lundi 29 mai 2023

L'Académicien de juillet - Antonin Malroux


Antonin Malroux fait partie de ces auteurs que je suis depuis de nombreuses années et dont chaque nouveau roman est un pure moment de plaisir livresque. De fait, lorsque j'ai vu dans le programme des éditions Calmann-Lévy, que j'en profite pour remercier ici, l'annonce de cette nouvelle publication, je n'ai pas hésiter une seconde.


Nous voici donc partis au coeur du Cantal, en Auvergne, région chère à l'auteur d'où il est originaire, au début des années 1910. L'auteur nous plonge dans le quotidien d'une ferme où seuls les travaux des champs et le soin des troupeaux comptent. Dans cette ferme, vivent les parents, les Gravierse, et leurs deux fils ainsi que Pascaline qui, trop tôt orpheline, a été recueillie par le couple qui la considère davantage comme leur fille que comme leur employée.

Et si la vie est rude, à l'image même de ce qu'elle était à l'époque, si les moments de plaisir sont rares, la vie y coule paisiblement. Ce bonheur est pourtant bouleversé lorsque le fils aîné, sans que l'on n'en sache véritablement la raison, décide de tout quitter et de partir faire sa vie ailleurs. La peine, la colère sont immenses mais il faut continuer. C'est ainsi que Jules, le cadet, finira par épouser Pascaline, une manière de préserver la propriété de la ferme.

Avec ce cadre, l'auteur sait nous présenter une région qui lui tient à coeur et qu'il connaît mieux que personne. Il nous plonge dans une époque révolue et pourtant pas si lointaine tout en nous montrant que les orphelines, parfois mal vues, pouvaient aussi espérer une vie sereine.


La guerre de 1914 va faire basculer cet équilibre avec la mort du le front de Jules, un désespoir pour Pascaline et pour les parents du jeune homme. Dès, lors, Pascaline est plus que jamais considérée comme la fille restante. Et parce qu'il faut bien que la vie de la ferme continue, c'est Victor, jeune homme au léger handicap physique lui épargnant le départ pour la guerre, qui viendra travailler aux champs. L'occasion pour lui de se rapprocher de Pascaline qui ne lui est pas insensible, un sentiment qui s'avérera réciproque.

On aura tendance à penser : encore un roman du genre. Il est vrai que dans le genre du terroir, la vie à la ferme couplée aux horreurs de la guerre (l'une ou l'autre) et un grand classique dont on a tendance à se lasser. Pourtant, il est parfois plaisant de retrouver les "classiques" de genre, une histoire simple et profonde à la fois qui nous propulse dans un autre temps. Et d'ailleurs, au-delà du décès de Jules, la guerre est loin d'être omniprésente ici.

En réalité, c'est plus un quotidien pas toujours facile mais loin de toute politique qui nous est présenté ici et d'ailleurs suivant sans doute au plus près la réalité de l'époque.


A la fin de la guerre, il faut reprendre une vie la plus normale possible. Mais c'est alors que Fernand, le fils aîné, revient au pays. Un retour qui pourrait bien mettre à mal les projets de la famille et la tranquillité si ardemment voulue à la ferme et au village... Une façon pour l'auteur de mettre en avant les mentalité étriquées de l'époque et les idées préconçues sur les individus étrangers au village.

Mais surtout, ce roman est là pour présenter les dilemmes des familles souhaitant préserver les patrimoines face à l'histoire mais aussi face à une certaine modernité de ceux qui ne veulent pas de ce carcan. Un dilemme intérieur qui ne nous laisse pas insensible. Et tout ça sous le regard d'un arbre, le fameux "académicien de juillet" qui, tel un personnage à part entière, sert d'union entre les êtres et de force entre le passé, le présent et l'avenir.


Un très bel opus que l'auteur nous offre ici, un opus qui fait du bien et qui, une fois encore, nous ravit par toute la poésie que l'auteur sait mettre dans les mots.

Les petits meurtres du mardi - Sylvie Baron


Lire les livres des copines, c'est toujours un gros challenge. Stress de ne pas aimer, angoisse de découvrir un univers différent de ce à quoi on est habitué... Et Sylvie Baron est de ces auteurs-là que j'apprécie autant pour leurs textes que humainement parlant, de ces auteurs que j'aime lire mais dont j'appréhende toujours le moment où je devrai faire le retour.

C'est donc dans cet esprit un peu masochiste que je me suis plongée dans cette lecture d'autant que, je l'avoue, Agatha Christie n'est pas de ces auteurs dont j'ai lu le plus de romans si ce n'est les grands classiques dont tout le monde a entendu parler. Tout ça réuni faisait que je prenais un risque non négligeable avec cette lecture et pourtant j'en suis ressortie avec la certitude d'avoir passé un super moment.


Derrière nos vies bien rangées, nous avons tous nos petites habitudes, nos petits exutoires qui nous rendent la vie plus facile et la lecture en fait bien évidemment partie. Les clubs de lecture d'autant plus avec ce plaisir à retrouver d'autres passionnés pour oubliés les tracas du quotidien. Et si pour ça Internet a du bon, nombreux sont ceux qui, aussi, préfèrent les vraies retrouvailles hebdomadaires. C'est ainsi que vont se rencontrer, au coeur du Cantal, un petit groupe d'amoureux d'Agatha Christie, la reine du crime. L'occasion de relire l'oeuvre de la dame et d'échanger tant sur l'aspect littéraire que sur l'aspect philosophiques d'intrigues dans la pure tradition du terme.

Au nom de cette passion dévorante, le petit groupe va avoir idée d'organiser un colloque autour de leur écrivaine préférée. Mais organiser un tel événement, avec des intervenants de qualité et qui plus est au fin fond de l'Auvergne s'avèrera plus complexe que prévu. D'autant que dans le groupe, chacun a ses exigences, chacun a ses petites folies. Ajoutez à ça des intervenants hors de contrôle aux caprices de divas et ce qui, au départ, semblait être une bonne va peu à peu devenir le début d'un joyeux bordel ingérable pour les principaux concernés.

Mais pire encore, dès le premier soir du colloque, un cadavre est retrouvé et le crime semble un peu trop proche de l'oeuvre d'Agatha pour que cela soit une simple coïncidence. Dès lors, l'ensemble des personnes présentes sont-elles en danger et qui aurait intérêt à mettre en scène un tel drame ?


Étant à la fois une grosse consommatrice de polars et à la fois une amoureuse de romans dits "régionaux", j'aime les romans de Sylvie Baron qui savent intelligemment lier les deux. Autant dire que, lorsque la région en question est l'Auvergne et que l'intrigue est une mise en abîme de l'imaginaire polar, il y a peu de chances que je ne sois pas séduite et le fait est que je me suis totalement laissée embarquer dans ce roman totalement décalé et loufoque qui, pourtant, offre un vrai moment d'intrigue qui sait nous surprendre bien que la fin puisse être anticipée.

Car si l'autrice imagine ici un vrai polar avec une vraie enquête et use des codes pour satisfaire les amateurs du genre, il est toutefois difficile de réellement prendre les personnages au sérieux. Non seulement parce qu'ils possèdent un côté manichéen difficilement applicable au réel mais aussi parce qu'ils correspondent à tous les stéréotypes du Cluedo. Il est clair que l'autrice s'amuse avec ses personnages et invite son lecteur à s'amuser avec elle. Et ça marche.

Imaginer un polar tournant entièrement autour d'une seule référence (littéraire ou autre) est un pari risqué car cela nécessite à la fois de satisfaire les amateurs de la référence en question et à la fois de séduire le novice ou non passionné de la dite référence mais son propre lectorat. J'ai envie de dire, pari réussi ici même si, pour le coup, j'ai eu plaisir à voir un véritable renouvellement de la part de l'autrice tant dans son style que dans son imaginaire. Elle parvient en effet à calquer les codes d'Agatha Christie mais en oubliant la campagne anglaise pour la montagne auvergnate.

Alors bien sûr nous ne sommes pas dans un polar tel qu'on les dévore aujourd'hui avec mille fausses pistes et mille tromperies sur les événements et les psychologies pour perdre le lecteur et lui mettre les nerfs à rude épreuve mais le taf est fait et on s'y laisse prendre. Non pas passer des nuits blanches pour passer un joli moment décalé et plein d'esprit.


Un bon moment de lecture qui renoue avec la tradition du genre.

mardi 18 avril 2023

La lisière - Niko Tackian


Éditions Calmann-Lévy
19,90€
320 pages


Cela faisait quelques temps que j'avais envie de me replonger dans un roman de cet auteur et force est de constater que tout ici a été réuni pour que je sois séduire et intriguée, pour que je laisse tout simplement tenter. Une couverture canon, un résumé alléchant et, surtout, la promesse de la Bretagne, une région qui ne peut qu'éveiller l'imagination.

Et dès les premières pages, une mise en context diablement efficace : la nuit, un lieu isolé, une voiture qui tombe en panne. Tout pour laisser imaginer au lecteur que l'histoire de la gentille balade en famille va mal tourner sans qu'il ne puisse rien y changer. Des codes certes classiques mais qui agissent toujours aussi bien sur l'esprit et qui donnent envie d'en savoir plus et de se plonger à corps perdu dans une intrigue qui fait palpiter le coeur.


