mercredi 17 avril 2019

Le berger et son étoile - Béatrice Bourrier



Infos sur le livre

éditions : Lucien Souny
date de publication : 10-04-2014
pages : 176
prix : 15€

Résumé éditeur

Basile est un homme simple, au tempérament tranquille, heureux entre ses brebis et ses étoiles qu il contemple les nuits de transhumance. Passionné par les mérinos, il perpétue la tradition des bergers. Le destin va se rappeler à lui sous la forme d une femme, une Italienne aussi belle que pauvre, qui se présente à la porte de son mas un jour d hiver, avec deux mouflets accrochés à ses jupes. Elle n a ni toit, ni pain. Il les recueille. Il connaîtra les tourments de la passion pour Angelina sans jamais pouvoir le lui avouer. Parallèlement, à vivre auprès d eux, il s attachera aux garçons, à Lucas en particulier, le plus jeune, lui réservant un amour paternel très puissant. Un bonheur fou dans le c ur du vieux berger un peu bourru. Hélas, sa déesse grecque a un mari, qui s échappe des prisons italiennes. Il retrouve femme et enfants et les enlève à Basile. Cependant, Lucas continue régulièrement à fréquenter le berger qui constate que ce gamin grandit mais ne perd rien de sa douceur. Insolite douceur qui, un jour, dans ce clan de barbares - un père violent et un frère aîné viril - le brûlera... 

Pourquoi ce livre ?

Découvrir un coup de coeur d'éditeur est toujours une émotion toute particulière et bien que ce titre remonte un peu, c'est avec plaisir que j'ai lu ce roman d'une auteure que je ne connaissais pas.

De quoi est-il question ?

Dans le courant des années 1970, Basile est un vieux garçon vivant avec ses parents et dont le quotidien est rythmé par une vie de berger qui le prend aux trippes. Une vie bien cadrée, en somme, que rien ne semble pouvoir venir perturber. Mais un soir, on frappe à la porte. La famille découvre alors Angelina, une italienne bien mystérieuse, accompagnée de ses deux enfants.

N'écoutant que leur bon coeur, les parents de Basile offrent le gite et le couvert à cette petite famille arrivée sans rien. Un repos promis pour cette femme et ces enfants un peu perdus. Et l'occasion pour le jeune Luca de découvrir en Basile une figure paternelle alors même que, de jour en jour, l'homme s'attache de plus en plus à l'enfant.

Et peu à peu, la joie de vivre semble reprendre le dessus dans une nature appaisée. Mais bientôt, la quiétude prendra fin entre un retour du passé et un avenir incertain. Car si un père italien va ressurgir, il va aussi s'agir pour Luca d'accepter et de faire accepter une différence insoutenable dans une époque et un cadre où rien n'est encore simple...

Du côté de la forme...

Cela faisait un petit moment que j'avais envie de lire un roman de cette auteure et même si je ne pensais pas commencer par celui-là,  c'est pour moi un bonheur que de vous en parler enfin et pour un texte incroyable.

Nous sommes ici dans du roman de terroir, cela ne fait aucun doute. Mais un terroir relativement moderne puisque nous sommes dans les années 1970 ce qui n'est en soi pas désagréable avec des questionnements de régionalisme, certes, mais aussi des réflexions plus modernes et symbolique d'une époque en changement.

Au niveau émotionnel, l'auteure débute très fort avec une rencontre improbable entre une famille un brin rustique et une femme de toute élégance. Ce décalage est fort et pourtant poignant. Le mystère est complet et il est touchant de voir Angelina évoluer peu à peu au sein d'un cadre auquel elle n'était pas préparée.
 
Mais finalement, tout est orchestré pour préparer la rencontre entre deux être un peu perdus, entre deux être ayant un besoin viscéral de trouver un confident et une famille en microcosme : Basile et Luca. Car rien ne semblera pouvoir percer la coquille enfermant ces deux-là et le lecteur lui-même a le sentiment d'être intrusif dans cette relation privilégiée.

Et puis, ce roman va aussi être l'occasion pour l'auteure de poser de vraies et terribles questions encore trop d'actualité aujourd'hui. Les poser, oui, mais tout en finesse alors même qu'il va s'agir pour le lecteur de découvrir le métier de berger dont il n'aura souvent que guère conscience avant cette lecture. Un cocktail idéal en somme qui change de ce que l'on connaît du terroir.

