a embarqué à bord d’un autre canot de sauvetage. Mais celle-ci a-t-elle survécu aux dépens d’autres passagers ? Elle se trouve bientôt face à un dilemme : rester fidèle à sa maîtresse ou dire ce qu’elle a découvert des circonstances du drame ?

Pourquoi ce livre ?


Merci à LP Conseils et aux éditions de L'Archipel grâce auxquels j'ai pu découvrir ce roman qui me tentait beaucoup, moi qui m'intéresse tant à cette tragédie du Titanic.

De quoi est-il question ?


Tess est domestique au sein d'une riche famille anglaise. Passionnée de couture depuis son plus jeune âge, elle rêve cependant de percer dans le métier. Fatiguée d'être traitée comme une moins que rien, Tess décide donc de profiter du voyage inaugural du Titanic pour fuir et tenter sa chance de l'autre côté de l'Atlantique. Par chance, elle rencontre sur le quai son idole : Lucy Duff Gordon, une célébrité dans l'univers de la haute couture.

Sur le plus beau paquebot du monde, Tess apprend à devenir une femme de chambre mais découvre aussi tout un monde au sein duquel elle n'aurait jamais songé mettre les pieds. Et Tess rêve déjà de présenter ses dons à Lucy aspirant à une place dans son atelier de couture. Mais la nuit du 14 au 15 avril, le Titanic sombre dans l'océan, laissant derrière lui des centaines de vies bouleversées.

Sauvée du naufrage avec ses nouveaux patrons, Tess reste au service de Lucy et découvre l'atelier. Mais bientôt, Pinky, une journaliste dépêchée sur le naufrage, commence à poser des questions pour comprendre ce qui a eu lieu. Tess, qui a été séparée de sa patronne, commence alors à comprendre que le comportement de Lucy cette nuit-là attise bien des critiques et des interrogations...

Du côté de la forme...


Depuis que j'ai découvert le film de James Cameron, l'histoire du Titanic me passionne, me touche et m'intrigue. Lorsque j'ai vu la sortie de ce roman, j'ai donc eu très envie de découvrir cette histoire qui, je l'ai appris à la fin du roman, est plus encore tiré de faits réels que ce que je pouvais imaginer.

Tess nous est présentée dès le début du roman comme une jeune femme en avance sur son temps qui rêve d'indépendance et de se faire une place dans le monde. Elle n'hésite d'ailleurs pas à quitter son poste pour partir à l'inconnu et, pour l'époque, cela est un vrai sursaut de courage pour une femme et qui plus une femme des basses couches de la société. L'auteur nous offre donc une vraie plongée dans ce monde de l'émancipation des femmes.

Et puis, nous voici propulsés à bord du Titanic, de son luxe et des comportements humains à son bord. Une découverte des premières classes et de son aversion à l'égard des plus modestes. Vient pourtant la nuit d'horreur et si l'auteur passe assez vite sur ce cauchemar, elle en montre parfaitement l'effroi, la panique et toute l'horreur. Elle en montre la révélations des personnalités.

Mais surtout, le point fort de ce roman est de montrer l'après comprenant l'enquête menée pour comprendre ce qu'il se passa cette fameuse nuit mais aussi les conséquences du naufrage sur les survivants : est-il possible de reprendre une vie normale sans attiser la critique ? où se place la frontière entre besoin de continuer à vivre et le fait de ne pas avoir d'égard pour les disparus ?

Enfin, ce roman est une plongée dans le monde de la haute couture grâce au personnage de Lucy qu'il est très difficile à cerner au sein du roman. Car s'il s'agit bien d'une femme émancipée, nous nous demandons s'il s'agit d'une femme sans coeur, d'une femme effrayée par l'échec ou encore d'une femme avec un masque impénétrable mais avide d'agir, de temps à autres, à l'image d'une mère pour Tess.

Autant dire qu'il s'agit là d'une roman très recherché nous plongeant au sein d'un monde à la fois complexe et terrible. Le Titanic est omniprésent au sein de ce roman et l'auteur nous invite, avec des mots adaptés, à comprendre un peu mieux les enjeux de l'enquête menée. Mais c'est surtout grâce à un style très prenant et des personnages profonds que l'auteur nous embarque dans son histoire.

En conclusion...

