mardi 19 mars 2019

Les sarments de la colère - Christian Laborie



Infos sur le livre

éditions : Presses de la cité
date de publication : 14-02-2019
pages : 624
prix : 21€

Résumé éditeur

1866, Augustin Mazel, fier paysan cévenol, se résigne à descendre dans la plaine viticole du  pic Saint-Loup, pour les vendanges au domaine du marquis de Frontillargue. Des années plus  tard, son fils cadet Adrien y apprend le travail de la vigne, et fait la rencontre de Camille, petite fille du marquis. Tout oppose le jeune ouvrier agricole et la riche héritière. Pourtant, un secret les unit depuis l'enfance, et ils vont s'aimer envers et contre tout. Lorsque Adrien part cinq ans pour l'armée, Camille est mariée de force. Mais la passion du jeune homme pour la vigne est comme celle qui l'attache à Camille : sincère, intense, éternelle. Dès lors, les deux amoureux n'auront de cesse de se retrouver, tandis que le fléau du phylloxéra s'abat sur la vigne et que bientôt gronde la révolte des gueux qui conduira à la guerre du vin... 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux Presses de la cité grâce auxquelles j'ai pu découvrir cette réédition d'un roman de l'auteur que je n'aurais sans pas pris le temps de lire autrement.

De quoi est-il question ?

Nous voici dans la seconde moitié du 19° siècle. Augustin Mazel est paysan et fier de l'être mais les vignes sont malades et pour subvenir aux besoins de sa famille, il accepte de travailler pour le marquis de Frontillargue, un homme froid et bien décidé à conserver sa suprématie. Chacun à sa place, tel est leur maître-mot.

Mais c'est sans compte sans une amitié solide qui va bientôt unir Adrien, le fils d'Augustin, et Camille, la fille du marquis. Une amitié qui, avec les années, deviendra peu à peu un amour sincère, sincère mais impossible. Car si les deux jeunes gens s'aiment et commettront l'irréparable, le marquis, lui, est bien décidé à marier sa fille à un homme digne de ce nom.

Sans pouvoir l'empêcher, les amants sont séparés et contraints aux vies que le destin leur à choisi sans possible autre voie. Une épreuve dans une époque où le phylloxéra commet des ravages et mettra à mal la vie de nombreux paysans ne comptant que sur les vignes pour survivre. Des années troubles alors que le monde s'apprête à changer irrémédiablement...

Du côté de la forme...

Christian Laborie fait partie de ces auteurs dont j'aime le travail, dont j'aime l'écriture et dont chaque roman est pour moi une très belle découverte. Avoir l'occasion de découvrir cet ancien titre était donc une vraie chance.

Si j'aime le genre du roman régionaliste et de terroir, vous le savez, force est de constater que nous sommes ici dans ce type de roman mais de manière très prononcé : le cadre historique, la vie dans les campagnes, les amoures impossibles... Et il est appréciable parfois de revenir aux sources d'un genre qu'on affectionne avec ici un récit de vies aussi troublant qu'on pouvait le souhaiter.

Dans ce roman, deux mondes se rencontrent donc : le monde des paysans et le monde de la noblesse, bien séparés mais qui vont être confrontés l'un à l'autre par l'attachement des enfants. Classique mais toujours efficace avec ce petit côté Roméo et Juliette qui happe toujours le lecteur, le séduit et l'attendri entre secrets, trahisons et vengeances.

D'ailleurs, ce qui est séduisant dans ce roman, c'est que l'action se déroule sur près d'un demi-siècle ce qui permet à l'auteur un certain réalisme : tout ne se résout pas en deux claquements de doigts et cela est plutôt agréable dans une littérature actuelle donnant parfois le sentiment que tout va trop vite. L'auteur prend ici son temps, laisse son lecteur respirer ce qui accentue une ambiance déjà forte.

Pour ce qui est du cadre historique, nous sommes dans le 19° ce qui est toujours une période très riche pour ce genre de romans. Mais ici, l'auteur prend le parti de nous parler d'une maladie qui toucha gravement les vignes : la phylloxéra. Et en parallèle de l'intrigue c'est avec beaucoup de talent que ce sujet est développé par un auteur qui nous fait vivre ce mal du siècle pour les vignerons.

Quel bonheur une nouvelle fois de retrouver le style si prenant, si touchant et de telle qualité d'un auteur qui a su une nouvelle fois créer une vraie ambiance et des personnages auxquels on croit. On prend plaisir à voir évoluer et grandir Camille et Adrien tout en se laissant porter par une intrigue dont on connaît une part des tenants et aboutissants tout en ayant envie d'en savoir le dénouement.

En conclusion...

Voici un roman que je n'aurais sans doute pas lu s'il n'avait pas connu une réédition et je serais franchement passée à côté de quelque chose de pas mal du tout, en plein dans la tradition du roman de terroir telle qu'on l'imagine et telle qu'on l'apprécie. Voici un roman que j'ai aimé pour ce qu'il m'a appris sur la phylloxéra et pour l'émotion qu'il m'a apporté.
Un très beau roman de l'auteur à découvrir pour un auteur qui mérite d'être connu du plus grand nombre.

dimanche 17 mars 2019

Hansel et Gretel - Yvan Godbout

 

Infos sur le livre

éditions : ADA
date de publication : 09-07-2018
pages : 256
prix : 10€

Résumé éditeur

Une mère désespérée surprenant l'innommable dans le quatre pièces et demie miteux qu'elle partage avec son salaud et leur couple de jumeaux. Un frère et une sur télépathes ayant sauvagement perdu leur innocence, avidement convoités par les serviteurs de Satan. Une adolescente rebelle à l'enfance éclatée servant de guide dans une métropole abritant anges et démons. Un prêtre et une sorcière cherchant à accomplir la plus ancienne des prophéties du Necronomicon. Deux enfants comprenant que, si Dieu est une pure invention humaine permettant de vivre d'espoir, le diable lui, existe bel et bien. Hansel et Gretel était un conte pour enfants. Celui que vous découvrirez sous peu en est bien loin et risque de ternir à jamais votre part d'innocence. Êtes-vous réellement prêt pour cette balade dans les plus sombres abysses de l'âme humaine ?

Pourquoi ce livre ?

Ayant eu un coup de coeur pour cette collection, c'est sans hésiter que je me suis plongée dans ce volume face à la censure terrible dont l'auteur et l'éditeur sont victime en ce moment au Québec.

De quoi est-il question ?

Jeannot et Margot ont à peine 9 ans mais traînent déjà derrière eux un passif lourd et complexe entre une mère dépassée et un père violent. Car elle-même ayant été victime pendant des années, Alice ne sait comment protéger ses enfants jusqu'au jour où elle découvre l'horreur la plus absolue : son mari en train de violenter leur fille.

Alors tout s'enchaînent car il est désormais question, à tout prix, de protéger les enfants. Et si pour leur éviter le pire il convient de les abandonner, Alice est prête à ce sacrifice, convaincue que ses enfants sauront s'en sortir d'une manière ou d'une autre. Mais bientôt, c'est entre les mains d'une terrible sorcière que les enfants s'apprêtent à tomber.

Car il est une organisation secrète bien décidée à se servir des deux enfants pour faire revenir à la vie des êtres démoniaques, une secte au sein de laquelle rien n'est laissée au hasard et qui pourrait bien mener les enfants aux fins-fonds des pires tourments de l'âme humaine comme si le repos, pour eux, n'était pas permis.

Du côté de la forme...

S'il est bien une chose que je ne supporte pas, c'est l'acharnement et l'injustice. Alors bien sûr, avec la récente actualité autour de ce roman, j'ai eu envie de m'en faire mon propre avis afin de pouvoir vous en parler en tout état de cause.
Hansel et Gretel n'est pas forcément mon conte classique favori, loin de là. Le coup de la maison en pain d'épice et de la sorcière qui finit dans la cheminée, ça ne m'a jamais fait rêver. C'est pourquoi ce tome n'était pas celui qui m'attirait le plus mais dans le genre de l'horreur, l'abandon des enfants est toujours en très bonne place et l'auteur sait en jouer pour nous offrir un conte terrible.

Ce qui a choqué avec ce roman, c'est le développement assez atroce au début du viol de la fillette par son propre père. Mais si la scène est, à juste raison, troublante, elle entre dans une intrigue complète et n'est en aucun cas destinée à faire la promotion de ce genre de pratiques. Ce roman est et reste une fiction qui provoque des émotions et la réflexion du lecteur.

Si le lecteur comprend très bien toute l'horreur de la première partie du roman, il est vrai qu'il m'a été un peu plus délicat de comprendre où l'auteur voulait en venir avec la sorcière et la part un peu plus "imaginaire" de cette histoire. Pourtant, tout finit par trouver sa place à la fin du roman dans une bascule d'intrigue surprenante mais aussi parfaitement terrible.

Etrangement, il n'est pas aussi facile qu'il y paraît de s'attacher aux personnages de ce roman dont on ne sait trop finalement que penser. Et parce que l'auteur joue d'une ambiance très étrange et très destabilisante, celle-ci prend le dessus sur une intrigue par laquelle on se laisse porter sans trop savoir où l'on va aboutir.

