jeudi 23 mai 2019

La dentellière des prés - Alysa Morgon

 

Infos sur le livre

éditions : Souny
date de publication : 10-05-2019
pages : 190p
prix : 16,50€

Résumé éditeur

Quel étrange puzzle que la vie d’Armande, avec ses curieux morceaux à emboîter, pour certains facilement, pour d’autres avec grande difficulté au bas mot ! Mais jamais cette femme ne renoncera à tenter d’imbriquer chaque nouvelle pièce qui se présente. Comme si elle se devait de reconstituer ce casse-tête dans son intégralité. Pourtant, au plus profond d’elle-même, elle sait qu’il manquera toujours l’élément principal, celui qu’elle a fait disparaître un soir de mars dans la forêt. Alors, afin d’oublier tous ses tourments, elle court les champs pour tresser avec adresse les fleurs et les herbes. Ces trésors, que seule la nature lui offre, réussiront-ils à apaiser son cœur et sa tête qu’on dit prise de folie ? Seront-ils le remède à ses maux ? Un habile et insolite jeu d’ombres et de lumières, de douceur et de fureur, dans ce roman rempli de tendresse et d’espérance. 

Pourquoi ce livre ?

Un nouveau roman d'Alysa Morgon est toujours pour moi un grand moment que j'attends avec la plus vive impatience.

De quoi est-il question ?

Au XIXème siècle, c'est au coeur de la campagne que la petite Armande voit le jour dans une famille où, à part la gouvernante, personne ne semble vraiment l'aimer. Ni son père pour qui elle est quantité négligeable, ni pour sa mère qui ne lui montre guère de signe d'affection. A la mort de cette dernière, c'est complètement seule que la fillette se retrouve.

Et pour ce père qui ne l'aime pas, elle ne sera plus tard qu'une vulgaire monnaie d'échange pour ce dernier qui n'hésitera pas à la vendre comme épouse à un homme rustre, violent et fou en échange d'un champ qu'il convoite. Dès lors, la vie d'Armande devient un enfer, sous l'emprise d'un homme qui la bat continuellement et l'estime être sa propriété.

Plus rien ne semble pouvoir la sauver de l'horreur qu'elle vit au quotidien. Jusqu'au jour où la fuite n'est plus possible : Armande attend un enfant. Pour elle, le seul espoir est désormais d'avoir un fils car son bourreau de mari l'a averti : si elle met au monde une fille, celle-ci sera tuée et elle avec. Une épée de Damoclès au dessus de sa tête qui ne fera que rajouter à sa terreur journalière...

Du côté de la forme...

En débutant ce roman, j'avais la certitude que j'allais passer un bon moment. Ce que je ne savais pas, c'est que j'allais mon plonger dans une histoire qui me troublerait autant et qui me provoquerait autant d'émotions.

Lorsque j'ai découvert le personnage d'Armande, dès les premières lignes, j'ai été touchée, troublée et émue par cette fillette grandissant sans amour. Et déjà, l'émotion était forte. Mais cette émotion n'était rien à côté de celle que j'ai vécu par la suite entre la violence qu'elle vivra en tant que femme et ses souffrances en tant que mère.

Car Armande est une femme qui m'a parue incroyablement "vraie", une femme qui m'a donné envie de plonger dans le roman à corps perdu pour lui venir en aide alors même que son mari Maurin m'a fait ressentir une violente rage. Cela faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé mais les larmes ont coulé durant ma lecture : de peine, de colère, d'émotion à la fin. Magnifique !

Au niveau de l'intrigue, tout commence comme tout roman du genre mais, très vite, on comprend que cette histoire va beaucoup plus loin avec un secret de famille qui me donne des frissons qu'en vous en parlant. Une histoire de femme, certes, une histoire de renaissance, aussi, mais surtout une histoire de vie, d'amour et de courage.

Quant au cadre, le lecteur est plongé dans ce XIXème. J'ai eu froid en hiver, chaud en été, eu peur seule dans la forêt. J'ai même parfois eu le sentiment de ressentir les douleurs physiques et morales d'Armande. Avec ce roman, j'ai plongé dans un autre temps, un temps tragique mais aussi un temps plein de poésie à l'instar du style de l'auteure.

Car, je vous le dis à chaque fois, c'est ce style si poétique de l'auteure qui fait de chacun de ses romans une pépite et celui-là tout particulièrement. Et que de force dans le secret mis en avant ici, un secret qui laisse imaginer toutes les horreurs insoupçonnées dont les murs se souviennent. Difficile de ne pas vous spoiler mais ce mystère en vaut vraiment la peine et l'auteure mérite qu'il ne soit révélé.

En conclusion... 

Voici un roman que j'attendais et que je suis absolument ravie d'avoir pu découvrir, qui m'a procuré mille émotions, qui m'a troublée et que je ne suis pas prête d'oublier. Certes ce roman est un roman de terroir, une histoire de femme et ce dans une ambiance historique mais ce roman est aussi beaucoup plus que ça. Un roman d'émotion, un symbôle de courage, pour un ensemble incroyable. 
Ce roman est juste pour moi un énorme coup de coeur. 

samedi 11 mai 2019

Une promesse si fragile - Nicole Provence

Une promesse si fragile 

Infos sur le livre

éditions : De Borée
date de publication : 18-04-2019
pages : 303
prix : 19,90€

Résumé éditeur

 Dans le village varois de Camps, niché en face de la barre rocheuse de Saint-Quinis, l'industrie du feutre tient la première place en cette année 1873. Francis Gastellan, propriétaire des deux plus grandes entreprises de la région, règne sur la vie de ses ouvriers. La jeune et charmante Nais, couturière et fille du contremaître Joseph Caspado, est convoitée à la fois par Francis et par Césaire, les fils du grand patron. Tandis que le benjamin obtient les faveurs de la belle, la jalousie et la haine animent le coeur de lainé, héritier du patrimoine familial. Les deux frères entament alors une guerre sourde qui risque d'avoir de lourdes conséquences. Obligée de se soumettre à l'autorité de son père, Nais se battra contre vents et marées afin de retrouver les bras de celui qu'elle aime depuis toujours. La promesse d'un avenir heureux et paisible résistera-t-elle devant la puissante emprise des conventions ? L'espoir est-il permis pour ces amants qui n'aspirent qu'à unir leur destinée ? 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu (re)découvrir ce roman d'une auteure que j'apprécie beaucoup et dont j'avais très envie de vous parler depuis longtemps.

De quoi est-il question ?

Nous voici à Camps, en 1873. Naïs et Césaire s'aiment depuis longtemps d'un amour sincère bien que leurs mondes ne soient pas tout à fait les mêmes. Ils projettent même de se marier, attendant juste l'accord de leurs parents. Dans ce monde des entreprises, de la couture et de la chapellerie, rien ne semble pouvoir venir troubler leur bonheur.

Mais voilà que c'est Francis, le frère aîné de Césaire, nourri d'une infinie jalousie à l'égard de son cadet qui, le premier, va demander la main de la belle. Contrainte par son père, la jeune Naïs n'a d'autre choix que de celui d'épouser cet homme qui la répugne, cet homme sans finesse qui boît trop et finira par la frapper.

C'est alors dans le secret que Naïs et Césaire tenteront de se retrouver, faisant fi des lois de leur temps et des règles de leurs parents. Mais sans compter sur Francis qui n'hésitera pas à aller aussi loin qu'il est possible d'aller pour se venger de son frère et conserver sous sa coupe celle qu'il estime lui appartenir.

Du côté de la forme...

Nicole Provence fait partie de ces auteurs que j'apprécie beaucoup humainement et dont la gentillesse et la bienveillance respirent de ses romans. Pour ce titre qui n'était alors paru qu'au Québec, ce fut pour moi une grande joie que de le voir paraître chez un de mes éditeurs chouchoux.

Il est vrai, et il faut bien l'avouer, que nous sommes ici dans un roman de terroir au sens assez classique du terme : un cadre historique percutant, des personnages bloqués entre leur soifs de liberté et les contraintes qui leur sont imposées, Au coeur de tout ça, une intrigue amoureuse d'un couple séparé par la haine et la loi patriarcale. Tout ce qu'on peut aimer si on aime ce genre-là.

Si au début je me suis un peu demandé où l'auteure allait vouloir m'emmener et si je me suis lancée dans cette lecture pour le seul plaisir de faire une petite pause entre deux lectures plus "dures", je me suis très vite laissée embarquer dans l'histoire de ce jeune couple qui m'a beaucoup touchée par sa bonté et sa soif de vivre.

D'autant que la route sera longue et les obstacles nombreux pour Naïs et Césaire. La force du roman ? Ancrer ces obstacles dans un cercle intrafamilial qui apporte une tension non négligeable et une émotion forte que le lecteur partage avec les personnages. Alors, certes, il y a un peu de manichéisme entre les deux frères mais ça marche et c'est tout ce que l'on demande.

Et puis, ce roman, c'est une vraie plongée dans un milieu dont nous ignorons souvent tout : la chapellerie et le traitement des tissus selon les coutumes de l'époque. Avec ce roman, nous en apprenons donc beaucoup sur d'anciennes traditions et, mine de rien, nous découvrons toute une époque différente mais que nous aimerions parfois avoir connu.

Le style de Nicole Provence, c'est un style plein de bienveillance et de poésie. C'est un style qui nous fait aimer des personnages qui ne sont plus seulement de papier. C'est un style qui sait aussi nous faire voyager dans un autre temps, un autre cadre, mais tout en nous offrant une intrigue prenante qui prendra des chemins inattendus...

En conclusion... 