Quant au style de l'auteure, c'est surtout et avant tout la poésie que j'en retiendrai. L'écriture est fluide et pleine de sens, chaque mot est choisi avec soin. Le lecteur est invité à se questionner mais sans que ces pistes de réflexion ne dévorent l'intrigue. Une intrigue portée surtout par une amitié intergénérationnelle qui fait du bien, qui est belle et bien décrite, qui fait rêver.

En conclusion... 

Voici un roman que je n'aurais pas spécialement lu mais pour lequel j'ai été tentée et qui m'a permis de finalement passé un moment de lecture comme je les aime. Un moment à la fois plein d'émotion, de tendresse et de force qui reste gravé. Seul l'ellipse entre l'enfance et l'âge adulte de Luca m'a semblée un peu rapide. Dommage.
Voici un roman qui a de très près frôlé le coup de coeur grâce à une rencontre, un destin, qui nous marquent avec force. 

samedi 13 avril 2019

Entre deux mondes - Olivier Norek



Infos sur le livre

éditions : Pocket
date de publication : 08-11-2018
pages : 384
prix : 7,50€

Résumé éditeur

Adam a découvert en France un endroit où l'on peut tuer sans conséquences.

Pourquoi ce livre ?

Depuis le temps que j'attendais de pouvoir découvrir ce roman, j'ai été ravie de pouvoir me le procurer lors de la dernière Foire de Brive-la-Gaillarde.

De quoi est-il question ?

Dans un pays ravagé par la guerre, Adam, policier de son état, rêve pour sa famille de liberté, de sécurité et d'espoir. Bref, il rêve pour elle de l'Angleterre et a entrepris de vendre tous leurs biens pour leur offrir le voyage avant de les rejoindre. Mais lors de ce voyage, rien ne se passera comme prévu dans l'enfer des migrations.

Car lorsqu'il arrive dans la Jungle de Calais, Adam n'a de cesse de retrouver les siens mais nul ne semble savoir ce qu'ils sont devenus. C'est là qu'il s'attache à un enfant ayant vécu le pire pendant la traversée et qu'il decouvrira l'enfer de cette zone où seule la loi du plus fort compte, Une zone où des crimes ont lieu sans que la police n'intervienne.

Le hasard permettra à Adam de rencontrer Bastien, jeune capitaine venant d'être muté à Calais sans qu'il ne s'attende une seconde à l'effroi auquel il va bientôt devoir faire face. Ensemble, les deux homme tenteront d'apporter un peu d'humanité et un souffle pur dans un monde en perdition alors même que tout semble perdu...

Du côté de la forme...

Plonger dans un roman d'Olivier Norek, c'est à coup sûr plonger dans un polar hors norme qui vous marquera longtemps. Et étant donné le bruit qu'a fait ce roman-ci, je savais qu'il me faudrait le lire mais le lire au bon moment.

Certes, pour plein de raison, ce roman reste classé dans les polars. Et à juste titre car il s'agira bien dans ce roman de résoudre à la fois des crimes commis et à la fois de comprendre la disparitions de la famille d'Adam. Et comme toujours, Olivier Norek sait nous plonger dans son intrigue avec force de conviction sans nous lâcher une seconde.
 
Mais pour autant, là n'est pas l'essentiel de ce roman qui, avant toute chose, est un roman social, un roman témoin d'une horreur qui a alimenté tous les médias durant des mois. Et s'il est une chose certaine, c'est qu'une fois ce roman achevé notre regard occidentale plus ou moins influencé par ce qu'il a vu ou entendu ne verra plus jamais les choses pareilles.

Car ici, l'auteur nous plonge au plus proche des espoirs et des rêves des migrants mais aussi des épreuves de la traversée et de l'enfer à l'intérieur de la Jungle où la crasse rencontre la violence. Une manière bien différente de nous présenter les choses mais aussi de nous rendre compte du courage de ces hommes et de ces hommes rêvant d'une vie un peu meilleure.

Et au-delà de l'horreur, c'est une très belle histoire d'amitié que l'auteur va nous offrir entre Adam et Bastien, deux policiers fiers de leurs convictions et de leurs valeurs. Une rencontre qui va tout changer au niveau de l'intrigue, certes, mais qui fait aussi beaucoup de bien et redonne foi en l'âme humaine.