Pour ce qui est de mettre mal à l'aise, de jouer avec les nerfs du lecteur, de provoquer et de plonger dans l'horreur, l'auteur sait y faire. Mais il sait y faire dans un style prenant, efficace et travailler avec soin ce qui est toujours très appréciable. D'ailleurs, il sait aussi jouer avec la frontière entre fantastique et milieux sectaires ésotériques ce pour quoi je dis "bravo" !

En conclusion... 

Voici un roman qui m'intriguait pas mal et dont je souhaitais me faire mon propre avis suite à la polémique ayant lieu en ce moment pour l'auteur. Et si ce tome n'est pas mon favori de la collection, la thématique de l'abandon des enfants et de la pédophilie sont si terribles que le lecteur est forcé d'être touché et de se poser de terribles questions sur la réalité de la société d'aujourd'hui.
J'espère sincèrement que ce roman rencontrera le succès qu'il mérite et que le monde reviendra à l'endroit pour l'auteur et l'éditeur.

samedi 16 mars 2019

C'est un lapin - Heath McKenzie



Infos sur le livre

éditions : De Borée
date de publication : 24-01-2019
pages : 14
prix : 7,95€

Résumé éditeur

Vous ne devinerez jamais ce qui se cache derrière le rabat... Faites découvrir ce livre aux petites mains habiles et aux esprits curieux !

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu découvrir cet album qui m'avait beaucoup intriguée sur le programme de ce début d'année.

Mon avis...

"C'est un lapin" est un album dont la représentation de couverture est une paire de ciseaux. De quoi se poser des questions et de se demander ce que l'auteure nous réserve. Une couverture qui n'est pas sans faire penser à des mouvements artistiques comme l'absurde ou Magritte. Aussi, on a envie de savoir de quoi il retourne ce qui est déjà très fort !

Le format tout carton, ce n'est pas forcément le format dont il est le plus facile de parler. Faire un développement sur quelques pages à peine et, qui plus est, une histoire inexistante, pas évident ! Pourtant, je suis ravie de me plier à l'exercice pour ce titre-ci.

Le principe de cet album est simple : sur chaque page, un objet du quotidien, inanimé, présenté par l'auteur comme étant un animal. Sur la page en vis-à-vis, ce même dessin agrémenté d'un rabat à ouvrir pour découvrir, sous ce pliant, une part de l'objet remplacée par le corps d'un animal tendis que la part restée visible devient tout autre chose.

Ce que j'ai trouvé plaisant avec cet album, c'est le jeu qui est fait à l'attention de l'enfant pour lui faire manipuler le livre tout carton mais lui rendre concrête l'expression : "ne pas se fier aux apparences". De quoi amener l'enfant à réfléchir sur le monde qui l'entoure et à découvrir son petit monde dans une entreprise ludique.

Le jeu n'est nul autre que celui de deviner ce qui va se trouver sous le rabat et ça, c'est toujours quelque chose qui fonctionne. L'enfant aura plaisir à découvrir ce que cache le rabat et il est vrai que même le lecteur adulte, bien que plus averti, prend aussi plaisir à ce petit moment qu'il aura d'autant plus de plaisir à passer en lecteur aux plus jeunes.

Mon regret serait que la répétition de page en page des phrases de présentation aurait mérité un peu plus d'originalité afin de développer, en même temps que l'imaginaire de l'enfant, un peu plus de vocabulaire. Ici, la "phase lecture" m'a semblé un peu trop simpliste ce qui est dommage et aurait mérité davantage d'investissement.

Cela étant, j'ai beaucoup apprécié le travail d'illustration avec un graphisme simple mais agréable avec lequel on retrouve sans mal une belle part de la littérature enfantine telle qu'elle fonctionne toujours avec les plus petits. De plus, les animaux présentés sont très divers ce qui ouvre le monde des enfants et n'est pas inintéressant.

En conclusion... 

Cet album m'intriguait et je suis plutôt contente de ma découverte. Car si nous ne sommes pas dans de la très grande littérature jeunesse, nous sommes dans quelque chose qui fonctionne toujours avec les enfants entre le jeu de la découverte sous les rabats, le travail d'illustration et l'invitation au jeu pour l'enfant.
Cet album fait partie d'une collection de différents titres, à chacun de se laisser tenter par un animal ou une couleur. 

jeudi 14 mars 2019

Prix Jean Anglade (2)

Salut à tous !

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Souvenez-vous... En octobre dernier je vous parlais du lancement du premier prix Jean Anglade lancée par les Presses de la Cité et plus particulièrement l'éditrice Clarisse Enaudeau.

Hier, c'est à l'hôtel littéraire Alexandre Vialatte de Clermont-Ferrand que le jury du prix s'est réuni pour désigner les 5 finalistes.

https://www.hotelvialatte.com/wp-content/uploads/sites/369/2015/12/Hotel-Literaire-Alexandre-Vialatte-10.jpg 

Sous la présidence de Franck Bouysse, rien que ça, le jury devra désormais désigner le manuscrit qu'ils jugeront digne d'être publié chez Terres de France

Le Lauréat sera désigner lors du prochain Salon du livre de Royat en octobre 2019. 

Mais en attendant, il est l'heure de vous présenter les 5 finalistes !

   
                                             Bernard Jenatton                 Nahi Moreau 

  
                                         Véronique Pierron                 Elisabeth Raynal

Christian Vialle

Pour en savoir plus sur les auteurs et sur leurs manuscrits, c'est ici
  

mercredi 13 mars 2019

Le vieux qui promenait son chien - Sylvie Ongenae

 

Infos sur le livre

éditions : Lucien Souny
date de publication : 15-03-2019
pages : 192
prix : 16,50€

Résumé éditeur

Samuel Amok a huit ans quand survient le pire drame pour un enfant : un accident lui arrache ses parents, son frère et sa sœur. Mais la vie ne s’arrête pas pour autant : il doit réagir, faire face, et survivre à ce funeste destin. Sans transition, il passe du bonheur le plus complet à la détresse la plus absolue. Dépouillé de tout lien affectif et de tout repère, il se dispersera et adoptera des comportements qui mettront ses jours en péril. Jusqu’à ce que son chemin croise celui d’un vieil homme, Henri, qui promène son chien. C’est l’étincelle qui fait tout chavirer, laissant entrevoir un horizon des plus inattendus. Et la métamorphose opère… 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Lucien Souny grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman plus contemporain d'une auteure dont j'apprécie beaucoup le travail.

De quoi est-il question ?

Le jeune Samuel est enfant heureux, entouré de ses parents, de son frère, de sa soeur et de sa chienne Lulu qu'il aime plus que tôt. Il est bon élève et pratique avec brio le judo. Rien ne semble pouvoir venir troubler ce bonheur jusqu'au jour où une terrible tempête arrache l'arbre de leur jardin, le fait tomber sur la maison et rend l'enfant orphelin alors même était à une compétition.

Dès lors, l'enfant se referme sur lui-même et ni la gentillesse des infirmières à l'hôpital ni la patience de son éducatrice n'y fera rien. Et alors qu'il est confié à la Tata, une mère d'accueil qui ne lui revient pas, l'enfant sage et discipliné qu'il était devient un enfant revêche, en colère, insolent. Prenant en grippe son nouveau maître, il devient même mauvais à l'école.

Pire ! Lorsque l'enfant décide de fuir, il devient agressif et n'hésite plus à s'en prendre à des vieilles dames dans des cimetières. Une pente glissante et vertigineuse sur laquelle s'est embarquée le jeune garçon jusqu'au jour où, par la fenêtre, il repère ce vieil homme promenant son chien. Tout d'abord fort désagréable avec lui, il se découvrira bientôt un ami qui pourrait le faire sortir de sa nuit...

Du côté de la forme...

Impossible, avec le titre de ce roman, de ne pas penser aux romans déjantés Jonas Jonasson... Mais si on y pense, la comparaison s'arrête là ! Et pour ma part, c'est par envie de découvrir un roman sortant du terroir d'une auteure que je suis que je me suis plongée dans cette lecture.

Tout roman débute par un bouleversement. Et ici, c'est dans la vie d'un enfant que va survenir ce bouleversement ce qui n'est pas sans toucher le lecteur. Tout peut avoir lieu mais, lorsque le malheur touche un enfant, le sentiment que nous en avons se décuple. Et ici, la sentence sera atroce pour le jeune Samuel qui perdra toute sa famille par un coup du sort que nul n'aurait pu prévoir.

D'emblée, le lecteur est donc pris aux tripes et ne peut s'empêcher de se dire que le malheur tel qu'il est présenté pourrait le toucher lui aussi. Une belle leçon de vie pour ne jamais oublier ! Le parti pris de l'auteure est de montrer le bouleversement mais aussi de nous offrir un panel des réactions des adultes face à l'enfant. Des réactions  jugées du point de vue de l'enfance ce qui change tout.