Cela faisait longtemps que j'avais envie de vous parler de ce roman et je suis plus que ravie d'avoir enfin pu le faire. Quel bonheur que de retrouver les bases d'un genre que j'adore et des personnages vrais qui font du bien. Et tout ça dans une région pas si éloignée de chez moi ce qui fait aussi beaucoup de bien. 
Pour ceux qui souhaiterais découvrir le genre, un roman idéal pour se mettre dans l'ambiance ! 

vendredi 10 mai 2019

Peau de lapin - Serge Camaille



Infos sur le livre

éditions : Marivole
date de publication : 15-03-2018
pages : 144
prix : 16,90€

Résumé éditeur

 "Peau de lapin", c'est le surnom qu'on donnait chez nous, à Sancoins, au peillerot du village. Le peillerot, vous savez, cet homme qui passait dans les rues de chaque village soit avec une carriole attelée, soit avec un triporteur à moteur ou encore avec une 203 plateau selon les époques, pour ramasser les peaux d'animaux, les ballots de vieux chiffons ou encore la ferraille en criant : "Peau de lapin ! Peau !" Si au siècle dernier chaque village voyait déambuler le sien, Lucien, le nôtre à Sancoins, eut une vie tellement riche en péripéties de toutes sortes qu'elle méritait bien que je lui consacre... Un roman ! L'idée ne m'est pas venue comme ça, du jour au lendemain. Ce fut un jour de dédicace dans ma ville de coeur que je vis apparaître Marie-Jeanne, la fille de notre peillerot. Elle prit son courage à deux mains pour me demander si je me souvenais de son papa, et si je serais intéressé pour en relater l'histoire. Après l'avoir entendue toute une journée, l'idée me sembla formidable à tel point que j'en ai fait... Un roman biographique. Tout ce qui est relaté dans cette histoire a été vérifié et approuvé par Marie-Jeanne. 

Pourquoi ce livre ?

Depuis le temps que j'entendais l'auteur me parler de ce roman un peu particulier, j'avais très hâte de le lire. C'est maintenant chose faite !

De quoi est-il question ?

C'est alors que l'auteur se trouve en dédicace pour d'autres de ses romans sur l'un des salons de France ou de Navarre qu'il est abordé par une femme, Marie-Jeanne. Cette dernière est la fille de Lucien que, il y a bien longtemps, tout le monde surnommait "Peau de lapin". Son idée ? Rendre hommage à son père par un roman qui raconterait, enfin, les tourments de sa vie.

Car la vie de Lucien fut une vie riche mais aussi une vie semée d'embûches. L'enfant qu'il était n'aura pas eu la chance de suivre de longues études, très vite contraint à devoir contribuer à nourrir la famille. Quant à son mariage, il sera dans la pure tradition de son temps entre déboires et joie d'être père malgré les épreuves quotidiennes.

Mais la vie de Lucien sera surtout une vie sur les routes de sa région en parallèle d'une vie d'usine aussi épuisante que forte, une vie au jour le jour pour vendre ses fameuses peaux de lapin sous le regard impressionné des jeunes enfants qui croisaient sa route. Une vie dans la seconde moitié du 20ème siècle.

Du côté de la forme...

Serge Camaille fait partie de ces auteurs que je suis depuis quelques années maintenant et dont les romans ont su apporter une modernité dans un genre qui mérite d'être renouvelé : le roman de terroir. Mais ici, c'est un roman un peu différent qu'il nous offre.

Le roman biographique est un exercice difficile en ce qu'il doit à la fois entraîner le lecteur dans une histoire et à la fois rester fidèle au vécu de la personne racontée dans les pages. Un exercice auquel l'auteur s'emploie avec brio et qui sonne ici comme un hommage à un homme mais aussi à toute une génération oubliée par la modernité.

Je me suis très vite attachée à Lucien, un homme poignant qu'il serait aisé de juger mais dont le vécu nous pousse à porter un regard différent. Il n'est pas si simple d'imaginer que ce roman est une histoire vécue et, pourtant, tout nous est livré avec le réalisme qui se doit. Le lecteur se sent alors comme dans un entre-deux un peu onirique, un peu déroutant.

Au-delà de la biographie d'un homme, ce roman est celui du témoignage d'une époque à la fois si proche et si éloignée de la nôtre. Le témoignage des campagnes à une époque charnière mais aussi la force du souvenir. Car bien difficile est d'imaginer aujourd'hui cette autre façon de vivre, ces vies au sens large de ceux qui n'allèrent pas longtemps à l'école mais qui firent de leurs vies une vocation.

Bien que ce roman soit poignant dès le début et ne laisse pas un instant de répis au lecteur, sans doute aurais-je apprécié de rester plus longtemps avec Lucien et sa famille. Mais pas parce qu'il manque du récit ! Plutôt parce qu'en refermant ce roman j'ai le sentiment de laisser derrière moi des êtres qui étaient entrés subtilement en moi pour y laisser leur marque.

Si je connaissais le style de l'auteur en tant qu'écrivain, j'ai ici eu la chance de pouvoir lui découvrir un style un brin différent, celui du journaliste professionnel qui a fait sa carrière. En retraçant la vie de Lucien, l'auteur se met comme en recul pour faire la part belle à cet homme sans mettre en avant sa part d'auteur. Un bel hommage !

En conclusion... 

Voici un roman, appelons-le ainsi, qu'il me tardait de lire et avec lequel j'ai passé un très agréable moment même si j'aurais souhaité pouvoir rester plus longtemps dans la vie de Lucien. Avec ce roman j'ai beaucoup appris sur la vie des peillerots et vous engage vivemenet à cette lecture pour découvrir la vie de nos campagnes en ces années 1970. 

jeudi 9 mai 2019

Au bout du fil - Sylvie Arnoux



Infos sur le livre

éditions : Nats
date de publication : 20-01-2018
pages : 72
prix : 12€

Résumé éditeur

 A la fin du XIXe siècle, dans les montagnes cévenoles, Louise et Raymond rêvent d'aventures. Passionnés par les technologies naissantes, ils souhaitent quitter leur village, découvrir les Amériques et ainsi échapper au travail dans les moulinages, ces usines qui fabriquent le fil de soie. Leurs rêves vont les entraîner beaucoup plus loin que prévu. Dans ce roman à l'ambiance steampunk campagnard, découvrez la rude vie de ces milliers de filles et de garçons embauchés dès leur plus jeune âge dans les moulinages. Mais aussi comment une des technologies les plus en vogue aujourd'hui trouverait son origine au cour de l'Ardèche. 

Pourquoi ce livre ?

C'est lors des dernières Oniriques de Meyzieux que j'ai eu la chance de pouvoir discuter avec l'auteure autour de ce roman qui m'a immédiatement beaucoup tentée.

De quoi est-il question ?

Nous voici à la fin du XIXème siècle, au coeur de la campagne ardéchoise. La jeune Louise travaille, ainsi que ses frères et soeurs au moulinage de la région. Elle aime en secret Raymond dont les mondes sont bien opposés. Au quotidien, ils doivent subir les brimades et colères de leur chef d'atelier qui n'hésite pas à être dur et en rogne auprès de la gente féminine.

Et puis un jour, explorant les sous-sols des entrepôts, Louise et Raymond disparaissent, laissant derrière eux des proches dévastés. D'autant que, bientôt, la deuxième soeur disparaît dans les mêmes conditions laissant une benjamine mutique et un frère en proie à la colère. Jusqu'au jour où ces derniers partent en quête de leur famille.

Pour Jeanne et Martial, il s'agit maintenant de comprendre. Comprendre pourquoi des mots étranges apparaissent sur les murs, comprendre pourquoi Louise a fuit le carcan patriarcal pour se consacrer à une vie bien différente de celle qui lui semblait imposée. Comprendre enfin le lien de ces écritures avec l'invention toute récente du téléphone...

Du côté de la forme...

Pour ceux qui ne le savent pas encore, je travaille en ce moment sur du "terroir autrement" pour mon projet de fac. Alors, forcément, un roman steampunk campagnard, je ne pouvais pas passer à côté ! Et ça marche !

Ce roman rentre parfaitement dans cette catégorie de "lecture plaisir" mais "en lien avec le boulot" que je peux être amenée à faire régulièrement. C'est donc pleine de motivation mais aussi avisée d'un esprit très critique que je me suis lancée. La bonne nouvelle ? C'est que mon idée de "terroir autrement" n'était pas si idiote puisqu'ici l'auteure nous en offre un parfait exemple étonnant.

Nous retrouvons en effet dans ce roman toutes les caractéristiques du roman régional : un cadre à la fois géographique et temporel très ancré, des personnages de nos campagnes, une soif d'émancipation pour voir le monde évoluer. Certes la question est adaptée pour la jeunesse, un beau moyen d'amené les jeunes lecteurs vers ce genre pas forcément attractif pour eux.

Mais le tour de force de l'auteure est de faire peu à peu basculer cette ambiance "terroir" à une ambiance "steampunk" beaucoup plus en vogue avec de la modernité et une frontière très mince entre une réalité historique et une intrigue issue totalement de l'imaginaire. Une frontière si mince que le lecteur s'y laisse parfois prendre : où s'arrête le réel, où commence la fiction ?

Et ça fonctionne ! Parce que comme dans roman de steampunk qui se respecte, l'imaginaire autour des nouvelles technologies est développé avec brio dans ce roman même si, peut-être, l'auteure aurait pu aller encore plus loin dans cet imaginaire-là. Sans spoiler, je dois avouer que la révélation de l'épilogue, je ne l'avais pas vue venir.

J'ai découvert ici avec un immense plaisir le style de Sylvie Arnoux que je n'avais jamais eu l'occasion de lire et qui a parfaitement su mêler les genres pour nous offrir un roman très original qui change de ce dont on a l'habitude. Quant aux illustrations qui parsèment le roman, je dois dire que je suis complètement fan.

En conclusion... 