Et quand un roman d'une telle force nous est offerte par la plume à la fois si ardente et si efficace d'Olivier Norek, la sauce ne peut que prendre. Car toute la force de cette écriture, c'est de nous présenter des personnages auxquels on croit, une description au plus proche du réel qui nous bouleverse et pour une intrigue dans laquelle on se laisse prendre de bout en bout.

En conclusion... 

Ce roman, j'attendais de le lire depuis sa sortie et je suis ravie d'avoir enfin pu m'y plonger tout en pouvant dire désormais que je comprends tout l'engoûment qu'il a suscité. Car ce roman ne ressemble en rien à tous les romans qu'il est possible de lire, ce roman est un roman unique et important que chacun devrait avoir lu pour remettre les pendules à l'heure.
Que dire d'autre sinon que ce roman est un énorme coup de coeur. 

jeudi 11 avril 2019

L'iris du Luxembourg - Marilou Constant



Infos sur le livre

éditions : Lucien Souny
date de publication : 15-03-2019
pages : 336
prix : 19,50€

Résumé éditeur

Quand on aime les femmes, le jeu, la poésie et qu'on rêve d'aventures et d'horizons lointains, peut-on raisonnablement envisager de devenir prêtre ? C'est en tout cas ce que semble croire la mère de Jean-Charles, qui refuse de voir que les penchants de son fils ne sont pas compatibles avec ses desseins pour lui. Véritable dilemme pour le jeune homme... Pourtant, avant la fin de ce bel été qui s'ouvre devant lui, il aura fui son envoûtante Corse natale. Pour Paris d'abord, où il fréquentera aussi bien les cabarets enflammés de Montmartre que les salons mondains. Puis, carte de presse en poche, il s'embarquera vers une autre île, à l'autre bout du monde, dans les Antilles espagnoles, où il abordera en pleine guerre hispano-américaine. 

Pourquoi ce livre ?

Entre la poésie du titre et celle de la couverture, ce titre m'avait beaucoup attirée avant même sa parution et c'est avec avidité que je m'y suis plongée.

De quoi est-il question ?

A la fin du XIXème siècle, Jean-Charles vit avec sa famille, en Corse. Alors que sa mère souhaiterait pour lui de le voir devenir prêtre, le jeune homme pour sa part est plus attiré par les femmes et par une vie de relative frivolité. Pourtant, alors que l'été est la saison des amoures et des moments de bonheur absolu, Jean-Charles a d'autres rêves.

Car à la fin de l'été, Jean-Charles part pour Paris où sa passion des femmes ne fait que s'accroître alors même qu'il n'oublie pas sa région natale et celles qu'il a eu le bonheur de connaître. Car le rêve de Jean-Charles est de percer dans le domaine de la presse alors même que les hauts milieux de la capitale comprennent qu'il faudra faire avec lui.

Carte de presse en poche, Jean-Charles part pour les Antilles. Mais lui qui n'avait jamais vraiment connu de véritables épreuves va découvrir un univers à mille lieues de ce qu'il connaissait, un univers de dangers où rien ne sera simple et où la douceur du foyer sera pour lui le souvenir qui lui permettra de tout affronter.

Du côté de la forme...

Il y a les livres que vous lisez pour leur auteur, ceux que vous lisez pour leur intrigue ou encore ceux que vous lisez, en toute superficialité, pour leur couverture. Et puis il y a ceux, plus rares, que vous lisez parce que vous faites confiance à un éditeur sans même chercher plus loin.

C'est donc sans hésitation que je me suis plongée dans cette lecture dans l'idée de passer un bon et je dois dire que, globalement, le pari est franchement réussi avec un personnage qui m'a touchée, un cadre historique qui m'a portée et une intrigue générale sortant vraiment des normes qui m'a permis de passer un moment de lecture un peu différent.

Ce roman est subdivisé en trois temps, trois temps bien distincts qui donnent presque le sentiment d'avoir à faire à trois romans différents. Et si j'ai eu un peu de difficultés au début de ma lecture à entrer dans l'histoire de Jean-Charles, me laissant plus porter par le cadre, je m'y suis peu à peu plongée sans pouvoir m'en détâcher.