Rappelons que l'auteure a fait sa carrière en tant que psychologue pour enfant. Et si cette volonté de mettre l'enfant en valeur était déjà bien présente dans ses précédents romans, il s'agit ici pour elle de nous donner à voir un peu de ces enfances brisées d'aujourd'hui. La psychologue rencontre alors l'écrivaine et le mélange est savoureux !

Mais si ce roman est celui d'une enfance tourmentée, il est aussi celui d'une rencontre. D'une renontre entre deux être, d'une rencontre entre deux générations. Car l'enfant va rencontré un vieil homme et une amitié va naître. Un souffle d'espoir qui fait du bien mais aussi un travail sur l'intergénérationnel qui prouve que l'amitié n'a pas d'âge.

Et ainsi, par le style si fort et si émouvant de l'auteure, nous allons assister à une reconstruction comme nous aimerions qu'il y en ait plus en ce monde. Elle sait faire réfléchir le lecteur sur ses propres chances tout en lui proposant d'offrir cette même chance à d'autres. Elle sait nous faire aimer un personnage que, dans la vraie vie, nous aurions sans doute pris en grippe trop tôt.

En conclusion... 

Voici un roman qui me tentait énormément et dont j'avais très envie de vous parler afin de vous reparler de l'auteure. Celle-ci sort ici du terroir pour nous offrir un roman contemporain en plein dans ce qu'elle connaît le plus : la psychologie de l'enfant. Et elle y parvient à merveille avec un texte qui fait réfléchir sur la vie, sur l'enfance et sur l'amitié.
Un roman à découvrir sans attendre par toutes les générations !

dimanche 10 mars 2019

Le pensionnat de Catherine - Florence Roche

Le pensionnat de Catherine  - Florence Roche   

Infos sur le livre

éditions : France Loisirs
date de publication : 04-03-2019
pages : 304
prix : 16,99€

Résumé éditeur

Dans les années 60, les secrets de la guerre commencent seulement à affleurer… Samuel, jeune professeur, découvre l’origine de son adoption : à 6 ans, il a fui le chalet où des passeurs avaient rassemblé de riches familles juives pour les dépouiller et les abattre. Camille, elle, n’a connu que l’éducation sévère mais juste de sa mère Catherine, directrice de pensionnat, quand l’identité supposée de son père lui est révélée. Dans la région d’Annecy, ils vont se rencontrer et mener ensemble une périlleuse quête de vérité.

Pourquoi ce livre ?

Un nouveau de Florence Roche en exclu France Loisirs ? Je ne pouvais décemment pas ne pas m'y plonger dès sa sortie !

De quoi est-il question ?

Au coeur de la seconde guerre mondiale, une mère tente de fuir en Suisse avec son enfant, Samuel, pour échapper aux rafles qui menacent les juifs. Mais alors qu'elle croit passer les Alpes, cette mère comprend que ces hommes sans scrupule ont le seul but d'amasser la fortune de ceux qui n'ont plus le choix. L'enfant parvient à fuir et ait reccueilli par une famille paysanne.

Des années plus tard, dans les années 60, le jeune Samuel a grandi. Sur son lit de mort, sa mère adoptive lui révèle ce pan de son passé. Dès lors, le jeune homme décide de partie en quête de ses origines. Dans le même temps, dans une pension de jeunes filles, la nouvelle enseignante d'anglais est défenestrée ce qui pourrait avoir lien à l'attitude de la directrice de la pension.

Camille, jeune femme sûre d'elle mais dont les blancs dans ses origines restent une épreuve veut comprendre pourquoi. Ses pas vont la ramener à Annecy, lieu de la jeunesse de sa mère pour une enquête qui va tout changer sur tout ce qu'elle croyait savoir de son histoire. Sur sa route, elle rencontrera Samuel. Ensemble, ils iront jusqu'au bout pour dévoiler les secrets du passé.

Du côté de la forme...

Il est des auteurs comme ça pour lesquels vous ne vous posez pas de questions et dont vous acquerez un nouvel opus avec la conviction que vous ne serez pas déçu. Pour moi, Florence Roche fait partie de ceux-ci et ce nouveau titre m'attirait tout particulièrement.

Si on ne compte plus les romans traitant de la seconde guerre mondiale, certains pans de cette histoire restent très tabous. Et ici, l'auteure s'y confronte en présentant ces passeurs qui demandaient des fortunes aux juifs pour soi-disant les aider à fuir mais qui, finalement, les tuaient sans état d'âme dans les montagnes. Une horreur qu'il n'est pas difficile de mettre en parallèle d'aujourd'hui. 

Si le premier chapitre nous plonge au coeur de l'horreur, l'idée de l'auteur est pourtant de nous ancrer une vingtaine d'année plus tard avec des jeunes gens partant en quête du passé, en quête de leurs histoires respectives et en quête des secrets de leurs familles. Et une nouvelle fois, c'est avec le talent qu'on lui connaît que Florence Roche nous invite dans la vie de ses personnages.

Très vite, les deux histoires vont pourtant se rejoindre avec Camille et Samuel qui vont partir ensemble dans les tourments de l'histoire. Bien sûr, une relation va se tisser entre eux ce qui donne un peu de baume au coeur dans l'effroi que nous ressentons page après page. Car ce roman dévoile combien ne nous savons jamais rien des autres.

Mais si ce roman est historique et dans la lignée du roman familial, une part polar se met doublement en place avec d'un côté la dénestration de cette professeure d'anglais et, de l'autre, l'assassinat du père de Camille, le monstre. Au-delà des secrets de l'histoire c'est donc une véritable enquête au sens premier qui se met en place avec un dénouement que je n'avais pas vraiment vu venir.

Je ne vous surprendrai pas en vous disant que c'est encore avec un plaisir infini que j'ai retrouvé le style si fort, si bienveillant et si fin d'une auteure qui sait mêler les genres, qui sait nous impliquer dans son histoire et qui sait nous faire faire le lien avec notre histoire contemporaine. Et ici, c'est avec beaucoup de soin qu'elle nous confronte à ce tabou de l'histoire qu'il convient de ne jamais oublier.

En conclusion... 

Dès sa sortie, il a fallu que je lise ce roman d'une auteure que je suis avec soin et sur une thématique qui me troublait avant même d'ouvrir l'ouvrage. Autant dire que cette histoire m'a frappée de plein fouet, a su me tenir en haleine et a su m'émouvoir au plus haut point. Florence Roche a su une nouvelle fois nous offrir un roman qui est un vrai tour de force !
Un roman à découvrir sans attendre qui pour moi est un énorme coup de coeur !

samedi 9 mars 2019

Oniriques 2019

Salut à tous,

Ce weekend se tenait le salon du livres des Oniriques à Meyzieu, tout près de Lyon. Et je l'avoue, ma décision pour m'y rendre s'est prise un peu en catastrophe. Du coup, autant dire que ma préparation s'est réduite à un grand néant.

Mais bon... Parfois, cela ne fait pas de mal non plus de ne rien prévoir et de juste se laisser surprendre, se laisser porter par l'ambiance et les rencontres comme au tout début.

Peu avant l'ouverture du salon, je suis sur place. Et je dois dire que je suis assez impressionnée par la foule qui se masse déjà devant les portes de la médiathèque !


Très vite, je comprends que cette foule étonnante est pour la marraine (et star !) du salon : Christelle Dabos ! Une auteure qui attire toujours  un monde fou tout en restant d'une gentillesse et d'une disponibilité sans faille pour ses lecteurs.

 Deux grandes salles composent la médiathèque
 
    

Je n'ai pas prévu de rester très très longtemps mais, d'emblée, je suis plus que ravie de revoir une auteure que j'apprécie immenséement :

Ruberto Sanquer

Et puis, le moment est déjà venu pour moi de faire ma découverte du salon avec une auteure que je n'ai jamais eu l'occasion de lire et dont la personnalité m'a donné envie de tenter l'expérience de lecture.

 Nathalie Somers

Mais il est vrai que pour me remettre dans le bain des salons, j'ai surtout profité de celui-ci pour revoir des auteurs dont j'apprécie le travail et que j'étais contente de retrouver en vue d'acquérir soit leurs nouveautés soit des titres que je n'avais juste pas.

 
Estelle Faye
pour
L'île au manoir

 Jean-Claude Mourlevat
pour
La rivière à l'envers

 Aurélie Wellenstein
pour
Mers mortes
 
 Aurélie Mendonça
pour
L'homme chocolat
 
 Sylvie Arnoux
pour 
Au bout du fil
 
Au détour du salon, j'ai aussi eu l'occasion de revoir Olivier Gay, Camille Brissot ou encore Jean-Luc Bizien pour lesquels j'ai tout bonnement oublier d'apporter des ouvrages à faire dédicacer mais ce n'est que partie remise.


Alors il est vrai que je n'ai pas préparé ce salon autant que je l'aurais dû et n'y suis pas rester autant que je peux rester dans d'autres salons mais pour une reprise je suis plutôt contente en attendant les fameux Quais du Polar à la fin du mois.