C'est dans ce cadre angoissant à souhait que nous allons faire la connaissance de Vivian, une femme sans histoire à la vie bien rangée dont le quotidien se résume à élever son fils et faire vivre, autant que faire se peut, sa petite galerie de photographies située à Morlaix. Alors, bien sûr, rien ne peut lui laisser supposer que s'aventurer avec sa famille, à la nuit tombée, au coeur des Monts d'Arées pourrait s'avérer être d'un quelconque danger. C'est pourtant là que son mari et son fils vont subitement disparaître et qu'elle va être poursuivie dans les bois par un homme détenant une hache avant d'être recueillie par un homme qui la conduira à l'hôpital.

Va alors commencer pour Vivian une longue décente aux enfers peuplée de cauchemars et de rêves inaccessibles. Car dès lors, plus rien ne comptera que de comprendre ce qui est arrivé à sa famille et que de retrouver Tom, son fils, qui est tout ce qu'elle a de plus cher. Comment alors ne pas être touché par la détresse de cette femme ? Comment ne pas avoir envie de faire le chemin avec elle, d'espérer avec elle et, parfois, de pleurer avec elle ? D'ailleurs, Vivian n'est pas sans aussi nous faire poser beaucoup de questions notamment concernant son histoire et son passé. Cette partie aurait d'ailleurs peut-être méritée, selon moi, d'être davantage développée et exploitée tant pour l'intrigue présente que pour une éventuelle intrigue parallèle.


Le roman va mêler l'enquête elle-même, traditionnelle, menée par une enquêtrice voulant faire ses preuves, et l'évolution de Vivian qui va tenter de se fier à ses rêves pour comprendre ce qui a pu arriver à sa famille. Et malgré le caractère très émouvant des scènes que l'auteur nous propose, le lecteur reste très livre de ses émotions grâce à un style factuel qui fait du bien et qui change des personnages au trop plein émotionnel que l'on nous propose parfois. Cette façon d'écrire permet d'ailleurs à l'auteur de mieux tromper son lecteur car ce dernier ne sait finalement que peu de choses de la vie des personnages au-delà de l'enquête elle-même. De cette manière, comment le lecteur peut-il se forger ses certitudes ?

Au-delà de l'enquête, c'est aussi la Bretagne qui nous envoûte et qui nous révèle ses secrets. L'auteur s'inspire des mythes et traditions de cette région très riche pour les mêler à son roman mais également pour inviter son lecteur à en apprendre plus sur une région de France à la fois très touristique et à la fois tenant à rester secrète.


Une magnifique plongée dans un cadre envoûtant et dans une enquête certes traditionnelle mais efficace et qu'on ne lâche pas avant la fin.

lundi 17 avril 2023

Les refuges - Jérôme Loubry


Éditions Livre de Poche
8,20€
430 pages


Parce qu'il fait partie des auteurs en pleine ascension dans le monde du polar, je me devais absolument de découvrir un roman de Jérôme Loubry et de me faire mon propre avis sur des intrigues aux résumés très prometteurs.

Et mon premier sentiment, très révélateur avec ce genre de roman, est cette ambivalence entre l'envie de vous en parler durant des lignes et l'incapacité à vous en parler au risque de trop en dévoiler, ce qui immanquablement, vous gâcherait les surprises et les rebondissements divers imaginés par un auteur qui s'amuse à rendre son lecteur fou, le mettant sans cesse face à des murs et face à des voies sans issue l'entraînant à mille lieues de ce qu'il imaginait.

J'ai donc fait le choix de séparer cette chroniques en deux temps en vous proposant tout d'abord une chronique classique destinée à vous faire découvrir ce roman et, ensuite, une "chronique spoilante" dans laquelle je prendrai le temps de vous dévoiler plus en profondeur mon ressenti mais au risque de vous gâcher les découvertes si vous n'avez pas lu le roman.


Dans ce roman, nous découvrons donc Sandrine, une jeune journaliste parisienne fraichement débarquée dans la campagne normande où elle ressent le besoin de faire ses preuves. Car dans les années 1980, le fossé entre Province et Capitale se fait plus sentir encore et Sandrine, doit, de plus, faire valoir qui elle est également parce qu'elle est une femme débarquant dans un milieu plus machiste et ancestral.

Alors qu'elle vient d'interroger un paysan ayant retrouvé les vaches de son champ taguées de croix nazies, la jeune femme reçoit d'un notaire l'annonce du décès de sa grand-mère, une femme qu'elle n'a jamais connue mais dont elle garde une image peu flatteuse, notamment celle d'une femme les ayant abandonnées elle et à sa mère, une femme avec qui elle n'a rien en commun et dont elle ne veut rien savoir. Mais étant héritière de la maison où la vieille femme vivait sur une petite île au large, Sandrine finit par s'y rendre malgré une impression de malêtre constant. Sur l'île, elle fera connaissance avec les derniers habitants qui, tous, lui laisseront une étrange impression. Et le lecteur se sent irrémédiablement lié au destin de Sandrine, s'interrogeant avec elle sur les secrets que renferment l'île.

D'autant qu'en parallèle, le lecteur bascule en 1949 et va suivre Suzanne, la dite grand-mère, à l'heure où l'île semble encore accueillante et pleine de vie. À l'heure où, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, le temps est à la reconstruction et au retour à la vie. Le lecteur va alors découvrir une île prévue pour recevoir des enfants ayant besoin de redevenir des enfants. Mais très vite le lecteur, auprès de Suzanne, comprend que quelque chose cloche et que ce havre de paix n'est peut-être pas si idyllique que ça, que la noyade accidentelle dont tout le monde parle ne serait peut-être qu'une façade...

Très vite, le lecteur se sent donc pris entre deux feux et brûle de connaître la vérité car, déjà, la lecture lui est devenue addictive et plus encore s'il aime quand le présent se mêle au passé en quête de secrets notamment sur les horreurs de la Seconde Guerre. Et il faut dire que l'auteur parvient diablement bien à nous embarquer avec lui sur l'île bien que ce point de départ paraisse relativement classique. Classique, oui, mais toujours aussi efficace...


ATTENTION ! 

À PARTIR D'ICI LA CHRONIQUE DEVIENT SPOILANTE !


La première partie du roman s'achève sur encore plus de questions qu'elle n'a commencé avec, certes, des réponses sur l'horreur survenue sur l'île mais avec surtout de nombreuses interrogations sur les secrets restant encore sur l'île, sur ce qui est arrivé à Suzanne et sur les raisons profondes de l'assassinat des dix enfants, d'ailleurs pourquoi dix ? Et, sans prévenir, à l'aube de la deuxième partie du roman, plus rien de tout ce que le lecteur a déjà lu n'a de sens ni de vérité. Sandrine a été retrouvée sur une plage et l'île ne serait qu'un voyage interne, protection d'un traumatisme vécu. C'est quoi ce délire ?

À partir de là, adieu île mystérieuse, grand-mère étrange et secrets de la Seconde Guerre Mondiale. Tout ne devient qu'illusion, refuge psychique d'une femme ayant perdu pied avec la réalité. Bascule dans la lecture entre un thriller qui se promettait historique et qui, en réalité, va s'annoncer beaucoup plus psychologique et loin de tout ce que le lecteur avait pu imaginer. Il est compréhensible alors que certains lecteurs se sentent déçus et, moi la première, ai eu la désagréable impression d'être bernée. Car si on aime l'être, on aime aussi pouvoir se raccrocher au résumé promis. Étrange paradoxe en effet...

L'enquête va alors davantage ressembler à un classique du genre avec un policier qui va mener une enquête et tenter de découvrir les secrets de Sandrine sans se douter que chaque découverte l'entraînera vers un autre mystère pour plonger de plus en plus profond dans les travers de l'esprit et dans ce que notre subconscient peut avoir de plus complexe. Le lecteur ne sait alors plus à quel saint se vouer, s'interroge sur ce qu'il peut croire ou non. Et si rien de tout cela n'était vrai ? Mais alors où se cache la vérité ?

Grâce à la présente de Véronique, psychiatre attachante, le roman se partage entre le point de vue factuel de l'enquête et le point de vue peut-être plus émotionnel du soin. Les deux se mêlent d'ailleurs habilement et Sandrine, malgré ses travers, ne peut que nous apparaître attachante, guidant notre empathie malgré les zones d'ombres que le lecteur brûle de découvrir.

Car en réalité, tout est dans le titre, "Les refuges". Pas un seul mais plusieurs. Plusieurs protections de l'esprit habilement mêlées pour reconstituer un puzzle que le lecteur averti saura peu à peu déchiffrer. C'est pour ma part une cinquantaine de pages avant le grand final que la vérité m'est apparue dans son ensemble et je dois dire que je reste coite face à un tel enchevêtrement imaginé par l'auteur. D'autant que niveau horreurs, rien ne nous est épargné et l'auteur semble avoir voulu réunir en un seul roman tout ce que l'humanité peut contenir de plus affreux, tout ce qui saura le plus déranger le lecteur.