Voici un roman qui est beaucoup plus qu'un roman de plus sur le Titanic. Il s'agit là de l'Histoire romancée du fameux canot où il n'y avait que 12 personnes, une histoire où l'on découvre le fonctionnement des hautes classes mais aussi une histoire sur l'émancipation des femmes à une époque où cela était compliqué. Un roman à découvrir pour tes les passionnés de cette histoire tragique.
J'ai hâte de pouvoir me plonger dans un nouveau roman de l'auteur car je ressors de ce titre-ci avec le sentiment d'un joli coup de coeur.

mercredi 24 septembre 2014

Mille femmes blanches - Jim Fergus



Infos sur le livre

éditions : Pocket

date de publication : avril 2011
pages : 498
prix : 7,70 euros

Résumé éditeur


En 1875, un chef cheyenne demanda au Président Grant de lui faire présent de mille femmes blanches à marier à mille de ses guerriers afin de favoriser l'intégration de la nation indienne dans la société américaine. Prenant pour point de départ ce fait historique, Jim Fergus retrace à travers les carnets intimes d'une de ces femmes, May Dodd, les aventures, dans les terres inhospitalières et sauvages de l'Ouest américain. Elles furent recrutées pour la plupart dans les prisons ou asiles psychiatriques. Pensant jouer un tour pendable aux Indiens, les autorités américaines feront un mauvais calcul puisqu'elles les verront prendre fait et cause pour les eux dans leur lutte quotidienne. C'est qu'à l'inverse d'une société qui les traitait par le mépris, les " peaux-rouges " leur ont rendu leur dignité et leur statut d'Être humain.

Pourquoi ce livre ?

Merci au forum Plume Libre grâce à qui j'ai pu découvrir ce roman qui fait partie des premiers romans que j'avais reçu grâce au forum et que je n'avais toujours pas sorti de ma pal.

De quoi est-il question ?

En 1875, alors que l'Amérique se développe, des tensions voient le jour entre les hommes blancs venus conquérir ce pays et les indiens natifs de ces terres. Pour préserver la paix entre les deux mondes, les autorités décident de procéder à un échange : mille femmes blanches seront "données" aux indiens en échange de mille chevaux. Ces femmes seront recrutées dans les structures où elles sont déjà considérées comme hors de la société : les prisons, les hôpitaux psychiatriques...

May Dodd, internée pour avoir eu le malheur d'aimer et d'avoir des enfants avec un homme en deçà de son rang social, accepte de prendre part à l'expérience en espérant reconquérir un semblant de liberté. Elle partira donc pour le camp indien où elle épousera Little Wolf et où elle devra se faire à une toute nouvelle forme de vie.

Durant des mois, May va tenir à jour des carnets où elle prendra le parti de raconter son expérience, sa découverte du peuple indien, sa douleur face à la séparation d'avec ses enfants et c'est ce journal que nous sommes ici invités à lire...

Du côté de la forme...

Lorsque, au début du blog, j'ai découvert la plume de Jim Fergus, je suis tombée sous le charme. Du coup, retrouvant ce titre dans ma pal, j'ai eu envie de m'y plonger pour retrouver cette écriture qui m'avait tant charmée. Vous savez quoi ? J'ai autant adoré que la première fois.

J'adore la manière dont Jim Fergus reprend des faits historiques pour écrire un roman tout à fait original et absolument bouleversant. Ici, nous découvrons un moment fondamentale de l'histoire de l'Amérique de la fin du XIXème siècle au travers du regard d'une femme séparée de sa famille et de tout ce qu'elle connaissait.
L'auteur mêle très habilement l'Histoire à la fiction et nous parlant d'une époque tout en nous offrant la richesse d'une belle histoire. J'ai tout particulièrement apprécié ce que l'on apprend sur les hôpitaux psychiatriques de l'époque et sur le point de vue des blancs sur les indiens (et inversement) à ce moment-là.

Le choix d'écrire ce roman sous la forme d'un journal m'a également beaucoup plu dans la mesure où nous nous sentons véritablement plongés dans l'histoire de cette femme tout en ressentant ses souffrances, ses peurs mais aussi parfois ses joies au sein de ce nouveau peuple.
Je me suis très vite attachée au personnage de May et aux sentiments qui ressortent de son journal en essayant de m'imaginer à sa place mais sans jamais vraiment y parvenir (comment s'imaginer dans une telle situation ?).

Le style de l'auteur est tout simplement magnifique et, une fois le livre commencé, il est tout simplement impossible de lâcher cette histoire avant d'en connaître la fin. L'écriture est belle tout en étant facile d'accès et malgré les événements forts qui nous sont décrits, l'auteur parvient à nous les transmettre avec beaucoup de grâce et de finesse ce qui n'empêche pas la violence d'apparaître au cours du récit lorsque les situations s'y prêtent.

En conclusion...