Après la Corse traditionnelle, c'est le Paris historique que l'auteure nous invite à découvrir avant de nous entraîner avec force jusqu'aux Antilles, domaine que bien souvent nous connaissons fort mal et moins encore au début du siècle dernier. Au niveau historique, je dois d'ailleurs bien reconnaître que j'ai beaucoup appris.

Il convient de rappeler que ce roman est tiré de faits réels ce qui est toujours un pan intéressant à prendre en compte. Car si le personnage en tant que tel nous reste inconnu dans le "réel", nous comprenons combien ces hommes partis pour les Antilles en d'autres temps ont contribué au monde tel qu'il est aujourd'hui alors même que nous l'oublions trop souvent.

Ce subtile mélange de fiction et de retranscription de faits réels se ressent dans le style. Il y a cette vraie volonté de l'auteure à être fidèle à l'Histoire tout en gardant une belle part de fiction et un attachement pour Jean-Charles en tant que personnage. Et puis, ressort de cette écriture une capacité à nous raconter une époque et un décors avec une poésie qui fait du bien.

En conclusion... 

Voici un roman qui me faisait de l'oeil avant même sa sortie et dans lequel je me suis plongée avec la conviction de passer un bon moment. Et si j'ai eu un peu de mal à entrer dans ma lecture dans les premières pages, je me suis très vite laissée porter par ce texte mêlant fiction et réel, un texte qui m'a beaucoup appris sur les Antilles du début XXème.
Un roman plaisant à découvrir pour tous les amateurs d'Histoire et d'histoires. 

samedi 6 avril 2019

Haut le choeur - Gaëlle Perrin-Guillet

 

Infos sur le livre 

éditions : Taurnada
date de publication : 14-03-2019
pages : 241
prix : 9,99€

Résumé éditeur

 "Quand je sortirai, tu seras la première prévenue… Je saurai te retrouver". Depuis qu'Eloane Frezet, la tueuse en série la plus abjecte de ces dernières années, a prononcé ces mots, Alix Flament vit dans l'angoisse que la criminelle sanguinaire s'évade de prison... Alors, quand la journaliste reçoit un coup de téléphone d'Eloane en pleine nuit, elle comprend que la meurtrière va honorer sa promesse... Une promesse de sang. 

Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions Taurnada grâce auxquelles j'ai pu découvrir cette réédition du premier roman d'une auteure que je suis avec le plus vif intérêt.

De quoi est-il question ?

Alix est journaliste, passionnée par son métier, et même une vie sans histoire si ce n'est avec le souvenir d'une interview menée des années plus tôt avec Eloane Frézet, une tueuse en série qui lui a promis de se venger, elle qui estime avoir été mise sous les verrous par la faute de celle-là même qui a relevé ses confidences.

Et aujourd'hui, tout porte à croire qu'Eloane est quelque part dans la nature, bien décidée à faire payer Alix par tous les moyens. Et une nuit c'est bien de la tueuse que la journaliste reçoit un appel avant que, le lendemain, des corps ne commencent à être retrouvés. Une signature de la tueuse qui n'a pas achevé sa mission !

Aussitôt pour Alix, l'angoisse fait un retour en force d'autant que tout porte à croire qu'Eloane a mis au point une mission comme jamais pour parvenir à ses fins. Du côté de l'enquête, tout est repris à zéro, le seul moyen pour comprendre, enfin, le raisonnement de la tueuse. Au risque de découvrir une réalité dépassant tout entendement.

Du côté de la forme...

Ouvrir un livre de Gaëlle Perrin-Guillet, c'est plonger dans une valeur sûre, c'est avoir la certitude de rentrer dans un univers totalement à part que vous ne lâcherez plus et qui ne vous lâchera plus avant de connaître le fin-mot d'une intrigue incroyable.

Autant dire que lorsque j'ai eu l'occasion de découvrir ce roman, je ne me suis pas faite prier très longtemps et m'y suis plongée corps et âme. Parce que les chapitres sont courts et que le tout est efficace, il m'a souvent fallu me faire violence pour sortir de cette lecture qui vous happe dès les premières pages, dès les premières lignes.