Le Val aux Iris - Suzanne de Arriba



Infos sur le livre

éditions : Lucien Souny
date de publicaiton : 13-01-2017
pages : 304
prix : 19,50€

Résumé éditeur

1936. Abuelo et ses trois petits-fils vivent pauvrement à Escurial, mais ils sont heureux... Jusqu'à ce que la guerre civile frappe ce petit village et déchire corps et coeurs. A treize ans, Andrès est le témoin de drames irréparables. Sa vie est en danger. Alors avec son grand frère Pablito, ils franchissent clandestinement les Pyrénées et gagnent la France. Ils seront hébergés par un cousin. Mais la tempête continue de s'acharner car ils arrivent dans un pays en guerre. Andrès doit fuir chez des paysans au grand coeur qui cachent une autre enfant, Sarah. Il la prendra sous sa protection, avant de s'engager dans la Résistance. Lorsque la paix revient, il réalise enfin son rêve et devient peintre. Cependant, rien ne lui apportera le bonheur. Ni le succès, ni les femmes. A l'apogée de son art, pris dans des imbroglios sentimentaux, cet homme, à l'âme brisée, brûlé de l'intérieur, restera toujours un déraciné.

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Souny grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman d'une auteure que dont j'affectionne beaucoup le travail.

De quoi est-il question ?

Nous voici en 1936 au coeur de la guerre civile espagnole. Jusqu'alors, Abuelo et sa famille vivaient heureux mais aujourd'hui, chaque visite en ville est un danger, il convient de se méfier de tout le monde et les êtres se déchirent sans merci. Dans ce monde de violence, les enfants tentent de grandir et les adultes de les protéger.

Mais un jour le drame survient et le jeune Andrès est contraint de fuir vers la France pour tenter de reconstruire sa vie. Il est alors hébergé chez un cousin avant d'être caché dans une famille de paysans où l'adolescent recouvre goût à la vie. D'autant que l'arrivée de la jeune Sarah en pleine seconde guerre mondiale ne va pas le laisser insensible.

Par cette cette enfance et adolescence troublée, Andrès devenu André deviendra un homme seul et en mal de relations sincères et de confiance. Car à l'heure des premières amoures, Andrès reste un homme seul que la modernité ne semble pas atteindre alors même que le monde s'apprête à connaître de grands changements...

Du côté de la forme...

Cela ne fait pas si longtemps que je vous ai déjà parlé de l'auteure mais cet autre titre m'attendant dans ma pal, j'ai eu envie de l'en sortir. Et une nouvelle fois, c'est une sublime découverte que j'ai eu la chance de faire.

Si le roman de terroir est un genre qu'on ne présente plus avec sa vie dans la campagne et ses pans historiques, il est beaucoup plus rare pour les auteurs de mettre en valeur des thématiques hors de nos frontières. Il est donc très appréciable dans ce roman de se plonger au coeur de l'Espagne et, plus important encore, au coeur d'une Espagne à l'histoire significative.

L'auteure nous invite alors à découvrir Andrès, de l'enfance à l'âge adulte. Un garçon puis un homme qui va traverser l'histoire d'un demi-siècle et assister, impuissant, aux plus grandes injustices des conflits. Une manière à la fois forte et intelligente de mettre en valeur tant les vies rurales et les grands événements de l'histoire.

Mais au-delà de ça, c'est aussi l'influence de ce que nous voyons enfant sur nos vies adultes que l'auteure présente. Andrès sera alors tour à tour un personnage que l'on a envie de prendre dans nos bras et un personnage que l'on voudrait giffler. Car au-delà du cadre c'est surtout toute la psychologie d'un personnage qui est mise en évidence.

Il est vrai que l'avancée de le temps est dans ce roman assez rapide avec de nombreuses ellipses temporelles ce qui donne envie au lecteur de "combler" les manques. Mais c'est là ce qui fait la richesse de ce roman avec un personnage plus important que la période historique choisie. Un personnage confronté au dueil, au mal-être mais aussi à l'amour et aux espoirs...

Quel bonheur que de retrouver la plume si douce, si touchante et si bienveillante d'une auteure qui se révèle  être une véritable conteuse dont la poésie est maîtresse dans le style. Et quel bonheur que de découvrir l'histoire selon un point de vue qui tente d'échapper à l'horreur. Par Andrès, c'est aussi l'histoire de tant d'hommes de ce siècle qui nous est rappelée.

En conclusion... 

Voici un roman dans lequel je me suis plongée avec conviction et que j'ai littéralement dévoré en un rien de temps, prise dans l'histoire d'Andrès qui va devoir faire face à tous les tourments de la guerre d'Espagne, de la seconde guerre mondiale et du renouveau du monde. Voici un roman troublant qui rend compte avec finesse des tourments de l'enfance dans nos esprits adultes.
Je ne manquerai pas de vous reparler de l'auteure dès que j'en aurai l'occasion. 

vendredi 8 mars 2019

Silhouette - Jean-Claude Mourlevat

 

Infos sur le livre

éditions : Gallimard jeunesse
date de publication : 03-03-2016
pages : 240
prix : 5,70€

Résumé éditeur

 Lorsqu'elle découvre que son acteur préféré tourne un film près de chez elle, Pauline s'inscrit au casting pour être «Silhouette». Puisque ses jours sont comptés, monsieur Duc tente de se faire pardonner des personnes qu'il a pu blesser au cours de sa vie. Dans le car qui l'emmène en colo, Guillaume décide de retourner délivrer son chat, qu'il a enfermé par erreur dans sa chambre. 

Pourquoi ce livre ?

Cela faisait un petit moment que ce roman me tentait. Le trouvant en occasion, je n'ai pas hésité très longtemps avant de m'y plonger.

De quoi est-il question ?

Une jeune femme voulant figurer dans le film d'un de ses acteurs favoris, un adolescents persuadé d'avoir enfermé le chat dans sa chambre, un homme malade qui veut se faire pardonner ses fautes passées, un père de famille emmenant les siens à Ouessant ou encore un comédien qui oublie sa réplique du célèbre Dom Juan...

Autant de scènes du quotidien qui pourraient arriver à chacun mais qui, toutes à leur manières vont basculer en drame. L'une va se mettre à nue pour réaliser son rêve au risque d'être tromper, un autre va faire confiance aux mauvaises personnes. Un autre encore va voir son passé lui sauter au visage tendis qu'une famille va être confrontée à la dure loi de la société.

10 nouvelles forment ce recueil. 10 nouvelles à chutes par lesquelles le bonheur ne semble jamais possible. 10 nouvelles où le quotidien se transforme en détresse. 10 nouvelles où les bonnes intentions sont toujours trompées au nom d'une société qui ne récompense jamais ceux qui se battent pour changer leurs vies.

Du côté de la forme...

La nouvelle n'est pas forcément le genre que je lis le plus ne serait-ce que parce que vous en parler n'est jamais quelque chose de très aisé. Pour autant, ce recueil me tentait depuis longtemps et c'est avec joie et terreur que je l'ai découvert.
Le tour de force de l'auteur ici est de parvenir à nous rendre attachants des personnages en un temps reccord. Leur naïveté, leur courage, leur envie de faire bouger les choses... autant de bonnes intentions qui vont être trompées. Le lecteur le sait, les personnages l'ignorent. De quoi nous les rendre touchants dans leurs combat contre les moulins à vent.

Pour autant, ils peuvent aussi parfois nous paraître un brin agaçants, ne voyant pas le mal du monde qui les entoure. Alors certes le message est "méfiance" à l'égard de l'adolescent lecteur mais tout de même ! Le lecteur a souvent envie de plonger dans les nouvelles pour secouer les personnages et les empêcher de commettre de terribles erreurs. Cette lecture ne peut alors rester insensible.

Alors même qu'il nous donne à découvrir des personnages de sexes, d'âges et de milieux socio-culturels très différents, l'auteur sait avec finesse créer du sens dans son recuel et tisser du lien d'une nouvelle à l'autre avec toujours ce rapport à la société, ce rapport au caractère inéluctable du malheur à différents niveaux.

Ce que j'aime le plus dans le genre de la nouvelle, c'est la chute. Et ici, je dois dire que j'ai été servie notamment sur les premiers textes. Des premiers textes qui m'ont retourné le cerveau et le coeur. Dommage que les chutes, au fil du recueil, m'aient semblées être de moins en moins fortes et terribles. Ceci dit, la dernière nouvelle est une chute à elle seule qui veut le déplacement !

Avec son style si efficace, Jean-Claude Mourlevat nous plonge dans l'enfer qui peut surgir de n'importe quelle situation banale. Mais l'auteur sait aussi jouer avec son lecteur et le faire réfléchir. La mise en abyme de la dernière nouvelle le prouve : nous ne savons jamais rien de personne et l'écriture est un médium de tromperie pour le plus grand bonheur du lecteur qui s'y laisse prendre.

En conclusion... 

Cela faisait longtemps que j'avais envie de lire ce recueil et c'est plutôt satisfaite que j'en ressors même si je garderai un meilleur souvenir des trois-quatre premières nouvelles et de la dernière qui sont plus fortes et comportent des fins plus efficaces à mon sens. Une belle manière que ce recueil pour faire découvrir ce genre à un lectorat français qui y est un peu allergique.
Un recueil qui m'a donné envie de relire d'autres romans de l'auteur. 