Voici un roman qui m'intriguait énormément de par l'idée tout à fait originale qu'il voulait promouvoir et je ressors de cette lecture en me disant : oui, ça marche, l'auteure l'a fait. Une idée qui me met du baume au coeur car la relation entre "terroir" et "steampunk" est ici dosée avec beaucoup de justesse. Sans doute aurais-je juste apprécié que le roman soit plus long porter plus encore cette idée.
Un roman à découvrir sans attendre pour tous ceux qui aiment ce qui sort des sentiers battus ! 

mercredi 8 mai 2019

L'enfant des Soldanelles - Gérard Glatt



Infos sur le livre

éditions : Presses de la cité
date de publication : 17-01-2019
pages : 464
prix : 21€

Résumé éditeur

Pendant la seconde moitié du xxe siècle, le roman d'une indéfectible amitié entre deux jeunes hommes, et l'initiation parfois douloureuse de l'un d'eux, Guillaume, à la vie d'adulte. Un parcours ancré dans le décor puissant des Alpes. La montagne comme une évidence, comme une renaissance... Hiver 1952. Loin des siens, pendant six mois, Guillaume part en convalescence à Chamonix. Il découvre, ébloui, le décor grandiose des Alpes. Le petit citadin de huit ans en gardera le souvenir d'un paradis perdu. Mais il reviendra, tant le besoin est là, irraisonné, de vivre près des cimes avec son ami d'enfance Augustin. Une passion nourrie aux côtés de Julien Villermoze, un natif de la vallée de l'Arve, qui tel un grand frère les initie à sa montagne, à ses beautés et ses mystères. Jusqu'à un après-midi fatal... Pour les deux jeunes hommes, le coup est rude, le vide immense. Et davantage encore pour Marguerite qui aimait son fils Julien. D'un amour vibrant. Exclusif. Dévastateur... Un roman d'initiation qui mêle à l'émotion la tension et le suspense des passions humaines.

Pourquoi ce livre ?

Merci aux Presses de la cité grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman d'un auteur que j'ai grand plaisir à suivre de roman en roman.

De quoi est-il question ?

Nous voici au début des années 1950. Le jeune Guillaume, enfin un peu chétif, est contraint de quitter sa famille et sa région pour se rendre dans un sanatorium, dans les Alpes sur ordre de son médecin. Une épreuve pour l'enfant qui n'a jamais été séparé des siens mais qui, dans le même temps, voit d'un bon oeil ces quelques mois d'une nouvelle vie arriver.
De ce séjour, l'enfant conservera un sentiment comme hors du temps, un bonheur à vif qu'il ne saurait retrouver au sein d'une ambiance familiale parfois sévère. Ce séjour, l'enfant le nourrira aussi de la naissance d'une amitié sincère et durable avec le jeune Julien, passionné des Alpes et des merveilles qui l'entourent.

Mais un jour c'est le drame et Julien disparaît tragiquement. Un coup dur pour Guillaume qui voit dans cette perte l'occasion, enfin, de mettre un coup de pied dans sa vie et de se tourner vers ce qu'il estime vraiment important alors même que la vie de famille pour un Guillaume devenu adulte ne sera pas de tout repos...

Du côté de la forme...

Vous le savez, j'aime les romans initiatiques, les récits de vies et d'émancipation. Alors quand l'un d'eux est écrit par un auteur qui sait toujours me toucher par ses histoires retentissantes, je ne peux rester insensible.

Les récits initiatiques sont toujours des récits très forts qui vous marquent et ce récit-ci n'a pas fait exception à la règle. Dès les premières lignes de ce roman, j'ai été prise d'une vive affection pour le jeune Guillaume que j'ai, par la suite, eu beaucoup de plaisir à suivre au fil de son parcourt de vive, un parcourt à la fois très dur et très poignant.

 Au fil de ce roman, nous allons donc suivre Guillaume, de ses pérégrinations de jeunesse à l'âge adulte. Nous allons le suivre dans son quotidien, dans sa vie de famille, dans ses premières amoures mais aussi et surtout dans ses relations d'amitié. Car le fond de ce roman est la force de l'amitié entre Guillaume et Augustin.

Des histoires d'amitié forte et sans faille, nous en rêvons tous. Dans la fiction, il s'agit toujours d'un élément prenant sans lequel un roman ne serait pas tout à fait le même. Et ici, c'est avec une vive émotion que nous allons suivre ces deux enfants puis ces deux hommes qui feront face ensemble aux épreuves de la vie. Une relation humaine qui ne peut laisser insensible.

Et puis, bien sûr, aura lieu le drame qui bouleversera la vie de ces deux jeunes gen, un drame qui fera tout basculer. Dès lors, le roman bascule dans une forte émotion mais aussi dans le drame vu par les uns et les autres : les amis mais aussi le chagrin d'une mère. Par ce roman, l'auteur pose par ailleurs la question de l'amour trop étouffant d'une mère dans un monde en bouleversement.

Quel bonheur que de retrouver la plume si poétique de Gérard Glatt qui sait toujours nous offrir des personnages chargés d'émotion, le cadre enchanteur des Alpes et un cadre historique assez proche de nous mais dans le même temps dans une époque en changement qu'il convient de ne pas oublier. Un style qui nous porte et émerveille le lecteur par l'émerveillement des personnages.

En conclusion... 

Voici un roman que j'étais très curieuse de pouvoir découvrir et dans lequel je me suis plongée avec la certitude de passer un bon moment. Comme je l'espérais, c'est un moment comme hors du temps que j'ai pu passer avec Guillaume qui a su me toucher comme j'aime être touchée par des personnages, regrettant de les laisser derrière moi au terme de la lecture.
Un roman à découvrir pour tous les amateurs de récits de vie. 

mardi 7 mai 2019

La fille aux yeux d'or - Christine Navarro

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Infos sur le livre

éditions : De Borée
date de publication : 18-04-2019
pages : 269
prix : 19,90€

Résumé éditeur

 Dans une époque à laquelle les sixtes ont apporté une liberté jamais connue, Camille Saint-Vallier, grand reporter au célèbre quotidien Les Eclairs, profite à fond de l'indépendance conquise par les femmes, collectionnant les scoops et les conquêtes masculines. Son talent sa beauté et une bonne dose d'audace l'ont vite rendue célèbre, si bien qu'elle est envoyée sur les reportages les plus sensibles. Aussi est-elle furieuse lorsqu'en ce matin d'octobre 1970, son rédacteur en chef lui demande de se rendre dans un village perdu du centre de la France pour couvrir l'affaire d'une voyante assassinée. Elle ignore encore que cette enquête va la mener de surprise en surprise, et que derrière ce banal fait-divers se trame quelque chose de plus obscur... 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman d'une auteure que j'apprécie énormément.

De quoi est-il question ?

Au coeur des années 1970, Camille n'est pas une jeune femme comme les autres. Devenue grande reporter dans un monde où les femmes ont encore bien du mal à s'émanciper, elle a déjà parcouru le monde et visité des contrées lointaines. Alors lorsque son directeur de presse lui demande d'aller mener son enquête dans le Centre-France, ce n'est pas à sa grande joie, loin de là.

Pourtant, une fois sur place, Camille se laisse très vite prendre par une enquête aussi troublante qu'énigmatique. Une femme, une voyante, a été assassinée. La principale suspecte est une certaine Jacqueline, femme en apparence sans histoire qui, pourtant, était depuis quelques temps devenu sa meilleure cliente.

Tous les indices poussent vers cette femme mais, pour Camille, quelque chose cloche et, bientôt, elle obtient la certitude que les autorités ne tiennent pas la bonne coupable, une coupable dont la vie n'était peut-être pas si idyllique qu'il y paraissait. Confronté au silence des auvergnats, Camille n'aura de cesse de rétablir la vérité, une vérité qui n'est jamais là où on l'attend.

Du côté de la forme...

Cela faisait longtemps que j'attendais avec la plus vive impatience le nouveau roman de Christine Navarro alors autant dire que, lorsque je l'ai eu entre les mains, je n'ai pas attendu très longtemps avant de m'y plonger.

Si de nombreux romans du genre débutent dans le lieux même où se déroulera le récit, il va s'agir là d'une découverte de Camille d'un cadre dont elle ignore, qui la répugne même et auquel elle va pourtant peu à peu s'attacher. Une belle représentation de tous ceux qui, un jour, venant de la capitale, découvrent l'Auvergne pour en tomber amoureux.

Avec Camille, donc, le lecteur va découvrir le métier de reporter au coeur des années 1970, une époque sans internet, sans portable et sans toutes ces technologies modernes qui facilitent tout aujourd'hui. Une belle manière de replonger dans un monde que l'on a tendance à avoir oublié et de revenir aux sources.

Par le biais de ce reportage que va mener notre héroïne, il va alors s'agir de plonger dans la vie d'un petit village reculé mais aussi dans une enquête se rapprochant du genre du polar avec la mort de la voyante qu'il va s'agir d'élucider. Et même si nous ne sommes pas dans un polar comme je peux aimer en lire, l'intrigue se tient et je n'avais franchement pas vu venir la fin.

L'intrigue porte donc le roman mais, plus encore, c'est un florilège de personnages et de personnalités que le lecteur va être amené à découvrir. Et même si Jacqueline est un personnage un peu trop attendu sur certains points, elle reste un personnage qui interroge et c'est appréciable. Enfin, ce sont aussi de beaux personnages d'enfants qui nous sont offerts ce qui est plutôt rare dans ce type de romans. 

Si nous sommes ici face à un style assez classique, l'auteure sait faire usage des mots pour nous offrir une belle histoire, une intrigue prenante et de belles émotions. C'est aussi avec brio que l'auteure sait nous transmettre la vision du Centre-France par une étrangère qui n'y est pas habituée, une prise de position plutôt originale qui fonctionne.

En conclusion... 