Car s'il est aisé de s'attacher à Alix, c'est le personnage d'Eloane qui fait toute la force de ce roman qui a déjà l'originalité de proposer une tueuse en série. Oui, une femme ! Après tout, le féminisme peut porter de multiples visages et il est intéressant d'en avoir un aperçu sous cet angle de vue. Car ici, l'auteure sait parfaitement développer la psychologie d'une femme assassine.

Et sans trop comprendre comment, le lecteur finit par s'attacher à la tueuse même en souhaitant comprendre ce qu'elle a dans la tête. Les indices sont parsemés ici et là mais, surtout, le lecteur est invité à ressentir la peur, à sentir les odeurs, à voir les horreurs. Un roman d'ambiance en somme qui pourrait se suffir à lui-même mais qui sait aussi nous porter dans une intrigue incroyable.

Au point de vue du polar lui-même, je me suis laissée porter sans vraiment chercher à "deviner" la fin et le fait est que je n'ai pas attendu la fin pour comprendre de quoi il retournait. Pour autant, l'auteure sait si bien tisser la toile de son roman que ce n'est finalement pas gênant. Ce qui compte, c'est la manière dont le final en apothéose est amené. Et il est bellement amené !

Souvent, nous nous demandons comment les auteurs de polars peuvent balancer de telles horreurs tout en nous disant que les femmes auteures seront peut-être plus douces... Que nenni ! Elles sont pires ! Et Gaëlle Perrin en est un exemple sans faille ! Car elle sait faire monter une ambiance tout en nous offrant une belle dose d'hémoglobine. Bravo !

En conclusion... 

Voici un roman que j'étais plus qu'avide de découvrir et que j'ai tout simplement dévoré en un rien de temps, trop curieuse de comprendre les tenants et aboutissants de ce polar prometteur qui m'a offert tout ce que je peux aimer dans ce type de lecture. Une fois encore Gaëlle Perrin a su m'entraîner dans son univers qui mérite d'être connu de tous les amateurs du genre !
Gaëlle, j'attends ton prochain opus avec impatience ! 

vendredi 5 avril 2019

Ma mère était un monstre - Alloma Gilbert



Infos sur le livre

éditions : City
date de publication : 24-10-2018
pages : 288
prix : 18€

Résumé éditeur

La petite Alloma n’a jamais eu de chance dans la vie. Ses parents sont toxicomanes et la négligent au point que les services sociaux doivent la placer dans une famille d’accueil. Mais ce qui était la promesse d’une nouvelle vie est le début d’un cauchemar pour la fillette de 7 ans. Sous l’apparence d’une femme aimante, sa nouvelle maman est un bourreau. Humiliée, battue, Alloma vit un calvaire. La femme qui devrait prendre soin d’elle la punit en permanence, la roue de coups, l’empoisonne ou l’affame pendant des mois.Pourtant, Alloma trouvera la force de résister au monstre et de s’enfuir. Mais, abandonnée dans le monde, elle devient une proie facile pour des hommes barbares et violents. Seule la naissance de sa petite fille sauvera Alloma en lui montrant ce qu'est réellement l'amour... L’histoire vraie d’une enfant martyrisée qui a survécu à l’enfer. 

Pourquoi ce livre ?

Avant même sa sortie en France, ce témoignage avait attiré mon attention. Aussi, lorsque je l'ai trouvé en occasion, je n'ai pas hésité longtemps et il n'est pas resté longtemps dans ma pal.

De quoi est-il question ?

Alloma n'est qu'une fillette lorsque Eunyce Spry entre dans sa vie, finalement, habilement, telle une anguille. Et parce que ses parents n'ont pas les moyens de s'occuper d'elle, c'est à cette femme qu'ils la confieront, certains de faire le mieux pour leur fille, eux, dépendants de drogues et de situations sociales complexes.

Car tout portait à croire qu'Eunyce était le mère d'accueil rêvée. Jusqu'à ce qu'elle montre son vrai visage : celui d'une femme froide, cruelle, convaincue qu'elle vient de reccueillir sous son toit une enfant du diable qu'elle doit absolument punir et faire entrer dans le rang. Dès lors, les sanctions, les coups, les maltraitances se multiplieront à un point que nul ne pourrait imaginer.