Journal - Sainte Gemma Galgani



Infos sur le livre

éditions : Salvator
date de publication : 12-07-2018
page : 128
prix : 12€

Résumé éditeur

 Depuis l'âge de 21 ans jusqu'à sa mort, à 25 ans, sainte Gemma Galgani vit chaque semaine, du jeudi au vendredi, la Passion de Jésus avec lui. Rédigé sur l'ordre de son confesseur, le Journal de Gemma raconte sa vie amoureuse quotidienne avec Jésus, les visites que lui fait sa Maman du Ciel, ses conversations avec son ange gardien qu'elle pouvait voir, entendre et même toucher, mais aussi ses combats contre le diable, un "petit bonhomme tout noir" et "très laid", qui la roue de coups au point qu'elle ne peut plus se lever le lendemain. Le style de Gemma, simple et direct, n'est pas sans rappeler celui de Thérèse de Lisieux. Véritable écho au Cantique des cantiques, son Journal, qui couvre une courte période de sa vie, révèle une maturité spirituelle impressionnante. Cependant, comme l'écrit le père Philippe Plet, "bien que son expérience soit vertigineuse, la simplicité de Gemma la rend accessible à tous. Cette fille de la Passion nous apprend à prier sans effort, et nous montre combien la relation à Dieu est naturelle". Paradoxe d'une âme d'enfant qui ne devient femme qu'en Jésus, Gemma apparaît comme un modèle d'humilité, de foi, de beauté et d'amour. 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Salvator grâce auxquelles j'ai pu découvrir cet ouvrage qui m'avait assez intriguée sur une figure religieux méconnue mais touchante.

Mon avis...

Née en 1878 et décédée trop tôt à l'âge de 25 ans,  Gemma Galgani s'est très vite vue comme faite pour devenir religieuse, pour consacrer sa vie à Dieu. Très tôt, elle s'est imposé la rigueur d'une vie simple et c'est sous l'impulsion de son confesseur que durant quelques temps elle pris le temps de rédiger un journal retraçant tout cet amour et toute sa foi.

Ce genre de textes n'est pas forcément le genre que je lis le plus souvent mais, de temps en temps, cela change et nous permet de porter un autre regard sur le monde. Un regard auquel nous ne pensons juste pas et qui pourtant existe pour nombre d'individus.

Nous sommes ici dans un journal. C'est donc le style du journal que nous retrouvons. Au quotidien nous allons suivre Gemma dans ses doutes et ses peurs mais aussi dans ses moments de bonheur. Et bien que ce journal ait été commandé, nous ressentons une véritable sincérité dans ces textes qui frappent au coeur.

Gemma Galgani a vécu à la fin du XIX° siècle et il est bien évident que la vie et l'émancipation à l'époque n'étaient pas les mêmes. Pour autant, il est parfois difficile d'envisager dans ce journal le fait que nous ayions à faire qu'à une toute jeune femme. Son vécu et sa volonté donnent le sentiment d'une personne ayant déjà vécu des décennies ce qui est plutôt troublant.

Alors bien sûr, il va être question ici de religion. Mais pour ma part, c'est comme un témoignage que je l'ai pris, un témoignage comme il en existe tant et qu'il convient de ne pas rejeter sur le seul prétexte que nous ne croyons pas à ce qui est dit. D'ailleurs, l'auteure elle-même écrit pour elle sans jamais songer qu'un siècle plus tard des centaines de gens la liront.

De manière sous-jacente, c'est aussi en toute simplicité que l'auteure de ce journal nous révèle des pans de son époque et nous permet d'imaginer la vie dans les couvents mais aussi des aperçus de la vie à l'extérieur entre traditions et coutumes. C'est alors sans le vouloir que Gemma Galgani se fait témoin de son temps.

Le style est somme toute assez étrange. Comme partagé entre une foule de sentiments contradictoires de la part de l'auteure. Comme si cette dernière était coincée entre sa propre envie d'écrire et les ordres de son confesseur, prise entre son jeune âge et son éducation qui la pousse vers une écriture plus poussée. Du coup, le naturel semble presque forcé et c'est dommage.

En conclusion...

J'étais assez curieuse de découvrir cet ouvrage et je suis contente de l'avoir lu même s'il ne s'agit pas là du genre de lectures que je préfère en temps normal. J'ai été heureuse d'entendre la voix d'une jeune femme morte trop tôt et que l'Eglise a rendu sainte. Et puis, j'ai aimé découvrir un peu de l'Italie de l'époque à travers une vraie volonté de vivre. 

jeudi 7 mars 2019

Princesse Kilala, 5 - Rika Tanaka et Nao Kodaka



Infos sur le livre

éditions : Pika
date de publication : 07-09-2016
pages : 176
prix : 6,95€

Résumé éditeur

Guidée par la couronne, Kilala arrive finalement dans le monde d’Aladdin ! Mais Valdou veut soumettre le royaume de Paradisos, et cherche à éliminer Kilala... Où est donc la Septième Princesse, qui pourra sauver le monde ? Voici le dénouement des aventures de Kilala, dont le rêve et l’espoir vont ouvrir les portes de l’avenir !

Pourquoi ce livre ?

Merci à ma coupine Sylvie de m'avoir cet ultime de cette série que je n'aurais sans doute pas pris le temps de découvrir autrement.

De quoi est-il question ?

Le périple de Kilala arrive à son terme. La voici désormais au coeur du royaume d'Aladin pour parfaire la couronne qui lui permettra de sauver le royaume de Kei. Et parce qu'elle est amoureuse, Kilala est prête à tout sacrifier, y compris son bonheur, pour que la paix revienne alors même que le danger rôde encore.

C'est alors que la fine équipe fera la rencontre de Jasmine, la dernière princesse à lui venir en aide, alors même que le cruel Jafar est bien déterminer à leur mettre des bâtons dans les roues. Mais alors que Paradisios est plus en danger que jamais, l'heure des choix sera venu pour Kilala qui pourrait bien être celle qui pourrait sauver le royaume de son prince.

Du côté de la forme...

Lorsque je commence une série, j'aime bien la finir. Parfois cela se fait tout naturellement et parfois c'est dur, très dur. En l'occurence, j'ai vraimenet dû me faire violence pour aller jusqu'au boût en lisant ce tome qui a été l'apothéose de mon sentiment mitigé sur cette série.

Dans ce tome, nous retrouvons donc Kilala alors que la bataille pour sauver Paradisios fait rage et à l'heure où elle va rencontrer sa dernière princesse pour ressouder la couronne. Bref, nous sommes dans la continuité logique de la série, sans surprise ni bouleversement. On apprécie ou pas. Pour ma part, j'ai fini par me lasser de cette histoire très "fifille".

Alors ok nous sommes ici dans un manga pour les jeunes lectrices. Ok les auteures veulent rester dans l'esprit Disney. Ok il ne fallait pas s'attendre à une intrigue incroyable. Mais quand même ! Tout paraît si plat ici ! Si plat avec une fin tellement mais tellement prévisible ! Une fin qui en prime arrive en queue de poisson et semble avoir été totalement bâclée.

Mais pour être honnête, je dois bien avouer que si je n'ai cessé de lever les yeux au ciel au fil de ma lecture le fait que je m'y suis laissée prendre avec l'envie de savoir comment toute cette histoire allait se terminer. Le fait est que Kilala m'est restée attachante et que, comme elle, j'ai eu plaisir à découvrir la "vraie vie" des princesses.

Les auteures sont fan de l'univers Disney, c'est indéniable. Jasmine est mise à l'honneur dans ce tome avec brio et sa représentation est très fidèle à celle qui est la sienne dans le dessin-animé ce qui rend compte du travail de l'illustratrice mais surtout de son talent à nous faire croire à une suite du film que l'on connaît.

Quant au style plus général, l'ensemble reste assez en surface mais il fonctionne avec des dialogues auxquels on a envie de croire et des relations qui font du bien dans un monde où plus personne ne croit en personne. Et il est vrai que dans notre monde de brutes, il est toujours plaisant de s'évader un peu dans un univers plus doux.

En conclusion...

Il est rare que je dise cela mais en terminant ce dernier tome, j'avoue que j'ai fait "ouf". J'ai réussi à finir cette histoire, on n'en parle plus. Car si je conçois le caractère bienveillant et touchant de ce final, j'ai eu beaucoup de mal avec son côté prévisible et ce caractère trop "fifille" pour lequel je pense ne plus être en phase.
Une série à découvrir malgré tout pour tous les fans de Disney.

Inventer les couleurs - Gilles Paris et Aline Zalko



Infos sur le livre

éditions : Gallimard jeunesse
date de publication : 07-03-2019
pages : 48
prix : 11,90€


Résumé éditeur

Hypolite vit avec son papa à Longjumeau. La vie pourrait être grise, avec un papa qui s'échine entre les quatre murs d'une usine, et l'écolee où Hypolite fait l'apprentissage d'une vie avec ses copains Gégé et Fatou. Seulement voilà qu'Hypolite dessine et ses couleurs transfigurent tous ceux qui l'approchent. Et si un enfant pouvait faire grandir les adultes autour de lui ?