Voici un roman avec lequel j'espérais passer un bon moment et c'est ce que j'ai eu grâce à une héroïne au caractère bien trempé qui change de celles dont on a l'habitude. Voici un roman à l'intrigue prenante dont je me suis laissée avoir par l'issue. Voici un roman qui bascule vers la modernité de nos régions mais avec, toujours, des personnages fards qui en font tout le charme.
Une auteure à découvrir si vous n'avez pas encore eu l'occasion de vous plonger dans l'un de ses romans. 

jeudi 25 avril 2019

La micheline de 18h23 - Michel Fabre



Infos sur le livre

éditions : Lucien Souny
date de publication : 10-02-2017
pages : 184
prix : 16,50€

Résumé éditeur

 Peureux et solitaire, ce petit garçon n'est heureux que lorsqu'il regarde passer les trains. Son occupation favorite lui permet de rencontrer M Vayssettes, un homme physiquement diminué par un mal auquel, dit-on, il n'aurait jamais dû survivre. De leur passion commune - les trains - naîtra une profonde amitié. Le garçon s'émeut des souffrances et des humiliations qui ont dû être celles de son ami quand il avait son âge. De quoi le pousser à vouloir être courageux pour deux. Mais ses beaux sentiments volent en éclats le jour où il se sent trahi par celui au nom duquel il commençait à cultiver la volonté de reconnaître ses peurs et la force de les affronter. Quel est donc le secret de M Vayssettes ? Quel homme deviendra finalement cet enfant s'il ne lui reste que du ressentiment pour se construire ? Chacun a son histoire, ses chagrins, ses blessures. Il en résulte une sorte de puzzle qui permettra ici de comprendre ce qui est arrivé à ces deux êtres dissemblables qui luttent pour survivre et garder leur dignité. L'auteur a pour ces éclopés de l'existence une compassion qui donne une force inattendue à ce roman aussi mystérieux que bouleversant. 

Pourquoi ce livre ?

Cela faisait un petit moment que ce roman me titillait et j'ai profité d'une commande d'ebook pour, enfin me laisser tenter.

De quoi est-il question ?

Ceci est l'histoire d'un enfant, d'un enfant solitaire souffre douleur des autres enfants de son âge qui va trouver un peu de paix auprès du vieux M. Vayssette avec lequel il partage une vive passion pour les trains. L'occasion aussi lui de trouver un havre de paix dans sa jeune vie déjà trop troublée, voyant en cet homme une réplique de lui-même.

Car l'enfant veut le croire, la solitude de son vieil ami, celui-ci la doit à un passé qu'ils auraient commun jusqu'au jour où la réalité s'ouvre à lui. Une réalité qui le hantera jusque ce qu'il découvre toute la vérité sur l'histoire d'un homme nourri de l'Histoire et de sa passion pour les train qui traversa toutes les épreuves d'une époque.

C'est par cette amitié improbable et cette plongée mystérieuse dans un autre temps que l'enfant apprendra peu à peu à grandir. C'est par son histoire et l'Histoire que l'enfant apprendra du vieil homme invalide qu'on ne sait jamais rien de ceux qui nous entourent mais qu'il ne faut jamais attendre qu'il soit trop tard pour le réaliser...

Du côté de la forme...

Il y a des livres comme ça qui, dès que vous les voyez, vous tentent et vous attirent sans que vous ne sachiez trop pourquoi. Ce roman a été pour moi de ceux-ci et je suis plus que ravie d'avoir enfin pu m'y plonger.

Cette histoire est celle de l'émancipation d'un enfant, certes, mais d'un enfant que nous allons suivre finalement à travers son regard sur le monde et sans jamais trop en savoir sur lui si ce n'est son malêtre face aux autres enfants. Un caractère très intime d'un personnage qui fait presque penser à un caractère autobiographique.

Nous sommes donc là face à une histoire d'enfance très touchante qui ne peut laisser insensible mais surtout face à une histoire d'amitié entre deux générations diamétralement opposées. La question de l'intergénérationnel est une question qui m'est essentielle et c'est pourquoi cette histoire d'amitié m'a profondément touchée d'autant qu'elle sera profondément mise à mal.

Et puis, ce roman est aussi un roman sur une passion si précise qu'elle peut sembler élitiste : la passion des trains. Autant dire que j'ai beaucoup appris sur ce sujet grâce au roman mais avec une finesse de la part de l'auteur qui ne nous perd jamais dans trop d'explications techniques. Une passion qui va rejoindre l'Histoire qui, sans trop en parler, nous sera présentée de manière bien différente.

Mais le grand talent de l'auteur est de mêler ici le particulier à l'universel, la grande Histoire aux histoires individuelles, les amitiés aux conflits du passé. Un talent permettant à chacun de se reconnaître dans cette histoire qui, avant d'être un roman historique est, avant tout un roman sur l'humain qui redonne foi en l'autre.

C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai découvert ici le style d'un auteur qui gagne a être suivi à être davantage connu. Et si j'ai trouvé la deuxième partie de cette histoire un peu en deçà au niveau du déroulement de l'intrigue, quel bonheur que l'histoire de l'enfance du narrateur doublée du récit du passé du vieux M.Veyssette qui se recoupent et s'éloignent en toute poésie.









En conclusion... 

Voici un roman que j'avais la plus grande curiosité à découvrir et qui a été pour moi un moment de découverte comme je les aime. Un roman d'amitié entre deux générations, un pan historique, une force universelle... un coctaïl idéal qui fonctionne et transporte malgré une deuxième partie que j'aurais souhaité peut-être plus fouillée.
Un roman incroyable à découvrir pour les amoureux du genre !

mercredi 24 avril 2019

Lily-sans-logis - Frédérique-Sophie Braize



Infos sur le livre

éditions : De Borée
date de publication : 14-03-2019
pages : 261
prix : 19,90€

Résumé éditeur

 1860. Sans famille, sans fortune, la jeune Lily Rossignol fuit son passé. Condamnée à l'errance, elle emporte le seul bien qui lui reste : un phénomène de foire. Malgré les périls auxquels s'expose une femme circulant seule, elle entreprend un périple à travers montagnes et forets jusqu'au lac Léman. Le jour, elle vade vogue en kermesse, de fête foraine en marché avec une idée fixe : maintenir en vie le caprice de la Nature qu'elle exhibe. Mais à quel prix est la survie de son gagne-pain ? Aux prises avec un mystérieux demi-monsieur et un anatomiste influent qui cherchent à tirer profit de sa naïveté, Lily peut compter sur l'aide de Madame Agrippine, aubergiste, et de la Louve blanche, danseuse de charme. Inspiré d'une histoire vraie, Lily sans logis est un voyage initiatique qui emporte et serre le coeur mais où, chez cette fille si frêle, l'héroïne se réveille. 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu me plonger dans ce nouveau roman d'une auteure dont j'avais beaucoup aimé le précédent opus.

De quoi est-il question ?

Nous voici au coeur du XIX° siècle. La jeune Lily court les routes avec, auprès d'elle, la seule famille qui lui reste : deux bébés siamois qui se tiennent par le ventre. Ces bébés, elle les exhibe, bon gré mal gré, en foires dans l'espoir de toucher quelques pièces en échange du spectacle tragique, intriguant et fascinant qu'elle propose aux badauds.

Mais une nuit, alors qu'elle croit avoir trouvé un peu de repos au sein d'une auberge, la jeune femme se fait dérober les enfants par un médecin sans scrupule ne vivant que pour une gloire future, des expériences et des découvertes. Et ces enfants siamois, voilà pour l'homme une occasion rêvée de se faire enfin un nom parmis les grands découvreurs du siècle.

Et tendis que les bébés s'apprêtent à vivre le pire, la jeune Lily, elle, tente de se raccrocher à quelque soutient et à quelque rencontre alors même que son plus grand défi reste de savoir comment survivre dans un monde où elle n'est rien, dans un monde où la vie est plus dure chaque jour et où toutes les épreuves semblent lui être réservées.

Du côté de la forme...

Vous parler de ce roman, j'en rêvais ! Il est rare d'éprouver un coup de coeur aussi fort, aussi directe et aussi passionné pour un roman complètement différent de tout ce que l'on peut connaître. Le genre de romans pour lequel on a le sentiment de ne pas avoir les mots pour en parler.
Depuis son roman précédent, nous connaissons la capacité de l'auteure à nous offrir des romans forts posant, dans le même temps, de terribles questions médicales. Et ici, elle pose une question tout particulièrement étonnante et précise : celle des enfants siamois. Une question qui, aujourd'hui encore, nous trouble. Alors imaginez pour l'époque du roman !

L'auteure va alors mêler deux parts de manière très dosée ce qui rend ce roman particulièrement troublant. D'une part ce côté médical qui passionne autant qu'il fait mal et d'autre part le roman d'une femme qui va devoir s'émanciper et protéger ce en quoi elle croit comme nous pouvons en avoir l'habitude dans ce type d'ouvrages.

Alors il est vrai qu'avec ce roman il convient d'avoir le coeur bien accroché et il me semble essentiel de préciser que ce type de lectures n'est pas pour tout le monde. Prenez-moi pour un monstre mais, pour ma part, quitte à aller dans l'horreur et dans le glauque, j'aurais presque préféré que l'auteure y aille carrément et m'offre un peu plus d'hémoglobine (non je ne suis pas toujours normale !)

Mais il convient surtout de rappeler que ce roman est issu de faits réels. De quoi tout remettre en perspective et donner envie de se plonger dans des lectures plus documentaires qui sauraient remettre en perspective beaucoup de choses. Mais comment ne pas être troublé et ému par l'histoire de Lily qui, romancée, va aussi nous offrir une belle histoire de femme.