Durant des années, Alloma devra subir des terreurs quotidiennes, se plier à des obligations multiples et dispropotionnées, encaisser coups, humiliations et violences sans nom. Jusqu'à ce que, devenue adolescente, Alloma devienne de plus en plus rebelle et décide de ne plus plier, décide de conquérir sa propre vie au mépris des dangers qui la guettent.

Du côté de la forme...

Ce témoignage est le troisième volet de ce que nous pourrions nommer le "triptyque des enfants Spry". Trois enfants maltraités et ayant vécu le pire sous le toit de leur mère d'accueil bien déterminée  à faire plier ceux qu'elle pensait être les "enfants du diable".

Après les points de vue de Victoria et celui de Christopher, c'est le point de vue de la troisième "soeur", Alloma, que nous découvrons ici. La même histoire sordide et terrible mais vue du regard de celle qui se rebella en premier, de celle qui fit toujours preuve du plus de courage face à l'horreur parce qu'elle avait, dans une autre vie, connu autre chose.

Une fois encore, le lecteur retrouve ces mêmes actes cruels, ces mêmes tortures inimmaginables et ces mêmes châtiments face auxquels il se demande comment il est possible d'y avoir survécu. Mais cette fois, c'est à travers un regard de battante que le lecteur découvre cette histoire ce qui n'est pas sans donner une souffle nouveau à cette même horreur.

Et ce regard de battante porte l'ouvrage. Car Alloma est une fillette puis une adolescente qui, bien qu'en état de soumission absolue, se rend compte que quelque chose "cloche". Et pous elle, au contraire du dos rond, c'est la force de caractère qui a payé. Une force de caractère lui ayant permis de toujours se raccrocher à un souffle d'espoir et de rebellion.

Alloma n'appellera jamais son bourreau "Maman" au fil du récit ce qui fait aussi son originalité : elle avait connu autre chose. Une belle manière de voir que face à la même horreur les expériences personnelles peuvent sauver ou détruire plus encore. Et c'est ce détâchement total de son bourreau qui est frappant chez Alloma comme si dans l'écriture même elle se détâchait de la fillette terrifiée.

Dans le style du récit, nous retrouver ce caractère de rébellion qui change la donne et qui, d'une certaine manière, a pu changer le cours de l'histoire. Et c'est peut-être dans ce troisième témoignage que le lecteur se rend le plus compte de la division entre les enfants, du rapprochement parfois, mais aussi de la personnalité de la "mère" sur laquelle est porté un regard plus détaillé.

En conclusion... 

Ce témoignage, j'avais très envie de le découvrir non pas pour me replonger dans l'horreur vécue par ces enfants mais parce que le procédé du récit m'intéressait. Et en effet, ce troisième point de vue ferme une boucle et présente l'histoire selon celle qui, déjà, était apparue comme un peu détâchée des deux autres. Terrible mais essentiel !
Parce qu'il ne faut jamais fermer les yeux sur les appels à l'aide des enfants et parce que le système peut parfois ne pas voir le pire, il convient d'en parler ! 

jeudi 4 avril 2019

Un cow-boy à Paris - Jul et Achdé



Infos sur le livre

éditions : Lucky Comics
date de publication : 01-11-2018
pages : 48
prix : 10,95€

Résumé éditeur

Le sculpteur français Auguste Bartholdi fait une tournée spectaculaire aux États-Unis pour lever des fonds qui lui permettront d'achever la future Statue de la liberté. Mais plusieurs incidents visent la statue et même directement Bartholdi. Lucky Luke est missionné pour escorter le Français, et ce, jusqu'à Paris. C'est un choc culturel pour le cowboy qui, non content de traverser l'Atlantique pour la première fois, découvre la splendeur de la ville lumière, et le mode de vie de ses autochtones, les parisiens.

Pourquoi ce livre ?

Merci à ma coupine Sylvie de m'avoir prêté cette BD qui me faisait de l'oeil depuis sa sortie et que j'ai enfin pu découvrir.

De quoi est-il question ?

Alors qu'il reconduit, une fois de plus, les frères Dalton au pénitencier du comté, son chemin croise celui d'un sculpteur français, Auguste Bartholdi, venu présenter les prémices de son travail du moment aux Etats-Unis : une gigantesque statut de bronze symbolique de liberté. Un voyage qui n'est pas sans en surprendre plus d'un.