Pourquoi ce livre ?

Merci à Gilles Paris et aux éditions Gallimard grâce auxquels j'ai pu découvrir cet album à la couverture magnifique et si intriguante.

De quoi est-il question ?

Hypolite vit seul avec son papa depuis que sa maman est parti avec le papa de Gégé, son meilleurs copain. Et le matin, l'espace d'un instant, l'enfant imagine les folles aventures vécues par sa maman à l'autre boût du monde. Et puis le réveil sonne, son papa se lève, se prépare pour aller à l'usine et lui envisage la nouvelle journée d'école.

L'école... Un lieu d'évasion où l'enfant retrouve ses meilleurs amis avec qui il vit de grands moments qu'eux seuls comprennent. L'école, lieu des premières amourettes et des grandes leçons sur la vie où chaque instant est unique. L'école, refuge de l'enfance qui laisse parfois passer les sourdes douleurs cachées aux yeux de tous.

Du côté de la forme...

Gilles Paris étant un auteur que j'aime bien suivre, c'est sans hésiter très longtemps que j'ai eu envie de découvrir son premier texte d'album jeunesse reflétant d'emblée toute la poésie dont il sait faire preuve dans ses écrits.
Si nous sommes ici dans un album, la réalité est qu'il s'agit plutôt d'un court roman ce qui était je l'avoue une très belle surprise. Et à travers ce court roman, c'est le quotidien d'Hypolite que nous allons suivre. Un quotidien à la fois d'une terrible banalité et, à la fois, témoin d'une enfance troublée. Une banalité que, en outre, l'enfant sait tromper.

 Peu à peu, cette histoire tend de plus en plus vers le conte philosophique où l'enfant est plus à même de comprendre la richesse du monde que les adultes qui l'entourent. Le roman d'apprentissage est là mais, surtout, toute la tendresse entre un pire et son fils donne du baume au coeur. Et puis les bêtises sont bien présentes elles aussi, ces bêtises qui font les rires et les grands souvenirs...

De l'heure où il se lève à l'heure où il quitte l'école pour rentrer chez lui, nous allons donc suivre l'enfant prenant son petit déjeuner, allant à l'école, en récréation et à la cantine. Ecoutant la maîtresse et jouant avec ses amis. Une histoire dans laquelle tous les enfants sauront se reconnaître parce qu'elle est la leur mais pas que.

Pas que parce que ce qu'il transpire de cet album, c'est la poésie. La poésie du quotidien, certes, mais aussi la poésie de l'enfant en train de grandir, la poésie de l'amitié et la poésie des moments simples qui font juste du bien. Tout retranscrit dans l'écriture et rendant cette histoire plus symbolique peut-être mais aussi comme hors du temps.

Cette dualité, elle est également reportée dans l'illustration qui, elle aussi, navigue entre réalisme et onrisme dans un jeu de couleurs impressionnant tout en se rapprochant parfois de la photographie. Photographie artistique mais photographie quand même ! Quelle finesse dans le trait mais également quelle envie d'y plonger sans jamais en ressortir !

En conclusion... 

J'avais besoin d'une lecture d'album qui fait du bien et, avec ce titre, j'ai eu plus que mon compte que ce soit par le texte ou par les illustrations, entre poésie et onrisme. Cet album, c'est celui de l'enfance, l'enfance qui fait grandir dans un quotidien d'où le magique peut sortir. Cet album c'est celui des relations humaines comme nous ne les connaissons plus.
Il est des auteurs à suivre parce qu'ils nous redonnent foi en l'autre et Gilles Paris en fait partie !

mercredi 6 mars 2019

L'impossible définition du mal - Maud Tabachnik

 

Infos sur le livre

éditions : De Borée
date de publication : 13-04-2017
pages : 327
prix : 19,90€

Résumé éditeur

 Viktor Braunstein, commissaire principal à la Direction des recherches criminelles, est dégradé pour avoir voulu faire le ménage dans la bureaucratie moscovite. Sanction immédiate : il est envoyé en tant qu'adjoint au commissariat numéro 1 de Rostov-sur-le-Don. Braunstein commence juste à prendre ses marques dans ce nouvel environnement et découvrir les moeurs de la province, quand l'actualité criminelle le rattrape... Une jeune femme, Hélène Koskas, est retrouvée morte au milieu des bois. Si son identité et son histoire ne font guère de mystères ― elle devait venir gonfler le nombre des femmes slaves sur les trottoirs des capitales européennes ―, c'est son corps, mutilé, qui interpelle. Suivant le mode opératoire de l'assassinat, tout laisse à penser que ce crime porte la signature du tueur cannibale, un dangereux spree killer en cavale depuis plus de dix ans. Si le meurtrier le plus recherché de Russie est dans la région, il n'y a aucune raison pour qu'il ne récidive pas dans les jours prochains. L'enquête commence... Un récit sombre au plus profond de la Russie d'aujourd'hui : une nation qui se cherche entre la postérité des tsars, un mythe soviétique décadent et le pouvoir actuel conservateur et autoritaire. 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce roman d'une auteure maîtresse du roman noir que je n'avais jamais vraiment pris le temps de lire.

De quoi est-il question ?

Dans les bois, quelque part en Russie, une femme est retrouver morte et terriblement mutilée. Elle s'appelait Hélène Koskas et faisait partie de ces femmes destinées à quitter leur pays en vue de rejoindre les réseaux de prostitution française. C'est Viktor Braunstein, nouvellement muté dans les parages suite à une erreur personnelle, qui est mis sur l'affaire.

Très vite, il comprends que ce crime atroce n'est que la nouvelle oeuvre de celui que les autorités poursuivent depuis des années, celui qui a déjà provoqué un nombre incalculable de victimes. Celui qu'ils pourchassent est un cannibale notoire et certain de sa toute puissance. Pour les enquêteurs cela ne fait pas de tout, il récidivera bientôt.

Mais dans le même temps, en Russie, la politique en place ne semble pas être à même de faciliter les recherches des enquêteurs. Car dans un pays où ce qui fâche doit rester très secrets, les enquêteurs devront faire preuve d'une grande finesse pour toucher au but et mettre un terme à l'horreur dans un pays cherchant à se départir de son histoire.

Du côté de la forme...

Comment se prétendre amateur de polars et de romans noirs sans jamais avoir lu de romans de Maud Tabachnik ? Pourtant, je dois bien avouer que cela était mon cas et que cette auteure manquait à mon palmarès de lectrice. Erreur enfin rattrapée !
Nous voici en Russie, au coeur d'une politique du secret et du silence. Une politique où il ne fait pas bon s'opposer au pouvoir en place. Et c'est dans cette ambiance déjà peu reluisante qu'une enquête va être menée à la recherche un meurtrier cannibale. Bref, l'auteure sait créer une ambiance prenante et dans laquelle le lecteur est pris comme dans un tourbillon.

L'horreur, voilà qui ne fait pas peur à l'auteure qui n'hésite pas à nous dévoiler la réalité un pays mais également la réalité des réseaux de prostitution pour aller jusqu'à l'effroi des descriptions des corps et des crimes. Des réalités non édulcorées auxquelles il faut s'accrocher mais qui fonctionnent et qui frappent avec force !

Le but de ce roman est le polar et l'auteure maîtrise son art pour nous propulser dans une enquête qui, au départ, peut surprendre et nous laisser nous demander où on va. Mais tout de met très vite en place pour un ensemble qui fonctionne, qui fonctionne parce qu'il est bien mené mais aussi parce tout s'emboîte et parce que le décors joue de cette intrigue.

Il est vrai que j'ai eu un peu de mal avec le personnage de l'inspecteur auquel j'ai eu du mal à m'attacher. Mais est-ce le but ? Car finalement, dans ce roman connaissant une alternance entre l'enquête et la parole du monstre, c'est la parole du monstre qui frappe le plus. Quel dérangement que d'être dans la tête du coupable mais quel coup de génie également pour perturber le lecteur.

Le style de Maud Tabachnik, c'est un style fort et sans dentelle, un style qui nous plonge et nous met face aux pires tourments de l'humanité, un style qui n'hésite pas à aller au plus loin de l'horreur. Et si l'auteure précise bien que ce roman est issu de faits réels, il n'en reste pas moins qu'elle nous donne tout à vivre dans une écriture qui lui est propre et reconnaissable entre tous.

En conclusion... 

Cela faisait un petit moment que ce roman m'attendait et je suis ravie d'avoir enfin pu m'y plonger  entre deux lectures plus "douces". Ici, c'est la force, c'est l'horreur, c'est la dure réalité sur laquelle nous fermons les yeux que l'auteure nous impose avec tout le brio dont elle sait faire preuve dans sa maîtrise du roman noir !
Je vous reparle très vite d'un autre de ses romans ! 