C'est avec le plus grand plaisir que j'ai retrouvé ici le style d'une auteure qui avait déjà su me séduire par sa capacité de description. Il est rare que le caractère médicale soit présent avec autant de finesse dans un style et l'auteure y parvient ici fort bien tout en sachant nous apaiser avec une belle part d'émotion dans un récit qui sait nous faire sortir du tunnel.

En conclusion... 

Voici un roman incroyable, un roman dont j'avais plus que hâte de vous parler parce qu'il a su me séduire à tous points de vue. Voici un roman qui amène une question médicale qui fascine autant qu'elle trouble et dont on ne ressort pas indemne. Voici un roman pour lequel j'aurais presque voulu un peu plus de glauque mais ce qui aurait totalement changé l'esprit de cette histoire.
Un roman qui reste pour moi un vrai coup de coeur.

samedi 20 avril 2019

Le coeur de mon père - Antonin Malroux



Infos sur le livre

éditions : Calmann-Lévy
date de publication : 06-02-2019
pages : 295
prix : 19,50€

Résumé éditeur

Elle décrocha la montre, la serra contre elle et tomba sur le lit d'un seul coup. Puis approchant le cadran de son oreille! -Dis-moi que ton coeur bat, mon cher papa, dis-moi qu'ils se sont trompés car moi j'entends battre ce coeur, là, contre le mien... L'AMOUR D'UNE FILLE POUR SON PERE ? En cette fin 1914, à la ferme des Quatre-Vents  dans le Cantal, François Montfernac, son épouse Madeleine et leur fille Violette, forment une famille unie. Surtout depuis que le fils, Mathieu, a quitté les lieux à la suite d’un drame dont il est interdit de parler... La mobilisation de François, inattendue compte tenu de son âge, est une déchirure. Violette voit partir ce père qu’elle aime par-dessus tout et qu’elle devine inconsolable de la brouille avec Mathieu. N’est-elle pas coupable de n’avoir rien tenté pour les réconcilier  ? Hantée par le sort de son père emporté dans la tourmente meurtrière, Violette ira, pour se racheter, jusqu’au plus singulier des sacrifices... 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Calmann-Lévy grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman d'un auteur que je lis toujours avec grand plaisir.

De quoi est-il question ?

A l'aube de la première guerre mondiale, la jeune Violette vit avec ses parents dans une petite ferme d'Auvergne. Durant des mois, rien ne laisse présager que son père devra prendre part au combat et pourtant, bien, contre toute attente, le voilà mobilisé, laissant seules femme et enfant depuis que le frère de Violette, Mathieu a quitté le domicile.

Car un drame s'est déroulé dans cette famille, un drame qui les a divisé suite aux racontards et qui a fait partir le fils pour lequel la mère garde une sourde colère. Et avec le départ du père, Violette commence à se poser de plus en plus de question. Désormais, elle veut comprendre, comprendre ce que cache sa famille pour espérer, peut-être la ressouder.

D'autant que pour Violette, le départ de son père sonne comme un terrible drame. Elle qui aime tant son père, cet homme avec lequel elle a appris à pêcher, celui qui a lui a raconté des histoires... Comment lui rester fidèle envers et contre tout alors même que le monde s'apprête à changer, alors même que l'histoire familiale pourra être bouleversée ?

Du côté de la forme...

Chaque nouveau roman d'Antonin Malroux est un roman que j'attends avec la plus vive impatience et celui-ci tout particulièrement parce que l'auteur m'en avait parlé. C'est donc sans trop de doues que je me suis lancée dans cette lecture et j'ai bien fait.

Il faut le reconnaître, une histoire dire "de terroir" se déroulant durant la première guerre mondiale, rien de bien neuf sous le soleil. Mais pour autant, ce genre de sujets fonctionne toujours et quand l'auteur sait mêler l'historique à toute l'émotion relative à ce genre d'histoires, ce ne peut être que gagnant comme cela est le cas ici.

Ici, il va s'agir de présenter le sort des femmes restées seules dans les fermes tendis que les hommes étaient parti au combat. Une épreuve mais c'est avec beaucoup de finesse et de douceur que l'auteur évoque ce sujet sans aller trop loin dans le pathos ou dans les horreurs. C'est par la finesse dont celles-ci transparaissent que ce roman gagne sa force.

Et puis, bien sûr, il va être question dans ce roman d'un secret de famille, d'une épreuve vécue dans le passé et que la jeune héroïne va tenter de débrouiller. Certes, l'intrigue aurait pu aller plus loin et pourtant il est plaisant de découvrir une histoire familiale où les secrets, somme toute toujours les mêmes, ne sont pas le fond de l'intrigue.

Car le fond de l'intrigue, ici, c'est une histoire d'amour sans faille, une histoire d'amour d'une fille pour son père. Et c'est cette relation forte et unique qui fait toute la beauté de cette histoire, une relation matérialisée avec beaucoup de talent par une montre, cadeau inestimable, qui va servir de fil conducteur au roman mais dont il convient de ne pas trop parler pour en préserver le charme.

Une nouvelle fois c'est avec le plus vif plaisir que j'ai retrouvé la capacité de conteur de l'auteur qui sait user d'un style à la fois poétique et plein de finesse. Une nouvelle fois je me suis attachée aux différents personnages emprunts d'une belle humanité et qui savent provoquer chez le lecteur un beau sentiment d'empathie nous donnant envie de plonger avec eux dans leur histoire.

En conclusion... 

Voici un roman que j'ai eu le plus vif plaisir à découvrir et avec lequel j'ai passé un très agréable moment comme je les aime dans ce type de lectures. Voici un roman qui m'a touchée par l'amour existant entre cette fille et son père. Voici un roman d'une bienveillance qui fait du bien et qui n'impose pas au lecteur un trop plein de peine. Tout est naturel et cela fait du bien.
J'espère vous reparler très bientôt d'un autre roman de l'auteur. 

mercredi 17 avril 2019

Le berger et son étoile - Béatrice Bourrier



Infos sur le livre

éditions : Lucien Souny
date de publication : 10-04-2014
pages : 176
prix : 15€

Résumé éditeur

Basile est un homme simple, au tempérament tranquille, heureux entre ses brebis et ses étoiles qu il contemple les nuits de transhumance. Passionné par les mérinos, il perpétue la tradition des bergers. Le destin va se rappeler à lui sous la forme d une femme, une Italienne aussi belle que pauvre, qui se présente à la porte de son mas un jour d hiver, avec deux mouflets accrochés à ses jupes. Elle n a ni toit, ni pain. Il les recueille. Il connaîtra les tourments de la passion pour Angelina sans jamais pouvoir le lui avouer. Parallèlement, à vivre auprès d eux, il s attachera aux garçons, à Lucas en particulier, le plus jeune, lui réservant un amour paternel très puissant. Un bonheur fou dans le c ur du vieux berger un peu bourru. Hélas, sa déesse grecque a un mari, qui s échappe des prisons italiennes. Il retrouve femme et enfants et les enlève à Basile. Cependant, Lucas continue régulièrement à fréquenter le berger qui constate que ce gamin grandit mais ne perd rien de sa douceur. Insolite douceur qui, un jour, dans ce clan de barbares - un père violent et un frère aîné viril - le brûlera... 

Pourquoi ce livre ?

Découvrir un coup de coeur d'éditeur est toujours une émotion toute particulière et bien que ce titre remonte un peu, c'est avec plaisir que j'ai lu ce roman d'une auteure que je ne connaissais pas.

De quoi est-il question ?

Dans le courant des années 1970, Basile est un vieux garçon vivant avec ses parents et dont le quotidien est rythmé par une vie de berger qui le prend aux trippes. Une vie bien cadrée, en somme, que rien ne semble pouvoir venir perturber. Mais un soir, on frappe à la porte. La famille découvre alors Angelina, une italienne bien mystérieuse, accompagnée de ses deux enfants.

N'écoutant que leur bon coeur, les parents de Basile offrent le gite et le couvert à cette petite famille arrivée sans rien. Un repos promis pour cette femme et ces enfants un peu perdus. Et l'occasion pour le jeune Luca de découvrir en Basile une figure paternelle alors même que, de jour en jour, l'homme s'attache de plus en plus à l'enfant.

Et peu à peu, la joie de vivre semble reprendre le dessus dans une nature appaisée. Mais bientôt, la quiétude prendra fin entre un retour du passé et un avenir incertain. Car si un père italien va ressurgir, il va aussi s'agir pour Luca d'accepter et de faire accepter une différence insoutenable dans une époque et un cadre où rien n'est encore simple...

Du côté de la forme...

Cela faisait un petit moment que j'avais envie de lire un roman de cette auteure et même si je ne pensais pas commencer par celui-là,  c'est pour moi un bonheur que de vous en parler enfin et pour un texte incroyable.

Nous sommes ici dans du roman de terroir, cela ne fait aucun doute. Mais un terroir relativement moderne puisque nous sommes dans les années 1970 ce qui n'est en soi pas désagréable avec des questionnements de régionalisme, certes, mais aussi des réflexions plus modernes et symbolique d'une époque en changement.

Au niveau émotionnel, l'auteure débute très fort avec une rencontre improbable entre une famille un brin rustique et une femme de toute élégance. Ce décalage est fort et pourtant poignant. Le mystère est complet et il est touchant de voir Angelina évoluer peu à peu au sein d'un cadre auquel elle n'était pas préparée.
 
Mais finalement, tout est orchestré pour préparer la rencontre entre deux être un peu perdus, entre deux être ayant un besoin viscéral de trouver un confident et une famille en microcosme : Basile et Luca. Car rien ne semblera pouvoir percer la coquille enfermant ces deux-là et le lecteur lui-même a le sentiment d'être intrusif dans cette relation privilégiée.

Et puis, ce roman va aussi être l'occasion pour l'auteure de poser de vraies et terribles questions encore trop d'actualité aujourd'hui. Les poser, oui, mais tout en finesse alors même qu'il va s'agir pour le lecteur de découvrir le métier de berger dont il n'aura souvent que guère conscience avant cette lecture. Un cocktail idéal en somme qui change de ce que l'on connaît du terroir.