Mais Bartholdi n'a pas que des amis dans ce pays neuf et certains hommes sans scrupule sont bien décidés à lui mettre des bâtons dans les roues pour nuire au projet. C'est alors Lucky Luck qui est chargé de la mission délicate de protéger la statue et son constructeur jusqu'à l'aboutissement du projet, au grand damne du cow-boy.

Car bientôt, voilà Luck missionné pour accompagner Bartholdi jusqu'à la capitale française pour escorter la statue de Paris à New-York. Un chemin semé d'embûches pour le cow-boy qui devra une nouvelle fois faire preuve de finesse pour remplir sa mission tout en devant se confronter à ses propres faiblesses : le mal de mer.

Du côté de la forme...

Les aventures de Lucky Luck, que ce soit en BD ou en dessins-animé (pas vu le film avec Dujardin et pas envie de le voir), ont marqué toute mon enfance. Et il est vrai que ce nouvel opus me tentait tout particulièrement même si je ne souhaitais pas forcément l'avoir en propre.

Parler d'un album d'une série et, plus encore, dont le créateur original est décédé, ce n'est pas forcément évident. Pour les auteurs actuels, pas évident non plus d'offrir de l'inédit, dans un esprit de modernité mais sans perdre l'âme de la création originale. Pour autant, le résultat est plutôt convainquant de manière globale même si plusieurs éléments m'ont chagrinée.

Globalement, nous retrouvons en effet avec plaisir l'esprit de cette série qui, si on l'apprécie, fonctionne toujours. Le dessin est fidèle et l'intrigue suit les codes dont nous avons l'habitude non sans proposer quelque chose de neuf comparé aux anciens numéros. D'ailleurs, nous suivons avec plaisir cette nouvelle intrigue réécrivant un pan essentiel de l'histoire des Etats-Unis.

La réécriture de l'Histoire est quelque chose que j'adore car l'humour et l'imaginaire se tissent à la réalité historique. Une belle manière de faire rentrer les plus jeunes dans cet univers d'autant que l'histoire de l'amérique est finalement un domaine que nous maîtrisons fort mal. D'ailleurs, c'est aussi avec finesse que les auteurs nous invitent aussi à découvrir un peu de la France du XIXème.

Pour autant, je dois avouer que j'émets quelques réserves sur cette lecture qui m'a semblée un peu trop brute et surtout dont les jeux de mots et références ont fini par me sembler trop lourdes et trop présentes. Trop de références tue la référence. Et ici, les références littéraires françaises comme Hugo et Flaubert se mêlent aux références intrasèques de l'histoire de la série. Dommage.

Mais l'histoire se tient, on s'y laisse prendre et finalement c'est bien là tout ce que l'on peut demander à une lecture : passer un agréable moment. Lire une BD d'une série c'est vouloir ne pas trop se prendre la tête et avec moi la sauce a pris même si ayant pris des années je suis peut-être aujourd'hui moins sensible à ce type de lectures.

En conclusion... 

Voici une BD qui me faisait très envie et que je suis vraiment ravie d'avoir pu découvrir, me replongeant ainsi dans mes lectures de jeunesse. Et le fait est que j'ai passé un bon moment de détente même si je reste mitigée en ce sens que le trop plein de références et de jeux de mots m'a donné le sentiment que les auteurs voulaient en faire trop.
Cette BD est à découvrir à l'occasion mais pour ma part je suis contente de ne pas l'avoir achetée. 

lundi 1 avril 2019

L'étranger dans la maison - Shari Lapena



Infos sur le livre

éditions : Presses de la cité
date de publication : 17-01-2019
pages : 304
prix : 19,90€

Résumé éditeur

" Comment te sens-tu ? " Elle voudrait répondre " terrifiée ". À la place, elle dit, avec un faible sourire : " Heureuse d'être à la maison. " Mariés depuis deux ans, Karen et Tom ont tout pour être heureux : un train de vie confortable, un pavillon coquet, des projets d'avenir. Un soir, quand Tom rentre à la maison, Karen s'est volatilisée. Alors qu'il commence à paniquer, Tom reçoit une visite de la police : son épouse a été victime d'un grave accident de voiture, dans un quartier malfamé où elle ne met d'ordinaire jamais les pieds. À son réveil à l'hôpital, la jeune femme a tout oublié des circonstances du drame. Les médecins parlent d'amnésie temporaire. En convalescence chez elle, Karen est décidée à reprendre le cours de sa vie. Sauf que quelque chose cloche. Elle sait que, depuis quelques mois, quelqu'un s'introduit en leur absence dans la maison... 