Alors, certes, ce roman se révèle au final bien différent de ce à quoi on pouvait s'attendre et la frustration de ne pas avoir eu le roman que l'on souhaitait peut être grande. Mais une fois cette frustration passée, on ne peut se dire que "wouahou" et se mettre à réfléchir à nos propres attitudes, à nos propres refuges.

samedi 15 avril 2023

Un weekend entre amis - Nathalie Achard


Black Lab
19,90€
220 pages


Quais du Polar 2022... Une autrice, Nathalie Achard, présentant son premier roman. Une modeste pile d'exemplaires modeste aux côtés des mastodontes du salon. Je m'approche et là, la dame prononce le mot qui fait mouche à chaque fois avec mois en terme de polars/thriller : "huis-clos". 

Nouvelle autrice + premier roman... Peu de suspens pour la suite... Je suis repartie avec le livre dans ma valise déjà bien remplie.


Quand on approche la cinquantaine, que reste-t-il de nos jeunes années et de nos amitiés de jeunesse ? Ok, je ne suis pas concernée, faut pas abuser, mais à l'aube de la trentaine la question n'est guère différente car de nos amis collège/lycée/faculté, il ne reste finalement plus grand-chose. De fait, un groupe d'amis s'étant connu à la fac et étant toujours en relation près de 25 ans plus tard, voilà qui a de quoi faire rêver... et l'idée d'un weekend pour retrouver cette époque perdue est plutôt émouvante. Mais le rêve va très vite tourner au cauchemar.

Dès le départ, l'ambivalence entre le caractère joyeux de l'idée et les tensions omniprésentes entre les personnages a de quoi poser question et faire douter le lecteur. Entre le retard des uns et la condescendance des autres, entre les mères de famille craignant de laisser leurs enfants et les célibataires sans contraintes... sans oublier cet étrange trio "mari - femme - ex femme" qui semble immédiatement sonner l'alerte de malêtre. Bref, des relations anciennes mais qui imposent un doute avec des personnages qui passent plus de temps à se hurler dessus qu'à passer du bon temps ensemble.

Alors quand à ces tensions déjà palpables s'ajoutent le huis-clos d'une maison perdue au milieu de nulle part sans internet ni téléphone, le lecteur sait que le weekend ne pourra que mal se passer et la seule vraie question sera de comprendre d'où vient la menace car l'autrice sait jouer avec nos nerfs pour nous laisser imaginer de multiples possibilités. D'autant qu'à chaque fois que l'on croit mettre le doigt dessus, un rebondissement redistribue les cartes pour une montée crescendo de l'angoisse jusqu'à l'explosion finale qui, bien que répondant aux codes du genres, fonctionne diablement bien.


Prenez six personnes aux caractères très différents, aux priorités différentes et aux vies opposées. Cloîtrez-les dans une maison pour un weekend. Secouez bien et regardez ce qui se passe. De simples retrouvailles basculeront très vite dans le roman social où l'empathie du lecteur sera mise à rude épreuve. Car si chacun saura s'identifier à l'un ou à l'autre des protagonistes de l'histoire, saura-t-il comprendre les autres et même s'identifier juste assez pour comprendre chacune des réactions ?

Plus qu'un thriller, ce roman est un questionnement sur l'amitié et sur les relations humaines. Ces gens que nous avons toujours connu et dont la vie a évolué en parallèle de la nôtre sont-ils réellement nos amis ou ne sont-ils qu'une sécurité à notre besoin d'humanité ? L'amitié sur le long terme existe-t-elle réellement ou n'est-elle qu'une excuse pour ne pas perdre notre jeunesse ? Les relations que nous entretenons avec tant de soin et tant de rage sont-elles réellement celles qu'il nous faut pour subvenir à nos besoins et pour mener la vie qu'on mérite ?

Alors, pour le thriller lui-même, certes, l'autrice joue dans ce premier roman avec des codes connus du genre avec lesquels il est difficile de se "faire avoir". Pourtant, elle y parvient toutefois grâce à sa patte professionnelle liée à la question du social plus qu'à l'intrigue elle-même. Et si le lecteur averti comprend assez tôt de quoi il retourne, comment imaginer le cauchemar qui ne cessera d'évoluer au fil des pages et du weekend ?


Un roman prenant qui sonde l'âme humaine et qui nous propulse face à nous-mêmes.

L'île de Yule - Johana Gustawson


Éditions Calmann Lévy
19,90€
340 pages


Roman reçu en Service Presse par la maison d'édition.


Le décors ? L'île de Yule, Suède. C'est là que doit se rendre Emma pour estimer la prestigieuse collection présente dans l'une des plus belles demeures de l'île. Nous faisons alors la connaissance d'une jeune femme passionnée par son métier mais dont les nerfs à fleur de peau ne manquent pas de nous émouvoir, d'autant que le lecteur comprend très vite que la passion de son métier n'est pas la seule raison pour laquelle Emma a accepté cette mission.

Dès les premières pages de ce roman, deux sentiments se superposent dans l'oeil du lecteur avec, d'une part, le mystère d'une mort survenue des années plus tôt dans ce domaine et, d'autre part, le caractère idyllique des décors dans lesquelles l'autrice nous entraîne. Un décors qu'elle aime et qu'elle nous fait aimer pour quiconque aime les espaces hors des grandes villes où tout le monde connaît tout le monde et où on peut toujours compter sur son voisin à défaut de pouvoir aller s'offrir une pizza surgelée à minuit.


Il est vrai qu'au départ, malgré l'aspect addictif immédiat de ce roman, le lecteur se demande où il met les pieds et se pose de multiples questions tant sur Emma que sur la propriété où elle met les pieds. Mais aussi sur ceux qui vont l'entourer durant sa mission et sur ces passages qui entrecoupent l'intrigue générale et qu'il au départ difficile de raccrocher à l'ensemble. Pourtant, au fil des pages, tout se rejoint et l'autrice prend un immense plaisir à jouer avec nos nerfs. Car à chaque fois qu'il nous semble avoir saisi de quoi il retourne, elle parvient à nous enfoncer un peu plus encore dans nos incertitudes et ce jusqu'à un final que je n'avais franchement pas vu venir.

Bien sûr, il n'est guère difficile de comprendre que, dans cette histoire, les secrets sont nombreux et que la propriété, véritable personnage immobile du roman, renferme beaucoup de mystères notamment sur le passé. Un passé qui envahit le présent et le coeur des personnages mais au sein d'une intrigue que l'on ressent comme hors du temps. Car les indices d'une société moderne sont peu nombreux et s'opposent à une vie ancestrale et des codes d'un autre siècle que l'autrice nous apprend à connaître.

En tant qu'amoureuse de tradition et de folklore, je ne pouvais qu'être touchée par cet aspect qui jalonne le roman et qui donne envie d'en apprendre davantage d'autant que l'autrice, en tant que suédoise d'adoption, s'amuse à jouer avec le genre du polar nordique qui, pourtant, n'est pas le genre que j'affectionne le plus mais qui, ici a su me séduire. Elle s'imprègne donc totalement d'une région et d'un pays mais aussi des caractères des habitants et des genres littéraires qui l'environnent. Un côté caméléon avec des codes qu'elle parvient à s'approprier.


Un gros coup de coeur pour une autrice que j'ai découvert ici mais que je suivrai avec soin.

Fatum - Sylvie Callet


Éditions du Caïman
14€
232 pages

Il y a mille façons de choisir une lecture et, parfois, un roman vous arrive dans les mains sans que vous ne l'ayez vraiment prémédité et que, pour les mêmes raisons, vous vous refusez à laisser attendre des mois (voire des années) dans votre PAL.

C'est ainsi que je me suis retrouvée, un beau dimanche, a rapporter avec moi du salon des éditeurs régionaux à Lyon le premier polar de Sylvie Callet. Certes je connaissais l'éditeur mais rien ne pouvait laisser penser que ce titre finirait dans ma pal car à des lieues de ce que je peux lire habituellement. Et pourtant, je me suis laissée séduire... et j'ai bien fait !


Fatum, c'est l'histoire d'une vie de quartier où les gens ont cessé de croire en ce monde dans lequel ils vivent, l'histoire d'une groupe de personnes aux caractères fort différents mais qui, par la force du destin, sont contraints de vivre ensemble dans le même immeuble de banlieue où la violence est maîtresse et où la loi du plus fort règne. Un monde où les jeunes sont manipulés pour basculer dans l'extrémisme religieux et où la différence est mal perçue, un monde où la colère guide les âmes et où tenter de s'émanciper de cette rage ambiante est considéré comme attitude condescendante.

C'est dans ce monde avec ses propres lois que Samia tente de se débattre depuis le départ précipité de son père pour l'Algérie, un père parti en laissant seuls femme et enfants. Depuis, la mère s'échine dans un travail précaire pour tenter de nourrir sa famille et payer les charges tendis que le fils aîné, sans repères, bascule de plus en plus vers une violence incontrôlable liée à l'envoûtement exercé par ceux qui broient le cerveaux à grands coups de croyances erronées et que la plus jeune rentre peu à peu dans une sphère de rebellion à l'encontre du reste du monde.

Au milieu de tout ça, Samia survit et peut compter sur son amie Abby qui, de son côté, part de plus en plus en vrille depuis le décès prématuré de sa mère un an plus tôt. Jusqu'au jour où une étrange femme emménage dans l'immeuble. Une femme plus âgée que les autres, muette de surcroît, et dont l'appartement ressemble davantage à une immense bibliothèque. Bibliothèque où Samia découvrira l'évasion par les mots et le bonheur de s'évader par les pages de ce monde où elle ne se sent plus à sa place.