Quant au style de l'auteure, c'est surtout et avant tout la poésie que j'en retiendrai. L'écriture est fluide et pleine de sens, chaque mot est choisi avec soin. Le lecteur est invité à se questionner mais sans que ces pistes de réflexion ne dévorent l'intrigue. Une intrigue portée surtout par une amitié intergénérationnelle qui fait du bien, qui est belle et bien décrite, qui fait rêver.

En conclusion... 

Voici un roman que je n'aurais pas spécialement lu mais pour lequel j'ai été tentée et qui m'a permis de finalement passé un moment de lecture comme je les aime. Un moment à la fois plein d'émotion, de tendresse et de force qui reste gravé. Seul l'ellipse entre l'enfance et l'âge adulte de Luca m'a semblée un peu rapide. Dommage.
Voici un roman qui a de très près frôlé le coup de coeur grâce à une rencontre, un destin, qui nous marquent avec force. 

samedi 13 avril 2019

Entre deux mondes - Olivier Norek



Infos sur le livre

éditions : Pocket
date de publication : 08-11-2018
pages : 384
prix : 7,50€

Résumé éditeur

Adam a découvert en France un endroit où l'on peut tuer sans conséquences.

Pourquoi ce livre ?

Depuis le temps que j'attendais de pouvoir découvrir ce roman, j'ai été ravie de pouvoir me le procurer lors de la dernière Foire de Brive-la-Gaillarde.

De quoi est-il question ?

Dans un pays ravagé par la guerre, Adam, policier de son état, rêve pour sa famille de liberté, de sécurité et d'espoir. Bref, il rêve pour elle de l'Angleterre et a entrepris de vendre tous leurs biens pour leur offrir le voyage avant de les rejoindre. Mais lors de ce voyage, rien ne se passera comme prévu dans l'enfer des migrations.

Car lorsqu'il arrive dans la Jungle de Calais, Adam n'a de cesse de retrouver les siens mais nul ne semble savoir ce qu'ils sont devenus. C'est là qu'il s'attache à un enfant ayant vécu le pire pendant la traversée et qu'il decouvrira l'enfer de cette zone où seule la loi du plus fort compte, Une zone où des crimes ont lieu sans que la police n'intervienne.

Le hasard permettra à Adam de rencontrer Bastien, jeune capitaine venant d'être muté à Calais sans qu'il ne s'attende une seconde à l'effroi auquel il va bientôt devoir faire face. Ensemble, les deux homme tenteront d'apporter un peu d'humanité et un souffle pur dans un monde en perdition alors même que tout semble perdu...

Du côté de la forme...

Plonger dans un roman d'Olivier Norek, c'est à coup sûr plonger dans un polar hors norme qui vous marquera longtemps. Et étant donné le bruit qu'a fait ce roman-ci, je savais qu'il me faudrait le lire mais le lire au bon moment.

Certes, pour plein de raison, ce roman reste classé dans les polars. Et à juste titre car il s'agira bien dans ce roman de résoudre à la fois des crimes commis et à la fois de comprendre la disparitions de la famille d'Adam. Et comme toujours, Olivier Norek sait nous plonger dans son intrigue avec force de conviction sans nous lâcher une seconde.
 
Mais pour autant, là n'est pas l'essentiel de ce roman qui, avant toute chose, est un roman social, un roman témoin d'une horreur qui a alimenté tous les médias durant des mois. Et s'il est une chose certaine, c'est qu'une fois ce roman achevé notre regard occidentale plus ou moins influencé par ce qu'il a vu ou entendu ne verra plus jamais les choses pareilles.

Car ici, l'auteur nous plonge au plus proche des espoirs et des rêves des migrants mais aussi des épreuves de la traversée et de l'enfer à l'intérieur de la Jungle où la crasse rencontre la violence. Une manière bien différente de nous présenter les choses mais aussi de nous rendre compte du courage de ces hommes et de ces hommes rêvant d'une vie un peu meilleure.

Et au-delà de l'horreur, c'est une très belle histoire d'amitié que l'auteur va nous offrir entre Adam et Bastien, deux policiers fiers de leurs convictions et de leurs valeurs. Une rencontre qui va tout changer au niveau de l'intrigue, certes, mais qui fait aussi beaucoup de bien et redonne foi en l'âme humaine.

Et quand un roman d'une telle force nous est offerte par la plume à la fois si ardente et si efficace d'Olivier Norek, la sauce ne peut que prendre. Car toute la force de cette écriture, c'est de nous présenter des personnages auxquels on croit, une description au plus proche du réel qui nous bouleverse et pour une intrigue dans laquelle on se laisse prendre de bout en bout.

En conclusion... 

Ce roman, j'attendais de le lire depuis sa sortie et je suis ravie d'avoir enfin pu m'y plonger tout en pouvant dire désormais que je comprends tout l'engoûment qu'il a suscité. Car ce roman ne ressemble en rien à tous les romans qu'il est possible de lire, ce roman est un roman unique et important que chacun devrait avoir lu pour remettre les pendules à l'heure.
Que dire d'autre sinon que ce roman est un énorme coup de coeur. 

jeudi 11 avril 2019

L'iris du Luxembourg - Marilou Constant



Infos sur le livre

éditions : Lucien Souny
date de publication : 15-03-2019
pages : 336
prix : 19,50€

Résumé éditeur

Quand on aime les femmes, le jeu, la poésie et qu'on rêve d'aventures et d'horizons lointains, peut-on raisonnablement envisager de devenir prêtre ? C'est en tout cas ce que semble croire la mère de Jean-Charles, qui refuse de voir que les penchants de son fils ne sont pas compatibles avec ses desseins pour lui. Véritable dilemme pour le jeune homme... Pourtant, avant la fin de ce bel été qui s'ouvre devant lui, il aura fui son envoûtante Corse natale. Pour Paris d'abord, où il fréquentera aussi bien les cabarets enflammés de Montmartre que les salons mondains. Puis, carte de presse en poche, il s'embarquera vers une autre île, à l'autre bout du monde, dans les Antilles espagnoles, où il abordera en pleine guerre hispano-américaine. 

Pourquoi ce livre ?

Entre la poésie du titre et celle de la couverture, ce titre m'avait beaucoup attirée avant même sa parution et c'est avec avidité que je m'y suis plongée.

De quoi est-il question ?

A la fin du XIXème siècle, Jean-Charles vit avec sa famille, en Corse. Alors que sa mère souhaiterait pour lui de le voir devenir prêtre, le jeune homme pour sa part est plus attiré par les femmes et par une vie de relative frivolité. Pourtant, alors que l'été est la saison des amoures et des moments de bonheur absolu, Jean-Charles a d'autres rêves.

Car à la fin de l'été, Jean-Charles part pour Paris où sa passion des femmes ne fait que s'accroître alors même qu'il n'oublie pas sa région natale et celles qu'il a eu le bonheur de connaître. Car le rêve de Jean-Charles est de percer dans le domaine de la presse alors même que les hauts milieux de la capitale comprennent qu'il faudra faire avec lui.

Carte de presse en poche, Jean-Charles part pour les Antilles. Mais lui qui n'avait jamais vraiment connu de véritables épreuves va découvrir un univers à mille lieues de ce qu'il connaissait, un univers de dangers où rien ne sera simple et où la douceur du foyer sera pour lui le souvenir qui lui permettra de tout affronter.

Du côté de la forme...

Il y a les livres que vous lisez pour leur auteur, ceux que vous lisez pour leur intrigue ou encore ceux que vous lisez, en toute superficialité, pour leur couverture. Et puis il y a ceux, plus rares, que vous lisez parce que vous faites confiance à un éditeur sans même chercher plus loin.

C'est donc sans hésitation que je me suis plongée dans cette lecture dans l'idée de passer un bon et je dois dire que, globalement, le pari est franchement réussi avec un personnage qui m'a touchée, un cadre historique qui m'a portée et une intrigue générale sortant vraiment des normes qui m'a permis de passer un moment de lecture un peu différent.

Ce roman est subdivisé en trois temps, trois temps bien distincts qui donnent presque le sentiment d'avoir à faire à trois romans différents. Et si j'ai eu un peu de difficultés au début de ma lecture à entrer dans l'histoire de Jean-Charles, me laissant plus porter par le cadre, je m'y suis peu à peu plongée sans pouvoir m'en détâcher.

Après la Corse traditionnelle, c'est le Paris historique que l'auteure nous invite à découvrir avant de nous entraîner avec force jusqu'aux Antilles, domaine que bien souvent nous connaissons fort mal et moins encore au début du siècle dernier. Au niveau historique, je dois d'ailleurs bien reconnaître que j'ai beaucoup appris.

Il convient de rappeler que ce roman est tiré de faits réels ce qui est toujours un pan intéressant à prendre en compte. Car si le personnage en tant que tel nous reste inconnu dans le "réel", nous comprenons combien ces hommes partis pour les Antilles en d'autres temps ont contribué au monde tel qu'il est aujourd'hui alors même que nous l'oublions trop souvent.

Ce subtile mélange de fiction et de retranscription de faits réels se ressent dans le style. Il y a cette vraie volonté de l'auteure à être fidèle à l'Histoire tout en gardant une belle part de fiction et un attachement pour Jean-Charles en tant que personnage. Et puis, ressort de cette écriture une capacité à nous raconter une époque et un décors avec une poésie qui fait du bien.

En conclusion... 