Pourquoi ce livre ?

Après avoir juste adoré le premier roman de l'auteure, c'est sans hésiter que je me suis plongée dans ce nouvel opus, encore plus prometteur.

De quoi est-il question ?

Lorsque Tom rentre chez lui, son épouse, Karen, n'est pas là. Une situation assez exceptionnelle pour que l'homme s'inquiète, lui qui n'a pas l'habitude de voir quoi que ce soit venir perturber sa petite vie sans histoire. Jusqu'à ce que la police vienne chez et lui annonce le drame : Karen a eu un accident de voiture. Elle est vivante mais ne se souvient de rien de la soirée.

Mais que faisait Karen dans un quartier mal famé de la ville ? Et bientôt, c'est le cadavre d'un homme qui est retrouvé. Pour la police, cela ne fait aucun doute : Karen a pour le moins été témoin de quelque chose et il convient qu'elle retrouve la mémoire très vite. D'autant que, depuis quelques temps, la jeune femme est convaincue que quelqu'un pénètre chez elle.

Très vite, toutes les preuves convergent vers Karen et Tom lui-même commence à perdre confiance en celle qu'il pensait connaître. Une épreuve supplémentaire pour la jeune femme qui sent un étau se ressérer irrémédiablement autour d'elle. Comme si quelqu'un était bien décidé à lui faire porter le chapeau...

Du côté de la forme...

Il est des livres dans lesquels vous vous plongez sans trop de doutes. Celui-ci est remonté en haut de ma pal en vue de ma rencontre avec l'auteure à Quais du polar. Et quel plaisir que de retrouver ce genre que j'apprécie tant avec un tel roman !

Tout commence de manière assez banale, il faut bien l'avouer : le couple sans histoire dont la femme va disparaître un soir, celle-ci qui va avoir un accident, la vie du couple qui va être bouleversée à tous les niveaux... Du vu et revu mais, après tout, cela fonctionne toujours. Et puis l'auteure sait mettre en place son intrigue pour que ces sentiers battus deviennent originaux.

Car très vite, tout va s'accélérer et il est vrai que l'auteure aura su faire monter la sauce en puissance, doucement et sûrement, dans un parfait équilibre de la montée de l'angoisse et des questionnements du lecteur. L'amnésie de l'héroïne, le meurtre commis, la pénétration dans la maison de Tom et Karen... Un cocktail plus qu'efficace !

Karen est un personnage auquel on s'attache très vite et que l'on a envie de protéger. Quelle pire épreuve que celle d'être accusé d'un crime alors même que l'on n'a aucun souvenir ? Quant à Tom, on voudrait le secouer parfois mais qui peut savoir comment il réagirait si toute sa vie s'écroulait d'un seul coup ?

Le gros problème du polar et du thriller à l'heure actuelle, c'est que tout semble avoir été fait. Et le lecteur averti aura bien du mal à se laisser surprendre. Ici, une fois encore, je me suis dit que l'auteure allait vers la facilité et qu'au milieu du livre j'avais tout deviner. Et bien non ! Au contraire ! Je me suis faite avoir comme une bleue et la fin m'a laissée scotchée !

Le style de Shari Lapena, c'est un style qui marche parce qu'il sait jouer tant avec les émotions des personnages qu'avec les émotions du lecteur tout en proposant une intrigue plus qu'efficace à laquelle on se laisse prendre. Le huis-clos se mêle à une angoisse psychologique tenace et pourtant, l'auteure n'en fait jamais trop ce qui est très agréable.

En conclusion... 

Voici un roman que j'avais plus que hâte de pouvoir lire et avec lequel j'ai retrouvé un grand moment de thriller comme je les aime. Voici un roman qui, sous ses airs de déjà vu, vous propose une intrigue incroyable, une montée en puissance et une fin de folie qui ne saura que scotcher les amateurs du genre. 
 Une auteure à découvrir sans attendre pour les amateurs et dont je vais attendre le prochain roman avec impatience !