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu de roman de Jim Fergus et j'ai vraiment adoré retrouvé cette plume que j'avais déjà tant apprécié. Je vous conseille vivement cette lecture si vous vous intéressez à l'Histoire de l'Amérique et si vous aimez les beaux destins de femmes.
Pour ma part, j'ai un autre roman de l'auteur dans ma pal et j'espère bien avoir l'occasion de le lire bientôt.

mardi 23 septembre 2014

Le Montespan - Jean Teulé



Infos sur le livre

éditeur : Julliard

date de publication : février 2008

Résumé éditeur
Au temps du Roi-Soleil, avoir sa femme dans le lit du monarque était pour les nobles une source de privilèges inépuisable. Le jour où Louis XIV jeta son dévolu sur Mme de Montespan, chacun, à Versailles, félicita le mari de sa bonne fortune. C'était mal connaître Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan… Gascon fiévreux et passionnément amoureux de son épouse, Louis-Henri prit très mal la chose. Dès qu'il eut connaissance de son infortune, il orna son carrosse de cornes gigantesques et entreprit de mener une guerre impitoyable contre l'homme qui profanait une union si parfaite. Refusant les honneurs et les prébendes, indifférent aux menaces répétées, aux procès en tous genres, emprisonnements, ruine ou tentatives d'assassinat, il poursuivit de sa haine l'homme le plus puissant de la planète pour tenter de récupérer sa femme…

Pourquoi ce livre ?
Merci à ma copine Lysistrata Galaad qui m'a prêté ce roman que j'avais eu l'occasion de voir en librairie mais sur lequel je ne m'étais jamais vraiment penchée.

De quoi est-il question ?
Nous sommes en 1663. Le Roi-Soleil est à la tête du pays et, à la cours, la fête et la débauche sont de mise tendis que le peuple meurt de fin. A cette époque, voir son épouse être choisie pour devenir la maîtresse du roi est le plus grand des honneurs. Pourtant, lorsque Louis XIV jette son dévolu sur Mme de Montespan, l'époux de celle-ci ne l'entend pas de cette oreille et est bien décidé à dénoncer cette pratique royale tout en gardant l'espoir de voir celle qu'il aime lui revenir.

Pour ce faire, le marquis de Montespan va faire mettre sur son carrosse des cornes, dévoilant ainsi ce qu'il est devenu et n'aura de cesse de se battre contre ceux qui lui répéteront qu'il s'agit là d'un grand honneur car, pour le marquis, peu importe qu'il s'agisse du roi ou d'un autre homme : sa femme le fait cocu en le trompant et, cela, il ne peut pas l'admettre. Sa colère sera d'autant plus grande lorsqu'il apprendra que, pour la loi, il est officiellement le père des enfants illégitimes de son épouse...
Cette tromperie durera des années jusqu'à ce que Mme de Maintenon devienne la nouvelle favorite et que Mme de Montespan ne chute de la place qui était devenue la sienne. Pour autant, le marquis n'aura jamais cessé d'aimer son épouse.

Du côté de la forme...
Cela faisait un bon moment que j'avais envie de me lancer dans la lecture d'un roman de Jean Teulé en ne sachant pas trop, paradoxalement, de quoi il retournait dans son écriture.
Verdict ? J'ai beaucoup aimé cette lecture même si je dois avouer qu'il y a eu des moments où j'ai été plus mitigée sur la forme du récit.

Ce qui importe le plus dans ce roman, c'est l'aspect historique de la chose avec cet aspect de l'Histoire que nous connaissons tous : la question des favorites à la cour du Roi Soleil. Pourtant, ici, l'auteur pose la question du point de vue du mari trompé qui, contrairement à la morale de l'époque, refuse de considérer cette tromperie comme un honneur.
Du coup, le travail de documentation sur la vie de l'époque est très intéressant et nous permet de voir cette période de manière bien différente (et bien répugnante).

Le travail de description de l'auteur se fait par phrases qui frappent. Nous sommes loin des descriptions à rallonge que l'on peut trouver dans certains romans et, pourtant, ces descriptions-ci sont bien plus marquantes. Je pense par exemple aux gencives édentées, au beurre pour combler les caries, aux femmes urinant dans leur robes ou aux scènes de bataille avec la cervelle dégoulinante. Oui, je sais, c'est franchement ignoble ! J'ai aussi eu ce sentiment lors de ma lecture.

Et puis, avec un tel roman, nous comprenons un peu mieux pourquoi tant d'auteurs de livres érotiques trouvent leur inspiration au cours de cette période de l'Histoire. Car si vous visualisez cette époque comme un moment où les gens étaient  "classes" et où les relations amoureuses l'étaient tout autant, vous verrez avec ce roman que cela était loin d'être le cas !

Du point de vue de l'écriture par elle-même, j'ai beaucoup aimé la plume de Jean Teulé qui parvient à mêler la documentation historique à une écriture plus fictionnelle grâce à des phrases qui frappent et des situations qui marquent.