Tout bascule lorsque Samia, rentrant du collège, découvre sa nouvelle voisine poignardée violemment. Car les secours et les autorités sont vus d'un très mauvais oeil dans le quartier, surtout si une enquête doit être menée...


"Fatum", la destinée. Un titre mystérieux et à la fois très révélateur d'un roman noir inclassable qui se présente davantage comme un roman de société que comme une intrigue haletante où l'on brûle de connaître le dénouement. Car si une tentative de meurtre est commise et si le lecteur a, bien entendu, envie de savoir ce qu'il s'est passé,  ce n'est pas là l'essentiel du roman. Car le crime en lui-même n'est finalement que prétexte à plonger dans la vie de ces personnages brisés par le monde dans lequel ils vivent et d'où ils ne peuvent sortir.

Grâce à une polyphonie rondement menée, l'autrice dévoile les émotions et les ressentis des différents personnages qui jalonnent ce roman en ayant à coeur de nous les rendre tantôt agaçants tantôt émouvants mais, dans tous les cas, de nous amener à les comprendre dans leur incapacité à mettre des mots sur les maux. Le passé se mêle alors au présent pour permettre au lecteur une vision globale du tableau qui lui est présenté et de ceux qui le font évoluer.

Comment survivre suite à l'abandon d'un père ? Au décès d'une mère ? Face à une amie qu'on ne comprend plus ou à des sentiments que l'on ne parvient pas à exprimer ? Comment apprendre à accepter l'autre si on ne parvient pas à s'accepter soi-même ? Comment se faire adopter au sein d'un HLM quand on ne correspond pas aux critères souhaités qui rassurent ? Pourquoi prendre du temps pour comprendre l'autre quand on ne comprend plus le monde et ses travers ? Comment, enfin, faire taire cette sourde colère qui vous ravage chaque jour un peu plus ?

En parallèle, le destin d'une fillette. Élevée d'une main de fer par une grand-mère qui la déteste, orpheline d'une mère s'étant suicidée en prison et, plus tard, devenue objet sexuel d'un homme sans scrupule, cette enfant victime de ceux qui l'entourent impose à notre regard ce que, trop souvent, nous ne voulons pas voir. Et par cette enfant, l'autrice expose tout ce qui peut arriver de pire à un être innocent, d'autant plus dans un passé beaucoup moins éveillé à ces tragédies. Où et comment ces histoires parallèles se rejoindront pour dénoncer la misère du monde ?

Véritable coup de poing émotionnel, social et littéraire, ce roman nous force à comprendre ceux que, trop souvent, nous jugeons trop rapidement. Non sans glisser toutefois une note d'espoir, la rédemption et la liberté retrouvée par la lecture. Un moyen, peut-être de raccrocher le lecteur à quelque qu'il connaît et qui le rassure en opposé à un trop plein de violence qu'il ne contrôle pas et, même, qui le contrôle. Un roman sur la vraie vie, en somme, où, loin des contes de fées, tout ne se termine pas bien et nous bouscule dans nos vies bien rangées.


Un coup de coeur, un coup de poing dont on ne ressort pas indemne.


vendredi 14 avril 2023

Retour du blog, ce qui va changer


 

Après une longue réflexion avec moi-même, j'ai fait le choix de reprendre le blog et les chroniques longues. Pourquoi ? Parce que j'aime ça, tout simplement.

Mais trop de choses ont changé dans ma vie pour que le blog reprenne tel qu'il était à ses débuts. La légèreté et l'envie de rentrer bien comme il faut dans les cases, je n'en ai plus envie.

Aujourd'hui, je ressens le besoin de laisser aller les mots tels qu'ils viennent, de faire le choix de la chronique longue pour les titres qui me frappent mais m'abstenir si je n'ai que peu à dire.

Prendre le temps aussi, et surtout, de lire pour moi les livres qui me tentent sans ressentir d'obligations ou d'épée de Damoclès face à une inondation de parutions mensuelles.

Mettre enfin davantage en avant mon rôle de libraire qui, aujourd'hui, me tient à coeur et m'ouvre la porte vers de nombreuses nouvelles lectures que je souhaite partager.

Bref, de faire le choix de m'écouter moi avant d'écouter les autres.

À très vite pour ceux qui souhaiteront continuer (ou commencer) à me suivre dans cette nouvelle aventure.

dimanche 17 avril 2022

Les Fossoyeurs - Victor Castanet

  

Infos sur le livre

éditions : Fayard

date de publication : 26/01/2022

pages : 400

prix : 22,90€


Résumé éditeur

Trois ans d’investigations, 250 témoins, le courage d’une poignée de lanceurs d’alerte, des dizaines de documents explosifs, plusieurs personnalités impliquées… Voici une plongée inquiétante dans les secrets du groupe Orpéa, leader mondial des Ehpad et des cliniques. Truffé de révélations spectaculaires, ce récit haletant et émouvant met au jour de multiples dérives et révèle un vaste réseau d’influence, bien loin du dévouement des équipes d’aidants et de soignants, majoritairement attachées au soutien des plus fragiles. Personnes âgées maltraitées, salariés malmenés, acrobaties comptables, argent public dilapidé… Nous sommes tous concernés.


Pourquoi ce livre ?

Il est rare que j'acquière un roman faisant la une au moment même de sa sortie mais, sur ce coup-là, je n'ai pas hésité tant pour le geste symbolique de l'acheter que pour la nécessité d'en découvrir et d'en comprendre le contenu.


De quoi est-il question ?

Comment sont traités nos aînés dans les Ehpad ? Ces gens que nous aimons, nos parents, nos grands-parents qui, au terme de leur vie, ne méritent qu'attention et amour. Ces gens que nous plaçons parce que nous n'avons plus le choix mais pour qui nous souhaitons le meilleur jusqu'à ce que l'inéluctable se produise...

On souhaiterait que, dans ces structures adaptées, des hommes et des femmes s'en occupent comme s'ils étaient leurs propres enfants. Que tout soit mis en place pour leur offrir les meilleurs soins et les meilleurs attentions... Il n'en est rien ! Soignants trop peu nombreux, nourriture et matériel rationné, solitude et parfois maltraitance morale voire physique... Telle est la triste réalité.

Pourquoi ? Parce que les Ehpad sont régis par le monde du capitalisme, par l'appât du gain et par le besoin viscéral de "faire de l'argent". Le profit, le pouvoir des grands dirigeants et des actionnaires les plus importants... Tels sont ceux pour qui la machine tourne au détriment de ceux qui n'ont d'autre choix que de subir, soumis à l'esprit d'économies au détriment de l'humain.


Du côté de la forme...

Voici un ouvrage qui a fait grand bruit, à juste titre, et que je me devais de lire, que chacun devrait lire, afin de mettre un terme à toute l'horreur qui y est décrite. Un essai essentiel, même si j'en lis peu, résultat d'un travail colossale qui mérite d'être souligné.

Tout aura commencé par une petite enquête journalistique de routine pour l'auteur qui pas après pas, marche après marche, a mis les pieds dans un système effroyable régit par l'argent et par le profit. Un système qui se sert des plus vulnérables, les personnes âgées, pour engranger des sommes astronomiques qui donnent le vertige.

Le début de l'enquête donne la nausée au sens propre du terme, l'auteur mettant en lumière le manque de soins, de protections et la présentations des repas parfois sommaires. Comment accepter et supporter les odeurs d'urines et de plaies infectées masquées sous des odeurs agréables de parfum à destination des familles et des résidents ayant encore leurs capacités ?

Rien est épargné au lecteur qui comprend vite que les soignants n'ont pas le choix et doivent se plier au système si eux-même ne veulent pas en pâtir. Commence alors une investigation, palier après palier, pour dénoncer l'ensemble du système et comprendre à qui revient la faute de telles abominations et là, chapeau au journaliste qui a su remonter au plus haut.

Nous vivons dans un monde capitaliste. Nous le savons, nous devons l'accepter. Mais comment imaginer que ce monde peut en arriver si loin ? Car si l'appel de l'argent est ententable, il est poussé ici à l'extrême par une gestion faite de lignes comptables et de logiciels informatisés. L'humain est oublié et là, c'est une nausée morale qui nous englobe. Des chiffres, un système, parfois complexe mais révélateur.

Nous sommes là dans un essai, l'aboutissement d'une enquête. Malgré quelques passages un peu alambiqués, l'auteur sait se mettre à la portée de son lecteur, adaptant ce sujet qu'il maîtrise à la perfection pour que nous le comprenions. Et malgré son dégoût, sa colère et son dépit bien légitimes, il convient de noter son objectivité et sa rage à toujours éviter ce qui lui sera pourtant reproché : une enquête à charge.


En conclusion...

Quelques lignes ne peuvent suffire pour parler de cet ouvrage et je doute même qu'une chronique soit nécessaire. Cet ouvrage il faut le lire, le relire, en comprendre toute la portée et l'horreur. Cet ouvrage il faut le faire tourner pour que tout le monde prenne conscience et que l'enfer s'arrête. Le capitalisme, oui, mais pas à n'importe quel prix. Pas aux prix de gens qui ont un vécu, une histoire et méritent une fin digne.