Quasimodo - John A. Rowe

 

Infos sur le livre

éditions : Minedition
date de publication : 09-10-2010
pages : 30
prix : 14€

Résumé éditeur

 Paris à vol d'oiseau... Du haut des tours de Notre-Dame, un corbeau se souvient et nous raconte l'histoire qui s'est passée ici même, il y a bien longtemps. Une histoire d'amour entre Quasimodo et Esméralda. Elle, belle comme le jour. Lui, noir comme la nuit et plus laid que le plus laid des chiens qu'on n'ait jamais vu sur terre... Le monde fascinant de Notre-Dame de Paris, revisité avec humour par un John A. Rowe plus mordant que jamais. 

Pourquoi ce livre ?

C'est lors d'une commande sur le site Maxilivres que je me suis fait plaisir avec acquérant cet album à la très belle couverture et reprenant un roman dont je suis fan.

Mon avis...

Tout commence au XV° siècle lorsqu'un petit être hideux est laissé aux portes de la cathédrale de Paris. Le gardien le reccueille mais ne peut s'empêcher d'être lui aussi horrifié par cet être atroce qui ne cesse de s'enlaidir de jour en jour. Jusqu'au jour où ne supportant plus sa solitude l'être affreux décide de descendre dans les rues de Paris.

Notre-Dame de Paris est sans doute LE texte classique que je préfère et dont j'ai lu et vu le plus grand nombre de réécriture. Cet album en constituant une de plus, je n'ai pas mis longtemps à me laisser tenter même si je ne sais trop que penser à l'issue de ma lecture.

Au niveau du texte, nous sommes dans l'histoire de Quasimodo et Esméralda, sans fioriture arrangement. L'auteur sait reprendre le texte classique en l'adaptant à la compréhension de la jeunesse mais sans virer à la sauce Disney : la fin de l'album étant toute aussi tragique que celle du roman d'origine. Une belle manière de confronter les enfants à des fins terribles.

Mais si nous sommes ici dans une fidèle reproduction du texte que Victor Hugo, certains détails du texte interrogent et font basculer la réécriture dans quelque chose de plus fantaisiste, quelque chose de plus intriguant. Car comme dans nombre d'albums jeunesse, ce sont les animaux qui sont personnages et ici, tous les personnages du roman que nous connaissons deviennent chats et chiens.

Du coup, il est vrai que ce mécanisme fait tout le charme de la réécriture ici mais un charme qui reste discret et ne prend pas le pied sur le texte classique. C'est d'ailleurs surtout par le travail d'illustration que le lecteur est amené à comprendre. Une entreprise intelligente même si je dois reconnaître que les illustrations n'ont pas été à la hauteur de ce que me faisait attendre la couverture.

Il est vrai que l'humour est alors très présent ici ce qui est plutôt appréciable. D'autant que l'humour n'est pas là avec ses gros sabots. Bien au contraire. L'humour est ici très fin et très délicat avec un parti pris de considérer l'intelligence du lecteur. Un humour trompé par une part plus sombre qui rend cet album bien différent à l'égard des plus jeunes.

Si pour le texte il est difficile de définir un style, l'auteur s'inspirant très largement de Hugo, nous repérons dans l'illustration une véritable patte graphique comme nous en avons peu l'habitude. Une patte graphique sombre qui change des univers très lumineux des albums tels que nous les connaissons. Une patte qui fait réfléchir.

En conclusion... 

Voici un album s'inscrivant dans ma passion des réécriture et surtout des réécritures d'un de mes classiques favoris. Et si j'ai aimé le parti pris et le style de l'auteur, si j'ai apprécié le fait qu'il reste au plus proche du texte d'origine, je reste un peu sur ma faim avec cette lecture dont certaines planches manquent peut-être un peu de clarté.
Je ne connaissais pas du tout cet auteur et aimerais découvrir d'autres de ses livres issus de sa seule imagination. 

mardi 5 mars 2019

La malédiction de Sainte-Marthe - Bernard Farinelli



Infos sur le livre

éditions : Lucien Souny
date de publication : 10-10-2015
pages : 208
prix : 6,50€

Résumé éditeur

 Sur une petite route de campagne, sans que rien ne le laisse présager, Jean-Baptiste Monge voit l'automobiliste qui le précède faire un écart pour écraser délibérément un hérisson. Dans les jours qui suivent, encore sous le choc, cet homme, jusque-là sans problème, sombre peu à peu dans une dépression sans nom. Il part se reposer à la montagne. Alors qu'un grand découragement s'est emparé de lui, il fait la rencontre de Claire, une jeune aveugle, dont la famille est victime d'une étrange malédiction, une histoire vieille de cent trente ans qui trouverait son origine dans le meurtre d'un prêtre par une bande de braconniers. Epris de Claire, Jean-Baptiste décide alors de mener l'enquête et de remonter le cours du temps pour que soit enfin levée la terrible malédiction. Trouvera-t-il en lui la force, à la manière des pèlerins de jadis, de rebâtir pierre à pierre cette chapelle de Sainte-Marthe à l'abandon près de laquelle le malheureux prêtre fut assassiné ? Et sera-t-il délivré à son tour en comprenant que le hérisson détruit sous ses yeux n'était peut-être, en vérité, qu'un signe placé sur son chemin ? 

Pourquoi ce livre ?

Cela faisait longtemps que ce roman attendant dans ma pal et dans un moment où je lis beaucoup cette maison d'édition et où j'ai envie de vider ma pal, cette lecture était idéale.

De quoi est-il question ?

Tout commence à la fin des années 1860 lorsque, dans un petit village du Centre-France, un prêtre est retrouvé assassiné. Dans ce village où tout le monde se connaît, il n'en faut pas plus aux habitants pour déjà envisager qu'une malédiction vient de s'abattre sur eux. Et les générations passant, une sourde crainte continue d'alimenter les croyances locales.

Jean-Baptiste est un homme sans histoire jusqu'au jour où, en voiture, il voit l'automobiliste le précédant écraser délibérément un hérisson alors même qu'un campagne récente milite pour la protection de ces animaux. Un choc pour cet homme qui a bien du mal à comprendre un tel comportement. L'occasion pour lui d'aller passer quelques jours à Sainte-Marthe pour se reposer.

Mais une fois entre les limites du village, Jean-Baptiste découvrir d'anciennes croyances encore bien présentes qui donneraient à croire que toute une famille est maudite depuis la mort de Léon Farvel des décennies plus tôt. Tout en se laissant séduire par la jeune Claire, l'homme mènera sa propre enquête pour libérer cette famille et se libérer lui-même.

Du côté de la forme...

Une région que j'adore, un village porteur d'un lourd mystère et d'un secret, un personnage un peu troublé et une relation amoureuse naissante... Un cocktail prometteur et parfait pour un roman du genre comme on les aime.

Dans les premières pages de ce roman, nous sommes plongés dans le caractère historique d'un village, au XIXème siècle avec l'assassinat d'un prêtre ce qui n'est déjà pas banal. Au niveau de l'intrigue l'occasion d'aller très loin, au niveau littéraire l'idée de montrer comment peut être lancée une "malédiction" et une histoire de village.

Puis nous nous retrouvons à notre époque avec un Jean-Baptiste qui va, à l'instar du lecteur, découvrir peu à peu des personnages hauts en couleurs et va faire preuve d'une forte sensibilité. Le lecteur ne peut qu'être au même niveau offusqué par cet automobiliste indélicat qui va écraser ce hérisson non sans se poser la question : pourquoi ?

Et même si cette entrée en matière peut sembler être un prétexte, le fait est que ça marche et que le lecteur s'y laisse prendre. Il s'y laisse prendre mais, surtout, il se laisse prendre à l'intrigue du village et à la relation naissante et touchante entre Jean-Baptiste et Claire. Pour autant, parfois, j'ai eu le sentiment d'un trop plein au détriment de l'intrigue elle-même.

Mais ce qui est très fort avec ce roman, c'est la part de symbolique qu'il porte avec un vrai portrait d'un petit village et une réflexion sur l'influence de nos vécus et des paroles de nos parents sur nos propres vies. Et si l'intrigue est belle, ce sont surtout les leçons à en retenir qui marquent le lecteur avec surtout un sentiment global de bien-être à la fin de la lecture.

Car c'est une bienveillance sans faille qui transpire du style de l'auteur et c'est un sentiment de pleinitude qui submerge le lecteur au fil des pages. Avec finesse l'auteur nous plonge dans l'Aubrac et dans les sentiments de ses personnages. Avec force il nous invite à la découverte des histoires de villages et nous embarque jusqu'à une fin forte en émotions.

En conclusion... 

Voici un roman qui m'attendait depuis trop longtemps et dont je suis très heureuse d'avoir enfin pris le temps de vous parler. Voici un roman qui se passe dans une région que j'adore, une région que l'auteur a si bien su retranscrire. Voici un roman qui nous rappelle toute la force des petits villages et de leurs histoires dans une belle part symbolique qui fait du bien.
Ce roman était le premier que je lisais de l'auteur mais sans doute pas le dernier. 

lundi 4 mars 2019

La maison des morts - Sarah Pinborough



Infos sur le livre

éditions : Milady
date de publication : 21-10-2016
pages : 384
prix : 16,90€

Résumé éditeur

La vie de Toby bascule suite à un simple test sanguin. Au beau milieu d'une île déserte, une poignée d'enfants mène une existence hors du temps, sous la surveillance impassible d'une équipe d'infirmières. Arrachés à leurs familles, les Déficients vivent dans la crainte du moindre symptôme indiquant qu'il est temps pour eux d'être conduits au sanatorium, là d'où personne ne revient. Loin des siens, replié sur lui-même, Toby attend la mort et lutte contre la peur et le désespoir. Mais l'arrivée d'une nouvelle patiente lui redonne brusquement une raison de vivre et d'espérer. 