En conclusion...
Voici un roman qui vaut vraiment le déplacement et que je vous conseille vivement pour la question historique mais mon devoir est de vous dire qu'il faut parfois avoir le coeur bien accroché à la lecture de ce roman...
Pour ma part, je lirai certainement à l'occasion d'autres livres de cet auteur.

dimanche 3 août 2014

Le Turquetto - Metin Arditi

 
Résumé éditeur :

Se pourrait-il qu’un tableau célèbre – dont la signature présente une anomalie chromatique – soit l’unique oeuvre qui nous reste d’un des plus grands peintres de la Renaissance vénitienne : un élève prodige de Titien, que lui-même appelait “le Turquetto” (le petit Turc) ? Metin Arditi s’est intéressé à ce personnage. Né de parents juifs en terre musulmane (à Constantinople, aux environs de 1519), ce fils d’un employé du marché aux esclaves s’exile très jeune à Venise pour y parfaire et pratiquer son art. Sous une identité d’emprunt, il fréquente les ateliers de Titien avant de faire carrière et de donner aux congrégations de Venise une oeuvre admirable nourrie de tradition biblique, de calligraphie ottomane et d’art sacré byzantin. Il est au sommet de sa gloire lorsqu’une liaison le dévoile et l’amène à comparaître devant les tribunaux de Venise… Metin Arditi dépeint à plaisir le foisonnement du Grand Bazar de Constantinople, les révoltes du jeune garçon avide de dessin et d’images, son soudain départ... Puis le lecteur retrouve le Turquetto à l’âge mûr, marié et reconnu, artiste pris dans les subtilités des rivalités vénitiennes, en cette faste période de la Renaissance où s’accomplissent son ascension puis sa chute. Rythmé, coloré, tout en tableaux miniature, le livre de Metin Arditi convoque les thèmes de la filiation, des rapports de l’art avec le pouvoir, et de la synthèse des influences religieuses qui est la marque particulière du Turquetto. Né en Turquie, familier de l’Italie comme de la Grèce, Metin Arditi est à la confluence de plusieurs langues, traditions et sources d’inspiration. Sa rencontre avec le Turquetto ne doit rien au hasard, ni à l’histoire de l’art. Car pour incarner ce peintre d’exception, il fallait d’abord toute l’empathie – et le regard – d’un romancier à sa mesure.


Pourquoi ce livre ?

Je remercie tout d'abord ma copine Claire qui m'a prêté ce roman il y a pas mal de temps et que j'ai enfin pris le temps de lire afin de le lui rendre.

De quoi est-il question ?

1531. Elie, un jeune garçon, ne vit que pour la peinture. Seul problème en temps que juif, être peintre lui est interdit. Il se fera donc passé pour chrétien au sein d'un siècle tourmenté pour vivre cette passion qui compte tant pour lui... jusqu'à créer un tableau qui aujourd'hui encore pose tant de questions chez les amateurs d'art.


Nous voici au XIXème siècle où un jeune garçon, Elie, rêve de devenir peintre à l'encontre de la vie qui semble s'imposer à lui. Dès les premières pages du roman, nous voici plongés au coeur des merveilles de la Renaissance sur le plan de la culture et au coeur des pires horreurs de cette même période comme l'omniprésence de la mort et de la maladie.
Et puis, au fur et à mesure du roman, c'est la question de la religion qui s'impose avec les guerres et les oeillères qui bornent le regard des religieux en tous genres. Alors, le roman dépasse l'aspect fictionnel pour passer dans le domaine historique.

Voici donc un roman historique qui nous fait à la fois voyager dans l'Histoire d'un siècle à proprement parler mais aussi dans l'Histoire de l'art avec un important travail sur l'écriture du monde pictural.
C'est d'ailleurs bien sur un réel tableau que l'auteur se base pour écrire son roman : un tableau à la signature étrange puisque tout semble prouver que deux personnes différentes ont "participé" à cette signature. Il s'agit donc pour l'auteur de donner, peut-être, une réponse à cette étrange signature.

Du côté de la forme...

J'avoue que j'appréhendais un peu cette lecture. La peinture est loin d'être un art que je maîtrise et je savais bien que cette lecture serait tout sauf une lecture légère. Cela dit, vu le format du bouquin, je me doutais qu'il s'agirait d'une lecture rapide et je me suis donc lancée.

Effectivement, ce fut une lecture rapide et, au final, plutôt agréable avec une véritable immersion dans ce domaine artistique mais aussi dans cette période de la Renaissance où les maladies de toutes sortes détruisaient les gens. Par ailleurs, l'auteur n'épargne pas le lecteur et montre la dépendance des malades dans toute sa crudité et son horreur de l'époque.

En conclusion...

En bref, voici un roman à l'écriture recherchée qui nous permet à la fois de poser une réponse sur une des plus grandes énigmes picturales de l'Histoire et à la fois de découvrir l'aspect moins réjouissant d'une période que l'on ne voit trop souvent que comme un siècle de grands progrès.
Un roman qui ne restera pas dans mes grands souvenirs livresques mais qui est très intéressant malgré tout d'un point de vue historique.