Un ouvrage qui bouleverse et qui choque mais face auquel nous ne devons pas faire l'autruche.

Les promesses du sang - Julien Moreau

 

Infos sur le livre

éditions : De Borée

date de publication : 14/04/2022

pages : 216

prix : 18€


Résumé éditeur

Au nord de la Catalogne, une centaine de migrants en provenance d'Afrique débarquent, au premier jour de leur nouvelle vie Parmi eux, Daniel Sangaré et son petit garçon Moussa, Maliens de Koloko Le pied à peine posé sur le sol espagnol, leur périple aussi long qu'interminable, entamé des semaines plus tôt, se poursuit Direction la France Après un court séjour dans l'Hérault, ils se dirigent vers Clermont Ferrand, vers « la liberté » Entre centres d'accueil et nuits dans la rue, de sans papiers à clandestins, le parcours du combattant de Daniel et Moussa les replonge dans l'enfer, loin de la guerre qu'ils ont fuie mais dans une même démarche de survie ne leur laissant aucun répit En père courageux, prêt à tout pour protéger son fils et lui offrir une vie meilleure, Daniel n'abandonne jamais. Sur leur route semée d'embûches et de désillusions, une multitude d'obstacles, mais aussi tellement de mains tendues A chacune de leurs étapes, la solidarité trouvera toute sa place.


Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions De Borée grâce auxquelles j'ai pu découvrir ce nouveau roman de Julien Moreau, auteur de polars en général qui va ici dans autre chose...


De quoi est-il question ?

Parce que la vie y était trop dure, Daniel et son fils Moussa ont quitté le Mali dans l'espoir d'une vie meilleure en Europe. Première escale : l'Espagne où Daniel sera contraint de travailler dans une carrière où les migrants comme lui sont parqués et déshumanisés. Mais son seul souhait est de rejoindre la France pour offrir un avenir à son fils Moussa.

Aidés par quelques personnes de valeur, le père et le fils pourront bientôt rejoindre Montpellier puis Clermont-Ferrand grâce au soutien d'associations et d'êtres de valeurs prêts à tout pour les aider. Mais entre les assauts de l'administration, les profiteurs et tous ceux qui ne veulent surtout pas voir d'étrangers clandestins troubler leur vie tranquille, Daniel comprendra vite qu'il est seul.

Parce que l'homme refuse d'être séparé de son fils, parce qu'ils feront le choix de l'amour contre les lois, Daniel et Moussa sombreront peu à peu de plus en plus bas dans l'échelle sociale mais seront toujours aidés par ceux qui croient en l'humain plutôt qu'en l'administration. Les épreuves seront pourtant nombreuses et terribles pour ce duo que l'amour guidera toujours.


Du côté de la forme...

Ayant beaucoup apprécié le précédant roman de l'auteur, un polar, j'étais curieuse de me plonger dans ce nouveau roman prometteur. Car lire les romans des auteurs que j'apprécie tant dans leur univers qu'en tant que personnes, c'est mon crédo.

On connait Julien Moreau pour ses polars. Il nous offre aujourd'hui un roman complémentaire différent, sociétal et puissant qui ne laisse pas indemne, qui pose la question des migrants par un regard différent et qui nous bouleverse dans nos convictions. Comment ne pas songer, avec cette lecture, à "Entre deux mondes" de Olivier Norek.

Ce roman est celui d'un périple. Le périple d'un homme et de son fils aspirant à un avenir meilleur dans un autre pays que le leur. A l'image d'un roman d'aventure bourré d'épreuve, l'auteur nous montre combien les espoirs des migrants sont grands, combien les obstacles à franchir pour eux sont nombreux. De quoi mettre en lumière aussi le travail fabuleux des associations.

Avec force et empathie, l'auteur démontre que nul ne tombe dans la clandestinité par choix mais plutôt par successions d'épreuves et de déboires. Il nous montre combien chaque volonté de ne pas entrer dans le moule, même quand le moule est cruel, peut être dévastateur. De quoi nous faire réfléchir sur nos petites convictions parfois et de voir l'humain avant la globalité.

Mais ce roman est avant tout le roman de l'amour, l'amour d'un père pour son fils qui prendra tous les risques pour ne pas être séparé de lui. Car au-delà des larmes et de la colère, de l'émotion et de la souffrance, l'émotion de la tendresse est omniprésente et fait du bien. Un roman qui fait penser aussi parfois au film "La vie est belle" de Roberto Benigni dans la sauvegarde de l'innocence malgré tout.

Côté style, nous sommes là dans une écriture très journalistique qui va droit au but. Et pour cause, l'auteur est journaliste ! Peut-être m'a-t-il donc manqué à titre tout à fait subjectif un peu de description des ambiances, des bruits et des auteurs pour m'immerger totalement dans cette histoire. Pour autant, la tendresse pour les personnages principaux est bien présente et c'est tout ce qui compte.


En conclusion...

Voici un roman coup de poing tout on ne ressort pas indemne. Quelque part entre "Entre deux monde" de Olivier Norek et "La vie est belle" de Roberto Benigni, comment ne pas être frappé au coeur par cette histoire ? Comment ne pas être ému face à l'amour de ce père pour son fils et face à tout ce qu'ils devront endurer face à l'horreur de ce monde et de ceux qui le composent parfois. Heureusement, la bonté est là aussi.

Un magnifique roman à lire absolument dans une société malade.

mercredi 6 avril 2022

Le dernier message - Nicolas Beuglet

  

Infos sur le livre

éditions : XO

date de publication : 17 septembre 2020

pages : 390

prix : 19,90€


Résumé éditeur

Île d'Iona, à l'ouest de l'Ecosse. des plaines d'herbes brunes parsemées de roches noires. Et au bout du "Chemin des morts", la silhouette grise du monastère. Derrière ces murs suppliciés par le vent, un pensionnaire vient d'être retrouvé assassiné. Son corps mutilé de la plus étrange des façons. C'est l'inspectrice écossaise Grace Campbell qui est chargée de l'enquête. Après un an de mise à l'écart, elle joue sa carrière, elle le sait. Sous une pluie battante, Grace pousse la lourde porte du monastère. Elle affronte les regards fuyants des cinq moines présents. De la victime, ils ne connaissent que le nom, Anton. Tous savent, en revanche, qu'il possédait un cabinet de travail secret aménagé dans les murs. Un cabinet constellé de formules savantes... Que cherchait Anton ? Pourquoi l'avoir éliminé avec une telle sauvagerie ? Alors qu'elle tente encore de retrouver confiance en elle, Grace ignore que la résolution d'une des énigmes les plus vertigineuses de l'humanité repose tout entière sur ses épaules... 


Pourquoi ce livre ?

Suivant l'auteur depuis son premier roman, c'est sans hésiter que je me suis plongée dans celui-ci, bien qu'avec du retard.


De quoi est-il question ?

Grace Campbell, jeune inspectrice mise au placard depuis un an, est dépêchée sur une sordide affaire de meurtre dans un monastère d'une île écossaise. Seuls cinq moines sont présents, l'un d'eux est forcément l'assassin. La victime, Anton, reclus depuis trois ans, était un homme sans histoires et a priori très apprécié même s'il cachait ses zones d'ombre.

Grace, troublée et blessée par un passé professionnel complexe, vit dans l'angoisse de commettre une erreur. Mais son instinct la pousse à poursuivre son enquête et de pousser plus des investigations qui la mèneront à découvrir un cabinet secret prouvant qu'Anton n'était peut-être pas tout à fait celui qu'il présentait être.

L'inspectrice plongera alors dans des questions bien plus profondes que ce que l'on pourrait croire et dans un univers qu'elle n'imaginait pas être possible. Un univers où le danger guette sans cesse et où la mort d'un homme n'est que bien peu de chose face aux secrets à protéger. Dès lors, Grace ne sera plus en sécurité et devra prendre tous les risques pour faire éclater la vérité.


Du côté de la forme...

Nicolas Beuglet fait partie de ces auteurs que je suis de roman en roman avec toujours la même passion et la même addiction parce qu'il sait partir d'un univers et nous entraîner dans un autre complètement différent.

Tout commence cette fois en écosse, dans un monastère isolé. Un pays qui fait rêver, le côté huis-clos qui va bien, les mystères omniprésents et la question de la religion sous-jacente qui fonctionne à tous les coups... Comment ne pas craquer et ne pas avoir envie d'aller frissonner dans cet univers auquel on croit immédiatement et qui donne très vite envie de se poser des questions ?

Grace Campbell est le genre de personnage principal auquel on s'attache, qui nous touche par sa différence et ses blessures profondes, que l'on a envie d'apprendre à connaître. Que l'on a aussi envie de voir réussir pour la voir évoluer et la voir comprendre qu'elle vaut quelque chose. Car l'empathie est au coeur même de la présentation de Grace.

Le roman débute donc dans un monastère mais, très vite, tout va paraître beaucoup plus complexe que ce qu'on pouvait imaginer et, sans trop en dire, l'auteur sait nous surprendre et nous entraîner très loin dans des réflexions qui n'ont plus rien à voir avec le postulat de départ. D'ailleurs, il sait aussi nous perdre et nous faire oublier le début pour nous entraîner dans d'autres sujets.