Pourquoi ce livre ?

Après avoir adoré la série Poison, Charme, Beauté, j'avais hâte de retrouver l'univers de l'auteure. Un résumé super tentant et une couverture magnifique pour ce nouveau roman m'ont convaincue.

De quoi est-il question ?

Toby, comme tant d'autres adolescents, ont vu leur vie s'arrêter le jour où ils ont été déclarés "déficients" et qu'ils ont dû intégrer le manoir, ce manoir nommé "la maison des morts". Et malgré leurs doutes personnels, c'est ensemble qu'ils doivent vivre refoulant leurs désilusions de ne pas avoir pu atteindre leurs 18 ans, âge auquel ils auraient été sauvés.

Regroupés dans un sanatorium, ils n'existent plus aux yeux du monde et n'ont aucun espoir d'échappatoire. Pourtant, la soif de liberté grandit en eux.  Ils sont encadrés par des soignants qui tentent autant qu'ils le peuvent d'apporter un peu d'harmonie et de bonne humeur mais chaque nouvelle arrivée reitère les tensions.

Car Toby est un garçon qui cache son mal-être par une agressivité et une volonté de commander refusant que quiconque accepte sa situation et y trouve son compte, trouve même la quiétude. Jusqu'au jour où Clara, une jeune fille qui ne le laisse pas indifférent, arrive au manoir, bien décidée à ne pas se laisser marcher sur les pieds.

Du côté de la forme...

Tout commençait pourtant bien... Un manoir isolé dans lequel vivent des adolescents "déficients", un mystère sur leurs relations... et un objet sublime ! Mais au sortir de ma lecture, c'est un immense sentiment de déception que je ressens à mon grand damne.

C'est plutôt confiante que j'ai débuté cette lecture. Le cadre m'intriguait, les personnages me touchaient et le mystère prenait. Bref, un cocktail efficace qui me donnait envie de savoir de quoi il retournait. Un cocktail qui me laissait imaginer des hypothèses avec l'envie de les vérifier où d'aller dans complètement autre chose imaginé par l'auteur.

Malheureusement, la mise en place du cadre est non seulement très longue mais elle, de plus, un peu contre-productive. Très vite, le lecteur attend qu'il se passe quelque chose mais non... Il attend aussi de comprendre la situation des adolescents mais les explications qui lui sont fournies lui semblent un peu fantaisistes et sans réel intérêt ou logique.

L'attente est maîtresse dans cette intrigue ce qui n'a pas été sans me faire penser au Désert des Tartares, symbolique d'une vie perdue à attendre ce qui n'arrivera jamais. Une attente trompée par des querelles entre adolescents mais des querelles qui m'ont malheureusement assez vite lassée notamment avec Toby dont le comportement m'a passablement agacée.

Quand l'action va se mettre en route, on n'y croit plus vraiment et c'est dommage. Certes les choses bougent, les ados vont tenter de fuir et de comprendre leur situation tout en vivant des situations personnelles touchante mais tout cela semble artificiel et peut-être aurais-je préféré que l'auteure reste dans l'attente rendant compte d'un genre littéraire précis. Ici, on a le sentiment qu'elle n'ose juste pas.

Pourtant l'auteure sait nous offrir un texte bien écrit, des personnages forts et une réflexion sur la vie qui n'est pas anodine. Elle sait jouer avec les codes de la littérature et faire du mystère une clé incroyable. Mais elle semble se fraîner et ne pas oser aller au plus loin de ses idées ce qui est regrettable alors même que l'intrigue semble s'achever de manière trop banale.

En conclusion... 

Voici un roman que j'attendais avec impatience et que je suis contente d'avoir pu lire mais duquel je ressors malheureusement déçue. Le fond de l'intrigue aurait dû arriver soit beaucoup plus tôt soit jamais pour un vrai parti pris. Ici, l'auteure ne va pas assez loin dans une intrigue qui aurait pu être exceptionnelle mais reste trop en surface.
Un roman à découvrir par vous-même pour vous faire votre propre idée. 

dimanche 3 mars 2019

Double fond - Elsa Osorio

 

Infos sur le livre

éditions : Métailié
date de publication : 18-01-2018
pages : 400
prix : 21€

Résumé éditeur

Une femme, médecin sans histoire, est retrouvée noyée près de Saint-Nazaire. La jeune journaliste locale ne croit pas à la thèse du suicide et remonte le fil : elle découvre l'horreur de la dictature argentine, et un étrange échange de mails entre un jeune homme en colère et une femme qui a bien connu cette période. Parallèlement, une mère raconte à son fils pourquoi il a dû grandir sans elle. Perdue dans les marécages de la dictature militaire, cette militante révolutionnaire a échangé sa liberté contre la vie de son enfant et accepté de collaborer avec la dictature, en particulier au Centre pilote de Paris. Traître aux yeux de tous, avec la survie pour seul objectif, elle va disparaître.

Pourquoi ce livre ?

C'est dans le cadre d'une rencontre avec l'auteure à la fac puis d'un travail à rendre sur un roman de la dite auteure que je me laissée tenter par ce titre.

De quoi est-il question ?

A notre époque, près de Saint-Nazaize, une femme médecin est retrouvée morte et tout laisse croire à un suicide. Même si la femme en question n'aurait eu aucune raison de commettre ce geste irrémédiable. Et parce qu'elle n'y croit pas, une jeune journaliste va décider de mener sa propre enquête pour comprendre.

Il y a des années, sous la dictature argentine, une femme a été contrainte d'abandonner son fils pour le protéger, le protéger d'une société qui ne pardonne pas et qui met à mal tous ceux qui tentent de se rebeller contre le gouvernement en place. Et cette femme est bien décidée à faire valoir sa liberté même si elle doit le payer cher.

Cette société, la journaliste française va la découvrir et va devoir se plonger dans les souvenirs et les archives pour comprendre, comprendre la mort d'une femme sans histoire, comprendre l'histoire méconnue d'un pays et d'une femme qui a dû aller très loin pour sa liberté et sa vie face à des hommes sans merci.

Du côté de la forme...

L'argentine, ce n'est pas la nationalité que l'on rencontre le plus en littérature ce qui, d'emblée, m'a tentée. Quand l'auteure de vous parler de son pays par le biais d'un polar, voilà qui ne peut qu'intriguer. Ajoutez-y une parole convainquante de la dite auteure et c'est gagné.

Tout commence donc par un cadavre, comme dans tout polar qui se doit. Le cadavre d'une femme qui semble s'être suicidée mais le lecteur comprend très vite que cela n'est qu'apparence pour mettre en valeur une journaliste qui va mener l'enquête. Un polar en bonne et due forme en somme, un polar qui fonctionne et dans lequel on se laisse prendre.

Mais ce roman est loin d'être un seul polar pour se détendre, bien au contraire. Ce roman est aussi et surtout un médium pour l'auteure pour parler de son pays et de ce qui, des années durant, est allé mal dans son pays : la dictature, la place des femmes, les meurtres et les tortures. Souvent, nous ignorons tout de la dictature argentine et l'auteure nous en dévoile ici un terrible panorama.

Et parce que, en alternance, le lecteur va découvrir l'histoire d'une femme dans le passé, parce qu'il semble s'éloigner de l'intrigue "polar", il s'aperçoit qu'il est plongé dans un roman plus sociétal d'une auteure qui "parle". Il est bien difficile d'imaginer la réalité de cette époque et pourtant... Tout cela a travers l'histoire d'une mère qui ne peut que nous toucher.

Malheureusement, si tout était là pour me convaincre, j'ai eu un peu de mal avec cette lecture pour laquelle j'ai ressenti trop de longueurs et de trop longues scènes historiques qui m'ont fait perdre le fil. Dommage. Dommage car au final j'ai eu le sentiment de ne pas me laisser porter autant que je l'aurais voulu par l'intrigue globale.

L'auteure a travaillé sa langue dans son roman, c'est indéniable. Rien n'est laissé au hasard et le lecteur n'est pas ménagé. Les descriptions sont parfois terribles et pourtant l'émotion est là elle aussi jusqu'à une fin au plus haut niveau. Peut-être aurait-il été bien que l'auteure s'offre la liberté de se faire davantage plaisir.

En conclusion... 

Ce roman n'est pas le genre de romans que je serais allée découvrir par hasard et suis donc ravie que le hasard s'en soit mêler pour me permettre de découvrir. J'ai été frappée par tout ce que j'ai appris de la dictature argentine et ai aimé suivre le polar. Mais malheureusement quelque chose n'a pas pris sur moi dans cette lecture qui est tout porteuse d'une grande qualité littéraire.
Une auteure à découvrir et que j'espère bien relire avec autre chose.