Voici un roman qui me faisait de l'oeil avant même sa sortie et dans lequel je me suis plongée avec la conviction de passer un bon moment. Et si j'ai eu un peu de mal à entrer dans ma lecture dans les premières pages, je me suis très vite laissée porter par ce texte mêlant fiction et réel, un texte qui m'a beaucoup appris sur les Antilles du début XXème.
Un roman plaisant à découvrir pour tous les amateurs d'Histoire et d'histoires. 

samedi 6 avril 2019

Haut le choeur - Gaëlle Perrin-Guillet

 

Infos sur le livre 

éditions : Taurnada
date de publication : 14-03-2019
pages : 241
prix : 9,99€

Résumé éditeur

 "Quand je sortirai, tu seras la première prévenue… Je saurai te retrouver". Depuis qu'Eloane Frezet, la tueuse en série la plus abjecte de ces dernières années, a prononcé ces mots, Alix Flament vit dans l'angoisse que la criminelle sanguinaire s'évade de prison... Alors, quand la journaliste reçoit un coup de téléphone d'Eloane en pleine nuit, elle comprend que la meurtrière va honorer sa promesse... Une promesse de sang. 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Taurnada grâce auxquelles j'ai pu découvrir cette réédition du premier roman d'une auteure que je suis avec le plus vif intérêt.

De quoi est-il question ?

Alix est journaliste, passionnée par son métier, et même une vie sans histoire si ce n'est avec le souvenir d'une interview menée des années plus tôt avec Eloane Frézet, une tueuse en série qui lui a promis de se venger, elle qui estime avoir été mise sous les verrous par la faute de celle-là même qui a relevé ses confidences.

Et aujourd'hui, tout porte à croire qu'Eloane est quelque part dans la nature, bien décidée à faire payer Alix par tous les moyens. Et une nuit c'est bien de la tueuse que la journaliste reçoit un appel avant que, le lendemain, des corps ne commencent à être retrouvés. Une signature de la tueuse qui n'a pas achevé sa mission !

Aussitôt pour Alix, l'angoisse fait un retour en force d'autant que tout porte à croire qu'Eloane a mis au point une mission comme jamais pour parvenir à ses fins. Du côté de l'enquête, tout est repris à zéro, le seul moyen pour comprendre, enfin, le raisonnement de la tueuse. Au risque de découvrir une réalité dépassant tout entendement.

Du côté de la forme...

Ouvrir un livre de Gaëlle Perrin-Guillet, c'est plonger dans une valeur sûre, c'est avoir la certitude de rentrer dans un univers totalement à part que vous ne lâcherez plus et qui ne vous lâchera plus avant de connaître le fin-mot d'une intrigue incroyable.

Autant dire que lorsque j'ai eu l'occasion de découvrir ce roman, je ne me suis pas faite prier très longtemps et m'y suis plongée corps et âme. Parce que les chapitres sont courts et que le tout est efficace, il m'a souvent fallu me faire violence pour sortir de cette lecture qui vous happe dès les premières pages, dès les premières lignes.

Car s'il est aisé de s'attacher à Alix, c'est le personnage d'Eloane qui fait toute la force de ce roman qui a déjà l'originalité de proposer une tueuse en série. Oui, une femme ! Après tout, le féminisme peut porter de multiples visages et il est intéressant d'en avoir un aperçu sous cet angle de vue. Car ici, l'auteure sait parfaitement développer la psychologie d'une femme assassine.

Et sans trop comprendre comment, le lecteur finit par s'attacher à la tueuse même en souhaitant comprendre ce qu'elle a dans la tête. Les indices sont parsemés ici et là mais, surtout, le lecteur est invité à ressentir la peur, à sentir les odeurs, à voir les horreurs. Un roman d'ambiance en somme qui pourrait se suffir à lui-même mais qui sait aussi nous porter dans une intrigue incroyable.

Au point de vue du polar lui-même, je me suis laissée porter sans vraiment chercher à "deviner" la fin et le fait est que je n'ai pas attendu la fin pour comprendre de quoi il retournait. Pour autant, l'auteure sait si bien tisser la toile de son roman que ce n'est finalement pas gênant. Ce qui compte, c'est la manière dont le final en apothéose est amené. Et il est bellement amené !

Souvent, nous nous demandons comment les auteurs de polars peuvent balancer de telles horreurs tout en nous disant que les femmes auteures seront peut-être plus douces... Que nenni ! Elles sont pires ! Et Gaëlle Perrin en est un exemple sans faille ! Car elle sait faire monter une ambiance tout en nous offrant une belle dose d'hémoglobine. Bravo !

En conclusion... 

Voici un roman que j'étais plus qu'avide de découvrir et que j'ai tout simplement dévoré en un rien de temps, trop curieuse de comprendre les tenants et aboutissants de ce polar prometteur qui m'a offert tout ce que je peux aimer dans ce type de lecture. Une fois encore Gaëlle Perrin a su m'entraîner dans son univers qui mérite d'être connu de tous les amateurs du genre !
Gaëlle, j'attends ton prochain opus avec impatience ! 

vendredi 5 avril 2019

Ma mère était un monstre - Alloma Gilbert



Infos sur le livre

éditions : City
date de publication : 24-10-2018
pages : 288
prix : 18€

Résumé éditeur

La petite Alloma n’a jamais eu de chance dans la vie. Ses parents sont toxicomanes et la négligent au point que les services sociaux doivent la placer dans une famille d’accueil. Mais ce qui était la promesse d’une nouvelle vie est le début d’un cauchemar pour la fillette de 7 ans. Sous l’apparence d’une femme aimante, sa nouvelle maman est un bourreau. Humiliée, battue, Alloma vit un calvaire. La femme qui devrait prendre soin d’elle la punit en permanence, la roue de coups, l’empoisonne ou l’affame pendant des mois.Pourtant, Alloma trouvera la force de résister au monstre et de s’enfuir. Mais, abandonnée dans le monde, elle devient une proie facile pour des hommes barbares et violents. Seule la naissance de sa petite fille sauvera Alloma en lui montrant ce qu'est réellement l'amour... L’histoire vraie d’une enfant martyrisée qui a survécu à l’enfer. 

Pourquoi ce livre ?

Avant même sa sortie en France, ce témoignage avait attiré mon attention. Aussi, lorsque je l'ai trouvé en occasion, je n'ai pas hésité longtemps et il n'est pas resté longtemps dans ma pal.

De quoi est-il question ?

Alloma n'est qu'une fillette lorsque Eunyce Spry entre dans sa vie, finalement, habilement, telle une anguille. Et parce que ses parents n'ont pas les moyens de s'occuper d'elle, c'est à cette femme qu'ils la confieront, certains de faire le mieux pour leur fille, eux, dépendants de drogues et de situations sociales complexes.

Car tout portait à croire qu'Eunyce était le mère d'accueil rêvée. Jusqu'à ce qu'elle montre son vrai visage : celui d'une femme froide, cruelle, convaincue qu'elle vient de reccueillir sous son toit une enfant du diable qu'elle doit absolument punir et faire entrer dans le rang. Dès lors, les sanctions, les coups, les maltraitances se multiplieront à un point que nul ne pourrait imaginer.

Durant des années, Alloma devra subir des terreurs quotidiennes, se plier à des obligations multiples et dispropotionnées, encaisser coups, humiliations et violences sans nom. Jusqu'à ce que, devenue adolescente, Alloma devienne de plus en plus rebelle et décide de ne plus plier, décide de conquérir sa propre vie au mépris des dangers qui la guettent.

Du côté de la forme...

Ce témoignage est le troisième volet de ce que nous pourrions nommer le "triptyque des enfants Spry". Trois enfants maltraités et ayant vécu le pire sous le toit de leur mère d'accueil bien déterminée  à faire plier ceux qu'elle pensait être les "enfants du diable".

Après les points de vue de Victoria et celui de Christopher, c'est le point de vue de la troisième "soeur", Alloma, que nous découvrons ici. La même histoire sordide et terrible mais vue du regard de celle qui se rebella en premier, de celle qui fit toujours preuve du plus de courage face à l'horreur parce qu'elle avait, dans une autre vie, connu autre chose.

Une fois encore, le lecteur retrouve ces mêmes actes cruels, ces mêmes tortures inimmaginables et ces mêmes châtiments face auxquels il se demande comment il est possible d'y avoir survécu. Mais cette fois, c'est à travers un regard de battante que le lecteur découvre cette histoire ce qui n'est pas sans donner une souffle nouveau à cette même horreur.

Et ce regard de battante porte l'ouvrage. Car Alloma est une fillette puis une adolescente qui, bien qu'en état de soumission absolue, se rend compte que quelque chose "cloche". Et pous elle, au contraire du dos rond, c'est la force de caractère qui a payé. Une force de caractère lui ayant permis de toujours se raccrocher à un souffle d'espoir et de rebellion.

Alloma n'appellera jamais son bourreau "Maman" au fil du récit ce qui fait aussi son originalité : elle avait connu autre chose. Une belle manière de voir que face à la même horreur les expériences personnelles peuvent sauver ou détruire plus encore. Et c'est ce détâchement total de son bourreau qui est frappant chez Alloma comme si dans l'écriture même elle se détâchait de la fillette terrifiée.

Dans le style du récit, nous retrouver ce caractère de rébellion qui change la donne et qui, d'une certaine manière, a pu changer le cours de l'histoire. Et c'est peut-être dans ce troisième témoignage que le lecteur se rend le plus compte de la division entre les enfants, du rapprochement parfois, mais aussi de la personnalité de la "mère" sur laquelle est porté un regard plus détaillé.

En conclusion... 