Il convient de ne pas trop en dire pour vous préserver le suspense mais l'auteur sait jouer avec nos nerfs, avec nos certitudes et avec ce que l'on croit savoir sur le monde pour nous faire réfléchir sur nos comportements, sur nos attitudes et sur notre vie. Autant dire que l'on ne ressort pas de ce roman tout à fait indemnes.

Côté style, on se retrouve une nouvelle fois dans une écriture totalement addictive par laquelle on a envie de faire traîner mais sans vraiment y arriver. L'auteur sait vulgariser des théories complexes et sait nous immerger dans des sujets qui pourraient faire peur. Tout ça pour une enquête qui n'est finalement qu'un prétexte à une thématique beaucoup plus vaste.


En conclusion...

Quelle joie d'avoir enfin pu lire ce roman qui attendait patiemment dans ma pal ! Quel bonheur que de retrouver cette ambiance forte que sait nous offrir l'auteur. Quelle force que cette enquête macabre dont les pires descriptions ne seront rien face à ce que nous réserve l'auteur dans les questionnements qu'il nous impose. Une vraie réussite !

Un coup de coeur comme je les aime. Hâte de lire le roman suivant de l'auteur.

mardi 29 mars 2022

Patagonia - Christophe Masson

Patagonia 

Infos sur le livre

éditions : Revoir

date de publication : 01 juillet 2017

pages : 240

prix : 17€


Résumé éditeur

Argentine, 1995. Louis, journaliste free-lance, débarque à Buenos Aires afin d’écrire un article sur l’attentat qui, un an plus tôt, a détruit la Mutuelle juive et fait 85 victimes. Ses investigations le mènent en Patagonie, où il trouve la mort dans un accident de bus...


Pourquoi ce livre ?

Nouvelle lecture d'un auteur spécialisé dans le roman de voyage nous entraînant toujours à l'autre bout du monde et dans des intrigues prenantes.


De quoi est-il question ?

En 1995, Louis est un jeune journaliste français passionné par son métier et n'hésitant pas à aller se confronter aux réalités du monde. Son but ? Eveiller les esprits sur les sujets qui fâchent mais aussi prendre à cour les conditions de vie des locaux et ne pas hésiter à prendre de plein fouet la misère omniprésente.

Mais un accident de bus le fait porter disparu, au grand damne de sa famille, et surtout de son frère, restés en France. Nul ne savait qu'il comptait enquêter sur cet attentat survenu l'année précédente, ayant causé de nombreux morts et restant à vif dans tous les esprits. C'est pourquoi, 20 ans plus tard, ce frère qui ne s'est jamais vraiment remis de l'épreuve, part en Argentine pour trouver des réponses.

Tout au long de l'Argentine, Victor va faire des rencontres étonnantes et suivre un périple tant physique que personnel, à travers un pays et à travers sa propre histoire pour raviver la mémoire de son frère et comprendre ce qui lui sera arrivé. Mais à travers la violence et les doutes, c'est une vérité plus terrible qu'il devra affronter...


Du côté de la forme...

L'Argentine n'est pas forcément le pays du monde qui me vend le plus de rêve mais l'intrigue m'inspirait et c'est donc avec plaisir que je me suis plongée dans cette histoire. Finalement, c'est un pays riche et un monde à l'opposé du nôtre que j'ai découvert.

Ce roman commence à une époque à la fois proche et éloignée de la nôtre : les années 1990. Pas si vieux mais, à la fois, qui ne connaissait pas encore toute la modernité technologique et, surtout, la vie avec internet. Qui plus est dans un pays où beaucoup de personnes touchent à la pauvreté absolu, ce roman nous présente un autre monde qui compte et qu'il convient de rappeler.

Avec le bond de 20 ans en avant et la quête d'un frère, il s'agit pour le lecteur de suivre les codes d'une enquête et d'une intrigue familiale. Car si Victor va chercher à comprendre ce qui est arrivé à son frère, le tout se présente un peu comme un polar et une aventure aux multiples rebondissements. Efficace et plutôt addictif car la soif de réponses est omniprésente.

Victor est un personnage à la fois étonnant et que l'on apprécie sans mal. Il est le regard de l'occidental sur un monde qui lui est inconnu et c'est sans nous ménager que l'auteur nous invite à découvrir la misère, la crasse, la pauvreté et la violence. De quoi mettre à mal le lecteur parfois mais, le sortant de sa zone de confort, de manière essentielle.

Le jeu entre le réel et la fiction est bien mené. L'attentat présenté au début de l'ouvrage étant réel et toute l'histoire qui en découle pouvant tout à fait faire valoir quelque chose de vrai. Mais ce roman est aussi un roman sur l'humanité et sur les gens, un roman sur la place de la femme et sur la position des êtres les plus mal lotis de la planète.

C'est toujours un profond plaisir de retrouver l'écriture franche et directe d'un auteur qui sait nous emmener à l'autre bout du monde. Ici, il nous invite à la découverte d'un pays que nous connaissons tous mais qui semble si éloigné, dont nous ne savons pas grand-chose et qui pourtant regorge d'histoire, de secrets et de malversations.


En conclusion...

Voici un roman aux frontières du polar qui se lit d'une traite, qui nous fait voyager et qui sait nous toucher tant dans sa part de réel que dans son intrigue familiale, par le biais d'un frère. Car si l'émotion des relations familiales ne sont pas développée à outrance, elle est présente et forte malgré tout ce qui apporte un plus au roman.

Un nouveau roman efficace d'un auteur qui maîtrise sa thématique et sait nous embarquer dans un autre monde et à travers une histoire qui fonctionne.

lundi 28 mars 2022

Idol - Thierry Berlanda

  

Infos sur le livre

éditions : M+

date de publication : 24-03-2022

pages : 310

prix : 19€


Résumé éditeur

A la sortie de son  concert au Zénith de Paris, Pete Locust embarque une prostituée cubaine. La vie flamboyante de la Rockstar va alors dérailler...  Sauvagement agressé dans l'appartement loué par son agent, Locust devra  compter sur Dodeman, lieutenant de police lancé sur la piste d'un improbable suspect. Dans ce thriller particulièrement sauvage, les chapitres défilent au rythme rapide d'une enquête déroutante, parmi les monstres qui peuplent les enfers  de Locust et jettent une lumière aveuglante sur l'aspect le plus troublant de la nature humaine.


Pourquoi ce livre ?

Merci aux éditions M+ pour la découverte de ce nouveau roman d'un auteur que j'avais hâte de retrouver dans cette nouvelle aventure.


De quoi est-il question ?

Pete Locust est une star internationale du rock. Adulé par le public, par les médias et par ses pairs, sa venue en France sonne comme un événement retentissant et les fans se bousculent pour assister à ce qui pourrait être sa tournée d'adieux. Et le fait est que le concert est un succès, dans une ambiance rock sans précédant dans le milieu musical.

N'écoutant que lui, c'est sans scrupule que Locust décide après le concert de finir la soirée seul. Enfin, seul, pas tout à fait. Il récupère sur le trottoir une prostituée à qui il propose de passer la nuit avec lui, ce qu'elle acceptera. Mais, commanditée par un maquereau bien décidé à garder la jeune femme pour lui, elle n'aura d'autre choix que de se laisser battre et de ramener l'homme drogué dans la chambre de luxe.

Quelques heures plus tard, Locust et la jeune femme sont retrouvés morts sur le sol de la chambre d'hôtel. Et si l'affaire semble couler de source, Dodeman, flic borderline, reste convaincu qu'il y a autre chose. Surtout quand l'avocate du principal suspect disparaît. Son enquête le mènera au plus loin de secrets bien gardés et au plus proche des limites de son esprit.


Du côté de la forme...

Thierry Berlanda est de ces auteurs qui maîtrisent le genre du polar comme personne et qui savent renouveler leurs intrigues et leurs sujets avec toujours la même vigueur, la même passion et la même force. J'avais donc hâte de découvrir le petit nouveau.

Plongée cette fois dans l'univers de la musique rock, un monde que je ne connais que peu mais qui est porteur de mystères et d'intrigues. Car ici, l'auteur mêle avec brio le milieu du show-biz, celui de la politique (un peu), celui de la police française, celui de la drogue et de la violence ainsi que les prémices de la folie.

Locust est le genre de personnage dont on ne sait trop que penser, dans un univers que l'on ne comprend pas forcément. Un milieu à l'opposé de celui de la violence que l'auteur nous décrit sans nous préserver. Les coups, l'horreur, l'agression mentale... tout y est. Le lecteur se sent alors étouffé, pris aux tripes, aux sentiments mêlés de vouloir plonger dans le roman de vouloir fuir cet enfer.

L'assassinat de Locust et de la prostituée, prémices de l'enquête, semble nous mener au coeur d'un polar classique mais, très vite, l'auteur joue avec les codes du polar judiciaire en nous mettant face aux lois et aux missions de la justice. D'ailleurs, l'avocate semble au départ avoir la même importance que le flic jusqu'à sa disparition.

Dès lors, l'intrigue devient plus sombre encore avec un flic pris aux tripes et directement confronté dans sa vie à l'enquête en cours. D'autant que celui-ci semble peu à peu perdre pied au grand damne du lecteur qui ne sait plus s'il doit suivre la pensée du personnage principal ou avoir un esprit plus éloigné et, à l'image de tous, décider que Dodeman est fou.

C'est une nouvelle fois avec le plus grand plaisir que j'ai retrouvé l'écriture si fine et si puissante d'un auteur qui sait nous plonger dans ses intrigues, nous faire cogiter mais aussi nous inspirer sur l'état de notre monde et sur l'humanité en général. Cette fois il a su m'immerger dans un univers passionnant et dans une intrigue rockement addictive.


En conclusion...

Voici un roman que j'ai débuté sans appréhension mais qui a su m'accrocher sans que je ne puisse m'en détacher, plus encore que ce que j'espérais. Voici un roman qui a su m'imprégner dans le rock et dans une intrigue très efficace. Un roman qui nous fait ressentir les odeurs de crasse, de sang, de violence, de drogue et de mort. Un énorme coup de coeur qui fait du bien.

lundi 21 février 2022

Interview choc et sans filtre - Christophe Gironde (libraire, Nos Racines d'Auvergne)


 Je n’ai plus de temps à perdre 
avec ceux qui « jouent aux auteurs ».


Quel est l’historique de la librairie ?

Nous avons ouvert le 2 mai 2010. A l’époque, le but était de proposer une librairie régionaliste couplée à une librairie généalogique.

Vers 2015, nous avons progressivement évolué vers une volonté de promouvoir les « littératures en Auvergne ». Il s’agissait de valoriser autant les littératures sur l’Auvergne que les auteurs de la région écrivant sur des sujets plus généralistes.

Ainsi, la partie « généalogie » s’est peu à peu et progressivement estompée.

Pour autant, nous avons souhaité conserver une constante, celle des rencontres-dédicaces. En 12 ans, nous avons organisé plus de 700 rencontres/dédicaces.

La volonté première a toujours été de créer un lien entre le lecteur et l’auteur en valorisant tous les auteurs quelque soit leur mode d’édition (autoédition, compte d’auteur, compte d’éditeur) et leur qualité éditoriale. 

Tous les auteurs ont toujours été reçus et accueillis avec la même considération qu’ils soient connus ou non. Ainsi, la librairie était la photographie d’une époque pour une région riche en culture, en patrimoine et en histoire.

Le quotidien « La Montagne » nous suit depuis une dizaine d’années en proposant aux auteurs invités des interviews leur permettant de présenter leur ouvrage au lectorat.

En parallèle, nous avons organisé plus de 80 expositions mettant en valeur des artistes locaux mais cette activité a peu à peu pris fin, faute de temps et de place.

Comme tant d’autres entreprises, nous avons connu un ralentissement dû à la crise sanitaire ce qui nous a empêché de fêter les 10 ans de la librairie en 2020.


Justement, quel impact a eu la crise sanitaire sur l’activité de la librairie ?

La crise sanitaire a engendré une réflexion sur le travail de dix ans ainsi qu’une rétrospective sur notre histoire. Elle a également provoqué un souci de faire évoluer la librairie et son image aux yeux du public. Il s’agissait d’étudier comment évoluer tout en nous imposant une remise en question sur ce qui était à conserver, à changer et/ou à supprimer dans notre activité.

En avril 2021, la librairie a proposé dans son planning tout un mois consacré aux jeunes auteurs dans le cadre des dédicaces. Un point de rupture qui nous a conduit en septembre à faire le choix de mettre en avant les jeunes auteurs (moins de 30 ans) tant dans le planning des dédicaces que dans les rayonnages de la librairie.

En effet, un constat a été fait avec la crise selon lequel, avant, jusqu’à la fin des années 2010, le profil des auteurs en région correspondait essentiellement à des hommes de plus de 70 ans davantage ancrés dans un créneau de littérature de terroir. Depuis 5 ans environ, un phénomène nouveau a vu le jour avec une nouvelle génération d’auteurs, plus nombreux qu’avant et comprenant une majorité de femmes plus jeunes et prenant part aux littératures de l’imaginaire.

Parmi ces jeunes auteurs, nous pouvons notamment citer Simon Berger publié chez Gallimard, Arthur Nesnidal publié chez Julliard ou encore Cécile Coulon publiée chez L’iconoclaste. Ils sont en partie les nouveaux auteurs emblématiques de la littérature blanche édités dans des maisons d’édition importantes et nationales.

La librairie souhaite donc s’adapter à cette évolution notable et, en tant que libraire, je suis heureux de ce tournant. Le but n’est pas de dénigrer le terroir faisant intégralement partie du paysage éditorial français mais de promouvoir une génération de nouveaux auteurs. Cette génération amènera donc une continuité au sein de la littérature en région, cette génération montante apportant un vrai avenir pour la littérature en Auvergne.

Tout en ayant à coeur de poursuivre l’idée d’une valorisation d’un territoire, nous souhaitons dépoussiérer l’image de la province par rapport au regard parisien.

L’image de la librairie a su changer/évoluer tout en préservant le cadre convivial d’une librairie accueillante tout en apportant une image plus moderne en renouvelant le mobilier et en réorganisant l’agencement de la structure.


Quel avenir envisagez-vous pour la librairie ?

Nous souhaitons continuer à modifier l’agencement de la librairie dans l’objectif de rendre le lieu encore plus convivial et dans un esprit cocooning.

Concernant les auteurs, nous avons fait le constat que la marque de fabrique de la librairie est intimement liée aux dédicaces hebdomadaires attendues et reconnues. Pour preuve, sur environ 40 dates possibles par an, plus de 200 demandes sont faites soit par les auteurs eux-mêmes soit par leurs éditeurs. Nous sommes donc aujourd’hui dans l’obligation de faire des choix, une situation nouvelle mais allant en s’accroissant. Celle-ci se couple avec l’idée de professionnaliser le traitement des demandes et de modifier les critères de sélection des auteurs. En ce sens qu’il y a de plus en plus d’auteurs, nous avons aujourd’hui la possibilité de faire une sélection plus drastique parmi les auteurs que nous souhaitons accueillir afin de proposer aux lecteurs un choix de plus en plus qualitatif.

La notoriété de la librairie s’est accrue ces dernières années notamment grâce aux prix littéraires rattachés qui ont su évoluer et s’adapter à cette nouvelle génération d’auteurs mais également grâce aux conférences que je mène sur Clermont-Ferrand et qui attirent un public de plus en plus important.

La couverture médiatique de la librairie s’est elle aussi décuplée par le biais du quotidien La Montagne et de la presse régionale.


Une phrase pour résumer cette évolution ?

En tant que professionnel, je n’ai plus de temps à perdre avec ceux qui « jouent aux auteurs » et préfère désormais consacrer mon temps et mon énergie aux écrivains méritants tant d’un point de vue littéraire que d’un point de vue humain.

dimanche 23 janvier 2022

Le fugitif d'Ansabère - Thibaut Bertrand

Le fugitif d'Ansabère par Bertrand

Infos sur le livre

éditions : Gypaète

date de publication : 15-11-2019

pages : 210

prix : 14,90€


Résumé éditeur

Dans un coin reculé des Pyrénées béarnaises, au début des années vingt, un berger est découvert mort en pleine montagne et son apprenti a disparu. L'équipe partie à sa recherche se retrouve entraînée dans une course-poursuite trépidante où les différents personnages devront s'adapter au milieu particulier de la hâte montagne.
Le fugitif d'Ansabère est un roman à suspense qui vous fera découvrir les joyaux du cirque de Lescun à un rythme enivrant.


Pourquoi ce livre ?

Toujours avide de découvrir de nouveaux auteurs et romans régionaux, je me suis laissée tenter par ce titre lors de mes dernières vacances au coeur des Pyrénées.


De quoi est-il question ?

Nous voici au début du siècle dernier, au coeur des Hautes Pyrénées, dans un monde où la vie des bergers était une vie de reclus pendant de longs mois mais aussi une vie faite de tous les dangers et de toutes les solitudes. André est de ceux-là même s'il accepte volontiers la présence de son voisin Jean-Baptiste ou de son apprenti Lucien.

Quand André est découvert mortellement blessé, Lucien ayant disparu, une enquête se met en place dans la petite vallée. Car tout porte à croire que l'apprenti serait coupable bien que quelques irréductibles souhaitent croire en son innocence. Tout porte à croire à une bagarre qui aurait mal tourné mais quel serait le mobile ?

Seule Clémence, jeune femme au grand coeur et amoureuse de Lucien veut que les recherches aillent dans un autre sens tendis que, dans le même temps, le coupable se cache dans les montagnes, traqué sans relâche, affamé et terrifié. Car comment assumer sa faute face à la colère des autorités ? Comment se protéger de la colère qui gronde et de la menace ambiante ?



Du côté de la forme...

Si le roman régional n'a que peu de secrets pour moi, je dois bien avouer que je connais moins les auteurs du sud-ouest ce qui constitue un manquement que je souhaiterais pouvoir combler peu à peu. Fans des Pyrénées, j'ai donc profité de l'occasion.

L'auteur nous entraîne ici en plein coeur de la montagne en une époque où la modernité n'existe pas et où tout tourne autour de la puissance du climat et de la montagne. De quoi s'imprégner de cette histoire autre que celle que je connais, la vie des bergers qui, non contents d'avoir la contrainte des bêtes, avait aussi celle d'un isolement complet les mois d'hiver.