Ce témoignage, j'avais très envie de le découvrir non pas pour me replonger dans l'horreur vécue par ces enfants mais parce que le procédé du récit m'intéressait. Et en effet, ce troisième point de vue ferme une boucle et présente l'histoire selon celle qui, déjà, était apparue comme un peu détâchée des deux autres. Terrible mais essentiel !
Parce qu'il ne faut jamais fermer les yeux sur les appels à l'aide des enfants et parce que le système peut parfois ne pas voir le pire, il convient d'en parler ! 

jeudi 4 avril 2019

Un cow-boy à Paris - Jul et Achdé



Infos sur le livre

éditions : Lucky Comics
date de publication : 01-11-2018
pages : 48
prix : 10,95€

Résumé éditeur

Le sculpteur français Auguste Bartholdi fait une tournée spectaculaire aux États-Unis pour lever des fonds qui lui permettront d'achever la future Statue de la liberté. Mais plusieurs incidents visent la statue et même directement Bartholdi. Lucky Luke est missionné pour escorter le Français, et ce, jusqu'à Paris. C'est un choc culturel pour le cowboy qui, non content de traverser l'Atlantique pour la première fois, découvre la splendeur de la ville lumière, et le mode de vie de ses autochtones, les parisiens.

Pourquoi ce livre ?

Merci à ma coupine Sylvie de m'avoir prêté cette BD qui me faisait de l'oeil depuis sa sortie et que j'ai enfin pu découvrir.

De quoi est-il question ?

Alors qu'il reconduit, une fois de plus, les frères Dalton au pénitencier du comté, son chemin croise celui d'un sculpteur français, Auguste Bartholdi, venu présenter les prémices de son travail du moment aux Etats-Unis : une gigantesque statut de bronze symbolique de liberté. Un voyage qui n'est pas sans en surprendre plus d'un.

Mais Bartholdi n'a pas que des amis dans ce pays neuf et certains hommes sans scrupule sont bien décidés à lui mettre des bâtons dans les roues pour nuire au projet. C'est alors Lucky Luck qui est chargé de la mission délicate de protéger la statue et son constructeur jusqu'à l'aboutissement du projet, au grand damne du cow-boy.

Car bientôt, voilà Luck missionné pour accompagner Bartholdi jusqu'à la capitale française pour escorter la statue de Paris à New-York. Un chemin semé d'embûches pour le cow-boy qui devra une nouvelle fois faire preuve de finesse pour remplir sa mission tout en devant se confronter à ses propres faiblesses : le mal de mer.

Du côté de la forme...

Les aventures de Lucky Luck, que ce soit en BD ou en dessins-animé (pas vu le film avec Dujardin et pas envie de le voir), ont marqué toute mon enfance. Et il est vrai que ce nouvel opus me tentait tout particulièrement même si je ne souhaitais pas forcément l'avoir en propre.

Parler d'un album d'une série et, plus encore, dont le créateur original est décédé, ce n'est pas forcément évident. Pour les auteurs actuels, pas évident non plus d'offrir de l'inédit, dans un esprit de modernité mais sans perdre l'âme de la création originale. Pour autant, le résultat est plutôt convainquant de manière globale même si plusieurs éléments m'ont chagrinée.

Globalement, nous retrouvons en effet avec plaisir l'esprit de cette série qui, si on l'apprécie, fonctionne toujours. Le dessin est fidèle et l'intrigue suit les codes dont nous avons l'habitude non sans proposer quelque chose de neuf comparé aux anciens numéros. D'ailleurs, nous suivons avec plaisir cette nouvelle intrigue réécrivant un pan essentiel de l'histoire des Etats-Unis.

La réécriture de l'Histoire est quelque chose que j'adore car l'humour et l'imaginaire se tissent à la réalité historique. Une belle manière de faire rentrer les plus jeunes dans cet univers d'autant que l'histoire de l'amérique est finalement un domaine que nous maîtrisons fort mal. D'ailleurs, c'est aussi avec finesse que les auteurs nous invitent aussi à découvrir un peu de la France du XIXème.

Pour autant, je dois avouer que j'émets quelques réserves sur cette lecture qui m'a semblée un peu trop brute et surtout dont les jeux de mots et références ont fini par me sembler trop lourdes et trop présentes. Trop de références tue la référence. Et ici, les références littéraires françaises comme Hugo et Flaubert se mêlent aux références intrasèques de l'histoire de la série. Dommage.

Mais l'histoire se tient, on s'y laisse prendre et finalement c'est bien là tout ce que l'on peut demander à une lecture : passer un agréable moment. Lire une BD d'une série c'est vouloir ne pas trop se prendre la tête et avec moi la sauce a pris même si ayant pris des années je suis peut-être aujourd'hui moins sensible à ce type de lectures.

En conclusion... 

Voici une BD qui me faisait très envie et que je suis vraiment ravie d'avoir pu découvrir, me replongeant ainsi dans mes lectures de jeunesse. Et le fait est que j'ai passé un bon moment de détente même si je reste mitigée en ce sens que le trop plein de références et de jeux de mots m'a donné le sentiment que les auteurs voulaient en faire trop.
Cette BD est à découvrir à l'occasion mais pour ma part je suis contente de ne pas l'avoir achetée. 

lundi 1 avril 2019

L'étranger dans la maison - Shari Lapena



Infos sur le livre

éditions : Presses de la cité
date de publication : 17-01-2019
pages : 304
prix : 19,90€

Résumé éditeur

" Comment te sens-tu ? " Elle voudrait répondre " terrifiée ". À la place, elle dit, avec un faible sourire : " Heureuse d'être à la maison. " Mariés depuis deux ans, Karen et Tom ont tout pour être heureux : un train de vie confortable, un pavillon coquet, des projets d'avenir. Un soir, quand Tom rentre à la maison, Karen s'est volatilisée. Alors qu'il commence à paniquer, Tom reçoit une visite de la police : son épouse a été victime d'un grave accident de voiture, dans un quartier malfamé où elle ne met d'ordinaire jamais les pieds. À son réveil à l'hôpital, la jeune femme a tout oublié des circonstances du drame. Les médecins parlent d'amnésie temporaire. En convalescence chez elle, Karen est décidée à reprendre le cours de sa vie. Sauf que quelque chose cloche. Elle sait que, depuis quelques mois, quelqu'un s'introduit en leur absence dans la maison... 

Pourquoi ce livre ?

Après avoir juste adoré le premier roman de l'auteure, c'est sans hésiter que je me suis plongée dans ce nouvel opus, encore plus prometteur.

De quoi est-il question ?

Lorsque Tom rentre chez lui, son épouse, Karen, n'est pas là. Une situation assez exceptionnelle pour que l'homme s'inquiète, lui qui n'a pas l'habitude de voir quoi que ce soit venir perturber sa petite vie sans histoire. Jusqu'à ce que la police vienne chez et lui annonce le drame : Karen a eu un accident de voiture. Elle est vivante mais ne se souvient de rien de la soirée.

Mais que faisait Karen dans un quartier mal famé de la ville ? Et bientôt, c'est le cadavre d'un homme qui est retrouvé. Pour la police, cela ne fait aucun doute : Karen a pour le moins été témoin de quelque chose et il convient qu'elle retrouve la mémoire très vite. D'autant que, depuis quelques temps, la jeune femme est convaincue que quelqu'un pénètre chez elle.

Très vite, toutes les preuves convergent vers Karen et Tom lui-même commence à perdre confiance en celle qu'il pensait connaître. Une épreuve supplémentaire pour la jeune femme qui sent un étau se ressérer irrémédiablement autour d'elle. Comme si quelqu'un était bien décidé à lui faire porter le chapeau...

Du côté de la forme...

Il est des livres dans lesquels vous vous plongez sans trop de doutes. Celui-ci est remonté en haut de ma pal en vue de ma rencontre avec l'auteure à Quais du polar. Et quel plaisir que de retrouver ce genre que j'apprécie tant avec un tel roman !

Tout commence de manière assez banale, il faut bien l'avouer : le couple sans histoire dont la femme va disparaître un soir, celle-ci qui va avoir un accident, la vie du couple qui va être bouleversée à tous les niveaux... Du vu et revu mais, après tout, cela fonctionne toujours. Et puis l'auteure sait mettre en place son intrigue pour que ces sentiers battus deviennent originaux.

Car très vite, tout va s'accélérer et il est vrai que l'auteure aura su faire monter la sauce en puissance, doucement et sûrement, dans un parfait équilibre de la montée de l'angoisse et des questionnements du lecteur. L'amnésie de l'héroïne, le meurtre commis, la pénétration dans la maison de Tom et Karen... Un cocktail plus qu'efficace !

Karen est un personnage auquel on s'attache très vite et que l'on a envie de protéger. Quelle pire épreuve que celle d'être accusé d'un crime alors même que l'on n'a aucun souvenir ? Quant à Tom, on voudrait le secouer parfois mais qui peut savoir comment il réagirait si toute sa vie s'écroulait d'un seul coup ?

Le gros problème du polar et du thriller à l'heure actuelle, c'est que tout semble avoir été fait. Et le lecteur averti aura bien du mal à se laisser surprendre. Ici, une fois encore, je me suis dit que l'auteure allait vers la facilité et qu'au milieu du livre j'avais tout deviner. Et bien non ! Au contraire ! Je me suis faite avoir comme une bleue et la fin m'a laissée scotchée !

Le style de Shari Lapena, c'est un style qui marche parce qu'il sait jouer tant avec les émotions des personnages qu'avec les émotions du lecteur tout en proposant une intrigue plus qu'efficace à laquelle on se laisse prendre. Le huis-clos se mêle à une angoisse psychologique tenace et pourtant, l'auteure n'en fait jamais trop ce qui est très agréable.

En conclusion... 

Voici un roman que j'avais plus que hâte de pouvoir lire et avec lequel j'ai retrouvé un grand moment de thriller comme je les aime. Voici un roman qui, sous ses airs de déjà vu, vous propose une intrigue incroyable, une montée en puissance et une fin de folie qui ne saura que scotcher les amateurs du genre. 
 Une auteure à découvrir sans attendre pour les amateurs et dont je vais attendre le prochain roman avec impatience !