Nous nous plongeons donc à la fois dans la vie de ces hommes tout en nous émerveillant de la beauté des décors choisis. Car comment ne pas être séduit par les hauteurs enneigées, par le silence omniprésent et par la grandeur de la montagne. Comment ne pas être effrayé par cette solitude et ce travail de tous les instants ?

Au milieu de tout ça, va se mettre en place une intrigue policière pour retrouver le meurtrier d'un vieux berger aimé de tous. Car son apprenti, non content d'avoir disparu, n'est également pas vu d'un très bon oeil en ville. Et si le lecteur comprendra aisément de quoi il retourne au final de cette, ce n'est guère là le principal. La fin est évidente, oui, mais ce n'est pas pour la surprise qu'on se laisse porter par l'enquête.

La montagne forme une sorte de huis-clos où le silence et la neige sont étouffants. L'action est menée de telle manière que l'auteur sait jouer sur les mots pour nous faire douter de tout ce qu'il se passe au fil de l'histoire pour nous inviter à la relire une fois la réponse donnée pour tout relire avec un autre regard. Le genre de style que j'apprécie tout particulièrement.

L'auteur aime ses montagnes et l'histoire de sa région. Autant dire que cela se ressent tout au long du roman et si le lecteur ne connaît pas les Pyrénées avant, il n'aura qu'envie de les découvrir après. S'il les connais, il aimera se projeter dans le passé pour imaginer la vie de terroir dans un univers bien différent de celui qui fait son quotidien. Les locaux apprécieront ce petit voyage dans le temps.


En conclusion...

Voici un roman dans lequel je me suis totalement laissée embarquée, un roman qui a su me toucher par son style poétique et qui a su me faire douter au fil d'une enquête certes prévisible mais tout de même digne de ce nom. Voici un polar régional différent de tout ce que l'on connaît et qui m'a fait connaître autrement une région que j'aime déjà beaucoup.
Je serai ravie de lire d'autres romans de l'auteur dès que j'en aurai l'occasion.

Peter Pan - Simon Rousseau

  

Infos sur le livre

éditions : ADA

date de publication : 10-06-2017

pages : 232

prix : 10€


Résumé éditeur

Une vague de drogués se jetant du haut d'immeubles, croyant pouvoir voler. La disparition d'une jeune femme, Wendy Gauthier, et de ses deux frères délinquants, évadés de leur pénitencier pour mineurs. Une île perdue dans la forêt boréale, habitée par une communauté déjantée et leur leader sans âge. Une baronne du crime nymphomane et amoureuse des bijoux en forme de clochettes. Un enquêteur médisant dépourvu de sa main droite, dévorée par un cannibale qui hante encore ses nuits. 
Oserez-vous plonger dans la réécriture la plus sombre et jamais imaginée du conte Peter Pan ?


Pourquoi ce livre ?

Passionnée de cette collection, j'étais curieuse de découvrir la version Peter Pan quand on sait à quel point le texte d'origine est déjà terrible.


De quoi est-il question ?

Hook est inspecteur de police à la retraite. Bien que n'exerçant plus, il aime à se rendre régulièrement sur des scènes de crime pour ne pas perdre la main. Quand ses pas le mènent jusqu'au corps d'un tout jeune homme s'étant suicidé en se jetant du haut d'un immeuble, l'effroi le prend face à l'horreur. D'autant que, dans la foulée, une de ses anciennes conquêtes le contacte, lui affirmant que ses enfants ont disparu.

Pensionnaires d'un foyer pour jeunes délinquants, Mickaël et Jean-Philippe ainsi que leur grande soeur Wendy ont disparu quelques jours plus tôt. Nina, leur mère adoptive, prête à tout pour les retrouver, engage Hook qui ne se doute pas que son enquête le mènera au plus profond de l'horreur. Car c'est un univers de drogue, de délabrement et de déchéance qu'il s'apprête à infiltrer.

Car dans les tréfonds du Québec, il est une femme nymphomane prête à tout pour faire valoir sa supériorité et un garçon refusant de grandir prêt à tout pour garder ses jeunes victimes à Neverland. Car l'enfer est parfois sur Terre et les douleurs du passé inguérissables peuvent mener aux pires atrocités, d'autant plus quand une jeune femme est bien décidée à ne pas se laisser faire...


Du côté de la forme...

Peter Pan est, sinon une histoire que j'apprécie, en tout cas une histoire qui m'intrigue et qui laisse la porte ouverte à de multiples possibilités. J'étais donc curieuse de découvrir la version "Conte interdit" promettant une belle dose de violence.

Surprenant que ce roman présente Hook, qui d'habitude est le méchant, comme le policier sinon gentil au moins honnête et fiable. Pour autant, son seul nom laisse présager de son caractère et de ses blessures, ce qui se confirmera au fil du roman. Et si on sait qu'il n'y aura nul fantastique dans l'intrigue, on sait que tout ira loin, très loin.

Bienvenue dans un univers glauque et terrible de drogue, de sexe et de violence où la confiance n'existe plus et où le sang règne en maître. Car dans ces tréfonds, tout devient possible et l'horreur est omniprésente. Comment ne pas prendre envie de vomir face à certaines scène de violence extrême et relations contre nature.

Il faut reconnaître ici la capacité de l'auteur à mettre en valeur le conte d'origine dans une parfaite réécriture : tous les personnages réapparaissent en gardant leurs caractéristiques mais tout trouve également une explication sinon sensée au moins claire. Car tout trouve sa source dans l'enfance et dans le passé, dans l'horreur vécu et répercutée des années plus tard.

Si l'enquête est assez vite résolue, prenant en question les idées d'enlèvement et de drogue, l'auteur sait multiplier les rebondissements pour que tout n'arrive pas trop vite. Alternant les scènes de violence et les scènes de recherche, il parvient à berner le lecteur qui, parfois, bien que sachant où il se trouve, finit par se faire avoir.

L'auteur sait mêler les genres du polar et du gore pour nous offrir un roman efficace. On s'attache à Hook ainsi qu'aux enfants et on parvient même à prendre en pitié les monstres. De quoi nous rappeler qu'il convient de ne jamais juger sans véritablement savoir l'histoire d'une personne. Il sait mêler le genre du huis-clos et celui de l'emprise pour aller de plus en plus loin jusqu'à un final retentissant.


En conclusion...

Voici un roman que j'avais hâte de pouvoir lire et qui a su me satisfaire. En effet, quoi de plus logique que de voir Peter Pan que comme un éternel drogué à l'enfance brisée rongé par l'horreur et le besoin de violence ? C'est ce que l'auteur montre ici, sans fantastique mais avec la portée que peut avoir l'influence sur les plus fragiles. Et si les monstres pouvaient avoir du coeur face à la profonde maladie mentale ?

Un roman où il faut avoir le coeur bien accroché mais qui devrait plaire aux fans de la collection.

Puy-de-Dôme, carnet d'aquarelles - Sarah Leïla Roux

  

Infos sur le livre

éditions : Revoir

date de publication : 20-11-2021

pages : 48

prix : 16€


Résumé éditeur


Pourquoi ce livre ?

Quel plaisir de tenir entre ses mains un livre dont on est l'attachée de presse et dont on a vu l'avancée du travail au fil des planches...


Mon avis...

Le Puy-de-Dôme, magnifique département du centre de la France qui regroupe tant de superbes villages, tant de lieux historiques et tant de pépites de patrimoine. Et au coeur du département, Clermont-Ferrand préfecture à taille humaine qui au-delà de la seule regorge de tant de lieux cachés et précieux comme une plongée dans l'histoire.

Du sommet du puy-de-dôme au coeur de Clermont en passant par les petits villages d'Usson ou de Montpeyroux, par le biais d'aquarelles tableaux énigmatiques, Sarah Roux nous entraîne dans sa région en nous en offrant les plus belles vues à travers son regard. Car ces lieux que nous voyons tous les jours, elle souhaite nous les faire redécouvrir.

Par des couleurs et un trait superbe, l'illustratrice nous donne le sentiment de redécouvrir une région que nous ne voyons plus, invite le touriste à se rappeler de tous ces lieux qu'il aura vu et amène celui qui ne connait pas l'Auvergne à la visiter par des planches avant d'y venir en personne pour revoir "en vrai" des lieux emprunts d'une magie naturelle.

Bien que n'étant pas spécialiste de l'art graphique, je peux dire sans mal que coup de pinceau de Sarah est assez exceptionnel et offre des planches superbes agrémentées de texte à la fois descriptifs et poétiques pour nous en apprendre un peu plus sur des lieux méconnus. Mêlant la géographie, l'histoire et la légende, cet ouvrage se présente comme un bout d'Auvergne à avoir avec soi.


En conclusion...

Je suis ravie de compter dans ma bibliothèque ce superbe ouvrage plein de douceur nous offrant un bout d'Auvergne autrement. Chaque planche est une découverte ou une redécouverte d'un lieu plus ou moins vaste. A l'image d'un livre de voyage, cet ouvrage nous montre que l'exceptionnel peut se trouver à deux pas de chez soi.

Un très beau livre pour les collectionneurs.